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Chronique de la quinzaine - 31 mars 1882

Chronique n° 1199
31 mars 1882


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mars.

Dire dans quel ordre d’institutions vit présentement la France sous le nom de la république et quel caractère prendront définitivement ces institutions, ce serait assez difficile. On parle souvent par habitude du régime constitutionnel et parlementaire, de la majorité qui décide et règne dans ce régime, et le fait est que de tout cela il n’existe guère que des apparences, une fiction, une représentation extérieure et artificielle.

Ce qu’il y a réellement aujourd’hui, ce qui tend de plus en plus à s’établir dans les mœurs nouvelles qu’on nous fait, c’est un système d’une nature particulière et imprévue. La constitution, oui, sans doute, elle reste la loi publique ; elle existe, — sans l’esprit de pondération qui est l’essence et la force du vrai système constitutionnel, — et on ne refuse pas de la laisser vivre à la condition de l’interpréter, de la plier à tout ce qu’on veut, ou de la menacer de toutes sortes de revisions salutaires qu’on tient en réserve. Le régime parlementaire, lui aussi, est censé exister avec les deux assemblées qui en sont les ressorts, sénat et chambre des députés ; il existe à la condition que l’une des deux assemblées se borne à enregistrer ce que l’autre a décidé et 5ue le sénat ne se hasarde pas même à glisser un modeste amendenent dans une loi que la chambre des députés aura votée. Si le sénat i cette hardiesse il devient dangereux, — ce n’est plus le régime paremeniaire tel qu’on l’entend. Et la majorité qui est censée régler le louvement de cet ingénieux mécanisme, quelle est-elle ? où est-elle ? Ile a été un instant, il y a quelques mois, avecM. Gambetta, cela n’est as douteux, elle est maintenant contre lui, c’est encore plus certain ; lie est même plutôt contre M. Gambetta, dont elle poursuit la défaite avec une sorte d’acharnement, que pour le ministère qui lui a succédé, et, à y regarder de près, cette majorité est une masse assez confuse qui obéit à des mobiles insaisissables, qui le plus souvent n’ose résister à une proposition se donnant une couleur républicaine. Les plus modérés, de peur d’être suspects, suivent les plus hardis ou les plus excentriques, de sorte que ces institutions dont jouit aujourd’hui la France forment un ensemble où l’assemblée la plus éclairée, la plus instruite, doit subir la loi de l’assemblée la plus inexpérimentée, et où dans cette dernière chambre elle-même les hommes sensés, les politiques, sont entraînés et conduits par les violens, quelquefois par les fous. En d’autres termes, c’est le régime constitutionnel et parlementaire pratiqué dans un esprit et avec des procédés qui en sont la négation. Le ministère lui-même suit le courant ou, si l’on veut, se met à côté pour ne pas être emporté. Il respecte certainement le sénat, mais il lui dit ce que M. le ministre de l’instruction publique disait ces jours derniers encore : Ne discutez pas, votez ce que l’autre chambre a voté, sans cela la revision vous menace ! Le ministère est plein d’intentions modérées et généreuses ; seulement il veut avoir la majorité, qui elle-même ne veut pas se brouiller avec le ? radicaux. Au premier incident, au premier signe, il est prêt à faire ce qu’on voudra, et tout aboutit au même point, à ce que nous voyons, — à cette sorte de république semiconventionnelle conduite par les passions du parti dominant, à peine mitigée par ce qui reste de tolérance de mœurs et de goûts libéraux dans la société française.

