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Chronique de la quinzaine - 31 mars 1894

Chronique n° 1487
31 mars 1894


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mars.


Le Parlement est en vacances. Les fêtes de Pâques et la réunion prochaine des Conseils généraux ont dispersé ou appelé sénateurs et députés sur tous les points de la France. Mais les deux mois de session qui viennent de s’écouler n’ont pas été sans intérêt : notre politique intérieure y a pris une allure nette et décidée qu’on n’avait pas vue depuis longtemps. La pensée du gouvernement s’y est éclaircie et dessinée, et on a commencé à reconnaître les voies nouvelles où les élections de septembre dernier ont engagé le pays. La session d’automne, qui a précédé le 1er janvier, avait été consacrée presque tout entière à la vérification des pouvoirs, et c’est depuis lors seulement que, ces pouvoirs une fois vérifiés, on en a usé.

Il fallait bien s’attendre à un débat sur la révision de la Constitution. Radicaux et réactionnaires, tous ceux qui, dans un sens ou dans l’autre, ont promis à leurs électeurs plus qu’ils ne sauraient tenir, commencent toujours par déclarer qu’ils ne seront en état de réaliser leurs promesses que si on leur donne des moyens d’action tout nouveaux. C’est inévitablement à la Constitution qu’ils s’en prennent. Elle est le bouc émissaire qu’ils rendent responsable de la stérilité de leurs efforts dans le passé et de l’impuissance à laquelle ils se savent condamnés dans l’avenir. Ah ! si la constitution avait été révisée : on aurait déjà vu, on verrait encore des merveilles ! Ils demandent donc qu’on la révise, on le leur refuse, et, dès lors, leur conscience est en règle. Ils ont une excuse toute trouvée à l’avortement de leurs programmes. Cela est commode et ne fait de mal à personne : le seul inconvénient est que la Chambre y perd deux ou trois séances qu’elle aurait pu, sans doute, mieux employer, mais que, peut-être aussi, elle aurait employées plus mal. Cette fois, le débat sur la révision n’a pas été tout à fait inutile. Il nous a valu quelques bons discours, comme celui de M. Paul Deschanel, où les vrais principes du gouvernement parlementaire ont été exposés avec une élévation de pensée et une vigueur de style tout à fait remarquables. La Chambre, — nous ne le disons pas à son éloge, — a paru légèrement étonnée de renonciation de ces principes : elle les avait oubliés. LA meilleure manière de réviser la Constitution est certainement d’en respecter l’esprit. La charte, disait-on après 1830, sera désormais une vérité : c’était beaucoup, c’était tout ce qu’il fallait à cette époque. Il ne faut guère plus, aujourd’hui, que revenir à la vérité de la Constitution » En sommes-nous là ? Cette réforme dans nos idées et surtout dans nos mœurs politiques est-elle à la veille de s’accomplir ? En tout cas, le gouvernement paraît le désirer, et le langage qu’a tenu M. le président du conseil est bien fait pour en donner l’espérance. M. Casimir-Perier est allé droit au fond des choses, et on serait obligé de remonter très haut dans nos annales parlementaires pour retrouver une déclaration aussi importante que celle qu’il a faite. « Il faut, a-t-il dit, se pénétrer de cette idée que le parti républicain n’est plus un parti, qu’il est la nation elle-même tout entière, et qu’il n’y a pas de tâche plus noble, plus patriotique, que de préparer en temps de paix cet accord universel qui se ferait à la frontière en temps de guerre. »

Le parti républicain n’est plus un parti. Le jour où il sera, en effet, pénétré de cette idée, une période de notre histoire politique sera heureusement close. Nous sommes aujourd’hui, toute proportion gardée, dans une situation analogue à celle où s’est trouvé Henri IV après les guerres de religion et le premier Consul après les discordes révolutionnaires. Le parti triomphant ne trouve plus devant lui que les adversaires qu’il veut absolument conserver et entretenir comme tels. Il dépend de la largeur de ses vues et de l’élévation de son âme de devenir le représentant de la nation tout entière et d’appeler tous les Français sous le même drapeau. Gambetta avait rêvé ce dénouement, et il avait même cru pouvoir le réaliser trop tôt, hélas ! pour lui et pour nous. Nos passions politiques avaient encore, de part et d’autre, des rancunes et des colères à dépenser pendant une dizaine d’années. La lassitude n’avait pas gagné les rangs réactionnaires. Le clergé n’avait pas reçu pour instruction de se retirer d’une lutte où il n’avait que des coups à recevoir, et il continuait de servir de lien à la coalition de droite, bien plus mélangée et plus hétérogène que ne l’était celle de gauche. Il faudrait fermer les yeux à la lumière pour ne pas reconnaître que les choses ont changé d’aspect, et que la situation d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. La meilleure preuve en est dans l’attitude de ce qui reste de la droite à la Chambre des députés. Visiblement, la droite ne demande qu’à voter avec le gouvernement, et lorsqu’on lui dit que, tout en appréciant son concours, on ne le recherche pas, et qu’on pourrait au besoin s’en passer, elle ne s’en offense plus comme elle l’aurait fait jadis, elle serait plutôt tentée d’en montrer de l’affliction. Certes, le gouvernement n’a pas à solliciter les voix de la droite et il pourrait le plus souvent s’en passer ; mais ces voix ont leur prix, et s’il est exact, comme l’a dit M. Casimir-Perier, que le parti républicain n’est plus un parti, qu’il est la nation elle-même, la conséquence parlementaire est qu’il n’y a plus de distinction à maintenir entre tel ou tel député. Sans doute ils ne se valent pas tous moralement et politiquement, soit d’un côté de l’assemblée, soit de l’autre, mais leurs bulletins de vote se valent, et, au point où nous en sommes, il serait bien difficile de distinguer avec certitude ceux qui sont républicains de ceux qui ne le sont pas. La ligne de séparation entre ceux-ci et ceux-là est presque impossible à tracer, et cette difficulté deviendra de plus en plus grande à mesure qu’un gouvernement équitable et impartial, s’inspirant des intérêts généraux du pays et non plus des intérêts particuliers d’un parti, fera sentir son action d’un bout de la France à l’autre. Nous n’en sommes pas encore tout à fait là.

