Ouvrir le menu principal

Chronique du 9 août 1873

2 août 1873

9 août 1873

16 août 1873

CHRONIQUE

L’exposition russe à Vienne. — La Russie s’est particulièrement fait remarquer à Vienne par une exhibition formidable d’engins de guerre. Nous décrirons prochainement le canon qu’elle a envoyé dans la capitale autrichienne, et qui dépasse en puissance et en grandeur, le célèbre canon Krupp. Le gouvernement russe s’est appliqué à étaler aux yeux des visiteurs des fusils de toute sorte, des pièces d’artillerie et des mitrailleuses.

Cet étalage militaire fait dire avec esprit à un journal américain que l’ours du Nord montre les dents !

Une nouvelle lumière électrique à Londres. — On fait actuellement de très-curieuses expériences d’éclairage public au moyen de la lumière électrique, à l’endroit où est placé le magnifique cadran de Westminster. M. C. W. Cooke, inventeur d’un régulateur perfectionné, projette au loin des rayons intenses, concentrés à l’aide de lentilles analogues à celles que l’on emploie dans les phares. L’intérêt de ces expériences est incontestable au point de vue scientifique, mais nous doutons fort que la lumière produite par l’arc voltaïque puisse pénétrer dans le domaine de la pratique, en raison de son éclat beaucoup trop vif.

Le boa constrictor de Poodoocottah. — Le Times des Indes anglaises nous apprend que les environs de Poodoocottah étaient depuis quelque temps ravagés par un immense boa constrictor, que les naturels considéraient comme un être sacré.

Un enfant égaré dans les marais situés près de la ville fut mis en pièces et dévoré par le monstre. Deux intrépides Anglais, MM. Johnsone et Pennington, au risque des plus grands dangers, attaquèrent ce terrible boa-constrictor et parvinrent à le tuer à coups de fusil. La peau du serpent, déposée au muséum de Madras, ne mesure pas moins de 6 mètres 25 cent.

Curieuse utilisation de la chaleur solaire. — Pendant la construction récente d’un pont en Hollande, une poutre de 465 pieds de long se trouva mal placée sur ses supports ; elle était à un pouce de la place qu’elle devait occuper, et l’on se demandait quel moyen on pouvait employer pour la remettre dans sa position véritable, lorsqu’on pensa à utiliser la chaleur solaire. La différence entre le jour et la nuit atteignait 25° ; on jugea qu’elle était suffisante pour obtenir l’effet que l’on cherchait. Dans ce but, l’extrémité qu’il s’agissait de remettre à sa place fut invariablement fixée le matin, tandis que l’autre extrémité fut laissée libre. Sous l’influence de la chaleur solaire la poutre s’allongea, et son extrémité libre s’avança d’une certaine quantité. Vers le soir, et avant le coucher du soleil, cette extrémité libre fut à Son tour fixée invariablement, tandis que l’extrémité opposée fut dégagée ; par suite du froid de la nuit, une contraction se produisit, et l’extrémité libre, se déplaçant, se rapprocha de la place qu’elle devait occuper : cette double opération fut répétée le lendemain, et les déplacements furent tels que, après ces deux jours, la partie qu’il s’agissait de mouvoir avait repris la place quelle devait occuper régulièrement.

C’est là, croyons-nous le premier exemple d’une application industrielle de la dilatation produite par la chaleur solaire. On sait qu’un procédé analogue fut employé au Conservatoire des arts et métiers ; mais la dilatation était due à une source de chaleur artificielle.

Départ de la Juniata. — La Juniata est partie de Terre-Neuve, le 9 juillet dernier, pour aller à la recherche du Polaris, Toute la population de Saint-Jean était réunie sur la jetée et a acclamé les hardis voyageurs. La Juniata doit toucher à Disco pour établir un dépôt de provisions et à Leperniavik pour acheter des chiens et des traîneaux groënlandais. Le navire a été blindé en fer pour qu’il puisse résister à la pression des glaces ; il se dirige à toute vapeur vers le détroit de Smith. Est-il besoin de dire que tous nos vœux accompagnent les explorateurs ? Nous nous consolerons difficilement en songeant que la patrie de Gustave Lambert n’est point représentée dans cette expédition par un seul volontaire !