Assurément, même dans la chambre telle qu’elle existe aujourd’hui, même dans cette majorité si incohérente et si prompte à tous les entraînemens comme à toutes les faiblesses, il y aurait encore, si on le voulait, des élémens dont on pourrait se servir pour rendre au régime constitutionnel sa vérité et sa force, pour replacer les affaires du pays dans de plus sérieuses conditions d’équité et de sincérité. On dit quelquefois que ces élémens existent, et c’est possible. Que faudrait-il donc pour relever et rectifier une situation qui n’est après tout nj franche, ni régulière, ni rassurante pour l’avenir ? Il faudrait d’abord le vouloir, c’est bien certain ; il faudrait se décider à tenter quelques efforts, à soutenir quelques luttes pour arrêter au passage ces propositions que M. Jules Simon appelait l’autre jour des « insanités, » pour décourager les manifestations et les velléités dangereuses, pour maintenir au besoin les droits et l’indépendance du sénat. Il faudrait définir une politique, avouer ce qu’on veut, préciser le terrain sur lequel on entend combattre. Malheureusement, dans ces luttes qui auraient leur grandeur, bien des députés craignent d’être peu compris, de rester isolée ; le gouvernement craint de n’être pas suivi, et on hésite. Il est, bien plus facile de laisser aller les choses, de ne s’attacher qu’aux positions qu’on peut défendre sans péril, en abandonnant le reste, de ménager les préjugés, les intérêts. ou les fantaisies, en flattant mÔTPe, s’il le faut, quelques radicaux. Il est surtout bien plus cpn^mode, dès qu’il y a quelque dinficulté, de toucher le point sensit^le, de raviver les ardeurp anticléricales, de revenirà la croisade contre les inflaences religieuj^es : avec cela on est sûr ^e faire oublier pour yn iqslant o^t le reste et de se tirer d’embarras en ralliant une majorité plus cop^p^cte, il est vrai, qu’éclairée. Le procédé r|’est pas nouveau ; il eist invariable et s’il n’a pas sauvé M. Paul Bert, qui a disparu daps le naufv^ge de M. Gambetta, il a plus d’une fois été utile à M. Jules Ferry, qui, avec plus de mesure et de tenue ou moins de brutalité, poursuit au fond le rnêiiie dessein.

On l’a bien vu tout récemment dans cette longue et vive discussion qui vient de se dérouler devant le sénat au sujet de la loi sur l’enseignement primaire obligatoire et laïque, définitivement votée désormais. 11 y a longtemps déjà que cette loi, préparée par M. Jules Ferry, a été proposée et qu’elle a commencé à voyager du Palais-Bourbon au Luxembourg, du Luxembourg au Palais-Bourbon, pqur revenir une dernière fois devant le sénat, il y a bien plus longtemps encore que cette question épineuse de l’obligation dans l’enseignenient primaire a été un objet de méditation pour tous ceux qui se sont préoccupés de l’éducation du peuple. On n’a rien inventé. Dans tous le^ ça^, ceux-là mêmes qui depuis longtemps n’ont point hésité à considérer l’obligation ccuime une nécessité, comme une contrainte bienfaisante, ceux-là étaient les premiers à reconnaître que la coiidition nécessaire de celte loi rigoureuse de l’obligation devait être de resp^ cter les sentimens, les croyances des populations, de faciliter l’ipstruction religieuse, de ménager les familles, de ne pas faire surtput d’une mesure d’utilité sociale une victoire de parti ou de secte. C’était, comme l’a rappelé M. Jules Simon, l’opinion des républicains d’autrefois, de ceux de 1848, qui regardaient comme un honneur pour la république d’inscrire dans le programme de l’enseignement obligatoire l’instruction morale et « religieuse. » Jusqu’à ces dernières années encore, on sentait qu’il y avait là un intérêt à respecter. Le sénat n’avait fait après tout que suivre cette tradition en inscrivant l’été dernier dans un auiendement que les instituteurs devraient enseigner à leurs élèves leurs devoirs (c envers Dieu et envers la patrie. » ^. le ministre de l’instruction, publique, de son côté, avait admis au début et l’ancienne chambre elle-même avait voté que les ministres des difïérens cultes pourraient aller dans les écoles pour donner, en dehors des classes, l’instruction religieuse aux enfans qui voudraient la recevoir. C’était bien modeste, bien entouré de précautions, bien peu compromettant ; il y avait du moins la préoccupation d’un intérêt sérieux. Aujourd’hui les docteurs du progrès « laïque » ont parlé, tout cela a été effacé dans les dernières délibérations ! 11 ûe reste plus rien, VlÏ é.t l’amendement du sénat ni de la faculté laissée aux ministres des cultes d’aller dans les écoles ; il ne reste que ce qu’on appelle « l’instruction civique, » des contraintes et des pénalités pour les parens, des examens aussi puérils qu’arbitraires imposés aux enfans qui seront instruits dans leurs familles. C’est l’obligation dans tout ce qu’elle a de blessant et de dur, sans compensation ni atténuation.