M. Casimir-Perier a défini en très bons termes la politique du gouvernement envers la droite. La République est ouverte : y entre qui veut, et plus on y entrera, mieux cela vaudra. Mais il est clair que les nouveaux venus ne peuvent pas avoir la prétention de s’emparer de la place et d’en mettre les clés dans leur poche. Avant de leur en confier la garde, il est naturel de leur laisser faire un stage qui garantisse, sinon la loyauté, au moins la solidité de leur conversion. M. Casimir-Perier a ajouté que les plus sincères étaient précisément ceux qui comprenaient le mieux ce que cette précaution avait de convenable et de nécessaire. A ce compte, ils ne sont pas éloignés d’être tous sincères, car il n’en est pas un seul qui ait pour le moment la prétention d’entrer, à un degré quelconque, dans le gouvernement. On doit leur rendre la justice qu’ils ne demandent rien, sinon de la tolérance, et il est bien vrai qu’ils ne peuvent pas demander et qu’on ne peut pas leur donner autre chose. Cette tolérance, M. Spuller l’a promise dans le domaine religieux, et M. Casimir-Perier d’une manière plus générale encore, dans le domaine politique. Elle sera facile le jour où le parti républicain, comprenant qu’il n’a plus à se défendre en tant que parti, désarmera à son tour faute de rencontrer des combattans. C’est le sort historique de tous les partis de disparaître, ou du moins de se modifier profondément, lorsque leur victoire est complète. Alors, des groupemens nouveaux se manifestent, d’autres partis viennent au jour avec des aspirations et un but différens. Quand se lèvera le jour, prochain sans doute, où tout le monde en France sera républicain, ce ne sera plus une distinction de l’être ; on ne pourra plus porter à ce titre une cocarde spéciale et dénoncer ou persécuter ceux qui auraient oublié de l’arborer. On aura d’autres causes de divisions, car il y en a toujours ; mais ce sera beaucoup d’en avoir supprimé une, et une de celles qui, dans la confusion de nos souvenirs historiques et de nos espérances d’avenir, entretenaient au milieu de notre société les déchiremens les plus douloureux.

On se disputera sur des questions d’une autre nature, telles que la création d’un ministère des Colonies, qui a failli amener entre le gouvernement et la Chambre d’un côté, et le Sénat de l’autre, un désaccord inopiné, au moment même de partir en vacances. Ce désaccord a été bientôt suivi d’une entente ; mais qui sait s’il ne renaîtra pas lorsqu’il s’agira d’organiser le ministère qu’on vient de voter ? Fallait-il le faire ? A quoi bon se le demander aujourd’hui, puisque nous sommes en face d’une décision prise, et même d’un fait accompli ? Il y a un an, l’ancienne Chambre et le Sénat estimaient d’un commun accord que cette création était au moins prématurée et qu’il était plus sage de l’ajourner. Le sous-secrétariat d’État des colonies, malgré les défauts inhérens à l’institution, semblait un instrument de transition en rapport avec l’état actuel de notre domaine d’outre-mer. La proposition de l’ériger en ministère, qui vient de triompher dans la Chambre nouvelle, n’avait eu aucun succès auprès de sa devancière, et toute la question était alors de savoir s’il valait mieux le rattacher à la Marine ou au Commerce. Le Sénat était partisan du premier système, la Chambre l’était plutôt du second. En fait, les colonies faisaient la navette entre les deux départemens, suivant des convenances de personnes dont le public ignorait le secret, quelquefois piquant : tout ce qu’il pouvait voir, c’est que les colonies ne tenaient à rien, sinon pour la forme, et que le sous-secrétaire d’État était une sorte de ministre au petit pied. Son indépendance était assurée par la répugnance invincible avec laquelle le ministre en titre refusait, quel qu’il fût, de s’occuper de ses affaires.

