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Chronique du 25 octobre 1873

18 octobre 1873

25 octobre 1873

1er novembre 1873

CHRONIQUE

Le Volcan Mauna Loa. — Il est actuellement en pleine éruption. Son cratère comme on le sait, domine l’Océan, au milieu d’une des îles Sandwich, et les navigateurs qui ont passé récemment dans ces parages, affirment que le ciel est embrasé à plus de 100 kilomètres à la ronde par les feux que vomit le gouffre béant. Une illumination, grandiose, incomparable, éclaire l’île tout entière : on entend des mugissements lointains, des grondements sourds, qui forment le concert de cette effroyable fête du domaine de Pluton.

Une grue colossale. — Le Scientific American donne la description d’un appareil flottant du genre des grues, mais de proportions colossales, dont il est fait usage pour la construction des nouveaux quais de New-York. Cette puissante machine, pour laquelle son constructeur, M. Bishop, a été breveté, a déjà été employée lors de la construction de l’aqueduc du High Bridge. La partie flottante de l’appareil est de forme rectangulaire ; un des côtés a 65 pieds de long, l’autre en a 70. Sa profondeur sous l’eau est de 13 pieds. Cette espèce de caisse est construite principalement en bois de pins de Géorgie. Pour éviter tout jeu du bois et tout changement de forme, le tout est cerclé de 16 ligatures en fer. Une tour est construite sur cette caisse et supporte la grue proprement dite. La charpente de cette tour se compose de 12 madriers de 63 pieds de longs qui mesurent 14 pouces carrés à leur extrémité inférieure et 12 à leur extrémité supérieure. Ces madriers, solidement fixés par le bas dans un cercle de fer, se réunissent par le haut et sont liés ensemble par un autre cercle de fer sur lequel ils sont boulonnés. Sur ces madriers sont clouées des planches qui font de l’appareil une véritable tour conique creuse dans l’intérieur de laquelle est placé le moteur qui fait mouvoir une vergue de fer de 65 pieds de long placée sur le sommet de la tour et dont un des bras peut manœuvrer des blocs de bétons de 100 000 kilogrammes !

La société de microscopie de Victoria. — Un meeting s’est dernièrement réuni dans la salle des séances de la Société royale à Melbourne, dans l’intention de fonder une société de microscopie. Depuis longtemps, les personnes adonnées à ce genre d’études désiraient se réunir afin de comparer le résultat de leurs travaux et de se donner réciproquement des conseils. La motion du docteur Robertson, « qu’il est désirable dans l’opinion du meeting de former une société qui recevra le nom de société de microscopie de Victoria », a été adoptée sans discussion. Cette société sera divisée en deux classes : la première composée d’observateurs expérimentés qui en seront membres, la seconde d’amateurs et d’étudiants qui seront associés. Dans la même séance, un comité provisoire a été constitué pour étudier les règlements et statuts de la société et les soumettre à la prochaine réunion, qui a dû avoir lieu le 29 août.

L’Association française pour l’avancement des sciences. — Le succès des deux premières sessions de l’Association française a engagé plusieurs villes à inviter l’Association à les choisir comme lieu de réunion pour les années suivantes : le Congrès de 1874 doit se réunir à Lille, d’après le vote de l’assemblée générale ; des propositions ont été faites pour 1875 par Toulouse, le Havre, la Rochelle, Nantes. Dans cette dernière ville, sur les instances de la Société académique de la Loire-Inférieure, le conseil municipal a volé une somme de 10 000 francs pour les frais de session si le Congrès se réunit à Nantes en 1875 ; dans cette somme il a été entendu que ne doivent pas être compris les frais de réception et les fêtes s’il en est donné. D’autre part le conseil général a émis le vœu que la session de l’Association eût lieu à Nantes et a promis, dans ce cas, de voter une subvention. Les fonds mis à la disposition de l’Association sont loin d’atteindre les sommes votées par les villes anglaises pour les sessions de l’Association britannique ; nous pensons cependant qu’il est intéressant de signaler ce fait qui prouve que l’on commence en France à se rendre compte de l’utilité générale qui s’attache au progrès de la science.