Vainement, M. Jules Simon et M. le duc de Broglie ont parlé avec une vive et forte éloquence ; vainement on a essayé de rétablir le nom de « Dieu » dans la loi, de ressaisir quelques garanties ou tout au moins d’obtenir quelques explications ; vainement un sénateur républicain et breton, M. Jouin, s’est efforcé de réclamer quelques droits pour la liberté, un certain adoucissement des rigueurs les plus pénibles et les plus criantes de l’obligation. Rien n’a été entendu ; c’était évidemment un parti-pris. M. le ministre de l’instruction publique s’est borné à répondre, non sans âpreté, aux uns et aux autres que le temps des concessions était passé, que l’amendement sur les « devoirs envers Di u » était inutile et dangereux, qu’il n’y avait plus qu’à sanctionner purement et simplement ce que la chambre nouvelle avait voté, sous peine de se retrouver, comme aux élections dernières, en face de la revision du sénat. M. le ministre de l’instruction publique a réussi selon ses vœux, il a eu son vote. « Vous allez faire une mauvaise loi, » lui a dit avec tristesse M. le sénateur Jouin ; c’est, dans tous les cas, une loi qui a le malheur de pouvoir devenir entre des mains violentes ou impatientes un instrument de persécution et de rester plus que jamais avec le caractère indélébile d’une œuvre de secte. Sans doute, M. Jules Ferry s’est défendu de toute arrière-pensée persécutrice, et comme il ne pouvait cependant méconnaître ce qu’il y a do vague, d’équivoque ou d’aibitraire dans certaines dispositions qui ont été votées avec le reste, il s’est borné à répondre qu’on y veillerait, que tout serait fait libéralemont et paternellement, qu’il ne fallait pas tant se défier. M. le ministre de l’instruction publique est bien obligeant ; il ne s’est pas aperçu seulement qu’en parlant ainsi, il condamnait lui-même l’œuvre qu’il pressait le sénat d’adopter. Qu’est-ce, en effet, qu’une loi qui n’est pas claire et précise, surtout dans ses dispositions rigoureuses, qui a besoin d’être incessamment interprétée par une volonté administrative, où tout est à la discrétion de ceux qui sont chargés de l’exécution ? M. le ministre de l’instruction publique eût-il d’ailleurs personnellement les meilleures intentions et fût-il une garantie vivante, peut— il se proiTtettre de garder indéfiniment la direction de l’enseignement public ? peut-il répondre de ses successeurs ? M. Jules Simon le lui a dit avec raison : « On fait des lois parce qu’on ne veut pas appuyer l’avenir d’une nation sur quelque chose d’aussi fragile qu’un homme… Il nous faut prendre nos précautions coiitre les successeurs éventuels. » Et ces successeurs éventuels, toujours possibles, qui ont ÙLé des prédécesseurs, auraient apparemment, eux aussi, leur droit d’interprétation à l’aide duquel ils tireraient de l’obligation légale ce qu’ils voudraient au proiit de leurs théories et de leurs passions. M. le ministre do Tinstruction publique se fait une illusion flatteuse lorsqu’il promet qu’on n’abusera pas de l’arbitraire, que tout se passera paternellement. Que sait-il de ce qui arrivera après lui ? 11 n’en sait rien, il ne peut rien garantir, pas plus qu’il ne peut aflirmer que l’enseignement laïque, tel qu’il est décrété par la loi nouvelle, sera, au point de vue religieux, un enseignement neutre. Là aussi il prodigue les déclarations rassurantes. 11 parle en politique, il ne veut pas plus d’irréligion d’état que de religion d’état : c’est son mot. Il assure qu’on enseignera « la vieille morale de nos pères. » Il ne veut pas qu’on mette en doute le spiritualisme que l’Université professe, qui sera enseigné dans les écoles primaires comme il l’est dans les lycées. Il se moque presque de ceux qui l’accusent de vouloir chasser Dieu de l’école. Soit, mais s’il en est ainsi, pourquoi ne pas accepter le simple amendement qui parle des « devo’rs envers Dieu ? » Il y a malheureusement quelque chose de plus fort, de plus décisif que toutes les protesiations de M. Jules Ferry, c’est la réalité qui le presse, et la réalité, c’est que le caractère de la loi nouvelle est déterminé moins par une parole ministérielle que par les opinions, par les manifestations incessantes de ceux qui l’ont inspirée, commentée d’avance et imposée.