Naturellement, tous les sous-secrétaires d’État des colonies n’avaient qu’une idée, qui était de devenir ministres eux-mêmes, et ils ne manquaient pas de raisons spécieuses à faire valoir. L’importance si considérablement accrue de nos colonies, la variété des opérations qu’on y poursuit, la nécessité d’y mettre de l’unité et, en même temps, d’y apporter une impulsion vigoureuse, plaidaient ou pouvaient être plaidées en faveur d’un nouveau ministère. Néanmoins les Chambres reculaient devant la réforme. L’esprit d’entreprise du sous-secrétariat d’État inspirait des inquiétudes : on se demandait si ces tendances ne s’accentueraient pas en proportion du grade nouveau auquel serait promu une administration déjà très remuante et même un peu indisciplinée. Si quelques-unes de nos colonies sont pour nous des possessions anciennes et assimilées dans toutes leurs parties, il n’en est pas de même de toutes. Sur beaucoup de points de l’Afrique et de l’Asie, la conquête militaire ou la pacification intérieure n’est pas terminée. Sur d’autres, la tâche de notre diplomatie est incessante, à la fois compliquée et ardue. Créer un département ministériel qui, par la logique même de l’institution, doit tendre à réunir entre ses mains les pouvoirs et les forces d’un gouvernement complet, et dessaisir par conséquent les autres ministères de ce qu’ils en détiennent et en exercent encore, c’est une épreuve délicate. Le parlement, jusqu’ici, n’avait pas osé la tenter. Cette fois, il a franchi le pas. La Chambre s’est trouvée en présence d’un sous-secrétaire d’État, M. Lebon, qui voulait s’en aller à tout prix pour montrer que la situation n’était plus tenable, et qui, tout en proposant de créer un ministère, refusait de l’occuper pour prouver son désintéressement personnel. Cette double considération a suffi à la majorité du Palais-Bourbon. Au Luxembourg, il a fallu davantage : le gouvernement tout entier, par la bouche de M. le Président du Conseil, a menacé de donner sa démission dans le cas où le ministère des colonies ne serait pas voté sans délai.

Si M. Casimir-Perier a voulu mesurer par-là l’influence qu’il exerce sur le Sénat, il a pleinement réussi. A peine une trentaine de voix ont-elles repoussé le ministère des colonies. Jamais majorité n’a été plus forte, et il est probable que, dans une circonstance analogue, un autre ministre n’aurait pas été aussi bien traité. Mais M. Casimir-Perier inspire une confiance particulière. Tout le monde lui sait gré de l’énergie ferme et tranquille qu’il apporte dans la direction des affaires, de l’habileté et du tact parlementaires qu’il y déploie, enfin de la netteté de ses déclarations. Ces qualités, que la Chambre apprécie, ne pouvaient pas être méconnues au Luxembourg. Elles le pouvaient d’autant moins que le débat relatif à la révision avait roulé tout entier sur le Sénat lui-même. Les uns voulaient le supprimer, les autres se contentaient de l’ébrancher : M. Casimir-Perier l’a défendu intégralement avec courage et avec succès. Le Sénat devait lui en savoir gré. Enfin, comment contester que, dans les conditions où la question se présentait, on n’était plus libre de reculer ? La démission définitive de M. le sous-secrétaire d’État des colonies, le vote de la Chambre, l’impossibilité de trouver un homme politique de quelque valeur qui voulût accepter la responsabilité, fût-ce un seul jour, d’une situation aussi mal définie, tout imposait la création immédiate d’un nouveau ministère. L’ajournement après les vacances présentait les plus graves inconvéniens sans aucun avantage. Provoquer une crise gouvernementale aurait été folie. Le Sénat a donc voté le ministère des colonies, et il a bien fait.

