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Chronique de la quinzaine - 28 février 1895

Chronique n° 1509
28 février 1895


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



28 février.


Il ne s’est rien passé de bien important depuis quinze jours. La discussion du budget poursuit tranquillement son cours à la Chambre des députés, mais il faut avouer que, si ce cours est moins interrompu qu’autrefois par des questions, des interpellations et des incidens de toute sorte, il n’en est pas moins très lent. La Chambre a pris le parti héroïque de siéger le matin et l’après-midi. À ce régime de deux séances par jour, il semble qu’elle devrait faire beaucoup de besogne ; en réalité elle en fait peu, et M. Ribot, samedi dernier, à la veille du congé des jours gras, a dû exhorter les orateurs à plus de brièveté, — faute de quoi nous sommes dès maintenant menacés d’un quatrième douzième provisoire. Le troisième vient d’être voté. C’est la première fois, croyons-nous, que, dix-huit mois après les élections, une Chambre n’a pas encore voté son premier budget, et il est hors de doute qu’elle manque en cela à la première de ses fonctions. Beaucoup de temps a déjà été perdu ; on aurait pu croire qu’il serait en partie réparé par la rapidité d’un débat d’où l’on a soigneusement écarté toutes les réformes sujettes à contestation ; mais il semble, malgré cette précaution, que nous soyons encore très loin du terme. Cela vient surtout de la détestable méthode de travail que les Chambres antérieures ont appliquée au budget, et que la Chambre actuelle a eu le grand tort de suivre à son tour. Elle aurait donné un bon exemple en rompant avec les mauvaises habitudes du passé : elle a préféré s’y conformer, en les aggravant.

Bon nombre de députés estiment, à tort ou à raison, qu’il y a lieu d’introduire des réformes plus ou moins profondes dans notre administration. Celui-ci est frappé d’un défaut, celui-là d’un autre, et tous veulent les corriger. Le simple bon sens conseillerait de déposer un projet de loi spécial, sérieusement préparé d’avance, qui serait soumis ensuite à une commission élue pour l’étudier et le rapporter. La nomination même des commissaires, dans chaque bureau, donnerait une première et utile indication sur l’opinion de la Chambre. Lorsque le rapport serait prêt, il serait déposé et on prendrait jour pour le discuter. Voilà comment les choses devraient se passer : toutefois, il est bien rare que les auteurs de projets consentent à suivre cette marche normale, mais, à leur avis, trop longue et trop incertaine. Que de projets figurent à l’ordre du jour et n’arrivent jamais en discussion ! Les projets du gouvernement, parfois même ceux auxquels il attache la plus grande importance, attendent indéfiniment et vainement le jour du débat public ; à plus forte raison en est-il ainsi de ceux qui proviennent plus modestement de l’initiative individuelle. Leurs auteurs ont beaucoup de peine à comprendre que, quelles que soient la bonne volonté et l’activité d’une Chambre, c’est beaucoup si elle peut mener à terme deux ou trois réformes véritables dans une législature. Or, on en présente vingt-cinq à la fois, sinon davantage, ce qui est le plus sûr moyen de n’en terminer aucune : elles se font mutuellement obstruction, et restent toutes en chemin. L’ordre du jour distribué à chaque député au commencement des séances est, à cet égard, d’une lecture instructive : on y voit figurer, dès maintenant, plus de soixante projets divers, tous à l’état de rapport, tous en situation d’être discutés, mais dont les trois quarts ne le seront jamais. L’Officiel, pour abréger, n’en reproduit chaque matin qu’une vingtaine et ajoute philosophiquement : « La suite comme au numéro précédent. » Cette suite est une nébuleuse insaisissable ; elle se perd dans un lointain inaccessible. Les faiseurs de projets le savent bien, et ils désespèrent d’aboutir s’ils sont condamnés à suivre docilement tous les méandres parlementaires. Que de motions, en pareil cas, ne verraient jamais le jour ! Que de discours ne s’élèveraient jamais au-dessus du marbre de la tribune ! Nous n’y perdrions probablement pas une seule réforme digne de ce nom ; mais, à défaut de la réalité des réformes, c’est quelque chose d’en nourrir l’espérance. Tel est du moins l’avis de ceux qui les ont imaginées.