La signification de la loi, c’est M. Paul Bertqui la donnait l’été dernier, lorsqu’il réunissait autour de lui les instituteurs pour les animer de sa pensée et de son fanatisme, pour leur dire qu’ils représentaient « la science, reine des temps modernes, » en face de l’église, « reine des temps obscurs et passés, » en face de u la foi qui a pour directrice la mort et non la vie. » Ce que sera l’école primaire selon le progrés « hiïque, « c’est encore M. Paul Bertqui le dit dans ce Manuel d’instruction cicique, où il remplace les « devoirs envers Dieu » par toute sorte de notions ridicules faites pour fausser l’intelligence des instituteurs avant de troubler des imaginations d’enfans et pour livrer l’enseignement français à la risée du monde. Le dernier mot de la loi enfin, le mot sibyllin, M. le président de la commission du sénat l’a laissé échapper l’autre jour avec une naïve crudité en répondant à l’auteur d’un amendement : « Je ne veux pas de votre amendement parce que je suis athée. » Fort bien ! M. le président de la commission est athée, il en a le droit, et s’il soutient si chaudement l’œuvre à laquelle il a coopéré dans une commission officielle, il est bien clair que c’est parce qu’il la juge conforme ou favorable à ses idées. Les commentaires de M. Schœlcher et de M. Paul Bert, dira-t-on, ne sont pas la lt)i. C’est manifestement au contraire par CCS déclarations que la loi se caractérise. C’est sous ce pavilIon qu’elle va vers tous les instituteurs de France, et c’est ainsi qu’au lieu de créef l’enseignement neutre, comme le dit M. Jules Ferry, elle est comme une tentative violente, préméditée pour accomplir une révoluliciti de secte. C’est un fanatisme d’un autre genre disposant des ressorts de l’état, se servant des forces publiques et du budget pour créer en quelque sorte tine France nouvelle en lui enseignant que les croyances religieuses sont bonnes pour le passé et pour les temps obsciirs, que Dieu est une affaire de prêtres, que la patrie française ne daté que de la révolution.

M. le ministre de l’instruction publique aurait eu sans doute un moyëii bien simple pour imprimer à sa loi un autre caractère, pour dissiper toute équivoque. 11 n’aurait eu qu’un mot à dire, une réserve à (exprimer. 11 n’avait qu’à saisir l’occasion pour préciser la pensée, les intentions du gouvernement, pour donner lui-niéme le commentaire impartial de la loi nouvelle. 11 n’a pas même voulu paraître en dissidence avec M. le président dé la commission lui offrant l’appui d’une déclaration d’athéisme. Chose curieuse ! on lui a demandé ce qu’il ferait dans les écoles où les congréganistes qui restent encore enseigrleraient un peu de catéchisme, et il a répondu sans hésiter qu’il ferait exécuter la loi, en d’autres termes, qu’il ne laisserait pas subsister ce reste d’instruction religieuse. On lui a demandé, d’un autre côté, ce qu’il ferait si le « manuel » de M. Paul Bert était enseigné dans les écoles publiques, et il ne s’est pas sûrement compromis par ses déclarations. Il aurait craint de désavouer un allié, de paraître un champion trop tiède de la cause a laïque, » de s’aliéner peut-être des appuis dont il croit avoir besoin, — et c’est là justement ce qui peint le mieux cette situation d’aujourd’hui, où le parti le plus violent est toujours sûr d’avoir le dernier mot. Le gouvernement a peut-être par lui-même d’autres idées, et même, si l’on veut, des intentions de prudence ; il n’oserait les avouer et surtout s’en inspirer dans sa conduite. Il se croit obligé de suivre le courant, de satisfaire les préjugés et les passions de ce qu’il appelle sa majorité, d’aller même parfois au-devant des fantaisies les plus excentriques, de peur d’être suspect. Qu’une dénonciation vulgaire signale la rentrée silencieuse et certainement inoffensive de quelques religieilx dans un couvent, ce ministère plein de bonnes intentions se hâte de mettre en campagne gendarmes, soldats et commissaires de police pour— aller déloger les bénédictins de Solesmes, au risque de paraître s’acharner contre un ordre qui a été l’honneur de l’érudition française. Que devant un tribunal quelques jurés ou quelques témoins, en très petit nombre, refusent le serment au nom de Dieu, aussitôt, sahs perdre un jour, on propose un projet modifiant le serment, donnant satisfaction à quelques tapageurs vaniteux. Il faut avant tout s’occuper de ceux qui font du bruit, il faut respecler en eux la liberté de conscience ; pour les autreS *11 sont en Ln plus f^^Xu^z^ ; z : z : s : : : : rZ. : < : z