Au surplus, un jour ou l’autre, cette création était inévitable, et bien qu’on en parlât depuis longtemps, ce qu’on peut lui reprocher de plus grave est d’être arrivée à l’improviste. Le seul point qui importe maintenant est de savoir comment le ministère des colonies sera organisé, et de distinguer ce qu’on lui donnera de ce qu’on ne lui donnera pas. A peine était-il voté à la Chambre qu’une voix proposait de lui attribuer les protectorats, qui dépendent des Affaires étrangères, et, avant même qu’il fût né, ses partisans faisaient campagne pour qu’on lui donnât, sous le nom d’armée coloniale, les troupes qui appartiennent actuellement à la Marine. Si on réalisait dès aujourd’hui ce double vœu, le ministère des colonies ne tarderait pas à justifier toutes les craintes qu’il a inspirées à quelques esprits prévoyans. Il ferait de la diplomatie, sans le savoir, et quelle diplomatie ! Il risquerait de nous engager militairement, sans le vouloir, sur une vingtaine de points à la fois ! Le moment n’est pas venu de mettre des instrumens aussi dangereux entre des mains qui n’ont pas encore été éprouvées. Il reste, en dehors de cela, assez d’attributions importantes à conférer au ministère des colonies. Sa première préoccupation devra être, d’ailleurs, de se constituer lui-même, et l’œuvre n’est pas facile. Le caractère un peu indéterminé du sous-secrétariat d’État avait influé d’une manière parfois fâcheuse sur la marche de ses services, et il s’en faut de beaucoup que toutes les traditions de la maison soient bonnes à conserver. M. Ernest Boulanger est un homme d’ordre et de méthode. La moindre incorrection lui est antipathique. Les règles de la comptabilité lui sont familières : il a vécu dans leur pratique et n’a jamais souffert qu’on en déviât d’une ligne. Sa carrière administrative s’est passée tout entière dans l’enregistrement, dont il était devenu le directeur général, et sa carrière politique au Sénat, dans la commission du budget, dont il était devenu le rapporteur général en quelque sorte inamovible. Ses qualités, développées, affinées par un long exercice, vont juste à l’encontre des défauts nombreux qu’il devra faire disparaître de l’administration qui lui est confiée. Il n’y parviendra pas sans lutte, et il n’y réussira que s’il est soutenu avec une fermeté inébranlable par le gouvernement et par les Chambres. Heureusement, il y a une volonté aujourd’hui à la tête du gouvernement, et c’est sans doute ce qui a inspiré à M. Boulanger la confiance dont il a besoin pour mener à bon terme la tâche écrasante qu’il a acceptée.

Pendant que notre ministère prend meilleure tournure, on ne signale autour de nous que des crises ou des dangers de crise. En Belgique, M. Beernaert a donné sa démission. Fatigué par dix années de pouvoir et par des difficultés sans cesse renaissantes, il a refusé de le reprendre, et il a été remplacé par M. de Burlet. Nous aurons à revenir sur cette situation. En Hollande, le ministère, battu sur la loi électorale qu’il a présentée, se dispose à dissoudre la Chambre et à faire appel au pays. En Italie, le Parlement vient, comme chez nous, d’entrer en vacances, mais ses commissions continuent de travailler, et le désaccord entre elles et M. Crispi s’accentue chaque jour : on annonce, pour la rentrée, une grande bataille dont le résultat est incertain. En Espagne, M. Sagasta a reconstitué son cabinet, mais les nouveaux choix qu’il a faits sont critiqués et le mécontentement est assez vif. La crise, un moment suspendue, reprendra peut-être bientôt son cours. Sur tous les points, l’horizon est agité ou obscurci. Toutefois, c’est surtout de l’autre côté de la Manche que la situation est intéressante et originale. Il y a là moins qu’une crise ministérielle dans la forme, et infiniment plus dans le fond. La retraite spontanée de M. Gladstone a ouvert pour le parti libéral une évolution dont il est impossible de prévoir les suites. C’est peut-être la première fois qu’un chef de parti, affaibli par l’âge et par les infirmités qui en résultent, se retire au milieu même de la campagne qu’il a engagée, laissant à d’autres le soin de gagner la bataille ou la responsabilité de la perdre.

On répète beaucoup que, dans les gouvernemens parlementaires et libres, les hommes ont moins d’importance que dans les gouvernemens autoritaires. En théorie, cette affirmation paraît fondée : elle n’a jamais été démentie que par les faits. Il n’est pas démontré que la disparition du prince de Bismarck lui-même, — et on sait de quel poids il pesait sur l’Europe entière ! — ait changé plus de choses en Allemagne que n’en changera en Angleterre la retraite de M. Gladstone. Si, à sa place, lord Salisbury s’était retiré des affaires politiques pour se recueillir dans le repos, le parti conservateur n’aurait guère été moins ébranlé. Quoi qu’on en dise, les hommes sont pour beaucoup dans la trame de l’histoire, et il suffirait d’en supprimer un très petit nombre pour changer du tout au tout le cours des événemens. C’est à peine si les formes politiques les plus diverses modifient la valeur du coefficient qu’un personnage puissant apporte et remporte avec lui, et cela est vrai d’une vérité universelle. Nous parlions du prince de Bismarck ; mais à côté de lui, et le plus souvent contre lui, qui donc a organisé en Allemagne le parti catholique si ce n’est M. Windthorst ? Et, quand M. Windthorst a disparu, qu’est devenu son parti ? Il a été au moins très affaibli. Les mêmes phénomènes se reproduisent partout, parce que l’homme est partout le même. Les institutions sont un cadre changeant et mobile, qui a une influence plus limitée qu’on ne le croit sur un tableau dont les lignes principales restent les mêmes, toujours reconnaissables à un œil exercé.