Alors, ils prennent leur parti de procéder par des voies moins régulières, mais plus sûres. Ils s’embusquent, sous le couvert d’un amendement, à un détour du budget, à un point par où la discussion doit nécessairement passer, et ils attendent. En attendant, ils préparent et polissent un grand discours. Quand le chapitre qu’ils ont choisi est enfin appelé, ils se montrent, et l’ultimatum qu’ils adressent au budget n’est pas loin de ressembler à un : « La bourse ou la vie ! » avec la différence que c’est eux qui refusent la bourse si la Chambre ne consent pas à donner la vie à leur amendement. Quelques-uns, pourtant, sont moins féroces : ils ne tiennent en réalité qu’à prononcer un discours, qui sera reproduit dans les journaux de leur circonscription ; après quoi ils deviennent très concilians, se contentent de quelque réponse flatteuse et banale, et retirent leur amendement sans se faire prier. S’ils attendaient, pour prendre la parole, qu’un projet de loi mis à l’ordre du jour arrivât en discussion, ils attendraient jusqu’aux élections générales, et peut-être les électeurs, ignorant leur éloquence, ne les renverraient-ils pas siéger au Palais-Bourbon. Ces effractions oratoires faites au budget ne sont donc pas sans excuses, mais elles ont deux inconvéniens : le premier est d’allonger la discussion outre mesure ; la Chambre est comme sous une pluie fine, tenace et mortellement ennuyeuse, de harangues qui n’en finissent plus ; — le second est d’effleurer toutes sortes de questions sans en résoudre une seule. La Chambre voit passer des lueurs plus ou moins vives, mais dont aucune ne projette une lumière franche et pleine. Elle sort de ces discussions l’esprit confus et troublé, rempli de mille objets restés indistincts, sans qu’il lui ait été possible de s’en approprier aucun. Elle se contente d’à peu près, elle s’habitue à ne pas conclure, ce qui, pour une assemblée, est synonyme de stérilité et d’impuissance.

En veut-on des exemples ? Ils abondent, on n’a que l’embarras du choix. La discussion du budget de l’Algérie a pris trois grandes journées, à raison de deux séances par jour. L’Algérie a six députés, et, bien que cinq, pour le moins, soient parfaitement d’accord, ils se feraient scrupule de désigner un d’entre eux qui parlerait pour tous les autres. Ils ont tenu à parler tous les six, et l’un des six a même rempli toute une séance à lui seul : il a raconté des choses très intéressantes, qui n’avaient d’autre défaut que de ne tenir au budget par aucune espèce de lien. On n’est probablement pas encore blasé sur l’éloquence parlementaire en Algérie : un député qui n’interviendrait pas dans la discussion du budget ferait triste figure à Constantine ou à Oran. M. le gouverneur général a pris la parole à son tour et il a produit beaucoup d’effet sur la Chambre par l’élégante simplicité et la précision de son langage : il a indiqué en quelques traits rapides les points principaux sur lesquels il voudrait voir se porter et surtout se fixer l’attention du législateur. Le tableau qu’il a présenté de la situation actuelle de l’Algérie et des modifications à y introduire a pris tout d’un coup un relief saisissant. La Chambre s’est sentie convaincue de l’intérêt des réformes qui étaient esquissées devant elle ; mais en fera-t-elle une seule ? Non : nous en sommes du moins aussi éloignés qu’avant le débat. Pourquoi ? Parce que la Chambre n’a eu à voter aucun texte de loi, et qu’après avoir écouté des flots d’éloquence, elle s’est contentée de voter quelques crédits : elle les aurait votés tout aussi bien, quand même aucun discours n’aurait été prononcé Si des réformes doivent jamais être faites en Algérie, elles le seront sans doute sur l’initiative du Sénat qui, lui, a mis à l’étude les questions algériennes en elles-mêmes et pour elles-mêmes, en dehors de toute discussion budgétaire. De ce côté, il y a peut-être quelque chance d’aboutir, pourvu toutefois que la Chambre, lorsqu’elle sera saisie du travail fait au Luxembourg, n’ait pas la prétention de le changer d’un bout à l’autre, ou ne le laisse pas tomber dans les oubliettes profondes et silencieuses qui ont déjà englouti tant d’autres projets. En attendant, les choses resteront en l’état. Tout le monde convient aujourd’hui que l’institution même du gouvernement général est mal organisée. M. Jules Cambon a fait en quelque sorte toucher du doigt l’insuffisance de ses pouvoirs sur certains points. Le système des rattachemens des services algériens à divers ministères a aussi fait ses preuves, et ces preuves l’ont condamné. N’importe ! rien ne sera changé d’ici longtemps à la situation de l’Algérie, et la Chambre lui aura consacré très inutilement plusieurs de ses séances. Dans ces discussions improvisées, ou qui le sont du moins pour elle, la Chambre, qui n’y est pas suffisamment préparée, entrevoit les objets, en reconnaît les défauts lorsqu’on les lui explique, et a même quelquefois le sentiment assez distinct de ce qu’il faudrait faire pour les corriger ; mais, le lendemain, la lanterne magique parlementaire présente d’autres images, et celles de la veille sont oubliées aussitôt qu’elles sont remplacées.