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aura institué le serment facultatif et libre. Disons le mot ; ce prétendu progrès laïque, qui nest que e dtgm semeu d’une guerre de secte aux inlluences religieuses est tout s, m ; ir t lemssolvant le plus actif de y^^f^^l^’^^^^ le ministère en s’y prêtant, fait œuvre de faiblesse, de compile e subXnée’rien de plus. Qu’espère-t-il ? 11 se promet sans doUte de vT, ^e 1 compte, en Sattant quelques passions, faire tourner a sort troft ce’iouveme. ; t bizarre, presque violent, qui s’est déclare contre M G n beUa. H aurait une position et une force bien autremen seneuse^ sStrait plus de résolution, et il en trouve la preuve en lui-même, d iTsâ J ôpre expérience. M. le minisire des finances en entrant au pu a fait ses conditions aussi nettement que possible dans intérêt du crédit et de la situation économique du pays. Ces conditions, il a ma ntenues sous le feu de toutes les attaques peut-être même en dépit des dissidences dé quelques-uns de ses collègues. Si avait paru céder il aurait été abandonné de toutes parts; il a te™ /erme

 
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? ^ S que rtglées. On n’a que le clroix des dilTicultés, qui, avec de la complaisance ou quelques excitations imprudentes, deviendraient 

aisément d’inextricables complications. C’est vrai ; mais il y a aussi l’intérêt des peuples qui résiste, il y a la raison des gouvernemens qui se défend contre la tentation des aventures. En un mot, à côté de tout ce qui semblerait préparer de nouveaux conflits, il y a tout ce qui conspire pour la paix, tout ce qui est fait pour empêcher les nuages de devenir des orages. Les discours qu’un officier du tsar, le général Skobelef, a semés récemment sur tous les chemins de l’Europe, ces discours ont bien pu faire quelque bruit et avoir leur gravité, ne fût-ce que comme expression des sentimens qui animent une partie de l’armée russe ; ils restent pour le moment une excentricité soldatesque qui ne représente pas la politique du cabinet de Saint-Pétersbourg, et l’empereur Alexandre IIl vient de saisir la première occasion qui lui a été offerte pour parler en chef de la Russie. A propos de l’anniversaire de la naissance de l’empereur Guillaume, le jeune tsar a envoyé à son vieil oncle d’Allemagne non-seulement ses vœux de parenté et de sympathie personnelle, mais le témoignage chaleureux du prix qu’il attache au maintien de la paix, à la cordialité des rapports traditionnels entre les deux empires. D’un autre côté, c’est évidemment dans une intention pacifique, pour dissiper des ombrages, qu’on cherche encore à ménager une entrevue de l’empereur de Russie et de l’empereur d’Autriche. Cela veut dire que, s’il y a des antagonismes de politiques, des incompatibilités d’ambitions et d’intérêts entre les trois empires du Nord, on fera certainement ce qu’on pourra pour en différer l’explosion.

