Chronique de la quinzaine - 31 décembre 1832

Chronique n° 18
31 décembre 1832


Chronique de la quinzaine.


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§. I.


C’est au moment où l’année qui finit cède la place à l’année qui commence, c’est de Noël à la Circoncision que de temps immémorial les étrennes se distribuent universellement, bon gré mal gré, de par le monde.

Or, dans ces derniers jours aussi comme à l’ordinaire, et pour obéir à l’usage, maîtres et domestiques, amans et maîtresses, femmes et maris, papas, mamans et petits-enfans, on s’est partout réciproquement donné de l’argent, des bénédictions, des baisers sur les joues, des cachemires, des souhaits de bonheur, des almanachs, des bonbons, des joujoux et mille autres douces choses.

Les peuples et les gouvernemens n’ont pas été moins polis et moins courtois entre eux.

Ainsi, lord Grey a donné des élections à l’Angleterre, et l’Angleterre a donné à lord Grey un parlement whig.

Notre ministère a présenté à nos chambres un assortiment complet de projets de lois politiques et financières, et leur a proposé l’introduction d’un quasi-article 14 dans la charte, et nos chambres reconnaissantes ont accordé à notre ministère des fonds provisoires et définitifs, et un monument à la Bastille.

Le maréchal Gérard et le baron Chassé se sont bravement salués à coups de canon, et ont échangé en guise de dragées un nombre infini de bombes et de boulets ; puis, pour conclure, les Hollandais ont livré leurs armes et leur citadelle à notre armée, qui va faire hommage du tout au roi Léopold, et sera payée sans doute de ses peines et de ses morts en poignées de mains et en remercîmens.

N’oublions pas non plus de le dire : pendant le siège, un élégant général d’artillerie, célèbre surtout par son retour de Sainte-Hélène, étant venu de Paris visiter le maréchal dans la tranchée, et lui apporter les conseils des Tuileries, l’indocile général en chef aurait, à ce qu’on prétend, immédiatement renvoyé aux Tuileries les conseils et l’ambassadeur, après avoir toutefois honoré ce dernier d’une gratification sur laquelle il n’avait pas compté sans doute.

Vous le voyez, ce ne sont de tout côtés que dons et félicitations ; C’est bien, les petits cadeaux entretiennent l’amitié des familles comme celle des princes et des nations.

Mais nous, pauvre chroniqueur, qu’allons-nous donc offrir en étrennes à nos excellens lecteurs des Deux Mondes ? hélas ! une pauvre et simple chronique, un innocent résumé des derniers évènemens advenus dans les coulisses et dans le monde artiste et littéraire ; puis, les arrérages de cette petite rente scandaleuse soldés pour l’an de grâce 1832, la promesse de la leur servir exactement et de notre mieux de quinzaine en quinzaine en l’an de grâce 1833.

Le tribunal du commerce n’a pas encore rendu son arrêt dans l’affaire du roi s’amuse ; mais la cause est instruite et plaidée. Après son avocat, M. Odillon Barrot, M. Victor Hugo a parlé lui-même ; — il a parlé comme il écrit. La renonciation qu’il vient de faire à sa pension littéraire complète admirablement sa belle défense. De quoi lui serviront cependant contre M. d’Argout tant d’éloquence et de bon droit ? M. d’Argout n’a pas fait ce pas pour reculer. Ce ne sont, pas seulement les drames que M. d’Argout confisque ; il confisque aussi les bals, et n’était le mauvais temps, il confisquerait, sans doute également les promenades. En vérité l’on se demande maintenant avec inquiétude où s’arrêtera l’avidité de ce ministre accapareur de nos plaisirs.

Le Théâtre-Français et le Théâtre national du Vaudeville nous ont donné, pour clore l’année, des représentations extraordinaires. Celle des Français, au bénéfice de mademoiselle Dupont, avait excité surtout un vif et universel intérêt. C’était vraiment, une solennité que cette représentation. Si d’un côté le monde élégant et fashionable garnissait les balcons et les loges de la salle, de l’autre, pas un des vieux habitués qui ont vu Fleury et mademoiselle Raucourt, pas une de ces respectables têtes qui ont blanchi à l’orchestre de la rue Richelieu, pas une ne manquait à l’appel. C’est qu’il s’agissait de juger cette audacieuse tentative de madame Dorval qui allait bien oser paraître à côté de mademoiselle Mars, dans l’Amant bourru de Monvel, cette pièce du bon temps de la comédie. Madame Dorval du boulevard ! Madame Dorval qui avait joué avec tant d’âme et de puissance Adèle, Marion Delorme, ces rôles indignes de la scène française, madame Dorval dirait-elle convenablement les vers de monsieur Monvel ? Madame Dorval marcherait-elle, comme il convient, sur les planches classiques ? Madame Dorval ferait-elle les gestes requis ? Madame Dorval lèverait-elle bien le bras à la hauteur voulue, donnerait-elle le coup de pied dans la queue de sa robe selon les saines traditions ? Madame Dorval se tiendrait-elle dignement devant la rampe et sans trop regarder ses interlocuteurs, ainsi que cela se pratiquait jadis pour plus de vérité ? — Telles étaient les hautes questions d’art qui s’agitaient d’avance à l’orchestre, et sans se prononcer formellement sur leur solution, trahissant involontairement sa pensée, plus d’une perruque contemporaine de Monvel lui-même se secouait et se dandinait en signe d’incrédulité. Il a fallu peu d’efforts à madame Dorval pour dissiper complètement ces injustes préventions. Sa parfaite tenue, sa grâce facile et son excellente diction lui ont même d’abord conquis le suffrage des amateurs d’autrefois les plus exclusifs et les plus absolus. Quant à mademoiselle Mars, qui avait fait preuve de courage et de bon goût, en consentant à se montrer auprès de sa jeune rivale, nous ne surprendrons assurément personne si nous disons qu’elle a été spirituelle et charmante comme à son ordinaire.