Qu’il y ait là un vice d’organisation dans le travail de nos assemblées, rien n’est plus certain. En veut-on un autre exemple ? On a dit du gouvernement général de l’Algérie qu’il fallait le supprimer ou le réorganiser, après quoi on n’a fait ni l’un ni l’autre. Il en a été exactement de même de la direction des bâtimens civils, ce qui, à la vérité, a une moindre importance : nous ne comparons pas les deux institutions, mais seulement les procédés parlementaires qui leur ont été appliqués. La direction des bâtimens civils a été rattachée, tantôt au ministère des beaux-arts, tantôt au ministère des travaux publics. Lorsqu’elle appartient aux beaux-arts, on ne manque pas de dire qu’elle comprend des services, tels que la construction, les réparations et l’entretien des haras, qui n’ont aucun rapport avec l’art, et on déclare que ce rattachement est absurde ; on reconnaît aussi qu’il est une cause de dépenses plus considérables, parce que la recherche du beau s’ajoutant à celle de l’utile entraîne inévitablement plus de frais. Mais lorsque la direction des bâtimens civils appartient aux travaux publics, on déclare avec non moins de raison que ce ministère, spécial et technique, a une compétence douteuse pour tout ce qui concerne l’entretien des édifices où nous installons nos musées, et les conflits entre l’administration des beaux-arts et lui sont d’autant plus fréquens que leurs attributions respectives les mettent continuellement en contact. Dans les jardins de Paris, les statues appartiennent aux beaux-arts, et les socles qui les supportent aux travaux publics. On a assuré à la Chambre, mais nous n’oserions pas le garantir, qu’à la manufacture de Sèvres les carreaux de vitre sont nettoyés à l’intérieur par les beaux-arts et à l’extérieur par les travaux publics, de sorte qu’ils sont toujours sales d’un côté, les deux administrations ne parvenant jamais à s’entendre pour opérer en même temps. Vingt anecdotes du même genre ont successivement amusé la Chambre. Les uns en ont conclu qu’il fallait supprimer la direction des bâtimens civils et répartir, suivant leur nature, les services dont elle est chargée entre tous les ministères ; les autres, qu’il fallait seulement réorganiser la direction si critiquée, et la Chambre s’est ralliée à ce dernier avis. Elle a eu raison ; mais personne n’a dit ni même laissé apercevoir dans quel sens la réorganisation serait faite. M. le ministre des travaux publics s’est écrié : « Il n’y a que huit jours que je suis au ministère : comment pourrais-je vous apporter un plan de réforme ? » Néanmoins il a promis d’en apporter un, Dieu seul sait lequel ! pour le prochain budget, et il a nommé une commission pour s’en occuper. Pourquoi pour le prochain budget ? Les ministres cèdent eux aussi à la tentation de faire tout entrer dans le budget : ils devraient s’appliquer, au contraire, à mettre en dehors de lui le plus de choses possible. Allégeons, dégageons les budgets de toutes les matières qui les encombrent ; peut-être alors prendront-ils une allure moins lourde et une marche plus alerte. Pour arriver au vote du budget de 1895, actuellement en discussion, il a fallu l’expurger de deux ou trois réformes qui auraient pris des semaines et peut-être des mois de discussion : Mais tout cela, avec quelques autres choses encore, se retrouvera dans le budget de 1896, et comme il ne sera déposé qu’après le vote de celui de 1895, probablement même après les vacances de Pâques, on tremble à la pensée de ce qu’en deviendra la discussion. Nous crierons au miracle si elle est terminée le 31 décembre.

