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Correspondance 1812-1876, 5/1870/DCCXXIII



DCCXXIII

À MAURICE SAND, À NOHANT


Paris, 23 février 1870.


J’ai été dîner aujourd’hui chez Magny pour la première fois depuis huit jours ; ça m’a réconfortée : j’étais un peu lasse de poulet froid.

J’ai avalé mes quatre heures de répétition. Demain mercredi, répétition générale, lumières, décors et costumes. Ça va très bien maintenant ; on pleure beaucoup, on rit aussi. Vendredi, sans faute, première représentation.

J’ai distribué presque toutes mes places aujourd’hui, le reste partira demain. Me voilà dans le coup de feu de la fin ; mais c’est le moment du calme, de l’attention et de la présence d’esprit. Pas plus émue qu’à l’ordinaire ; c’est le départ d’une course en ballon. On fait de son mieux pour bien marcher, mais on ne gouverne pas les éléments, et, comme tout peut craquer, il n’y faut pas penser. Mes artistes commencent à pâlir, à trembler, à devenir nerveux. C’est ce qu’il leur faut, à eux, ils ont besoin de fièvre. Moi, il ne m’en faut pas, je n’en ai pas.

Je pense à mes chères cocotes qui dormiront comme des anges pendant qu’on beuglera, en bien ou en mal, autour de la bonne mère.

J’étais inquiète de vous pour cet enterrement dans la neige et ces émotions tristes. Enfin vous n’êtes pas malades ! Il fait beau ici, encore assez froid ; je ne sors qu’en voiture et bien emmitouflée.

Mon pauvre Flaubert est triste. Je ne le vois pas, il soigne un ami mourant ; plus son larbin, qui a un rhumatisme articulaire. En outre, on n’a pas voulu de sa féerie à la Gaieté ; il a vraiment du malheur !

Zacharie va bien ; ses grandes jambes m’aident beaucoup ; je lui ai donné trente places pour des étudiants ses amis, tous Berrichons ou Marchois.

Je vous bige mille fois. Ne soyez pas malades.