Le plus divertissant quart d’heure de la représentation a sans contredit été celui durant lequel MM. Brunet et Vernet, des Variétés, ont joué quelques-unes des plus joyeuses scènes de Je fais mes farces. À l’occasion de cette amusante folie et avant qu’elle commençât, un grave incident s’était élevé dans les coulisses. M. Brunet y ayant fait apporter, comme accessoire indispensable de son rôle, le petit théâtre de Polichinelle, à l’aspect de Polichinelle et de son théâtre, toute la comédie s’était émue. Une importante discussion avait immédiatement eu lieu entre M. Brunet et messieurs et mesdames les sociétaires. Souffrirait-on l’apparition du théâtre de Polichinelle sur le Théâtre-Français ? Ferait-on voir au public Polichinelle après M. Monrose ? Les poupées et les marionnettes seraient-elles bien admises à se produire là où se montraient chaque soir MM. Faure et Saint-Aulaire, mademoiselle Brocard et mademoiselle Anaïs ? La dignité de la scène française n’était-elle pas intéressée à ce qu’une pareille profanation fût interdite. Voilà ce qui se disait d’une part. De l’autre, M. Brunet réclamait énergiquement l’assistance de Polichinelle et de son théâtre. M. Brunet déclarait que, pour le bénéfice d’aucune comédienne française du monde, il ne se séparerait jamais de Polichinelle. — Après de mûres délibérations, auxquelles on ne sait point si M. le commissaire royal fût appelé, une transaction intervint. On décida que M. Brunet pourrait paraître avec Polichinelle, mais à la condition qu’il le cacherait soigneusement sous sa redingote. Quant à son théâtre, il fut à l’unanimité résolu que son admission sur la scène française était impossible, et qu’il demeurerait pudiquement voilé dans le coin le plus sombre des coulisses pendant les farces de M. Vernet.

La représentation du Vaudeville avait attiré peu de monde. Il est vrai de dire que le bénéficiaire avait on ne peut plus maladroitement composé son spectacle. Donner du Shakespeare et du Molière aux habitués de la rue de Chartres, n’était-ce pas un non-sens complet ?

Quoi qu’il en soit, malgré la grande Aventure de M. Scribe, qu’il a fallu d’abord subir, cette représentation a été bien belle pour ceux qui en ont su jouir.

Mademoiselle Smithson s’y est montrée sublime d’âme et de poésie dans le cinquième acte de Roméo et Juliette, et puis nous y avons revu madame Dorval, qui jouait pour première fois l'Elmire du Tartufe. Ce rôle si délicat et si difficile a été rendu par elle avec une finesse d’intention parfaite et une admirable chasteté. Cette seconde épreuve est décisive. Il est maintenant évident que madame Dorval est comédienne aussi accomplie qu’elle est grande tragédienne. Sa place est désormais doublement marquée au premier rang.

De même qu’il gèle, de même qu’il fait du brouillard en décembre, en décembre il pleut inévitablement aussi des almanachs et des keepsakes. C’est la température littéraire de la saison. Prenons donc la littérature et le temps comme ils viennent. Prenons les almanachs et les keepsakes comme on nous les donne.

Les keepsakes sont nés en Angleterre. En France, ce sont des étrangers arrivés tout récemment ; aussi leur condition est-elle bien différente dans les deux pays. Ainsi, chez nos voisins, les poètes de keepsakes sont des poètes aristocrates, des poètes grands seigneurs. Ils envoient leur poésie telle quelle, et ce sont les graveurs qui sont chargés de l’illustrer par de magnifiques vignettes. Chez eux, le procédé est fort différent. Les poètes de nos keepsakes sont de pauvres petits poètes bourgeois et citoyens, avec lesquels on en use tout-à-fait familièrement et sans façon ! Voici par exemple comment on s’y prend avec eux. L’éditeur fait venir de Londres un certain nombre de vignettes empruntées à des almanachs anglais. Alors il convoque ses poètes, et les poètes venus, il leur dit : Illustrez-moi ces vignettes avec votre poésie. Et les poètes se mettent à l’œuvre, et illustrent les vignettes de leur mieux. C’est de cette façon que l’on nous a fabriqué les Annales romantiques, le Nouveau Keepsake français, la Perle, les Femmes littéraires et les Soirées littéraires de Paris[1]. Charmans recueils qui n’ont d’autre tort que celui de nous offrir un texte fait d’après des gravures, et en général fort inférieur à elles. Ce tort est-il bien au surplus celui de l’éditeur ? Oh ! non pas. Il est le nôtre assurément. Nous voulons en France, sinon un gouvernement, du moins des almanachs à bon marché, et l’on nous sert en conséquence.

