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Chronique de la quinzaine - 31 mai 1893

Chronique n° 1467
31 mai 1893


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mai.

Quatre mois nous séparent encore du renouvellement de la chambre, et déjà le souffle de l’esprit électoral fait éclore les comités et pousser les harangues politiques. Des discours, nous en avons eu passablement depuis quelques semaines, sur divers points du territoire. A commencer par M. Goblet pour finir par M. Calla, en passant par MM. Spuller, Lockroy, Lavertujon, Piou et autres, sans parler des membres du gouvernement auxquels leur situation impose plus de réserve, les représentans des divers partis ont tenu à afficher leur programme, à déployer leurs espérances. Quelle sera cette chambre de demain? A quelles mains allons-nous, souverains d’un jour, confier à l’automne prochain, pour quatre nou- velles années, l’exercice effectif de notre pouvoir? Il est permis de conjecturer, à plusieurs symptômes, que le groupement politique actuel touche à sa fin, que des courans nouveaux vont sans doute agglomérer, dans des combinaisons nouvelles, les molécules parlementaires. Peut- être ne sont-ce pas tant les hommes qui vont changer que les idées, les vieilles épithètes qui ont perdu leur sens originel et perpétuent des fictions imperceptibles ou des nuances légendaires. Cette modification dans les opinions est d’ailleurs bien plus désirable, bien plus impor- tante pour l’orientation future du pays, que ne le seraient de simples changemens de personnes. L’homme qui se juge mal vêtu doit songer à réformer son habit, plus encore qu’à réformer son tailleur. D’un côté, les radicaux annoncent leur intention bien arrêtée de rompre avec l’opportunisme : « Tout, dit M. Goblet à Amiens, plutôt que la continuation de ce régime, ce devrait être le mot d’ordre. » En même temps l’ancien président du conseil de 1887 n’hésite pas à rechercher l’alliance des socialistes, internationalistes et autres parti- TOME cxvn. — 1893. /j5 sans divers de la révolution, appelée par euphémisme l’évolution. « S’il fallait pour s’unir, ajoute-t-on, attendre qu’on fût d’accord sur toutes les questions, on ferait vraiment la part trop belle aux trembleurs, toujours prêts à se fédérer pour la résistance. » Ces trembleurs ne sont autres que nous-mêmes, bourgeois de toute envergure, qu’un autre député du même parti futur, M. Maujan, appelle les « libérâtres des centres conservateurs. » Et comment ne tremblerait-on pas pour les intérêts vitaux de la nation, lorsqu’on voit des hommes qui aspirent au gouvernement poser allègrement la question d’une substitution de la propriété collective à la propriété individuelle, comme si de semblables théories ne devaient pas se résoudre, en pratique, par de vulgaires spoliations ? Maintenant, la fédération des trembleurs va-t-elle se faire?

Tandis que les radicaux sortent ainsi de la concentration républicaine, par la porte de gauche, les néo-républicains, les « ralliés, » si j’ose me servir de ce nom qu’on leur jette comme une injure, vont-ils y entrer par la porte de droite? Rien n’empêche de le penser. Le chef de ce groupe parlementaire, dont l’attitude, longtemps un peu timide, rappelait assez, au bord de la république, celle de la baigneuse de Falconnet au bord de l’eau, où cette nymphe pose modestement un pied, voire un bas de jambe, sans risquer le reste du corps, le chef de ce groupe a, depuis plusieurs mois, multiplié les déclarations énergiques et indiqué quelques-unes des bases sur lesquelles pouvait se faire un accord : « Je crois, a dit M. Piou, dans une réunion publique, qu’après vingt-trois ans l’expérience est assez complète, pour comprendre qu’on ne doit pas perdre son temps dans des protestations généreuses et stériles. Il faut jeter résolument sa barque dans le courant, et suivre le fil de l’eau en ayant soin de manœuvrer pour éviter les écueils. »

Ce langage de la droite républicaine sera-t-il entendu par les 150 députés actuels de la droite pure, et surtout par leurs électeurs? Cet appel à l’union sera-t-il entendu aussi par ces 200 et quelques membres de la gauche qu’on nommait jadis des opportunistes, et même par les 25 membres du centre gauche? Ces derniers, on ne peut se le dissimuler, sont méfians ; leur isolement leur déplaît moins que des promiscuités dangereuses. Pour plusieurs d’entre eux, tous les gens de gauche sont trop à gauche, et tous les gens de droite sont trop à droite. A leurs yeux, M. Casimir Perler est déjà un peu avancé, M. Hély d’Oissel est encore trop réactionnaire. La méfiance pour les néo-républicains s’accentue bien davantage à mesure qu’on s’avance vers la gauche gouvernementale. Cette fraction est hantée des souvenirs du Petit chaperon rouge, elle ne veut pas laisser choir la bobinelte qui ouvre sa porte. « Méfiance est mère de sûreté, disait la semaine dernière, à Troyes, M. Lavertujon. Enregistrons la soumission, le désarmement des adversaires, mais gardons-nous de leur confier les postes de combat. » M. SpuUer, aux fêtes agricoles de Mirebeau, ajoutait un trait de plus à la même pensée en disant : « Je n’ai jamais demandé que les conservateurs devinssent des nôtres ; j’ai simplement demandé, et je le désire encore, que nous devenions nos propres conservateurs. »