Nous avons dit que M. le ministre des travaux publics avait remis à une commission le soin d’étudier la question des bâtimens civils. Ces commissions ont du bon, pourvu qu’on n’en abuse pas, et qu’on n’en mette pas partout. Pour les projets de lois ordinaires, les commissions de la Chambre suffisent ; mais quand on se propose d’accomplir une œuvre très considérable et de remanier profondément l’organisation administrative et politique avec laquelle nous vivons depuis le commencement du siècle, l’enceinte parlementaire devient un peu étroite, et on ne peut s’y renfermer sans se priver de lumières précieuses et de concours utiles. M. Poincaré l’avait déjà compris lorsqu’il a créé la commission extra-parlementaire qu’il a chargée de préparer les réformes à introduire dans nos impôts ; M. Ribot l’a compris à son tour lorsqu’il a institué une commission du même genre, pour étudier la question de la décentralisation et rechercher les moyens pratiques de la faire aboutir. Le Parlement contient un certain nombre de spécialistes en tous les genres, mais il ne les contient pas tous, ni même quelquefois les plus éclairés. Et d’ailleurs, lorsqu’il s’agit de refondre nos institutions fondamentales, c’est-à-dire de faire non seulement œuvre administrative et politique, mais encore œuvre sociale, quelques députés et sénateurs sont insuffisans pour représenter tous les intérêts en cause. Dans la commission de décentralisation qu’il vient de former, le gouvernement a conservé une large place aux hommes politiques, mais il a placé à côté d’eux des directeurs des ministères, des conseillers d’État, des membres de l’Institut, des maires des grandes villes, des publicistes, etc. ; il en a fait vraiment la représentation des forces intelligentes de notre pays. Que sortira-t-il des travaux de cette commission ? Il serait téméraire de le prévoir. Parfois, des réunions aussi nombreuses aboutissent, elles aussi, à l’impuissance. Enfin, l’œuvre est difficile, délicate, compliquée, et il est à craindre que l’accord ne s’établisse difficilement entre des esprits aussi divers, auxquels les questions se présenteront sous des formes très différentes, et les conclusions dans des sens souvent opposés.

Si on en juge par le rapport que M. le président du Conseil a adressé à M. le Président de la République à ce sujet, la commission aura à examiner trois points principaux : 1° Ne conviendrait-il point d’étendre les pouvoirs des agens exécutifs locaux, préfets, sous-préfets et maires, de façon à simplifier et à accélérer la vie administrative ? 2° N’y aurait-il pas heu de faire participer davantage à l’action administrative les assemblées locales, conseils généraux et municipaux ? 3° Ne devrait-on pas créer des organes administratifs nouveaux, qui serviraient d’intermédiaires entre ceux du département et de l’arrondissement et l’organe primitif de la vie locale, la commune ? On le voit, ce programme est large, et, comme le dit le rapport, sa réalisation est une entreprise difficile, « parce qu’elle rencontrera, non seulement dans nos lois, mais aussi dans les mœurs, des obstacles qu’il faudra surmonter. » Tout le monde est d’accord, au moins en principe, sur l’utilité qu’il y aurait à étendre les pouvoirs des agens locaux, et aussi à faire participer plus intimement et plus profondément les assemblées locales à la vie administrative. La seule question qui arrête est de savoir comment et dans quelle mesure ces réformes devront être accomplies. Les mœurs, les habitudes prises, y opposeront beaucoup de résistance. Il en est un peu, si on nous permet une comparaison aussi éloignée du sujet, comme de la réforme de l’orthographe. On convient généralement que l’orthographe actuelle contient des complications inutiles et qu’il y aurait tout profit à les faire disparaître, mais chacun propose ensuite son système, et l’accord ne va guère plus loin. Les uns sont plus réformateurs, les autres moins, et, dans la difficulté où ils sont de s’entendre, l’orthographe reste ce qu’elle est. Pourtant, quelques simplifications y ont déjà été introduites, et il ne faut pas désespérer d’en voir réaliser aussi un certain nombre dans notre organisation administrative. La centralisation excessive, surtout lorsqu’on l’étend à tous les élémens de la vie administrative, est à coup sûr un inconvénient et un danger. Si on parvient à donner un peu plus d’intérêt et d’activité à la vie locale, on aura rendu un grand service, et réalisé une partie importante du programme de l’école libérale depuis trois quarts de siècle.