Il serait d’ailleurs bien injuste de proscrire indistinctement toutes les pièces que renferment ces jolis volumes. Empressons-nous, au contraire, de le reconnaître : principalement parmi celles qui ne servent point d’illustrations aux vignettes, il s’en trouve de véritablement remarquables ; et dans les Soirées littéraires de Paris, recueil publié par madame Amable Tastu, entre autres excellens morceaux, nous avons lu surtout avec bonheur le Désir de M. Saint-Beuve et un délicieux sonnet de madame Marie Nodier-Ménessier.

Un recueil plus complètement littéraire s’est produit aussi modestement avec les almanachs, et ne mérite pourtant pas d’être confondu dans leur foule ; c’est l’Album de la mode. Cet album se recommande hautement par les pages brillantes et les contes spirituels dont MM. Eugène Sue et Alexandre Dumas l’ont enrichi. Quant à ses illustrations lithographiques, bien que dues au crayon de nos meilleurs artistes, placées comme elles sont dans un livre de luxe, elles semblent manquer de finesse et de légèreté, et luttent ainsi avec trop de désavantage contre les vignettes anglaises.

Parmi les nombreux keepsakes de cette année, il en est un qui a fait récemment quelque bruit dans le monde politique. Celui-là, ce n’était pas le Nouveau Keepsake français ; c’était le Keepsake français tout uniment. Or, se séparant avec éclat de la famille des almanachs, famille essentiellement ministérielle et amie des royautés de fait, ce Keepsake français avait arboré, au son des fanfares de la Gazette, le drapeau de la légitimité, et s’était dédié corps et âme à la prisonnière de Blaye. Là-dessus grand scandale. Les noms poétiques qui marchaient sous la blanche bannière de ce keepsake, hurlaient disait-on de se rencontrer ensemble. Qu’allaient faire, s’écriait-on, au château de Blaye MM. Alexandre Dumas et Casimir Delavigne, en la compagnie de M. le comte Jules de Resseguier et de M. le vicomte de Châteaubriand ? — Moi qui sais les aventures de ce keepsake, je vais vous les conter, et vous allez voir que si ces messieurs vont à Blaye, ce n’est nullement la faute de la plupart d’entre eux. Sachez d’abord que ce nouveau keepsake est un très vieux keepsake ; c’est un keepsake né en mil huit cent trente ; ce fut donc d’abord un keepsake de juillet, un keepsake des barricades ; ce fut un keepsake citoyen, un keepsake philippiste, un keepsake qui, en naissant, ne crut pouvoir mieux faire que de se dédier à Marie-Amélie, reine des Français. Malheureusement cette dédicace ne fit point la fortune du pauvre keepsake. Ce fut peut-être à cause de sa maladresse ; peut-être ne sut-il pas suffisamment prouver qu’il avait renversé l’ancienne monarchie et consolidé la nouvelle. Que ne demandait-il des conseils à M. Cousin, à l’heure qu’il est l’un de nos pairs de France ? Il ne le fit point sans doute. Toujours est-il que la révolution de juillet ne fut nullement prospère au keepsake français.

Il ne se vendit point. C’était pourtant un beau keepsake. C’était un keepsake orné de vingt magnifiques vignettes anglaises, et d’un portrait de la reine, avec accompagnement de poésies libérales et républicaines. Tout cela ne lui servit de rien. Encore une fois, il ne se vendit point. Le malheureux keepsake attendit deux ans sans se plaindre. Mais enfin il perdit patience. Un beau matin, il avisa qu’il aurait plus de chance, s’il changeait de drapeau et faisait volte-face. Arrachant donc de son frontispice le portrait de la reine des Français, il y substitua celui de madame la duchesse de Berry. Il se dédia à la mère de Henri V, avec tout le bagage de ses noms révolutionnaires, surchargé de quelques noms légitimistes des plus significatifs. Voilà l’histoire de ce keepsake français, et cette histoire n’a rien de bien surprenant. C’est exactement aussi, ce me semble, celle de M. de Salvandy, le conseiller d’état. Le Keepsake français et M. de Salvandy ont vogué de conserve et ont tenu même conduite politique. Le Keepsake et M. de Salvandy s’étaient également dédiés à la nouvelle dynastie. Il lui avaient dévoué l’un sa poésie prosaïque, l’autre sa prose poétique. Cela leur valut à tous deux un mince profit. Le Keepsake ne trouva point d’acheteurs ; M. de Salvandy ne put se faire nommer membre de la Chambre des députés, ni même de l’Académie.