Les ralliés, que M. le président du conseil, dans son discours de Toulouse, a récemment appelés les « résignés, » ont le sort de la mission Maistre en Afrique, qui, « faute de marchandises d’échange, » dut faire de longs détours et livrer de nombreux combats aux sauvages, avant de pouvoir pénétrer dans l’Adamaoua. Les « marchandises d’échange, » pour M. Piou et ses amis, ce sont les électeurs, ce sont les collèges dont ils pourraient disposer, et qui leur permettraient de faire des conditions. Or, M. le ministre de l’intérieur, qui se déclare en mesure de le savoir, affirme qu’ils ne disposent d’aucune circonscription, que « le secret de la conversion de ces généraux, c’est qu’ils n’ont plus de soldats, » que leurs troupes se sont fondues dans l’immense armée républicaine.

Voilà ce qui n’est pas démontré. Il est fort possible que les ralliés soient au contraire battus dans quelques départemens par de simples réactionnaires ; et lors même que leurs électeurs, comme il faut l’admettre, sont passés avec armes et bagages à la république, on peut supposer que ces populations conservatrices du matin, devenues républicaines le soir, ne sont pas allées d’un extrême à l’autre, mais qu’elles représentent, dans la majorité officielle, une nuance extrêmement tendre. Par conséquent, il serait plus politique peut-être de laisser à ces électeurs des chefs qu’ils connaissent, et dout le ministère aurait tiré des engagemens formels, plutôt que de prétendre leur imposer des guides nouveaux.

Ces ralliés que l’on encourage si peu à gauche sont, ils devaient s’y attendre, conspués à droite, accablés des récriminations et des critiques de leurs anciens amis. Si l’union conservatrice est morte en effet, si son ex-président, M. de Mackau, en a conduit le deuil au dernier automne, dans un banquet rural, les « anciens partis, » comme on disait sous l’empire, entendent ne pas mourir tout entiers. Le programme du plébiscite et de l’élection directe du chef de l’État par le suffrage universel sert d’asile à quelques députés errans, qu’aucun des groupes actuels n’a jusqu’ici tenté. Le pur parti royaliste paraît renoncer à la tactique qui consistait à ne pas manifester tout haut ses secrètes ambitions, se figurant qu’ainsi ses adversaires ne les soupçonneraient aucunement et que ses amis interpréteraient assez son silence. Cette fois, il compte aller au combat le visage découvert. En attendant, il organise des bureaux, provoque des réunions et envoie à son chef des adresses dont plus de soixante ans d’efforts malheureux n’ont pas altéré le ton de sereine confiance.

Un si noble attachement à la monarchie est d’autant plus louable, à certains égards, qu’il est plus désintéressé et qu’il ne peut, dans les prévisions humaines, avoir en vue aucune récompense. Ceux d’entre nous qui sont nés au sein de ces illusions héréditaires et qui les ont perdues sur le grand chemin de la vie, ne sauraient jeter la pierre aux fidèles qui les ont précieusement conservées. Mais aussi ces fidèles qui, depuis le départ deCharles X pour l’exil, n’ont pas une seule fois regardé le ciel, la veille d’une fête nationale, — saint Philippe, 15 août, Ik juillet, — sans désirer qu’il plût le lendemain, ne peuvent blâmer ceux qui veulent enfin souhaiter le beau temps et s’en réjouir, mettre au vent quelques drapeaux et allumer quelques lampions, — sans croire pour cela que des lampions allumés fassent exclusivement le bonheur d’un peuple, — ceux qui ne veulent plus vivre dans une opposition systématique, triste état d’esprit qui amène à sans cesse supposer, prédire, hélas ! espérer peut-être, quelque catastrophe prochaine. Cet état n’est évidemment pas celui des générations nouvelles, et c’est sur leur adhésion à la république que compte le gouvernement pour balayer les bancs du côté droit. Mais qui donc lui garantit qu’il y fera asseoir ses amis ? Ne sait-il pas que l’héritage de ces places qu’il s’attribue est ardemment convoité par les radicaux et les socialistes ? Si cette concentration que tous les républicains ont jusqu’ici pratiquée, parce qu’elle était nécessaire, tout en la maudissant, parce qu’elle était immorale, si cette concentration doit se rompre, si cent vingt radicaux doivent suivre le panache rouge de M. Goblet sur le chemin des aventures, est-il prudent aux premiers personnages de l’État d’acculer à une résistance désespérée les hésitans de droite qui leur tendent la main et offrent de faire avec eux une alliance utile au pays ? Il faut à tout prix empêcher que les MM. Lafargue de demain n’obtiennent des sièges, comme précédemment, par l’appoint des voix conservatrices.

