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Imprimerie coloniale (p. 34-36).


II

KADÔP ET KADŒK

[1]


Voici l'histoire de deux époux. Cet homme et cette femme avaient beaucoup d'or et d'argent. Ils eurent deux fils. L'aîné se nommait Kadôp, le cadet Kadœk. Leurs parents moururent. Le cadet alla enterrer son père ; pendant ce temps, l'aîné resta à la maison, prit tout l'or et l'argent que leurs parents avaient laissé et le cacha. Quand le cadet revint de l'enterrement il dit à son frère : l'or et l'argent qu'ont laissé nos parents où l'as-tu mis que je ne le vois pas, ô mon frère aîné ?

L'aîné répondit : Je ne sais pas. Le cadet ne lui en dit pas davantage. L'aîné alors dit au cadet : Maintenant nos parents sont morts et nous ont laissé cette maison ; moi, j'ai une femme, tandis que tu es garçon, il te faut m'abandonner la maison. Voilà ce que dit l'aîné au cadet. Il lui donna un chien et un chat et un morceau de rizière en friche. Quant aux buffles et aux belles rizières, il ne lui en donna pas.

Le cadet réfléchit qu'il n'avait rien pour labourer. Il prit donc le chien et le chat que son frère lui avait donnés et laboura. Il frappait le chat et le chat gémissait, il frappait le chien et le chien gémissait.

Une caverne qui était à côté de la rizière, voyant gémir ce chien et ce chat, se mit à rire et ouvrit la gueule toute grande. L'homme vit de l'or dans la gueule de la caverne. Il laissa la charrue avec le chien et le chat et courut prendre l'or qu'il rapporta chez lui. Il fit venir des ouvriers pour construire une maison, acheta des rizières et des buffles, loua des serviteurs et fut beaucoup plus riche que son frère aîné ; avec son or il faisait grande montre de richesse. Son frère aîné lui demanda : Avec quoi as-tu acheté ces rizières et ces buffles et engagé tous ces gens ? Le cadet lui répondit : En ce temps-là je pris le chien et le chat que vous m'aviez donnés et je labourai, je frappai le chat et le chien et ils se plaignirent, alors ce rocher se mit à rire, il ouvrit une gueule riante et je vis de l'or dans la gueule du rocher ; je le pris et l'emportai et j'achetai des rizières et des buffles et j'engageai des serviteurs.

L'aîné lui dit : Pourquoi n'as-tu pas couru m'appeler pour aller en ramasser ? Le cadet répondit : C'était loin de votre maison, je n'ai pas eu le temps de venir vous appeler.

L'aîné frappa le cadet, ensuite il lui prit son chien et son chat. Le cadet pleura mais il ne dit rien à son frère. L'aîné ensuite alla louer dix charettes à buffle, et les mena près du rocher où il les tint en réserve pour y charger l'or et l'argent de la caverne.

Le frère aîné prit le chien et le chat et alla labourer. Il amena sa femme avec lui. En labourant, il frappa le chien et le chat, et chien et le chat gémirent. Alors la caverne se mit à rire et ouvrit la gueule. L'homme vit de l'or, mais la caverne referma la gueule et sa main s'y trouva prise et il ne put l'en retirer.

Il se mit donc à réfléchir et dit à sa femme de lui tendre son visage pour l'embrasser. Il dit à sa femme : Si je dois mourir, tends-moi ton visage que je t'embrasse un peu. La caverne, le voyant embrasser sa femme, se mit à rire et il retira sa main. Il revint chez lui et battit son frère, disant qu'il l'avait trompé.



  1. Voir Contes et Légendes annamites, 7l-68. (Le premier chiffre indique le numéro du conte dans les Excursions et Reconnaissances, le second dans le tirage à part.)