Quant au troisième point qui est proposé aux études de la commission, à savoir s’il y a lieu de créer de nouveaux pouvoirs administratifs qui serviraient d’intermédiaires entre ceux qui existent déjà, il soulève trop d’objections pour qu’on puisse les discuter dans une simple chronique. Beaucoup de bons esprits sont partisans de l’institution de conseils cantonaux ; mais, à dire vrai, on ne voit pas très bien quelles seraient leurs attributions, et, si on arrive à leur donner un peu plus d’existence réelle qu’aux conseils d’arrondissement, ce qui ne sera pas bien difficile, on parviendra difficilement à leur en donner autant qu’aux conseils municipaux. Ce n’est peut-être pas par la multiplication des rouages, même électifs, que l’on fera de la véritable décentralisation. Le comité d’études des droites parlementaires a déjà posé des problèmes plus vastes encore : il s’est demandé si les circonscriptions administratives qui ont été créées, ou plutôt improvisées au commencement de la Révolution, n’ont pas aujourd’hui autant d’inconvéniens qu’elles ont pu alors avoir d’avantages. C’est le hasard, ou peu s’en faut, qui a présidé au découpage de la France en départemens à peu près égaux, de sorte que notre pays, si on jette les yeux sur la carte administrative, ressemble à un damier. L’Assemblée constituante n’a eu d’autre but que de détruire les anciennes provinces, et, pour cela, elle les a mises en morceaux, mais Mirabeau déclarait déjà que les départemens étaient mal faits et qu’ils étaient ou trop grands ou trop petits. Peut-être avait-il raison. Le temps, toutefois, qui est le plus grand des maîtres en administration et en politique, a consacré l’œuvre de l’Assemblée constituante. Faut-il en changer aujourd’hui les lignes fondamentales ? Faut-il refaire les départemens, en réunir plusieurs, grouper de grands intérêts régionaux, en assurer la représentation dans des assemblées plus importantes que ne le sont, actuellement les conseils généraux ? Si on le faisait, ne serait-il pas plus facile de réaliser ensuite une décentralisation plus sérieuse ? La question ressemble beaucoup à celle qui se pose entre les facultés d’aujourd’hui et les grandes universités de l’avenir, avec la différence qu’il s’agit ici d’un beaucoup plus grand nombre d’intérêts divers. C’est assez dire qu’elle n’est pas aisée à résoudre. Le rapport de M. Ribot ne trace pas à la commission un programme aussi étendu, mais qui sait si la commission n’étendra pas elle-même les limites qui lui ont été assignées ou plutôt indiquées ? Il est certain que nos cadres administratifs se prêtent mal à la décentralisation : on y trouve partout une gêne et des obstacles. La Chambre n’a jamais étudié ces grandes questions : elle s’est bornée quelquefois, au cours de la discussion du budget, à voter la suppression des sous-préfets, pour les rétablir le lendemain. Au fond, il ne s’agissait pour elle que de renverser un ministère. C’est malheureusement par ces petits côtés que les assemblées parlementaires, surchargées de tant d’autres besognes, abordent ou résolvent les problèmes les plus graves. La commission qui vient d’être instituée pourrait nous rendre le service de les prendre de plus haut, de les étudier dans leur ensemble, et d’ouvrir des vues sur les solutions possibles. En tout cas, elle en aurait rendu un, si elle détournait les Chambres futures de massacrer, par un simple vote de crédit, un certain nombre de sous-préfets ou de conseillers de préfecture. Les réformes faites par voie budgétaire, suivant le hasard d’une discussion décousue et le caprice du moment, sont presque toujours mal faites, et c’est contre elles que nous avons voulu protester.

On a beaucoup parlé de l’Egypte depuis quelques jours, beaucoup trop à notre avis, et sur des bruits dont il a fallu ensuite reconnaître l’exagération. La presse anglaise a jeté feux et flammes ; le Times, en particulier, s’est distingué par la violence de ses polémiques. Il a pris à partie directement le khédive qu’il a traité de « gamin arrogant et sot », et il a fait résonner sur sa tête les foudres de la colère la plus menaçante. On se serait cru à la veille d’événemens graves, sans que personne pût dire au juste qu’elle en était la cause, ni quel en serait le caractère. Naturellement, tout le monde en Europe s’est plus ou moins préoccupé de cette situation. On est allé aux renseignemens, on a pris des informations, et on s’est aperçu qu’il ne s’était rien passé d’anormal en Egypte. Une rixe a eu lieu, dans une ruelle d’Alexandrie, entre des soldats anglais avinés et des indigènes : il fallait voir là un fait divers assurément malheureux, mais non pas une tentative d’émeute et de soulèvement. La presse anglaise a parlé du réveil du fanatisme musulman, ce qui ne peut que faire rire ceux qui connaissent l’Egypte, le pays du monde où il y a le moins de fanatisme d’aucune espèce. Autrefois, lorsque les Anglais d’Egypte voulaient inspirer des craintes à l’Europe sur la tranquillité du pays, ils assuraient que les derviches se remuaient dans le Soudan, que leurs forces grossissaient tous les jours, et qu’il était urgent d’augmenter le corps d’occupation. On les croyait plus ou moins, mais il était difficile d’aller sur place constater dans quelle mesure ils avaient dit vrai. Aujourd’hui, c’est au Caire même et à Alexandrie qu’ils signalent le péril, et les télégrammes qu’ils envoient à Londres le présentent comme extrêmement redoutable. Pendant ce temps-là, on s’amuse au Caire. Jamais la société européenne n’y a été plus nombreuse, ni plus gaie. Le Nil est sillonné de bateaux qui emportent dans tous les sens les touristes. Toute la société anglaise semble avoir pris l’Egypte pour station d’hiver. Les fêtes, les jeux s’y succèdent avec un entrain merveilleux. Les Anglais qui reçoivent le Times en Egypte doivent être bien surpris de ce qu’ils y lisent : ils n’auraient jamais cru, si on ne le leur assurait, avoir échappé à d’aussi grands dangers. Ils ont de la peine à y croire. Mais ils s’indignent tout de même, parce que cela ne peut pas faire de mal. L’un d’eux, qui a habité l’Egypte depuis sa naissance jusqu’à ces dernières années, et qui se vante d’y avoir connu tous les hommes importans depuis 1865 jusqu’en 1890, a déclaré très sérieusement au Times, dans une lettre qui témoigne d’un véritable trouble d’esprit, qu’il n’y resterait pas un jour si l’armée anglaise venait à l’évacuer. Le pauvre homme ne s’aperçoit pas que, s’il disait vrai, il ferait la plus sanglante critique de l’occupation anglaise. Quoi ! au bout de douze années, elle aurait abouti à de pareils résultats ? La sécurité serait moins grande le long du Nil qu’elle ne l’était auparavant, alors que le promeneur pouvait aller seul jusqu’à Khartoum, et même au-delà, sans s’exposer au moindre désagrément ! C’est à ne pas y croire ; aussi n’y croyons-nous pas du tout.