Et voilà tout simplement pourquoi ils ont l’un et l’autre à la fois changé leurs dédicaces. Voilà pourquoi ils se sont en même temps inaugurés de nouveau sous les auspices de la prisonnière de Blaye. A la bonne heure. Je ne sais s’il est maintenant plus profitable de courtiser le pouvoir tombé que le pouvoir debout. Cela du moins est plus généreux, et je souhaite bien sincèrement pour ma part, que le Keepsake français et M. de Salvandy prospèrent davantage à l’ombre de la branche aînée qu’à l’ombre de la branche cadette.



§. II. — BULLETIN LITTÉRAIRE

Tant de livres se sont amoncelés autour de nous, durant le mois qui vient de s’écouler, que l’espace et le temps nous manquent pour en parler et les examiner avec détail.

La Strega[2] de M. Ernest Fouinet, l’un des collaborateurs des Cent-et-un, se distingue surtout par la poésie et la naïveté de son style. On regrette seulement que l’auteur ait à plaisir embarrassé son action de cette Strega, personnage inutile, espèce de Quasimodo femelle qui serait déjà de trop dans le livre, lors bien même que le type n’en serait pas évidemment emprunté à l’admirable Notre-Dame-de-Paris, de M. Victor Hugo.

En ce qui concerne les Pilotes de l’Iroise[3], roman maritime, de M. Edouard de Corbière, nous nous récusons nous-mêmes, et nous déclarons notre critique incompétente. Cet ouvrage s’adresse, au surplus sans doute exclusivement aux hommes de mer. A eux appartient donc de le juger.

Le duc d’Enghien, histoire-drame[4], par M. Edouard d’Anglemont, n’est en somme qu’un paradoxe historique mis quelquefois en scène avec habileté, mais qui sur aucun point ne peut soutenir sérieusement la discussion. Une préface très littérairement malicieuse et piquante précède l’histoire-drame de. M. Edouard d’Anglemont. Cette préface est plus méchante assurément que son auteur, et meilleure que son livre.

le marquis de kernotriou, soirées d’un vieux manoir breton, par m. paul buessard. [5]

C’est une singulière société que celle qui vient passer les soirées dans le vieux manoir breton du marquis de Kernotriou, dit M. Paul Buessard, au commencement de son livre, et nous sommes vraiment du même avis. C’est une société bien singulière en effet.

Vous y trouvez des républicains et des doctrinaires, des légitimistes et des Philippistes, des Parisiens, des banquiers, des colonels, des marins, des classiques et des romantiques ; et tout cela joue des proverbes, tout cela se raconte à l’envi des histoires.

Et puis, lorsque l’on n’a plus rien à se dire, lorsqu’on est à bout d’esprit, d’histoires et de proverbes, l’auteur, qui est lui-même de la société du marquis de Kernotriou, intervient en personne, et se charge d’ordinaire de la partie sentimentale de la conversation.

Voici comment il se met habituellement en scène :

Il y a toujours quelque demoiselle ou quelque dame qui prend l’initiative, et dit au jeune auteur ou au jeune barde ; — c’est ainsi que l’écrivain se qualifie alternativement : — M. Paul, parlez-nous de votre Elisa.

M. Paul ne se fait jamais prier. Il sourit et se recueille, puis il parle de son Elisa et récite une élégie.

Ou bien on l’engage à se placer au piano ; et alors le jeune barde prend une guitare, parce que, suivant lui, quoique la guitare soit en opposition avec les idées du siècle, c’est le seul instrument qui se prête au développement des grâces.

Ayant ainsi choisi l’accompagnement qui lui convient, M. Paul chante des romances dont la musique et les paroles sont ordinairement de sa composition. Car, le jeune auteur daigne aussi nous l’apprendre, il n’a pas cultivé moins amoureusement l’art des Beauplan et des Rossini que celui des Lamartine et des Casimir de Lavigne ; et non-seulement il est poète pour son propre bénéfice, mais il a même essayé de dresser son Elisa à la structure du vers.

Ceci n’empêche point qu’une histoire fatale et sanglante, une histoire principale ne soit jetée et ne trouve place au milieu des autres récits, et ne se poursuive à travers les conversations et les proverbes, et sans préjudice des élégies et des romances de M. Paul.

Il nous serait difficile d’analyser cette histoire, attendu que, pour éviter probablement les répétitions de noms, M. Paul Buessard a eu l’ingénieuse idée d’en donner plusieurs à chacun de ses personnages. Il en résulte que le lecteur les confond continuellement les uns avec les autres, ce qui répand dans tout le drame une obscurité profonde et un impénétrable mystère.

Quoi qu’il en soit, le dénoûment est amené par une péripétie vraiment neuve et dont nous ne saurions trop féliciter le jeune auteur.

A la trente-neuvième soirée, au trente-neuvième chapitre, l’héroïne principale de M. Paul Buessard, Azélie, ou, si vous l’aimez mieux, Amédina, — car elle a deux noms, — bref, l’héroïne est mourante.