Le gouvernement présent qui n’a ni tous les défauts que lui prêtent ses adversaires, ni toutes les vertus que lui supposent ses amis, a eu du moins ce double mérite de maintenir, depuis bientôt un quart de siècle, la paix à l’extérieur et l’ordre à l’intérieur. Ce respect de l’ordre qui a fait suspendre l’immunité parlementaire de M. Baudin et l’a livré à la police correctionnelle, c’est l’un de nos biens les plus précieux, et l’arrivée aux affaires d’une majorité radicale le mettrait certainement en péril. Notre premier ministre disait, il y a quelques jours, à des commissaires de police qui lui étaient présentés : « J’aime à vous donner le nom que vous portez ; c’est un nom dont on ne rit plus… » Il a raison ; mais il ne faudrait pas que la France laisse entrer au parlement un bien grand nombre d’amis de MM. Baudin, Damay ou Ferroul, si elle veut pouvoir coffrer en toute liberté les anarchistes suspects, et si elle tient à ne pas voir, ailleurs qu’à Guignol, rosser journellement le commissaire.

Le besoin d’une majorité compacte et homogène ne se fait pas seulement sentir dans la politique générale ; il s’impose aussi pour l’achèvement de tant d’entreprises lointaines, commencées toutes à la fois, pour le règlement des questions économiques, soulevées toutes en même temps, et qui, les unes et les autres, demeurent irrésolues ou en suspens. On a vu, dans la dernière quinzaine, le sénat et la chambre discuter parallèlement deux propositions de loi relatives à l’administration des colonies, dues toutes les deux à l’initiative parlementaire, diamétralement opposées l’une à l’autre, et dont aucune d’ailleurs n’a abouti.

Le mal ici n’est pas bien grand, dira-t-on : il s’agissait de savoir, au sénat, si l’on rattacherait nos possessions d’outre-mer au ministère de la marine, à la chambre, si l’on créerait un ministère autonome des colonies, qui n’eût pas tardé sans doute à enlever aux affaires étrangères les pays de protectorat, à la guerre les troupes coloniales dont l’organisation soulève des problèmes si compliqués. Peut-être eût-il fallu donner une flotte à ce ministère nouveau, et nous aurions eu un troisième département militaire, amphibie, dont l’action eût été indépendante des deux autres. Le statu quo a été maintenu et le sous-secrétariat, confié à M. Delcassé, continuera jusqu’à nouvel ordre à fonctionner dans sa forme actuelle.

Quelques jours plus tard, l’action divergente, quoique mitoyenne, des deux fractions de notre parlement, a renvoyé aux calendes la mise en vigueur d’une loi qui n’est pas parfaite, — en est-il qui le soient ! — mais qui, du moins, eût apporté, dans les rapports du capital et du travail, ce coefficient d’humanité qui corrige la rigueur des lois naturelles. Je veux parler de la loi sur l’assurance obligatoire contre les accidens. Garantir les ouvriers, non pas contre les accidens dont ils sont victimes dans leur travail, cela est impossible, mais contre la misère à laquelle un accident peut les réduire, eux et leur famille, le souci de la solidarité, que possède aujourd’hui toute nation civilisée, ne peut rien engendrer de plus honorable. C’est bien, avouons-le, ouvrir une nouvelle brèche au socialisme d’État, dans le monument des doctrines économiques auquel on ne peut toucher sans péril.

Il appartenait à M. Léon Say de prémunir la chambre contre les excès de zèle du « socialisme bourgeois, » et il l’a fait avec son éloquence ordinaire. Mais le principal argument opposé à la loi nouvelle est un argument d’opportunité. En 1888, la chambre a déjà voté une loi sur ce sujet, le sénat l’a repoussée. En 1890, le sénat en a voté une autre qui a déplu au gouvernement et à la chambre. Lorsqu’il était ministre du commerce, M. Jules Roche en a présenté une troisième qui, amendée par la commission du travail, organise aujourd’hui le « risque professionnel » et l’assurance obligatoire, sur le modèle des législations allemande et autrichienne. Tous les patrons, grands ou petits, seraient astreints au paiement d’une prime variable, qui leur éviterait les débours personnels, en cas d’accident de leurs ouvriers, et assurerait à ceux-ci une indemnité raisonnable. Malheureusement, cette loi, en admettant qu’elle soit votée au palais Bourbonavant lafmdelalégislature, ne lésera pas au Luxembourg ; et le projet qui, depuis si longues années, est à l’étude, n’entrera pas encore dans la voie de l’exécution. Si au contraire la chambre avait accepté le texte du sénat, la loi eût pu être mise immédiatement en vigueur, quitte à être remaniée à loisir, à mesure que l’expérience en aurait dévoilé les défauts.