Une note, évidemment officieuse, publiée par l’agence Reuter, est venue remettre les choses à peu près au point. Tout en conservant un ton très acrimonieux contre le khédive, elle a constaté que la situation n’était pas aussi inquiétante que les journaux l’avaient dit, et que, s’il y avait eu des velléités regrettables, le mal n’irait pas plus loin. On a commencé à se rassurer à Londres ; il est d’ailleurs probable qu’on ne s’y était pas beaucoup ému. La vérité est que, tous les ans, les Anglais éprouvent le besoin de pousser un cri d’alarme au sujet de la sécurité de l’Egypte, et de faire subir, en même temps, quelque avanie au Khédive, afin de le tenir en haleine. C’est leur politique : on se l’explique mal, mais il faut bien la constater. Les effets n’en sont pas très bons, puisqu’ils font ressortir ce que la situation conserve de précaire et d’instable après une aussi longue occupation. Depuis quelque temps, les journaux anglais s’amusent à établir quelque analogie entre leur situation en Egypte et la nôtre en Tunisie. Avons-nous besoin de dire qu’aucune comparaison ne saurait être faite ? Nous sommes dans la régence en vertu d’un traité que nous avons passé avec le bey, et qui établit notre protectorat d’une manière définitive. Nous avons un titre, un droit, un établissement régulier. Ce n’est donc pas à ce point de vue qu’on pourrait assimiler la Tunisie à l’Egypte ; mais c’est encore bien moins sous le rapport de la confiance tranquille que tous nos agens, contrairement à ceux que les Anglais ont en Egypte, montrent dans l’état actuel et dans l’avenir du pays. Si nous étions obligés, aujourd’hui, d’établir dans la régence des tribunaux d’exception, qui donneraient l’impression d’un état de siège au petit pied, nous n’en serions pas tiers du tout, et nous ne présenterions pas cela comme un succès de notre politique. Encore bien plus, nous garderions-nous de le faire, si nous n’y étions absolument forcés. Les Anglais, au Caire, ont une autre façon de procéder. Il suffit que le khédive ait peut-être laissé voir quelque mauvaise humeur contre Nubar-Pacha, ou qu’une rixe sans importance ait eu heu dans un carrefour obscur, pour qu’ils instituent des tribunaux mixtes, qui sentent la cour martiale. C’est leur affaire. Ils ont incontestablement le droit de prendre des précautions pour assurer, comme ils l’entendent, la sécurité de leurs soldats, et, aussi longtemps que les tribunaux d’exception ne viseront que les indigènes, l’Europe n’aura rien à dire. On lui permettra seulement de s’étonner.