Concours régionaux agricoles. — Les concours régionaux pour 1874 se tiendront dans les départements suivants : Aisne, Alpes-Maritimes, Indre, Landes, Loire-Inférieure, Lozère, Manche, Saône-et-Loire, Deux-Sèvres, Tarn et Yonne ; on s’occupe en ce moment de désigner les villes qui seront les sièges de ces solennités. Il faut pour cela le concours des municipalités. Dès aujourd’hui des décisions sont prises dans les six villes suivantes : Soissons pour l’Aisne, Châteaudun pour l’Indre, Auxerre pour l’Yonne, Albi pour le Tarn, Mende pour la Lozère, Nice pour les Alpes-Maritimes. Soissons est, dans ce nombre, la seule ville qui ne soit pas le chef-lieu du département.

Une baleine prise dans un câble télégraphique. — Le câble télégraphique du golfe Persique a dû être relevé au mois de juillet dernier, pour être soumis à des réparations urgentes. À mesure que cette opération toujours difficile s’exécutait, on remarqua que le remontage devenait de plus en plus dur ; la machine du treuil fonctionnait difficilement, quant on vit tout à coup apparaître à fleur d’eau une baleine qui se trouvait prise comme dans un nœud coulant. Les fils formant enveloppe étaient brisés, la gutta-percha, déchirée. Il semble probable que cette baleine cherchant à s’emparer des parasites qui se fixent habituellement sur les câbles, s’est subitement trouvée enlacée dans le fil, pendant qu’on le remontait à la surface de la mer. En se débattant elle s’est enroulée à la naissance de la queue. Comme le câble présentait des morsures fréquentes dans certains endroits voisins de celui où le cétacé avait été pris, les ingénieurs ont supposé que des requins ou d’autres monstres marins ont été cause de la désagrégation qui avait intercepté le courant électrique.

Vitalité des insectes aquatiques. — Le docteur J.-R. Schiner rapporte, dans les Verhandlungen der Kaiserlich-Königlichen zoologisch-botanischen Gesellschaft in Wien, un étonnant exemple de la vitalité des insectes aquatiques. Il avait laissé un aquarium complètement à sec, depuis le mois d’août jusqu’au mois d’octobre 1871. À son retour, il voulut l’emplir de nouveau. Lorsque, au bout de quelques heures, l’eau fut devenue claire et transparente, il y vit, à sa grande surprise, s’agiter six petits insectes : trois Halyplus, deux espèces de Philhydrus, et un Colymbetes. Cependant, les fenêtres de l’appartement étaient restées fermées, et l’eau, puisée à la fontaine de la maison, était parfaitement claire. Il faut donc admettre que les insectes avaient vécu dans une sorte d’engourdissement. Le dessèchement, même complet, d’un étang ne suffit donc pas à faire mourir ou émigrer tous les insectes parfaits qui y habitaient. (Société Linnéenne.)

Une découverte archéologique. — Il n’est bruit à Nidau que d’une trouvaille merveilleuse. On aurait péché dans la Thielle une longue caisse de quatre pieds de long, marquée aux chiffres I d. I, toute bardée de fer et pleine de pièces d’or. On prétend, qu’en 1388, dit le Journal de Genève, les Bernois laissèrent chavirer sur la rivière, gonflée par les eaux, une de leurs barques qui servaient au siège du château, et que, dans cette barque, se trouvait déposée la caisse en question. C’était à l’époque où Enguerrand IV, le dernier des sires de Coucy, avait reçu de l’Autriche le comté de Nidau comme apanage. Ce qui resta des biens du sire de Coucy fut cédé aux Orléans. On a également mis à découvert une butte lacustre dans laquelle on a trouvé toute une famille, dont les squelettes sont assez bien conservés pour qu’on puisse encore voir la peau et les cheveux. Le tout sera déposé incessamment au musée de Nidau.