Nos représentans ne montrent pas moins d’inconséquence dans la façon dont ils prétendent traiter les affaires coloniales ; l’interpellalion de M. de Mahy sur Madagascar l’a une fois de plus démontré. La politique coloniale, à la mode il y a une douzaine d’années, et dont le Tonkin avait un moment dégoûté le pays, est heureusement redevenue en faveur. Tous, ou à peu près tous les partis, reconnaissent que la colonisation est une tâche qui s’impose, en notre période du monde, aux grands et riches États modernes. L’absence de colonies, dans un temps déterminé, avec l’esprit qui prévaut de nos jours, pourrait équivaloir à une sorte de séquestration du peuple qui aurait été assez inerte pour ne pas se créer des dépendances dans le monde, alors que le monde n’était pas complètement occupé.

Nous n’avons pas manqué à ce devoir, puisque notre domaine colonial comprend aujourd’hui une population de près de hO millions d’habitans, répartis sur la surface du globe. Seulement ce domaine est tantôt un peu fictif encore, tantôt extrêmement vague. Notre ministre des affaires étrangères doit travailler à la fois dans le roman et dans l’histoire : l’histoire, ce sont les relations extérieures avec les pays civilisés ; le roman, c’est la diplomatie en pays perdu, au sud de l’Asie ou au centre de l’Afrique, les ambassadeurs s’en allant à tâtons sur les cartes géographiques, sachant à peine de quoi ils parlent, se disputant des territoires que nul pied européen n’a pour ainsi dire foulés. Aussi est-ce merveille comme jaillissent les difficultés de frontières, sur des points où les frontières n’ont jamais été relevées, comme dans ce royaume de Siam qui n’est limité, ni avec l’Angleterre du côté de la Birmanie, ni avec la France du côté du Cambodge. Ce pourrait être bien pis en Afrique, où l’une de nos barrières, jusqu’à ce qu’on en ait adopté quelque autre plus solide, est le quatrième parallèle qui naturellement ne se voit pas sur le terrain.

Cependant lesparlemens, non-seulement à vrai dire celui de France, mais ceux de toute l’Europe, sont intraitables sur ces chapitres. Aucun ne veut céder un pouce des espaces mal définis qu’il pense lui appartenir. Les Anglais se sont récemment fort offusqués de ce qu’un poste français, voisin delà Gambie, ait enlevé un de leurs drapeaux, en-deçà d’une certaine zone de dix kilomètres qui leur a été adjugée ; mais, comme personne n’a jamais mesuré ces dix kilomètres, il se peut qu’il y en ait cent. De temps à autre un article paraît dans un journal, une question est posée à la tribune : on nous a volé un sultanat, une tribu, une vallée, au nord ou au sud de TOubanghi ou du lac Tchad I Et, tandis que la majorité baisse la tête, confuse, l’opposition se lève, furieuse : Où est ce sultanat ? je ne le sais pas très bien, mais il me le faut ; puisqu’on m’a dit qu’il était à moi, je ne veux pas me le laisser prendre…

En ce qui concerne Madagascar, on se souvient que la France, le 17 décembre 1885, à la suite d’une campagne militaire dont les résultats étaient plutôt négatifs, a signé avec les Hovas un traité par lequel ils nous ont reconnu la possession absolue de la belle baie de Diego-Suarez, dont nous étendons chaque jour le territoire à notre gré et qui compte aujourd’hui 25, 000 habitans. Ils ont admis aussi que nous ayons un résident général à Tananarive, lequel servirait d’intermédiaire entre la reine Ranavalo-Manjaka et les puissances étrangères. C’était un embryon de protectorat plutôt qu’un protectorat bien déflni. Ce qu’on ignore en effet, c’est que la mauvaise foi du gouvernement hova, ou plutôt du premier ministre qui concentre en ses mains toute l’autorité, se fit jour dès le lendemain de la signature du traité. Ainsi la copie française de cet instrument diplomatique portait que la France « préside » aux relations extérieures de Madagascar. A ce mot, les Malgaches, dans la copie traduite en leur langue, en substituèrent un autre qui voulait dire seulement que la France surveille ces rapports de Madagascar avec l’étranger.

Depuis sept ans le ministre malgache n’a laissé passer aucune occasion de montrer qu’il se souciait fort peu de nos droits les plus élémentaires. Il prétend, par exemple, contrairement aux engagemens pris, s’aboucher directement avec le « corps consulaire, » qui ne se compose à la vérité que de deux membres, un Italien et un Anglais. Ce dernier, s’étant absenté il y a quelques semaines, en informa notre résident général, qui, à son tour, en fit part au gouvernement hova ; à quoi ce gouvernement nous répondit par une lettre légèrement gouailleuse, dont le sens était celui-ci : « Je vous remercie de l’attention que vous avez de me l’apprendre, mais je le savais. » Ces menus détails, que M. de Mahy eût pu ajouter à son interpellation, et bien d’autres, ne prouvent rien, sinon que la « cour d’Emyrne » se moque de nous ; mais que nous importe !