Le parti libéral, tel qu’il est aujourd’hui constitué en Angleterre, est une œuvre artificielle qu’il serait absolument impossible d’expliquer en dehors de M. Gladstone. C’est lui qui l’a d’abord défait, puis refait à son image et à son usage. Il en est, au surplus, de même du parti conservateur, auquel M. Chamberlain a apporté, avec les unionistes, un appoint assez important de radicaux. Cette coalition contre nature est due encore à M. Gladstone, qui repousse les uns avec autant de force qu’il attire les autres. Son influence réflexe sur le parti conservateur n’a pas été moins grande que son influence directe sur le parti libéral. Une longue et brillante existence politique, une grande éloquence, un esprit de réforme souvent heureux et quelquefois troublant, une activité infatigable, une respectabilité personnelle que les passions politiques les plus ardentes n’ont jamais essayé d’atteindre, ont mis depuis longtemps M. Gladstone hors de pair parmi les hommes d’État de son pays, et lui ont assuré une autorité qui a survécu à toutes les épreuves. Ces épreuves ont été fréquentes. M. Gladstone est un des hommes qui se sont le plus souvent transformés et qui ont causé à leurs contemporains, à leurs amis surtout, le plus de surprises. Il y a en lui une puissance de renouvellement indéfinie. Disons à son honneur que le principe secret de ces brusques transformations a toujours été une véritable générosité de sentimens et une sensibilité de la fibre humaine qui est assez rare, au même degré, parmi les hommes de sa race. Lorsque M. Gladstone aperçoit distinctement le droit et la justice, il ne voit plus autre chose. Dans la défense de ses opinions successives il a constamment apporté une impétuosité qui ne s’arrêtait devant aucun obstacle. Il a perdu des amis, il a trouvé des alliés imprévus : il ne s’est embarrassé ni de ce qu’il laissait, ni de ce qu’il rencontrait sur sa route, marchant à son but avec la fixité d’esprit d’un mystique, en même temps qu’il apportait dans le détail des questions économiques, financières, parlementaires, une intelligence pratique, une science technique et précise, une souplesse et une habileté de conduite presque sans égales dans la nation du monde, douée de l’expérience des affaires la plus consommée qui fut jamais. Grande figure assurément, et qui restera une des gloires de l’Angleterre. Agitateur puissant et presque révolutionnaire, après avoir changé tant de choses autour de lui, il a terminé sa carrière politique en jetant à la Chambre des lords une menaçante déclaration de guerre. Un tel homme devait modifier profondément la constitution historique de son parti, sans parler du parti contraire : c’est ce qui est arrivé en effet, et il a fallu son ascendant personnel pour conserver unis sous sa direction les groupes un peu disparates dont il était le chef respecté.

Lord Rosebery lui a succédé, et ce choix n’a surpris personne. Lord Rosebery était sans conteste le lieutenant le plus en vue de M. Gladstone. Tout lui a réussi jusqu’à ce jour : il a été vraiment l’enfant chéri de la fortune. Mazarin, pour juger un homme, avait l’habitude de demander s’il était heureux. D’après ce critérium, il aurait eu la plus haute idée de lord Rosebery. Celui-ci ressemble d’ailleurs infiniment peu à M. Gladstone : ses qualités sont tout à fait différentes. Il est froid, réservé, calculateur, et ne livre rien au hasard ; hardi pourtant, point du tout timoré, et plus avide de popularité qu’embarrassé sur les moyens de l’obtenir. Il a poussé assez loin, au sein du Conseil de comté de Londres et même ailleurs, un flirt inquiétant avec les socialistes ; mais tout a bien fini, et on en a admiré davantage son audace et son adresse. A deux reprises différentes il a été ministre des Affaires étrangères ; il l’était encore, il y a quelques jours, lorsque la succession de M. Gladstone est venue le surprendre, et dans ces délicates fonctions il a eu la chance de ne pas inspirer moins de confiance aux conservateurs qu’aux libéraux. Peut-être même leur en inspirait-il davantage. Ils voyaient volontiers en lui un homme qui ne dérangerait rien au Foreign-Office, et qui maintiendrait toutes choses en l’état jusqu’au retour attendu de lord Salisbury. Plus que ce dernier, il a laissé apparaître des tendances allemandes assez accentuées. Son intimité avec le comte Herbert de Bismarck a pu le servir autrefois, et lui est sans doute aujourd’hui moins utile, mais n’en est pas moins restée un de ses caractères distinctifs comme homme politique. A ces titres divers, il a donné à la diplomatie du gouvernement libéral une allure qui n’est peut-être pas tout à fait conforme à ce qu’on savait des aspirations personnelles de M. Gladstone ; mais en acceptant la direction du Foreign-Office, il avait posé comme condition absolue qu’il en serait maître, et il l’était. Ménagé par les conservateurs, aussi longtemps du moins qu’il est resté au second plan, considéré par les libéraux comme une force précieuse et comme l’espoir du parti, il jouissait d’une situation exceptionnelle que son rapide avènement au pouvoir a compromise à quelques égards. On s’est demandé aussitôt s’il était possible que le parti libéral restât avec lui ce qu’il était avec M. Gladstone. Certes le contraste est frappant entre la physionomie des deux hommes, et celle de lord Rosebery étonne au premier abord. Mais lorsqu’on a vu M. Parnell roi sans couronne de l’Irlande et chef tout-puissant du parti irlandais, il faut s’attendre à tout et ne se fier qu’à l’événement.

