Texte établi par Fides (p. 87-90).

L’artisane des tabernacles

D’ailleurs, tout son travail manuel lui rend Jésus-Christ sans cesse présent. L’histoire nous parle encore des reclus ou des recluses qui l’ont précédée dans l’ornementation des autels ou dans l’entretien des objets du culte. Jamais toutefois il n’avait pris une forme aussi appropriée au pays et reliée aussi intimement à l’essence de cette dévotion.

Dans la Nouvelle-France à cette époque, la colonisation avance rapidement et les paroisses nouvelles se fondent dans la pauvreté. Alors s’érigent des églises qui manquent de tout. Répondant à un besoin urgent, Jeanne Le Ber emploie ses talents de fileuse, de brodeuse, de couturière, de dentellière à la confection des linges d’autel et des vêtements sacrés. C’est le Christ, le Sacrificateur suprême, qu’elle habille ainsi de ses doigts. Elle se hâte, il le faut parfois. Son panégyriste le dira en termes éloquents :

« Mademoiselle Le Ber avait un grand soin d’éviter loisiveté et d’occuper tout le temps qui luy restoit par l’ouvrage de ses mains, après ses prières et ses Exercices de dévotion. Elle a fourny atoute les paroisses du nord et du sud de ce gouvernement, des chasuples, devant d’autel, bouquets et d’autres ornements ; presque tous les ornemens qui son présentement ala chapelle dela congrégation sont louvrages de ses mains. On admire avec justice le devant d’autel, chasuple, dalmatique et chape de Broderie de soye fait avec une propreté, une adresse, une magnificence toute particulière, dont elle a enrichi l’église paroissiale de ville marie ».

Les artisans les plus difficiles d’aujourd’hui ont endossé ce jugement ; la recluse avait des doigts de fée, de grands talents d’artisane. Elle disait que les saints anges l’aidaient dans cette tâche. Et quand on examine en particulier, les vêtements qu’elle avait fabriqués pour sa paroisse, on pense à cette page où Monica Baldwin s’extasie en ouvrant certains coffres où gisaient les trésors vestimentaires de l’Ordre qui l’abrita longtemps. Aujourd’hui encore, on recherche les précieux restes, infiniment rares, des ouvrages de la recluse du Canada. Ses historiens leur ont consacré quelques-unes de leurs plus belles phrases.

Mais ce que l’on sait moins, c’est la façon merveilleuse dont cette occupation s’intégrait pour elle dans son amour à Jésus-Christ. En sa réplique de la maison de Nazareth, elle tentait de s’identifier à Marie, mère de famille, épouse, filant, cousant et tissant pour habiller son Fils. Elle ne quittait pas d’une ligne l’axe de sa grande dévotion, même quand elle travaillait de ses mains, quand elle remplissait l’obligation de tous les solitaires. Elle continuait à vivre avec Lui.

Et ainsi, elle deviendra, dans le Canada, la grande aïeule de l’Œuvre des Tabernacles qui se fondera plus tard. Sous son inspiration, des femmes de toutes les conditions voudront se vouer au même travail ; car, des paroisses continueront à se fonder, les anciennes auront besoin de linge et de vêtements nouveaux. Elles voudront ouvrer sous son patronage, à son exemple, et l’imiter.