Ce dont il faut bien convenir, même en écartant les chances de trop prochains conflits, c’est que l’Europe est depuis quelques années dans un désarroi assez complet pour que la paix semble toujours précaire, pour qu’on se figure avoir tout sauvé quand on a gagné une année ou quelques mois. Les événemens se sont déployés à diverses reprises avec une force si irrésistible et si aveugle qu’ils ont confondu tous les rapports, toutes les traditions, qu’il n’y a plus, à proprement parler, de système européen, qu’il ne peut y avoir entre les cabinets que des combinaisons d’un moment. Les relations les plus naturelles sont à la merci d’un incident. Entre la France et l’Italie, que tout devrait rapprocher, on voit ce qui en est. C’est plus que jamais difficile à définir. Il y a déjà assez longtemps que le dernier ambassadeur italien, M. le général Cialdini, a quitté Paris, renonçant à sa mission, et il n’a pas encore de successeur. D’un autre côté, il n’y a que quelques jours, M. le marquis de Noailles, après avoir représenté pendant bien des années v.t avec autant d’intelligence que d’honneur la France à Rome, a reçu une mission nouvelle ; il a été nommé ambassadeur à Constanlinople, à la place de M. Tissot, qui va lui-même à Londres. M. le marquis de JNoailles est allé tout récemment remettre ses lettres de rappel au roi Humbert, qui Ta accueilli comme il devait l’accueillir ; il est revenu laissant à Rome les souvenirs d’un homme qui a mis tout son tact à servir l’amilié des deux pays, et, lui non plus, il n’a pas pour l’instant de successeur. On ne sait encore par qui il sera remplacé au palais Farnôse. Ainsi, maintenant, il n’y a pas plus d’ambassadeur d’Italie à Paris qu’il n’y a d’ambaysadeur de France auprès du roi Humbert. Cette absence simultanée des deux chefs de légation n’est sans doute qu’une affaire d’un moment ; elle ne prouve pas moins que la France et l’Italie, à l’heure qu’il est, n’ont point à s’entretenir très intimement. Le traité de commerce qui a été signé, qui est aujourd’hui discuté par notre sénat et qui va sans doute être ratifié, sufiira-t*il pour déterminer les deux cabinets à nommer de nouveaux ambassadeurs, à rétablir leurs rapports tels qu’ils étaient, tels qu’ils devraient être toujours ? C’est assurément fort à désirer ; c’est possible, à la condition que l’Italie se décide à voir les choses comme elles sont, à ne pas chercher des inimitiés et des agressions là où il n’y en a pas, à ne pas se perdre indéfiniment dans une politique de mauvaise humeur, de ressentiment et de manifestations hostiles contre un pays qui ne peut pourtant pas être soupçonné d’avoir nui à sa fortune.

La vérité est que l’Italie en est encore à cette affaire de Tunis comme s’il y avait eu une conspiration préméditée contre sa puissance et ses intérêts. La France cependant, on ne peut s’y méprendre, n’a eu d’autre pensée que de sauvegarder ses propres droits, sa propre sécurité comme puissance africaine. Elle a été conduite à Tunis par les circonstances. Elle a été plus ou moins habile ou, si l’on veut, on a été pour elle plus ou moins habile dans la campagne diplomatique et militaire qui s’est trouvée engagée : c’est une autre question. Ce qu’il s’agit dans tous les cas de créer, d’organiser aujourd’hui, c’est évidemment une situation telle que les intérêts de tous les autres pays y trouvent leur sûreté aussi bien que les intérêts français. Que les Italiens raisonnables et clairvoyans sentent eux-mêmes combien il serait peu sérieux de subordonner toute la politique de leur pays à un incident dont il n’y a plus à s’occuper que pour en régler les conséquences convenablement, de concert avec la France, cela n’est pas douieux. Les esprits modérés le savent ; le gouvernement a paru plus d’une fois embarrassé de tout le bruit qu’on faisait et aurait peut-être désu’é qu’on lui laissât un peu plus la liberté de sa raison et de son action. Malheureusement les partis, par emportement ou par tactique, n’ont pas manîjué de s’emparer d’une question dont ils ont cru pouvoir se servir pour se populariser. Les passions s’en sont mêlées, créant un de ces inouvemens factices d’opinion qu’un ministère n’ose braver, et c’est aiubi que, depuis un an, on se laisse aller, sous les yeux du gouvernement, à ce courant de manifestations, tantôt à propos d’un anniversaire inattendu, tantôt à propos d’armemens militaires ou de combinaisons diplomatiques.

