Ouvrir le menu principal

Chronique du 18 octobre 1873

11 octobre 1873

18 octobre 1873

25 octobre 1873

CHRONIQUE

Ascension du ballon « le Jean Bart. » — Samedi, 4 octobre, MM. Albert et Gaston Tissandier ont exécuté un nouveau voyage aérien, dont nos lecteurs trouveront le récit dans notre prochain numéro. Ils se sont élevés de l’usine à gaz de la Villette, accompagnés de M. Paul Henry, astronome, du peintre M. Bonnat, et d’un autre voyageur. La descente a eu lieu à Crouy-sur-Ourcq dans des conditions exceptionnelles, bien faites pour rassurer ceux qui prétendent encore que les voyages aériens sont dangereux.

Découvertes d’objets de l’âge de pierre. — On trouve en ce moment, dit le Journal de Genève, près de Luscherz (non loin de Cerlier auprès du lac de Bienne), par suite de l’abaissement des eaux amené par la correction des eaux du Jura, des haches de pierre, les unes avec un manche en corne de cerf, les autres en néphrite ; des aiguilles de corne, des objets de toilette consistant surtout en dents percées, etc. ; outre ces objets fabriqués, on rencontre aussi en grande quantité des bois du cerf géant, de l’élan et d’autres animaux à cornes qui n’existent plus ; des crânes de castor, etc. M. Jenner, de Berne, rassemble tous ces objets et les fait nettoyer avec le plus grand soin pour les installer plus tard dans le musée archéologique.

Le fer en Amérique. — On estime que le dixième de la population entière des États-Unis vit aux dépens des manufactures et de la production du fer. La valeur du métal fabriqué annuellement est de 900 millions de dollars ; 940 000 hommes sont employés dans cette industrie et la moyenne des gages qui leur sont alloués atteint 600 millions de dollars.

Une nouvelle mine de corindon, en Pennsylvanie. — Près d’Unionville, dans le comté de Chester, en Pennsylvanie, on a découvert une mine de corindon que les propriétaires ont commencé à exploiter et à préparer pour les besoins du marché. Pour ce dernier sujet, ils ont monté une machine appropriée pour réduire le corindon en poudre à différents degrés de finesse. Réduit à cet état, le corindon prend une jolie couleur blanche et est très-net. La mine présente l’aspect d’un lit presque vertical de corindon bien disposé pour que l’exploitation ne soit pas trop difficile. Une profonde excavation laisse voir une gorge de près de 5 mètres de largeur qui disparaît à l’est et à l’ouest, sous la couche de gravier et d’argile qui surmonte le corindon sur les côtés de la mine. La crête du lit, duquel on extrait le corindon à l’aide de la poudre, à environ 1m,70 d’épaisseur. Il est naturellement impossible d’évaluer l’étendue de la couche. Elle s’étend probablement sur toute la largeur de la colline et elle peut atteindre quelques centaines de pieds de profondeur. Le professeur Garth a récemment visité cette mine et celle de la Caroline du Nord ; il doit bientôt faire un rapport intéressant à ce sujet.

Congrès des météorologistes à l’Exposition de Vienne. — Le premier des Congrès universels de la météorologie, convoqué à Ostende par l’illustre Maury, n’aurait point eu lieu, si la France n’avait secondé la grande initiative du grand Américain. Nous avons le regret du dire que nous ne pourrons nous vanter d’avoir contribué au succès de celui qui s’est ouvert à Vienne le 2 septembre, car de toutes les puissances civilisées, y compris la Chine et le Japon, la France est la seule qui ne se soit pas fait représenter. Malgré cette abstention, le Congrès a décidé que le compte rendu des séances serait publié en français aussi bien qu’en allemand. Il est probable qu’une édition anglaise sera également faite, mais ce sera aux frais du gouvernement britannique, et par les soins de M. Scots Russel, directeur du service météorologique qui était son représentant. Une résolution de la plus haute importance a été adoptée. Le Congrès a décidé que l’on choisirait une heure relative au méridien de Greenwich, pour organiser des observations instantanées dans tous les observatoires météorologiques du globe. Cette heure sera probablement 9 heures du matin, qui répondra à une heure de la soirée à New York et à une heure avancée de la nuit à San Francisco. Grâce à cette sage détermination, nous serons à même d’avoir un tableau de l’état du globe au même moment physique, élément inestimable pour servir de base à toutes les comparaisons.

M. Donati, qui représentait le gouvernement italien, s’est fait remarquer par son zèle à défendre cette utile proposition, dont mieux que personne il pouvait apprécier l’importance, car il venait de publier son grand mémoire fondamental sur la météorologie cosmique dans le premier volume des annales de l’Observatoire d’Arcetti. Mais se sentant pris soudainement d’indisposition, il fut obligé de quitter Vienne avant la clôture de la session, à laquelle il avait pris une part si active lors de ses débuts. C’était le 12 septembre qu’il expirait à Florence dans les bras de quelques serviteurs et de quelques amis. Une question qui avait été soumise au Congrès n’a point été résolue comme offrant trop de difficultés. Il s’agissait de déterminer la place que les thermomètres doivent occuper afin de prendre la température de l’air, et de ne point se laisser influencer par les objets environnants. Elle sera de nouveau étudiée. Le Congrès a examiné également la question de la prévision du temps. Il n’a point été favorable à la publication de probabilités et a recommandé de se borner à l’annonce des phénomènes susceptibles de propagation dans un sens déterminé. Peut-être cette interdiction est-elle trop radicale. En tous cas, il serait raisonnable, comme on le fait en Amérique de publier chaque jour un état comparatif des prédictions qui avaient été faites et de la manière dont elles se sont trouvées réalisées. En pareille matière, un contrôle ne saurait être évité si l’on veut être utile non point à la réputation d’infaillibilité de tel ou tel astronome, mais à la science du temps. Nous croyons savoir qu’un illustre astronome avait été désigné par la voix publique comme le représentant de la France, mais qu’il n’a point voulu accepter cette mission, parce que l’administration n’a point mis à sa disposition les moyens de représenter dignement notre nation. Le ministre n’a pas jugé convenable de faire un autre choix.