Les journaux anglais se plaignent avec vivacité de la France. Nous avons sous les yeux un des plus modérés d’entre eux, l’Economist : il nous reproche avec amertume de montrer à son pays une hostilité systématique. « Le désir du gouvernement et du peuple français, dit-il, de nous faire le plus de mal possible en Egypte, est un fait qu’on ne peut pas se dissimuler. » A l’entendre, c’est « l’opposition délirante » de la France qui rend l’évacuation impossible. « Nous sommes étonnés, ajoute-t-il, que les Français ne voient pas que cinq années de calme conduiraient plus sûrement à l’évacuation. » Nous avons eu ces cinq années de calme, et même davantage, et l’évacuation ne s’en est pas trouvée rapprochée. Tous les systèmes ont été employés tour à tour pour amener doucement l’Angleterre à remplir ses promesses ; aucun n’a encore réussi. Il en résulte, pourquoi ne pas l’avouer ? un peu de susceptibilité dans l’opinion française, et ce sentiment s’exprime quelquefois dans des termes que nous sommes loin d’approuver. Les polémiques dénigrantes et violentes, surtout lorsqu’elles se tournent contre les personnes, font plus de mal que de bien, ou plutôt elles ne peuvent faire que du mal. Ce n’est certainement pas grâce à de pareils moyens que nous atteindrons le but. L’Angleterre ne peut évacuer l’Egypte avec dignité que si elle le fait spontanément, de son plein gré, par raison, par fidélité à ses engagemens : tout ce que nous lui demandons, c’est d’y songer et même d’en parler quelquefois. Mais, quoi qu’en pense l’Economist, l’altitude de son gouvernement sur cette question a été, de tout temps, assez déconcertante. Lord Salisbury — et peut-être cela était-il plus spirituel — aimait à dire que tout allait bien en Egypte ; seulement il en concluait que, quand un jardin donnait de si belles roses, il ne fallait pas changer le jardinier. On était alors dans les années de calme qui, d’après l’Economist, devaient faciliter l’évacuation : voilà la leçon qu’en tirait lord Salisbury. Aujourd’hui, sous le gouvernement de lord Rosebery, on aime mieux présenter les choses du mauvais côté et les colorer en noir, mais la conclusion est la même : impossibilité d’évacuer. Nous comprenons que quelques journalistes français se laissent aller à perdre un peu le sentiment de la mesure en présence de cette fin de non-recevoir en partie double ; mais nous ne les excusons pas. Il faut toujours garder son sang-froid. La seule chose qui pourrait les excuser, par comparaison, est la facilité avec laquelle les autorités anglaises perdent le leur en Egypte, ce qui est assurément plus grave ; car enfin les journalistes malavisés ne font que des articles de mauvais goût, tandis que les autorités anglaises font des tribunaux d’exception : réplique victorieuse, mais un peu disproportionnée à son objet.

L’Economist conclut que la persistance de l’hostilité française a tué le parti de l’évacuation en Angleterre. « Tout cela, dit-il, est si évidemment vrai que nous avons de la peine à croire que la Fiance essaie véritablement à nous pousser hors de l’Egypte, et ne cherche pas plutôt à nous ennuyer au Caire uniquement pour nous arracher des concessions ailleurs. De même que les Irlandais, elle nourrit ses griefs et les entretient avec soin, comme une précieuse ressource nationale. » Que faut-il penser de ce morceau ? Exactement ce qu’en pense l’Economist lui-même, car il écrit avec quelque embarras : « Ce que nous disons là est peut-être un peu tiré par les cheveux. » C’est bien ce que nous en pensions. La France a toujours considéré la question d’Egypte comme assez importante pour être traitée en elle-même ; elle ne s’en est jamais servie et ne s’en servira jamais comme d’une monnaie d’échange ; elle persiste d’ailleurs à avoir confiance dans la bonne foi de l’Angleterre, qui a promis d’évacuer, et qui choisira certainement son heure pour le faire. L’espèce de bourrasque que nous venons de traverser est enfin tombée et apaisée ; il n’en restera bientôt aucun souvenir. Nous aimerons mieux nous rappeler l’éloquent et charmant discours que le représentant de l’Angleterre parmi nous, lord Dufferin, a prononcé, le 22 février, au banquet de la Chambre de commerce anglaise, à Paris. Il était impossible de parler un langage à la fois plus spirituel et plus obligeant. Un seul mot a été dur, mais il était, en somme, assez légitime : « En dépit d’un certain courant d’esprit critique, a dit lord Dufferin, qui, si nous devions attacher quelque importance aux brutales admonestations d’une partie de la presse de Paris, semblerait monter dans un sens tout opposé au nôtre, jamais, depuis mon arrivée à Paris, il y a trois ans, les relations entre nos deux gouvernemens n’ont été plus amicalement et plus ouvertement conciliantes sur les deux rives de la Manche qu’aujourd’hui. » Et l’ambassadeur de la reine, à propos de la signature de la convention qui a fixé nos frontières communes à Sierra-Leone, se félicite des dispositions qu’il a rencontrées chez nous. « Un pareil arrangement, dit-il, est, d’une manière absolue, le plus favorable présage de l’avenir. Je pense, pour parler le langage des fondeurs en métaux, que c’est là comme un grand flot de matière en fusion dont l’action dissolvante s’exercera sur les autres questions réfractaires qui attendent encore leur traitement dans diverses parties de l’Afrique. Nombre d’entre elles sont indubitablement importantes et périlleuses ; mais je ne vois réellement pas pourquoi nos deux pays se mettraient à leur sujet dans un état d’excitation morbide. » Lord Dufferin a-t-il voulu faire allusion à l’Egypte ? Peut-être : l’Egypte est en Afrique, et la question est de celles qu’on peut, sans se tromper, qualifier d’importantes et même de périlleuses. Mais nous pensons, nous aussi, que le moyen de la résoudre n’est pas de se laisser aller à une exaltation maladive. Nous la désapprouverions chez nous comme chez les autres. C’est par une confiance et par une bonne volonté réciproques que l’on fait fondre les métaux récalcitrans dont a parlé lord Dufferin.