— M. Paul, dit-elle alors, parlez-moi de votre Elisa.

M. Paul lui parle de son Elisa. L’héroïne meurt. C’est bien. Vous, simple lecteur, vous pleurez selon le temps et la sensibilité que vous avez ; puis, quand vous avez fini, quand vous avez essuyé vos yeux, vous passez au quarantième chapitre, à la quarantième et dernière soirée.

Mais voici à quoi vous ne vous attendiez guère :

L’héroïne est dans le cercueil, le cercueil est dans l’église. Tout-à-coup le héros, Reynold ou Léonard, comme il vous plaira (car il a deux noms aussi), le héros donc, se précipite sur le cercueil, le brise et en retire le corps de l’héroïne qui respirait encore, mais qui lui meurt bientôt définitivement entre les bras. De façon que vous, triste lecteur, qui avez pleuré déjà, il vous faut reprendre votre mouchoir et pleurer derechef comme si vous n’aviez rien fait.

Pour peu que cela puisse d’ailleurs vous consoler, M. Paul Buessard vous apprend, dans la conclusion de son livre, que Reynold ou Léonard, son héros, qui ne meurt point, joue maintenant un grand rôle sur la scène politique.

Or, si M. Paul Buessard n’a pas dit cela seulement pour nous intriguer, il y a maintenant sur la scène politique un bien étrange personnage.


résignée, par m. gustave drouineau.

Il faut faire deux parts du nouvel ouvrage de M. Gustave Drouineau.

Dans Résignée[6], vous avez donc d’abord un roman écrit d’un style simple et chaleureux, un roman rempli d’intérêt, de nobles sentimens et d’honorables passions. Cette part est de beaucoup la meilleure, sinon la plus curieuse. — Vous avez ensuite une religion nouvelle, un néo-christianisme.

Ce néo-christianisme filtre bien quelque peu à travers toutes les pages du livre ; mais son réservoir est dans la préface. Cette préface est intitulée Promenade aux Tuileries, et M. Gustave Drouineau s’y introduit lui-même, afin d’exposer ses idées néo-chrétiennes.

M. Gustave Drouineau se promenait donc aux Tuileries, ne songeant à mal et rêvant à sa religion, lorsqu’un vieillard l’aborde en lui disant : — Eh ! eh ! c’est moi qui suis votre vieillard de la préface du Manuscrit vert.

— Ah ! vous êtes mon vieillard de la préface du Manuscrit vert ? répond M. Gustave Drouineau ; eh bien ! causons néo-christianisme.

Et ils vont s’asseoir sous les tilleuls, et ils causent néo-christianisme. Vous concevez que, dans cette conversation, le vieillard de la préface du Manuscrit vert ne joue que le second rôle. Il est là seulement pour dire de temps à autre à M. Gustave Drouineau : — Continuez, jeune homme ! je vous écoute avec intérêt ; — ou bien : — Vous avez raison, jeune homme ! — Jeune homme, vos déductions me semblent logiques. — Vous m’avez convaincu, jeune homme. En un mot, pour donner la réplique et représenter l’adhésion et l’assentiment des peuples, vous voyez que M. Gustave Drouineau, qui représente de son côté le néo-christianisme, se donne ainsi beau jeu dans la discussion.

C’est le propre de toutes les religions nouvelles, de dénigrer les religions rivales ; aussi le néo-christianisme traite-t-il fort cavalièrement le fouriérisme et le saint-simonisme, ce qui nous paraît souverainement partial et injuste, attendu que, sur une foule de points, et en ce qui concerne surtout l’emploi des capacités et leur vérification par les concours, l’élection et les jurys, les néo-chrétiens procèdent presque absolument de la même façon que les saint-simoniens et les fouriéristes.

Au surplus, ce qui caractérise essentiellement le néo-christianisme, ce qui lui vaudra les bénédictions et la reconnaissance des associations gauloises et des sociétés d’amis du peuple de tous les siècles, ce sera la réforme radicale qu’il promet d’introduire dans la police.

« La police, s’écrie le néo-christianisme, la police, qui de nos jours procède hostilement et se pose en ennemie, changera de physionomie et d’attitude. Au lieu d’être immorale, elle sera morale.

Ainsi, voilà qui est bien entendu. Dans la société néo-chrétienne, les gardes municipaux, seront de timides militaires rougissant ainsi que des jeunes filles ; les mouchards, d’honnêtes gens, des hommes de bonne compagnie, des fonctionnaires publics remplis de délicatesse ; les sergens de ville, de doucereux et inoffensifs personnages, des manières de maîtres de cérémonie ; quant à M. Vidocq, il sera immanquablement caissier général du trésor et grand-officier de la légion-d’honneur.

Cet échantillon des réformes projetées par les nouveaux chrétiens, suffit pour que vous jugiez de l’aménité des mœurs, de l’exquise politesse et de la probité qui règneront sur la terre après l’avènement définitif de leur néo-christianisme.