L’Angleterre, l’Allemagne, toute l’Europe, ont reconnu notre protectorat, autant dire notre domination effective, le jour où il nous conviendra de l’établir. Mais ce jour est-il venu ? Lors même que le gouvernement hova serait à noire entière discrétion, ne sait-on pas qu’il est contesté lui-même, dans une notable partie de l’île, par exemple, sur la côte occidentale nord, par les populations sakalaves, contre lesquelles il n’a jamais osé entreprendre une campagne en règle. Tous ceux qui ont quelque connaissance de Madagascar savent que, pour transformer l’état de choses actuel en une pleine possession, il faudra une grande expédition militaire. Ce n’est pas une poignée de gendarmes, fussent-ils à cheval, comme le demandait un député, qui pourraient changer la face des choses. On devrait envoyer une dizaine de mille hommes et dépenser une centaine de millions. Et pourquoi ? Il n’y aurait pas un colon de plus. Partout où la colonisation se porte, il faut l’appuyer, comme à Fort-Dauphin et à Tamatave ; mais il est impossible de la décréter à coups de fusil. Les parlementaires les plus enragés d’ailleurs à recommander une action énergique ne seraient-ils pas aussi les plus déterminés à refuser les crédits indispensables ?

Question d’argent 1 question débattue aujourd’hui par tout le monde entre les peuples et les gouvernemens. C’est une question d’argent qui s’agite au fond des élections allemandes, et il se peut bien que ce soient des intérêts d’argent qui en procurent la solution. C’est aussi sur la question d’argent qu’a sombré le ministère Tricoupis, en Grèce. Comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal, la Grèce connaît cette ignoble mélancolie qui naît des embarras pécuniaires. Comme eux, la Grèce doit solder, à l’aide d’emprunts extérieurs, le paiement des intérêts contractés en une monnaie n’ayant pas cours chez elle. De 188/j à 1893, la circulation fiduciaire, qui était dans ce petit pays de 88 millions de drachmes, a augmenté de 35 pour 100, et le change, qui était alors au pair, est aujourd’hui en perte de 30 pour 100 au préjudice de la Grèce. D’autre part, le déficit moyen du budget a été de 45 millions, auxquels il a été pourvu par l’emprunt. Le gouvernement hellène, voulant s’arrêter sur cette pente, a demandé des conseils à Paris et à Londres. Les commissaires envoyés à Athènes ont cherché des remèdes et rédigé des rapports, où ils envisageaient toutes les solutions. La plus simple, c’était assurément la faillite, et il ne manquait pas de gens en Europe pour la recommander au roi George. Mais le peuple grec a de la fierté, il voudrait faire honneur à sa parole. Le souverain avait brusquement cassé, il y a un an, M. Delyannis ; il avait dissous la chambre, et, après avoir confié le pouvoir pendant quelques semaines à un membre du tiers-parti, M. Constantopoulo, il avait appelé de nouveau aux affaires M. Tricoupis, dont le premier devoir paraissait être de rétablir l’équilibre dans le budget. Le passé de M. Tricoupis semblait le mal préparer à cette tâche. Il avait toujours voulu faire grand ; le pan-hellénisme, — car il y a un pan-hellénisme comme il y a un pan-slavisme, un pan-germanisme et même un pan-serbisme, — avait été son rêve ; il avait beaucoup sacrifié à sa propagande dans les Balkans.

Cependant il faut lui rendre cette justice que, depuis son retour au ministère, il paraissait renoncer à la réalisation, au moins prochaine, de ses désirs politiques, et s’était exclusivement appliqué au soin des finances. La combinaison à laquelle il s’était arrêté consistait à effectuer un nouvel emprunt d’une soixantaine de millions, qui aurait servi à payer les coupons à l’étranger. Dispensé alors d’acheter des remises sur le marché, le gouvernement grec eût pu consacrer ses fonds disponibles à retirer du papier-monnaie et à rembourser les banques. Quant à l’emprunt, reconnu impossible à Paris, on était sur le point de le conclure à Londres ; de tous les hommes d’État de la Grèce, M. Tricoupis est du reste celui quia, en Angleterre, le plus de relations personnelles. Cet emprunt une fois conclu, on devait fermer pour longtemps le grandlivre de la dette publique. Au dernier moment, les négociations ont été rompues. Les Anglais voulaient que le service de l’emprunt fût gagé sur des recettes dont ils auraient contrôlé le recouvrement par une administration et avec des fonctionnaires distincts. Le premier ministre hellène avait, bien qu’à contre-cœur, accepté ces conditions, mais il voulait faire sanctionner cet accord par la chambre ; les banquiers britanniques refusèrent de rester aussi longtemps engagés ; le krach australien survint dans ces entrefaites, et il est fort possible qu’il ait influé sur les décisions des prêteurs.