Oui, en vérité, le moment a paru propice pour aller tirer de l’histoire un événement qui date de six siècles, pour manifester à l’occasion du souvenir des Vêpres siciliennes. Garibaldi lui-même, qui écrivait récemment des lettres où il jetait feu et flamme contre la France, a été convoqué, malgré son état de maladie ; il doit paraître en litière à la fête qui se célèbre aujourd’hui avec toutes les pompes à Palerme. En réahté, on ne voit pas bien comment ce massacre de 1282, qui a eu pour effet de détruire les Angevins au profit des Aragonais, c’est-à-dire de substituer à une domination étrangère une autre domination étrangère, peut être inscrit comme un événement heureux dans les fastes de l’indépendance nationale. De plus, c’est un peu vieux ; mais n’importe ! Ce qui, dans tous les cas, est moins vieux et d’un intérêt moins rétrospectif, tout en ayant la même signification, c’est une brochure écrite récemment par un colonel itahen qui a été député et qui peut le redevenir. L’olTicier italien trace ni plus ni moins le programme des prochaines campagnes. Il suppose, dans ses calculs un peu prompts, que la guerre a déjà éclaté entre l’Autriche et la Russie. Une fois dans cette voie, les hypothèses ne lui coûtent plus. Il suppose encore que la France s’est empressée de prendre parti pour la Russie. Dès lors l’Italie a son rôle tout indiqué, comme alliée naturelle et nécessaire de l’Autriche et de l’Allemagne. La suite est facile à pressentir, de sorte que tout est occasion et prétexte de manifestations contre la France. Que des hommes de parti, aveuglés par leurs passions ou par des hallucinations politiques, célèbrent les Vêpres palermitaines, que des officiers, qui pourraient peut-être mieux employer leur temps, s’étudient à tracer le rôle de leur pays dans les prochaines campagnes, la France n’a point sans doute beaucoup à s’en émouvoir et à s’exagérer la portée de ces manifestations. Que les Itahens sensés et sérieux cependant veuillent bien y réfléchir : qu’espèrent-ils gagner à laisser se développer des instincts, des passions dont ils sont les premiers assurément à sentir le danger, que la nation elle-même, dans le fond, ne partage pas ? Ils croient rester dans leur rôle de politiques, rassurer ou satisfaire l’opinion, en cherchant des alliances ; ils en ont le droit s’ils y tiennent : à quoi cela leur a-t-il servi jusqu’ici ? Ils se sont adressés au grand allié, à M. de Rismarck en personne, et, pour cette fois, le chancelier allemahd, qui a d’autres affaires à poursuivre à Rome comme à Berlin, n’a pas même pris la peine de déguiser son impatience. M. de Bismarck a traité assez lestement leurs griefs et leurs désirs. Ils ont jugé utile un voyage de leur souverain en Autriche ; le roi Humbert est allé à Vienne, il y a trouvé l’hospitalité empressée qui lui était due et rieti de plus. Les mîliistres autrichiens n’ôtit pas caché que le voyage n’avait ou n’aurait aucune conséquence politique. Aujourd’hui remperéiir François-Joseph, qui est un prince de haute courtoisie, paraît devoir rendre sa visite au roi llunibert, et, avant tout, il s’est élevé, à ce qu’il semble, une dilliculté qui est déjà presque une désillusion pour les Italiens. Où aura lieu l’enirevue ? Dans quelle ville d’Italie se rencontreront lès souverains ? L’empereur François-Joseph ne paraît pas devoir aller à Rome pour plus d’une raison, et d’abord parce qu’il se tiendrait sûrement pour obligé d’aller rendre visite au saint-père dans le Vatican. A Milan, il retrouverait bien plus qu’à Venise les souvenirs impériaux. A Turin, il aurait l’air d’aller visiter le roi de Piémont. 11 l’esté Florence. Dans tous les cas, François-Joseph fera un acte de courtoisie impériale ; il ne sera pas porteur d’une alliance, au inoins de l’alliance qu’on lui demande.