L’événement, jusqu’ici, n’a pas été tout à fait favorable à lord Rosebery : on a constaté assez vite qu’il était loin d’avoir sur son parti le même prestige et le même ascendant que M. Gladstone. Les radicaux lui ont montré dès le premier jour une hostilité de principe : ils n’admettent pas que le chef du parti libéral soit un lord. Cela est, à leurs yeux, contraire à la tradition, et particulièrement inopportun dans un moment où il s’agit de poursuivre contre la Chambre haute la guerre sans merci que M. Gladstone lui a déclarée. Lord Rosebery a eu beau dire que ce n’était pas sa faute s’il était né dans telle catégorie sociale plutôt que dans telle autre ; qu’il n’en était pas moins digne de servir son pays, ses idées, son parti, et qu’on le verrait bien ; il a eu beau reprendre à son compte et accentuer encore l’acte d’accusation que son bouillant prédécesseur avait dirigé contre la Chambre des lords, la confiance ne se commande pas et, chez les radicaux, elle n’existe point. Il ne faut pas oublier que la majorité libérale à la Chambre des communes n’est que de 42 voix : il suffit, par conséquent, d’en déplacer une vingtaine pour la changer. Restent les Irlandais : ils sont 80 et peuvent, dès lors, dicter leurs volontés. Ils avaient négocié et s’étaient à peu près entendus avec M. Gladstone : ils attendaient avec impatience les déclarations de lord Rosebery. Celui-ci ne les a pas fait attendre longtemps. Suivant une habitude anglaise, il a réuni le parti libéral au ministère des Affaires étrangères, pour lui exposer son programme avant de comparaître devant les Chambres, et là, qu’a-t-il dit aux Irlandais ? Que les engagemens pris par le parti libéral au sujet du home rule étaient sacrés, que leur exécution était une question d’honneur, que tout ce qui avait été promis serait fidèlement tenu, que le maintien de M. John Morley au ministère pour l’Irlande en était une preuve évidente, mais qu’une aussi grande réforme ne serait réalisable que lorsqu’elle aurait été acceptée par l’Angleterre proprement dite, qui est le principal participant dans l’union des trois royaumes. De plus, cette réforme ne peut pas se faire isolément. Il en est d’autres encore, qui ne sont pas moins nécessaires et urgentes et qui intéressent soit l’Ecosse, soit la principauté de Galles. Il s’agit là, comme on le sait, de la séparation de l’Église et de l’État, que les Écossais et les Gallois réclament et poursuivent depuis longtemps. Voilà donc la cause du home rule liée à deux autres et condamnée à marcher avec elles, du même pas un peu lourd. Lord Rosebery, interrogé quelques heures après cette déclaration, par lord Salisbury à la Chambre haute, l’a nettement renouvelée. Il n’est pas étonnant que les Irlandais en aient été peu satisfaits, mais les Écossais et les Gallois ne l’ont pas été beaucoup plus. Leur cause prime à leurs yeux toutes les autres et doit être résolue séparément et la première. De sorte que les déclarations de lord Rosebery, qui, dans la forme, avaient une fière allure, ont en réalité mécontenté tout le monde, et provoqué presque aussitôt un incident parlementaire auquel personne ne s’était attendu et n’avait pu se préparer.