Hérodote et sir Baker. — Les journaux anglais ne révoquent point, jusqu’à ce moment du moins, la réalité de la découverte attribuée à sir Baker par le télégramme du Daily News annonçant son arrivée à Kartoum. Si cette nouvelle est exacte, le lac Tanganyika, découvert par Livingstone et le lac Albert Nyanza, découvert par sir Baker dans son premier voyage, ne font qu’une seule et même mer intérieure, dont la longueur n’est pas moindre de trois cents lieues, dix fois celle du lac de Genève. Dans son enthousiasme, le Daily News s’écrie que c’est la première fois qu’on a entendu parler d’une pareille merveille. Malheureusement pour notre confrère, la mer intérieure d’Afrique, d’où sort le Nil, a été décrite par Hérodote. Strabon ajoute même qu’il y a dans cette mer intérieure une grande île, dont différents peuples, les Éthiopiens et les Numides, se disputent la possession. Ce géographe parle d’un second lac, qui serait le lac Victoria Nyanza, découvert par les capitaines Speeke et Grant, et dont les eaux se jettent dans le lac Albert par la cataracte Murchison, comme sir Baker l’a observé dans son premier voyage. Les explorations actuelles ne sont donc qu’un retour aux anciennes idées des Grecs, que l’on avait dédaignées pendant près de quinze siècles ! Il va sans dire que nous rapportons l’opinion d’Hérodote, à titre de document historique du plus haut intérêt, sans vouloir retirer à sir Baker la moindre parcelle de la gloire qui lui est due.

Horrible naufrage aérien. — M. La Mountain, bien connu aux États-Unis par ses nombreuses ascensions, et principalement par un voyage aérien des plus émouvants, où il avait failli être englouti dans les eaux du lac Érié, vient de périr au milieu des airs, de la façon la plus dramatique, la plus épouvantable. La Mountain s’est élevé en montgolfière à Ionia dans le Michigan, le 4 juillet date célèbre de l’anniversaire de l’indépendance des États-Unis. Des milliers de spectateurs assistaient au départ de l’aéronaute. L’infortuné La Mountain avait eu l’idée funeste, de suspendre sa nacelle non pas à un filet entourant le globe aérien, mais à une série de cordes indépendantes les unes des autres et attachées à un cercle de bois placé à la partie supérieure de la montgolfière.

Ces cordes ne tardèrent pas à se rapprocher les unes des autres, et à une grande hauteur, elles se réunirent de manière à laisser ressortir la plus grande partie du globe aérien ; le cercle de bois supérieur fut arraché ; le ballon s’échappa ! L’aéronaute fut précipité du haut des airs, avec sa nacelle et les cordes pendantes. On le vit s’accrocher convulsivement à l’esquif aérien, et tomber vers le sol avec une vitesse indescriptible. Il lâcha prise à 30 mètres environ au-dessus du niveau de la terre, et son corps vint brusquement s’écraser dans un champ, en présence de plusieurs milliers de spectateurs ! Ce drame épouvantable arracha des larmes aux assistants, et la plupart des femmes s’évanouirent ! Le corps de La Mountain s’incrusta dans le sol, et y produisit une cavité de 13 centimètres environ de profondeur. Les médecins constatèrent que les os de l’aéronaute avaient été broyés par le choc, quelques-uns même étaient littéralement pulvérisés. La tête de l’infortuné était écrasée d’une façon horrible, sa mâchoire inférieure, complètement détachée, était couverte d’une épaisse couche de sang ! La Mountain était renommé par son grand courage, qu’il avait souvent déjà poussé jusqu’à la témérité.

Les orages de samedi, 26 juillet, à Paris. — Deux orages ont successivement éclaté sur Paris, le premier vers 1 heure, il a seulement attaqué les régions occidentales ; le second vers six heures s’est précipité, avec beaucoup de fureur vers les régions orientales, On n’a pas constaté moins de 18 cas de foudre à Belleville, la Chapelle et Ménilmontant. Malgré ce grand nombre de sinistres, une seule victime paraît avoir été frappée mortellement. Encore n’a-t-elle pas succombé sur le coup. Un arbre a été foudroyé dans le jardin du Luxembourg. La nuée orageuse était de dimension très-faible, et elle avait une marche en apparence assez lente à cause de la grande hauteur à laquelle elle planait. Une violente ondée a séparé les deux orages. Mais à peine quelques gouttes de pluie ont-elles précédé la reprise de six heures. Les foudres des orages secs sont les plus redoutables et les plus énergiques, parce que l’électricité reste concentrée, ce qui n’arrive point dans les orages humides. Alors, la majeure partie de l’électricité se disperse sous forme insensible accompagnant forcément l’eau qui se précipite à la surface de la terre.

Expériences pour l’arrosage des rues de Londres. — Le Times rapporte avec de grands détails des expériences qui sont faites en Angleterre pour établir des deux côtés des voies principales des conduites percées de petits trous destinés à l’arrosage.

La pression de l’eau est suffisante pour que les deux jets aillent se rejoindre. Ce mode d’arrosage est, parait-il, très-expéditif et le prix de la pose des conduites d’eau ne serait que peu élevé en considération des économies qu’elle permettrait de réaliser sur l’arrosage ordinaire.

Les assurances de l’usine Krupp. — Le célèbre constructeur prussien vient d’assurer ses usines d’Essen, à douze compagnies allemandes pour la somme de 28 millions et demi de francs. Cette somme ne couvre que les parties de l’établissement susceptibles d’être détruites par le feu. La fonderie à vapeur, le chemin de fer, les lignes télégraphiques, les bureaux spéciaux, et de canalisation, le stock de métal, ne sont pas compris dans ce total !