Bref, M. Tricoupis, devant l’échec de ses combinaisons, offrit sa démission au roi, qui l’accepta. Le nouveau ministère, présidé par M. Sotiropoulo, parlementaire économe, vieilli dans les affaires publiques, et composé notamment de MM. Rhallys, Contostlavos, le colonel Corpas et le capitaine de vaisseau Criezis, ce dernier fils du célèbre navarque des guerres de l’indépendance, le nouveau ministère a indiqué les moyens qu’il compte employer pour sortir de la situation difficile qui s’offre à lui : M. Sotiropoulo est convaincu qu’il pourra payer le coupon de juillet et que l’établissement du monopole du tabac et la revision du régime fiscal, ayant pour base l’impôt foncier, permettront à un gouvernement, gérant les revenus du trésor en bon père de famille, de donner au budget un équilibre stable. Quant aux travaux publics, il faudra nécessairement les réduire et les exécuter seulement avec les plus-values éventuelles de l’impôt. Le premier ministre hellène aura à lutter avec ses rivaux, MM. Carapanos et Constantopoulo, dont les systèmes financiers diffèrent radicalement du sien, — le second s’est résolument prononcé pour la faillite. Il se présente en outre devant une chambre résolument hostile, de laquelle trois seulement des membres du cabinet, sur sept, font partie, et qu’il sera à bref délai dans la nécessité de dissoudre avec le consentement royal, qui lui est dès à présent acquis.

Le chef du nouveau cabinet norvégien, M. Stang, serait heureux sans doute d’en pouvoir faire autant pour le Storthing, qui, depuis un mois, ne lui a ménagé ni les ordres du jour désagréables, ni les votes malveillans sur toutes les questions. D’autant plus que, les radicaux norvégiens ne disposant que de 12 à Ik voix de majorité sur les 11 4 membres dont se compose l’assemblée, il ne serait pas impossible qu’une nouvelle consultation du pays modifiât la composition actuelle des partis. Seulement, la constitution ne permet pas au roi de dissoudre le Storthing. On sait que la crise a pour origine la question des consulats, actuellement communs à la Suède et à la Norvège et que cette dernière voudrait voir distincts pour chacune des deux couronnes.

Mais ce n’est là que la cause apparente du malaise dont souffrent dans leurs rapports les deux royaumes Scandinaves. Il y a d’abord incompatibilité d’intérêts : le Norvégien est libre-échangiste, le Suédois est protectionniste ; il y a ensuite différence de tempérament politique : le Suédois est traditionnel ; toute institution qui existe a, par ce seul fait, à ses yeux un droit évident à l’existence. Si l’on y touche, que ce soit avec la lime, jamais avec la hache. Le Norvégien, au contraire, est novateur ; il aime tellement le progrès et redoute tellement la routine qu’il se méfie de tout ce que le temps a fondé. Les questions militaires ont aussi fourni, ces dernières années, matière à discorde : les Suédois voudraient supprimer cette clause du pacte d’union, qui défend au roi de se servir du Landvârn norvégien, hors des frontières de Norvège. L’armée suédoise, n’étant pas dans le même cas, pourrait être, disent-ils, appelée à défendre la Norvège, en cas de guerre, tandis que l’armée norvégienne ne serait pas astreinte aux mêmes obligations vis-à-vis de la Suède.

On ne voit pas bien à quelles éventualités belliqueuses la Scandinavie aurait à faire face ; mais, dans notre temps de paix générale, personne ne croit avoir assez de soldats, et la prudente Belgique elle-même se réjouit de ce que son nouveau ministre de la guerre, le général Brassine, parle de la doter d’une armée de 300, 000 hommes ! Les Suédois ne refusaient pas de s’imposer aussi de nouveaux sacrifices ; ils ont quelque peu augmenté l’an dernier la durée du service actif de leurs troupes. Même, dans la discussion qui est intervenue à ce sujet au Riksdag de Stockholm, le ministre du roi Oscar a laissé échapper un mot malheureux : « Avec l’augmentation de forces que nous vous demandons, a-t-il dit à la majorité, nous pourrons parler suédois aux Norvégiens. » Ce langage, qui contenait une menace peu déguisée à l’adresse du royaume-frère, fit une impression fâcheuse à Christiania. Nul, d’ailleurs, dans la presqu’île du Nord, n’a l’intention de dénouer jamais le conflit par les armes, dans le cas où il ne pourrait se terminer autrement. Bien au contraire ; le roi a de tout autres projets, et, quant à la Norvège, le désir de la paix est si grand chez elle que le président radical du Storthing, faisant allusion aux visées que l’on prête à la Russie d’obtenir un port sur l’Atlantique, a pu prononcer, avec l’approbation de ses collègues, cette phrase typique : « Si la Russie tient à avoir un port dans le nord de la Norvège, pourquoi ne le lui céderions-nous pas ? »

Le moment n’est pas venu d’envisager l’éventualité d’une semblable annexion, qui, nous le savons, sourirait beaucoup au grand état-major moscovite, et dont on s’est préoccupé déjà plusieurs fois à Saint-Pétersbourg. Aussi bien tout porte-t-il à croire qu’elle n’est pas près de se réaliser, et que le pacte Scandinave de 1815, qui intéresse à un haut degré l’équilibre européen, et qui a donné à la Norvège comme à la Suède quatre-vingts ans de paix et de prospérité, n’est pas à la veille de se rompre.