M. Labouchère a présenté, au projet d’adresse à la Reine, un amendement ainsi conçu : « Nous demandons humblement à Votre Majesté d’abolir le pouvoir que possèdent à l’heure actuelle les personnes qui, faisant partie du parlement sans avoir été élues par les électeurs, empêchent que des bills soient soumis à Votre Majesté, et nous exprimons respectueusement l’espoir que, si cela est nécessaire, Votre Majesté, conseillée et appuyée par ses ministres responsables, exercera son pouvoir pour réaliser cette réforme urgente. » Cet amendement n’était autre chose que la traduction en langage radical de la déclaration de guerre que M Gladstone et lord Rosebery avaient lancée contre la Chambre des lords. Il laissait percer aussi une intention de défiance à l’égard de lord Rosebery, soupçonné de tiédeur. L’amendement a été voté à deux voix de majorité. Que l’accident soit dû à une surprise, rien n’est plus certain, puisqu’il a été bientôt réparé, et qu’il a suffi de prolonger la discussion pour la faire aboutir au vote d’un texte nouveau et inoffensif. On a accusé, à cette occasion, le nouveau whip libéral, M. Ellis, d’avoir manqué de vigilance, peut-être faute d’expérience, et de n’avoir pas rallié assez vivement les membres épars de son parti. Soit ! mais la gravité du symptôme n’est pas dans les deux voix de majorité qu’a eues l’amendement Labouchère ; il est dans ce que nous appellerions en France la décomposition du scrutin. Elle témoigne d’une confusion sans précédens. Les radicaux et les Irlandais ont voté l’amendement, indiquant par là leur tendance à se détacher de la majorité ministérielle. Les unionistes ralliés au parti conservateur et quelques membres de ce parti se sont donné, au contraire, le malin plaisir de voter pour le cabinet, mais non pas en assez grand nombre pour lui assurer la victoire. La défection provisoire des uns, le concours ironique des autres, enfin le chassé-croisé qui en est résulté, révèlent une situation profondément troublée. De pareils tours de passe-passe n’auraient pas pu se produire du temps de M. Gladstone. L’impression générale a été que lord Rosebery ne tenait pas son parti. Arrivera-t-il à en ressaisir la direction et à l’exercer d’une main plus ferme et plus sûre ? Peut-être. Le discours récent qu’il a prononcé en Ecosse a paru donner plus de satisfaction que les précédens aux Irlandais et aux Écossais. La forme en est plus adroite, le fond reste le même.

Il s’agit toujours, avant de concéder un gouvernement local à l’Irlande, de faire accepter cette réforme par l’Angleterre ; mais c’est précisément la condition que lord Salisbury et le parti conservateur ont de tout temps imposée à l’avènement du home rule. Quand sera-t-elle réalisée ? Lord Rosebery espère qu’elle le sera bientôt, et il a fait avec complaisance le décompte des adhésions qui se sont produites depuis quelques années. Elles sont encore loin d’être suffisantes. Aussi, le nouveau chef du parti libéral a-t-il jugé opportun de prodiguer à l’Irlande les meilleurs conseils, afin que par sa sagesse, sa prudence, sa bonne tenue, sa conduite exemplaire et rassurante, elle donne enfin à l’Angleterre de bons motifs de se convertir au home rule. Le jour où l’Irlande se montrera tout à fait résignée à son sort, l’Angleterre comprendra que le moment est venu de le changer. Nous ne voulons pas faire de comparaison excessive, mais, en vérité, lord Rosebery traite un peu l’Irlande comme l’Egypte elle-même. Les Anglais, tout le monde le sait, ne demandent qu’à évacuer l’Egypte, qu’ils occupent bien malgré eux. Ils ont pris, à cet égard aussi, des engagemens d’honneur et ils attendent avec impatience l’occasion de les tenir. Le moment est-il venu ? Non, et lord Rosebery a même laissé entendre qu’il ne viendrait pas de sitôt. Pourquoi ? Parce que l’Egypte montre un trop vif désir de retrouver son indépendance, et que cela effraie. On a même entamé, contre le jeune khédive, une campagne de mensonges et de calomnies, où la mauvaise foi et la brutalité de la presse britannique ont dépassé de beaucoup leur mesure ordinaire. Quand l’Egypte et le khédive apprécieront davantage le bienfait de l’occupation anglaise, ce sera, aux yeux de lord Rosebery, l’heure de la faire cesser. Mais si, comme cela est fort possible, lord Salisbury est alors premier ministre, il reprendra sans doute sa fameuse métaphore, et déclarera insensé de retirer le jardinier d’un jardin où poussent dans une paix heureuse de si belles fleurs et des fruits si savoureux. N’y a-t-il pas là, pour l’Irlande, un exemple à méditer ? Puisque nous parlons de l’Egypte, il n’est pas inutile de dire un mot du projet de conversion de la dette unifiée, qui vient de s’y produire. Au point de vue financier, le projet soulève des objections graves, et il paraît peu conforme aux engagemens qui ont été pris en 1880, lorsque la loi de liquidation a réduit l’intérêt de 6 à 4 pour 100. Ce n’est pas une conversion ordinaire qui a été faite alors. La prospérité du pays ne s’était pas accrue, bien au contraire ! Il s’agissait d’échapper à un désastre au moyen d’un concordat accepté par les puissances et imposé par elles aux créanciers. De là vient que l’Egypte n’est pas aujourd’hui dans la situation normale d’un État qui peut toujours convertir sa dette lorsque son crédit s’est amélioré. En tout cas, elle ne saurait le faire sans obtenir l’adhésion de l’Europe, et son gouvernement avait eu jusqu’ici la convenance et la prudence de ne rien tenter de semblable sans s’être, au préalable, mis d’accord avec nous. Encouragé peut-être par le changement qui vient de se produire dans le cabinet britannique et par les tendances que l’on attribue à lord Rosebery, il a cru pouvoir se dispenser de ce qu’il regardait sans doute comme une formalité, n’a, du jour au lendemain, décidé de soumettre et soumis en effet son projet de conversion aux diverses puissances sans avoir pressenti aucune d’elles. Si le conseiller financier anglais l’a encouragé dans cette voie, il a eu grand tort. Nous avons immédiatement protesté contre une procédure contraire à toutes les traditions et qui, avant même que nous ayons examiné le projet de conversion, nous dispose médiocrement en sa faveur. La manière dont on le présente témoigne d’autres préoccupations que des préoccupations financières. Le gouvernement égyptien a reconnu que son procédé était incorrect, mais le fait n’en est pas moins accompli, et il en ressort, à notre adresse, un avertissement que nous ne pouvons pas négliger. Au reste, ce n’est pas la première conversion qui se soit faite, en Egypte, depuis peu de temps. Il y en a eu une encore toute récente. Elle a produit des bénéfices sur l’emploi desquels on n’a pas encore pu se mettre d’accord. L’argent est là, qui ne sert à rien, parce que, pour l’utiliser, il faut l’autorisation du gouvernement français et que celui-ci ne l’a pas donnée. Est-ce caprice de notre part ? Est-ce mauvaise volonté ? Non, assurément ; mais les bénéfices de ce genre sont une preuve trop manifeste de la situation calme et prospère de l’Egypte, pour qu’ils ne révèlent pas l’opportunité de rendre ce pays à lui-même. Qu’on les consacre à des travaux destinés à développer encore l’étendue et la richesse de la vallée du Nil, rien de mieux : à une condition pourtant, c’est qu’une quote-part sera réservée pour augmenter la force de l’armée khédiviale, et rendre par-là plus inutile encore qu’elle ne l’est déjà la présence d’un corps d’occupation britannique de plus en plus encombrant et onéreux. Il aurait été d’une prévoyance élémentaire de régler l’emploi du bénéfice de la dernière conversion avant d’y consentir : en négligeant de le faire, on a commis une faute trop apparente aujourd’hui pour qu’elle soit renouvelée.

