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Correspondance 1812-1876, 5/1870/DCCXXII



DCCXXII

À MADAME SIMONNET, À LA CHÂTRE


Paris, 21 février 1870.


Chère enfant,

J’apprends par René[1] que le douloureux événement prévu n’a pu être détourné[2]. Je joins mes regrets sincères aux vôtres, je garderai toute ma vie à cette digne femme un sentiment de profonde estime. Elle n’avait pas de petitesses ; son caractère était à la hauteur de son intelligence ; j’ai pu l’apprécier durant des années où nous avons vécu sous le même toit et où bien des choses autour de nous tendaient à nous désunir. Je l’ai toujours trouvée forte et vraie, fidèle en amitié et jugeant tout de très haut. La durée d’une existence si fragile était un problème ; elle a vécu par la force morale.

Je partage le déchirement de cette séparation pour toi et pour tes chers enfants. Ils sont bien bons, bien intelligents ; ils t’aiment tendrement et religieusement ; ils t’aideront à subir cette inévitable perte. Dis-leur que je les aime aussi comme s’ils étaient à moi, et que je leur recommande bien de te distraire et de te consoler.

Je vous embrasse tous quatre bien affectueusement et maternellement.

Ta tante,
G. SAND.
  1. Fils aîné de madame Simonnet.
  2. La mort de madame Chatiron, belle-sœur de madame Sand et mère de madame Simonnet.