Ici, et pour conclure, c’est le cas, ce nous semble, de jeter un regard en arrière sur nos religions nouvelles, d’en arrêter l’état et d’examiner sommairement en quelle situation l’année 1832 les lègue à son héritière. Faisons donc un rappel et comptons.

Nous avons, si je ne me trompe, le saint-simonisme, le fouriérisme, l’amable-belléisme, le bernardisme, et le néo-christianisme ; en tout, cinq religions bien distinctes.

Le saint-simonisme et le fouriérisme sont évidemment en progrès. Le saint-simonisme a subi déjà son martyre et s’est laissé crucifier à la cour d’assises. Le saint-simonisme a envoyé ses apôtres dîner dans les restaurans et prêcher de par le monde en petites, jaquettes noires, et pour plus de publicité, avec leurs noms écrits sur leurs gilets. A la voix du saint-simonisme les femmes nouvelles, sinon la femme libre, ont déjà surgi.

De son côté le fouriérisme a organisé une phalange, qui bêche et pioche dès à présent dans le département de l’Oise. C’est en ce mois de janvier que la trompe de dix-huit pieds, promise à tous les vrais phalanstériens, va commencer à leur pousser au bout du nez. On prétend même qu’à l’heure qu’il est, quelques-uns des plus fervens ont déjà un pied de trompe.

L’amable-belléisme et le bernardisme sont demeurés jusqu’à ce jour stationnaires. L’application de leurs doctrines semble du moins provisoirement ajournée.

Ainsi, M. Amable Bellée avait prophétisé le mutisme de la femme ; et nous n’avons pas ouï dire que la femme soit plus muette cette année que l’année dernière.

M. Amable Bellée nous avait également annoncé le prochain desséchement des mers ; et sans parler des grandes, on n’a pas encore, que je sache, desséché la moindre petite mer ; il est vrai de dire que la saison a été fort humide, et que, si l’on n’a as même pu opérer le desséchement des rues de Paris, celui de l’Océan devait présenter plus de difficultés encore.

Le bernardisme, comme ne l’ont point oublié nos lecteurs, consiste à soulager la capitale du superflu de sa population, au moyen d’un massacre légal et annuel de trente mille vieillards. Le choléra s’étant à-peu-près chargé de cette besogne en 1832, et la saignée ayant été jugée suffisante, pour rétablir la circulation du sang, c’est pour cela, sans doute, que les chambres n’ont point jusqu’ici voté la fête des funérailles, proposée par M. Bernard de Dijon.

Quant au néo-christianisme, ce n’est vraiment encore qu’un enfant, et un enfant qui marche avec des lisières. La réforme capitale qu’il nous prédit nous semble d’une exécution bien difficile, et nous aurons probablement obtenu la fête des funérailles, le desséchement des mers et le mutisme de la femme, avant la moralité de la police.

Quelques mots encore sur nos religions et nous avons terminé.

Un régent de cinquième, ardent républicain, dont nous tairons le nom et la résidence, attendu que nous ne le voulons nullement brouiller avec son ministre, M. Guizot ; bref, un régent de cinquième, qui se déclare notre concitoyen, nous écrit, en date du 23 décembre dernier, qu’il nous juge peu favorables aux nouvelles tentatives religieuses, mais que, comme nous sommes des savans et des philosophes distingués, il croit pouvoir nous ouvrir son cœur et ses idées de régénération sociale.

C’est beaucoup d’injustice et d’honneur que nous fait à la fois notre concitoyen. Tout ressentiment et toute modestie à part, nous répondrons néanmoins à sa confiance, en transmettant à nos lecteurs les tentatives religieuses qu’il nous envoie par la poste.

« On se donne bien du mal pour inventer des religions, dit notre concitoyen, et moi je crois qu’il en existe une toute faite, je veux dire celle que les géans, nos pères, ont proclamée trop tôt malheureusement, la théophilanthropie. Seulement il faut, à cause des niais, la présenter sous un autre nom. »

Quel sera ce nom ? notre concitoyen n’en parle pas. Peu lui importe au surplus ; car, il ajoute : « Je vais plus loin, j’admettrai, si l’on veut, que l’existence d’une religion est dangereuse pour l’humanité. Si l’athéisme est le résultat des lumières, ne reculons donc pas devant l’athéisme, mais passons par la religion, puisqu’elle est nécessaire maintenant pour arriver à l’athéisme. »

N’admirez-vous pas cet ingénieux expédient de notre concitoyen qui voudrait tirer l’athéisme du feu avec la patte de la théophilanthropie ?

Ah ! monsieur le régent de cinquième, c’est vous qui êtes un grand philosophe et non pas nous. Vous nous accusez d’être peu favorables aux tentatives religieuses. Mais, en conscience, comment voulez-vous que nous classions la vôtre ? La vôtre, nous la citerons pour mémoire. A la vôtre, nous mettrons un zéro dans notre addition. Ne soyez pas fâché, mais voilà tout ce que nous pouvons faire.