En même temps qu’il a été interrogé, à la Chambre des lords, sur sa politique égyptienne, lord Rosebery l’a été sur la politique de la France au Siam. Il a déclaré, et sa déclaration mérite d’être retenue, que les zones d’influence respectives de la France et de l’Angleterre étaient naturellement limitées par le cours du Mékong. S’il en est ainsi, bien des difficultés de détail ne tarderont pas à être aplanies, notamment dans la partie septentrionale du grand fleuve. On lui a demandé on outre quand nous évacuerions Chantaboun, et, tout juste après avoir annoncé l’intention de rester en Egypte un temps indéterminé, il s’est montré convaincu que nous tiendrions avec un empressement exemplaire nos engagemens en ce qui concerne le Siam. Cette confiance nous touche beaucoup et nous tâcherons de la justifier. Mais lord Rosebery a-t-il reproduit d’une manière complète, dans ses déclarations à la Chambre des lords, les termes de notre convention avec le gouvernement de Bangkok ? Il a affirmé que cette convention était à peu près exécutée du côté siamois. « Il ne reste plus qu’un point à étudier, a-t-il dit, c’est le procès de l’assassinat présumé d’un officier français : le gouvernement ne doute pas qu’aussitôt ce procès terminé la France évacuera Chantaboun. » Ce procès n’est pas encore terminé, loin de là ! Nous sommes en présence d’un véritable déni de justice de la part des autorités siamoises. Heureusement, notre convention avait prévu le cas, et elle porte : « Le gouvernement français se réserve le droit d’apprécier si les condamnations sont suffisantes, et, le cas échéant, de réclamer un nouveau jugement devant un tribunal mixte dont il fixera la composition. » Nous finirons par avoir satisfaction, mais nous ne l’avons pas encore. A ce moment, l’heure d’évacuer Chantaboun aura-t-elle sonné ? Il faut le désirer. Toutefois le gouvernement de la République devra se demander si l’état général du pays permet de prendre et d’exécuter cette résolution sans danger. Le jugement rendu par le tribunal siamois dans le procès relatif à l’odieux assassinat de M. Grosgurin montre que les passions antifrançaises sont loin d’être calmées. Or, notre convention porte en termes formels que nous ne sortirons de Chantaboun qu’après « complète évacuation et pacification » de la rive gauche du Mékong, d’une zone de 25 kilomètres sur une partie de la rive droite, et des provinces d’Ankor et de Battambang. Cette pacification est-elle dès maintenant complète ? Notre gouvernement seul est à même de s’en rendre compte.

Francis Charmes.
Le Directeur-gérant,
F. Brunetière.