Le ministère Stang se propose, aux premières élections, qui ne pourront avoir lieu qu’à l’automne de 1894, de prendre audacieusement comme plate-forme le maintien ou la dissolution de l’union. Il sait qu’aucune concession ne désarmera des adversaires qui l’ont invité, la semaine dernière, à prendre l’ordre du jour voté contre lui « comme un revolver pour se suicider ; » il sait qu’une satisfaction sur le chapitre des consulats, que la nomination même d’un ministre des affaires étrangères, alternativement Suédois et Norvégien, et la communication à la chambre norvégienne des documens diplomatiques, sont de petits palliatifs à une situation que des séparatistes républicains ont créée, et qu’il vaut mieux poser au peuple norvégien une question claire et précise. Il espère que, dans ces conditions, une majorité se prononcera pour le maintien de l’union actuelle, d’autant plus qu’il ne s’agira que d’un déplacement de 6 ou 7 voix. Jusque-là, il s’efforcera de vivre en paix et de gérer les affaires courantes, ce qui lui sera d’autant plus aisé, pensons-nous, que les radicaux norvégiens n’iront pas jusqu’à un refus positif des deux budgets qu’ils ont encore à voter.

Ce n’est pas seulement en Scandinavie que l’union, sous une même couronne, de nations distinctes, pour ne pas dire hostiles, suscite des dilfîcultés constantes. La Hongrie, qui inaugurait solennellement la semaine dernière le monument des honveds, morts en 1849, pendant le siège de la citadelle de Bude, que défendaient les troupes impériales, prétendait faire jouer au gouvernement de l’empereur-roi, acclamé quelques jours avant dans la capitale par des Eljen bien nourris, le rôle du guillotiné par persuasion. L’extrême gauche nationaliste exigeait que les personnages officiels et les honveds d’aujourd’hui, c’est-à-dire une portion de l’armée régulière, défilassent en uniforme devant le monument élevé aux héros de l’indépendance. Ces héros, l’Autriche ne peut les admirer sans réserve, puisqu’en 1848 elle faisait pendre à Vienne, en effigie, les chefs du mouvement, parmi lesquels le comte Andrassy.

Pour tout concilier, le ministère proposa de rendre les mêmes honneurs au monument du général Henzi, le défenseur de la forteresse, de façon qu’à dix minutes d’intervalle on eût successivement glorifié les deux idées contraires, l’insurrection et la réaction, la Hongrie et l’Autriche, le parti de la liberté et le parti de l’ordre. Cette demi-mesure fut qualifiée par les radicaux hongrois d’impiété nationale, et la fête, grâce à la dextérité du cabinet Wekerlé, put conserver un caractère semi-privé.

Quoiqu’il ait à vaincre une opposition moins redoutable, puisqu’il dispose d’une forte majorité, le ministère italien n’en vient pas moins de subir une secousse assez pénible, d’où il est sorti notoirement courbatu : la nouvelle session du parlement s’était ouverte dans le plus grand calme, un calme qui frisait même l’indifférence ; le président de la chambre, M. Zanardelli, avait été obligé de lever la séance deux jours de suite, au moment des votes, faute du quantum légal. La discussion du budget n’avait pas attiré plus de monde à Monte-Citorio ; quand vint le tour de la marine, il y eut un moment où le ministre et presque tous les orateurs se trouvèrent absens. Le budget de la justice ne fit pas davantage salle comble ; néanmoins, après cinq séances dans lesquelles la chambre italienne, — semblable en cela aux autres assemblées délibérantes, — avait été invitée par plusieurs membres, à tour de rôle, à augmenter le nombre et le traitement des fonctionnaires et à réaliser des économies, après que tous les articles du budget judiciaire eurent été votés l’un après l’autre, l’ensemble de ce budget fut repoussé à la majorité de 138 voix contre 133.