YY.
POÉSIES


PAR FEU CHARLES BRUGNOT. [7]




Nous avons sous les yeux quelques feuilles de ce volume que la veuve de M. Brugnot va publier. M. Foisset de Dijon a dû y ajouter une notice sur le poète, son ami, et que nous aurions aussi le droit d’appeler le nôtre. M. Brugnot, mort à trente-deux ans, professeur de rhétorique au collège de Troyes, était un de ces hommes dont les destinées peuvent ressembler en malheur à beaucoup d’autres existences ici-bas, mais dont les âmes sont précieuses et toujours bien rares. Après d’excellentes études en province, pauvre et poète, il lutta de bonne heure avec ses goûts et avec les circonstances : cujus conatibus obstat res anqusta domi. Marié sans fortune et par amour, vivant des modiques appointemens d’une place de régent dans quelque collège communal, jeté parfois dans la polémique politique des journaux de département, et y apportant une invariable droiture, une ardeur ingénue, des convictions loyales et peu vulgaires, assez analogues, autant qu’il nous en souvient, à celles qui étaient soutenues vers le même temps à Paris par les rédacteurs du Correspondant, M. Brugnot usa vite, dans ces émotions et ces travaux, une vie qui portait déjà en elle un germe mortel. Les vers intimes où il s’épanche, respirent des vœux résignés et purs, les pressentimens tristes de l’époux et du père, les goûts pieux de l’artiste qui se prend aux traditions et aux ruines ; plusieurs poèmes inachevés accusent sa fatigue et son peu de loisir. L’unité du recueil est toute dans l’idée de mort que nourrit en lui le poète ; la forme d’ailleurs et souvent le choix des sujets appartiennent à des phases et à des manières diverses de son talent. Ce talent n’était pas d’une originalité invincible et nécessaire ; il réfléchissait quelquefois les autres ; il se modifiait par le dehors ; il recevait les perfectionnemens successifs d’art, dont les Orientales de M. Victor Hugo furent le dernier terme ; mais l’inspiration, de quelque part qu’elle vînt, sous quelque forme qu’elle parût, passait toujours à travers l’âme du poète, et s’y teignait d’une vraie nuance. Je ne sais trop si ce qu’on appelle la postérité a des égards et des mentions pour les talens de cet ordre ; mais les contemporains qui les voient s’efforcer et mourir, leur doivent un hommage sincère, une sympathie reconnaissante, et quelques larmes du cœur, surtout quand ils lisent deux des vers comme ceux-ci :


SONNET.


Parmi la mousse rouge et les fraises fleuries
Nous nous sommes assis en face des grands bois,
Ne voyant que le ciel, n’entendant que la voix
Des brises et des eaux, courant dans les prairies.

Tous trois jeunes amis, tous aimant à chercher
L’étroit sentier du val où souvent le pied glisse,
La chaumine des bois que le bon Dieu bénisse,
Et le pommier tout rose aux flancs gris du rocher.

Nous nous sommes assis ; et ce val solitaire
Où l’homme rêve et sent que son cœur aime mieux,
Nous a fait dire à tous, en nous mouillant les yeux ;
« C’est un jour de bonheur ensemble sur la terre ! »

Nous reviendrons encor, nous viendrons une fois,
L’autre mai, nous asseoir là, sur la même mousse,
Causant et répétant que la journée est douce…
Mais est-il sûr, amis, que nous viendrons tous trois ?…

Sainte-Foix, vendredi 8 mai 1829


LE FOLLET DE SAINT-BÉNIGNE.
Spires whose silent finger points to heaven.
(Wordsworth.)


<poem>Le Follet qu’autrefois on voyait se percher, Rouge comme une flamme, ou blanc comme est un cigne, Près du coq d’or, qui vire au bout du haut clocher,  Sur la flèche de Saint-Bénigne,

Il m’a dit, cette nuit, le magique Lutin Qui prête à l’airain sourd ses voix mélancoliques, Et tantôt réjouit d’un murmure argentin  Le vieux dôme des basiliques :

« Bonjour, voisin, bonjour ! — Pour toi je sonnerai « Les heures et les quarts (dors ou veille, n’importe), « Les jours qui s’en vont lents, boiteux, l’œil éploré,  « Et ceux que l’allégresse emporte.

 « Tiens ! Vois, à ce cadran imprimé dans ma main,
« Une !… Douze !… As-tu lu la courte page entière ?
« Là, se brise sans fin le flot du genre humain
« Elle est là ton heure dernière !

« Et je veux la sonner moi-même. — Un mardi soir
« Entendra mon clocher, au bourdon lourd qui pleure,
« Chanter, chanter pour toi, raidi sous le drap noir,
« L’heure qu’on dit la dernière heure ! » —

« Tais-toi, Follet Esprit, tais-toi ! —L’heure d’adieu, —
« Cet écueil redouté que n’évite personne, —
« Où l’âme palpitante échoue aux pieds de Dieu,
« Follet, n’importe qui la sonne ;

« Mais avant, mais avant, — oh ! laisse-moi compter
« A ton cadran fatal encor quelques années,
« Quelques-uns des momens, si prompts à nous quitter,
« Qu’on appelle heures fortunées !