Les Italiens ne s’y méprennent pas ; ils sentent bien qu’ils n’ont fait qu’une assez médiocre campagne, que, dans ces conditions d’un acte de simple courtoisie, la visite de l’empereur, sans leur donner une force, peut leur créer des difficultés d’un autre côté au camp révolutionnaire, où tout ce qui est autrichien est resté impopulaire. Au lieu de se perdre dans ces combinaisons, que nfe reviennent-ils tout simplement à la vérité, à leurs rapports naturels ? Que ne finissent-ils par reconnaître qu’ils n’ont aucune raison de s’émouvoir ni pour leur sûreté ni pour leurs intérêts, et que ce qu’il y a de plus sûr pour eux est de rentrer dans la réalité d’une situation où ils ne sont menacés par personne, où ils ne trouveraient aucun secours pour menacer les autres ? C’est leur vraie politique, la politique de leur intérêt bien entendu, et, après tout, entre les alliés qu’ils peuvent chercher, la France est encore la seule qui n’ait rien à leur demander, rien, si ce n’est de se tenir plus tranquilles en travaillant à leur propre prospérité. Les chambres espagnoles viennent de se réunir il y a peu de jours, et si elles n’ont pas à s’occuper pour l’Espagne de sérieuses questions internationales, qui s’élèvent rarement au-delà des Pyrénées, elles ont du moins bon nombre d’affaires intérieures, financières ou autres, sans compter les affaires ministérielles qui passionnent toujours les partis. Le cabinet de M, Sagasta, quia déjà une année d’existence et qui s’est tiré d’affaire jusqu’ici non sans dextérité, ce cabinet va se trouver évidemment dans une situation assez malaisée devant les certes. Il est entouré d’inévitables difficultés, les unes tenant aux questions politiques ou économiques qu’il a cru devoir soulever, les autres inhérentes à sa composition même, aux alliances de partis à l’aide desquelles il a pu se former et il a vécu depuis im an. Une des questions qui pèsent le plus sur lui, qu’il ne peut plus ajourner, est celle de l’île de Cuba, qui s’est ravivée récemment, qui met aux prises toutes les passions, tous les intérêts, qui touche particuli’rement aux relations commerciales de la métropole avec sa colonie. L’entente ne sera réellement pas facile, et cependant elle est nécessaire pour la pacification de Cuba comme pour la sûreté de l’Espagne. Le cabinet de Madrid aura autant à faire pour— résoudre la question de Cuba que pour régler la situation financière de la péninsule. Le ministre des finances, M. Camacho, s’en est déjà occupé. Il a voulu négocier des arrangemens avec les créanciers étrangers en Angleterre, et il a entrepris surtout d’augmenter les ressources publiques par des créations d’impôts destinés à rétablir un certain équilibre dans le budget. Malheureusement il ne paraît guère avoir réussi avec ses nouveaux impôts ; il a provoqué une opposition redoutable qui a pris la forme d’une sorte de « grève des contribuables, » et il semble aujourd’hui se préparer à quelque transaction ou atténuation pour désarmer des résistances fortement organisées à Madrid même. Le ministère a eu déjà de sérieux assauts à soutenir dans les cortès depuis l’ouverture de la session : il pourra sans doute se défendre avec succès, à la condition pourtant qu’il restera uni, et c’est là justement la dilficultél II y a dans le cabinet espagnol deux fractions qui se sont alliées pour prendre ensemble le pouvoir : l’une composée du général Martinez Campos, du ministre des affaires étrangères, le marquis de la Vega y Armijo, du ministre de la justice, M. Alonzo Martinez ; l’autre, composée du président du conseil, M. Sagasta, deM. Albareda, de M. Léon y Castillo. La dernière de ces fractions a toutes ses affinités et ses relations dans la partie libérale du congrès ; la première trouve un certain appui parmi les conservateurs et a sa force au palais auprès du roi. Le président du conseil, M. Sag sta, a réussi, depuis un an, à garder un certain équilibre, à maintenir l’alliance qu’il a su habilement former. Il est clair que, si cette alliance venait à se rompre, tout serait remis en question. Le roi, qui s’est prêté sincèrementà cette expérience, pourrait être tenté d’y renoncer ; mais c’est évidemment aussi une raison pour que M. Sagasta mette tout son art. toute son habileté politique à prévenir une rupture qui serait vraisemblablement la préparation et le prélude de la chute du ministère auquel il a donné son nom.

Ch. de Mazade.