Le soir même, M. Giolitti remettait au roi la démission collective du cabinet. Depuis, un raccommodement a été opéré ; les opposans ont fait savoir qu’ils en voulaient au seul M. Bonacci, garde des sceaux, auquel son caractère autoritaire avait attiré des antipathies personnelles et que l’on a définitivement dèharquL II a été remplacé par M. Eula, magistrat de carrière, jouissant d’une grande réputation d’intégrité. M. Giolitti a profité de cette occasion pour mettre fin à l’intérim de M. Grimaldi, aux finances, dont il a confié le portefeuille à M. Gagliardo, son ancien secrétaire du ministère du trésor. Ainsi remanié, et en supposant que le roi, selon toute vraisemblance, ait usé de son influence personnelle sur le ministre des affaires étrangères, M. Brin, pour améliorer les rapports assez tendus entre ce dernier et le président du conseil, le cabinet italien n’en a pas moins à résoudre plusieurs difficultés dont une seule peut suffire à amener sa chute irrémédiable.

Ceux qui, selon le mot de M. Giolitti lui-même, « ne sont pas contens d’avoir vu seulement sa mort, mais voudraient assister à son enterrement, » font remarquer que ni l’affaire des banques n’est terminée, ni la loi sur les pensions n’est votée au sénat, ni la situation budgétaire n’est éclaircie. Il y a des optimistes qui comptent sur la Providence pour tout arranger, et qui disent avec confiance, comme M. le sénateur Cambray-Digny : « Des hommes viendront qui assureront l’assiette financière et économique… » Un système qui consisterait à attendre des « signes dans le ciel » serait indigne d’un grand pays, et cependant personne, en Italie, ne veut entendre parler de nouveaux impôts, ni proposer de nouvelles réductions dans les dépenses. La loi des pensions n’est qu’un expédient, un emprunt déguisé qui ne résout rien.

Depuis trois semaines, l’Europe entière a les yeux fixés sur l’Allemagne, où la période électorale est en pleine activité. Chacun se demande quel sera le résultat du conflit entre le gouvernement et le Reichstag ; si la nouvelle assemblée votera les crédits militaires et si, dans le cas où elle ne les voterait pas, l’empereur Guillaume croirait pouvoir tenter, comme il l’annonce, une deuxième dissolution. Les personnages officiels de Berlin n’hésitent pas à dire, et en cela ils sont dans leur rôle, qu’on n’aura pas à en venir là, que le service de deux ans est populaire, qu’on ne peut l’établir légalement, parce que la constitution s’y oppose, mais que la promesse de l’empereur vaut une loi ; ils ajoutent qu’une entente ne sera pas aussi difficile à aboutir qu’on le suppose généralement.

Cette opinion n’est peut-être que l’écho du désir intérieur de ceux qui l’expriment ; quelques heures avant le vote du 8 mai, on nourrissait encore, dans l’entourage du chancelier, des illusions analogues. En tout cas, les manifestes dans lesquels les divers partis exposent successivement leurs programmes, avec une tranquille fierté, les montrent décidés à aller jusqu’au bout, sans que personne puisse dire au juste quel sera ce bout. On s’accorde à croire que les progressistes perdront des sièges, mais que les socialistes en gagneront, sinon autant qu’ils le disent, du moins en quantité redoutable. Il n’est pas d’assemblée pour laquelle il soit plus difficile d’établir des pronostics que le Reichstag allemand ; attendu que d’une élection à l’autre, dans les huit scrutins qui ont eu lieu depuis 1871, la répartition des voix entre les différentes opinions a énormément varié. Par exemple, les libérauxnationaux sont montés de 1 million à 1, 700, 000 suffrages de 188^ à 1887, pour retomber à moins de 1, 200, 000 en 1891.

Il faut aussi considérer que, parmi les adversaires du comte de Caprivi sur la loi militaire, il en est beaucoup, dans le centre et le parti progressiste, qui souhaitent son maintien au pouvoir ; tandis que, parmi ceux qui l’ont appuyé de leur vote en cette circonstance, il en est également un grand nombre, agrariens et conservateurs du parti de l’Empire, qui verraient sa chute avec grand plaisir. D’autre part, plus de vingt— deux membres actuels du centre, dont quelques-uns des plus marquans, ne se représentent pas ; l’autorité de M. Lieber, comme chef de ce groupe, est contestée. A gauche, la scission des progressistes, loin de prendre fin, n’a fait que s’accentuer. Malgré les efforts faits par des amis communs pour les réconcilier, MM. Hinze et Richter sont plus éloignés qu’au jour même de la dissolution. Toutes les prédictions sur l’issue des élections, et ensuite sur le dénoûment de la crise, seraient donc quelque peu audacieuses et vaines. Le principal, pour la paix du monde, c’est qu’il ne paraît y avoir d’aucun côté, en Allemagne, une de ces idées « têtues et rudes, » comme on en a vu dans des élections antérieures. La politique est l’art des transactions, et les hommes sages d’outre-Rhin paraissent le comprendre. Guillaume II hésitera devant un coup d’Etat où il pourrait risquer la couronne impériale, l’opposition hésitera devant une résistance où pourrait sombrer la liberté allemande.

V* G. d’Avenel.