« Heures de voluptés et d’extase et d’oubli,
« Où mon âme n’a plus d’oreilles pour la terre,
« Quand la Muse, le soir, brûle mon front pâli
« De son baiser de vierge austère ;

« Heures de paix, toujours douces au souvenir,
« Quand mes enfans, bercés sur leur mère qui joue,
« Essuient en leurs yeux bleus, trop prompts à se ternir,
« La larme qui fuit sur leur joue ;

« Ou, que mes bons amis, qui sont mon univers,
« Autour de mon foyer, leur journée achevée,
« Perdent pour moi leur veille à me causer de vers
« Et de gloire long-temps rêvée ! »

Dijon, 3 décembre 1829


Nous n’ajouterons plus que quelques vers tirés de la dernière pièce, qui semble avoir expiré sur la lèvre du poète comme une plainte errante :

Oui, la mort peut venir. – Dormir – rêver – n’importe !
Un vent m’a jeté là, qu’un autre vent m’emporte…
Oubli sur cette terre, et de l’autre côté
Mon ami, c’est ma vie et mon éternité !
Oubli ! car j’ai passé sans laisser une trace !
Oubli ! car pour ma fosse il faut si peu de place !
Comme l’oiseau qui cherche une graine au désert
Et, pour tromper sa faim, chante sur l’arbre vert,
Moi, j’ai souffert aussi : mais nul n’a lu mes plaintes,
Et mes chants au désert, ce sont des voix éteintes.
Pauvre, obscur, sans destin, dans la foule perdu,
Avec le flot vulgaire atome répandu,
Ainsi que tout mortel qui parmi nous chemine,
J’ai cueilli, j’ai porté ma couronne d’épine ;
Voilà tout ! – Et celui qui mesure le temps
A dit un jour : — Assez ! » — assez vécu ! – trente ans ! —

Seigneur, pourtant j’avais une jeune famille,
Doux anges dont l’essaim frais et riant fourmille
Aux genoux de leur mère, et ne s’informe pas
Si quelque guide un jour doit manquer à leurs pas.
J’avais une compagne (oh ! moitié de mon âme !)
Ange assis au foyer sous le nom de ma femme ! —
Elle croyait aussi qu’être unis c’était voir
Ensemble le matin, ensemble encor le soir. —
Seigneur, c’est dans leur sein que votre bras me frappe,
Si j’ai soif, je ne veux pour moi ni d’une grappe,
Ni d’une goutte d’eau pour me désaltérer…
Mais, ô famille en deuil ; condamnée à pleurer !


les palmiers, par m. charles castellan, de l’ile de france.


Ce modeste recueil, où une muse créole, nourrie des chants de Lamartine, s’essaie à peindre des émotions de cœur et des souvenirs du pays, révèle chez le jeune auteur une sensibilité vraie et un instinct naturel de mélodie et de tendresse. Les défauts sont ceux de l’inexpérience et d’un abandon parfois trop paresseux. On voudrait un style plus correct, plus soutenu dans les détails et plus de composition dans les sujets. Mais une âme de poète et d’amant s’y fait jour par de gracieuses images, par des soupirs sans effort. L’Epître à M. Michel, celle Aux mânes d’un vieux professeur, plusieurs des jolies pièces et sonnets à Elle, sont de charmans échantillons d’un talent voluptueux qu’un peu d’étude suffirait à perfectionner dans l’élégie. Que le jeune créole soit aussi correct que son compatriote Parny dont il paraît peu se souvenir ; il est bien aussi tendre, je pense, et il serait beaucoup plus naturel que lui. Nous ne voulons citer à l’appui de nos éloges que la stance suivante :

Oh ! c’est que j’aime tant ce sein qui bat si vite,
La goutte suspendue aux cils noirs de tes yeux,
La pente de ton front, ta taille si petite
Que je me fais enfant pour baiser tes cheveux !




Au Directeur de la Revue des deux Mondes.

 Monsieur,

J’apprends que plusieurs recueils de vers ont été imprimés cette année, et que leurs éditeurs m’ont fait l’honneur de se souvenir de quelques-uns de mes premiers ouvrages pour les réimprimer ainsi. Malgré ce qu’il y a d’honorable dans ce souvenir je vous prie de déclarer que tout Keepsake, Album, Almanach, etc., etc., qui a publié ou publiera prose ou vers signé de moi, l’a fait ou le fera sans ma participation.


ALFRED DE VIGNY.
  1. Chez Janet.
  2. Chez Sylvestre.
  3. Chez Jules Bréauté.
  4. Chez Mame-Delaunay.
  5. Chez Lecomte.
  6. Chez Gosselin.
  7. Seront en vente à partir du 1er janvier, chez madame veuve Brugnot, imprimeur-libraire à Dijon ; à Paris, chez M. Prieur l'aîné, rue de la Monnaie, n°24.