L’ambassadeur d’une autre grande puissance a fait également entendre sa parole ces derniers jours : nous voulons parler de M. le comte Tornielli, qui a remis ses lettres de créance à M. le président de la République. Quels que soient les regrets que nous ait inspirés le rappel de M. Ressmann, son successeur trouvera auprès de nous le meilleur accueil. Le langage qu’il a tenu témoigne d’un désir très réel de conserver et de développer des rapports amicaux entre les deux pays, et nous espérons que l’accomplissement de sa tâche lui sera rendu aussi facile par son gouvernement que par le nôtre. Nous serions pleinement satisfaits si, sur tous les points, les intentions qu’a exprimées M. le comte Tornielli pouvaient aussi aisément se réaliser. « Le but de la mission que j’ai l’honneur de remplir auprès de vous, a-t-il dit, sera d’autant plus aisément atteint que rien ne divise les deux pays dans leur sincère désir de coopérer au triomphe des idées pacifiques et au progrès de l’harmonie des intérêts communs de l’Europe. Sur ce terrain vaste, les deux nations peuvent marcher à côté l’une de l’autre. » Sans doute ; malheureusement elles n’y marchent pas. L’Italie et la France veulent également la conservation de la paix ; mais, si rien ne les divise dans leur sentiment, elles en poursuivent la réalisation par des procédés très différens, puisqu’elles font partie de combinaisons politiques opposées. L’Italie a renouvelé son traité avec l’Allemagne sans même attendre qu’il fût expiré, et des doutes assez sérieux planent sur la nouvelle échéance à laquelle il doit prendre fin. On ne saurait nier que cette situation n’apporte une certaine gêne à la « confiance mutuelle » qu’a invoquée M. le comte Tornielli, mais elle laisse subsister intacts « l’estime et le respect réciproques » que les deux pays et les deux gouvernemens ont toujours eus l’un pour l’autre. Ces sentimens suffisent pour maintenir entre eux des rapports satisfaisans. Dans les affaires courantes, aucun intérêt sérieux ne nous met en opposition avec l’Italie, et M. le comte Tornielli n’aura pas beaucoup de peine à établir et à maintenir avec nous une entente où notre bonne volonté ne cessera jamais de le seconder.

Les événemens de l’extrême-Orient n’ont pas franchi de nouvelle étape depuis quinze jours. La situation reste la même entre les deux parties belligérantes ; mais Li-Hung-Chang est, paraît-il, chargé par son gouvernement d’aller au Japon négocier la paix. Le vice-roi du Petchili s’est rendu à Pékin, où il a obtenu une audience de l’empereur : il partira bientôt pour remplir la mission qui lui est confiée, et cette fois le gouvernement japonais ne pourra pas trouver dans la personne du négociateur un motif de ne pas accepter les ouvertures qui lui seront faites. Nous doutons pourtant que les hostilités soient à la veille de prendre fin. Rien ne presse les Japonais ; ils s’attendent à de nouveaux succès ; ils sont sûrs de les obtenir ; et tout donne à penser qu’ils ne consentiront à signer la paix qu’après avoir frappé un coup décisif sur Pékin. Ce ne serait pas la peine d’avoir préparé avec tant d’intelligence, de courage et de bonheur, leur marche sur la capitale, pour y renoncer au dernier moment. Il est toujours facile à la diplomatie orientale de faire durer une négociation assez longtemps pour donner aux événemens militaires toute facilité de s’accomplir.

On annonce de Chine une autre nouvelle dont l’importance générale est assurément moins grande, mais qui n’en a pas moins un très réel intérêt pour nous. Un de nos ministres, M. Berthemy, avait obtenu, en 1865, la reconnaissance et le règlement, pour les missions catholiques, du droit d’acheter des terrains et des maisons dans l’intérieur de l’Empire. La convention Berthemy est restée célèbre ; on y attachait un grand prix, et non sans raison ; toutefois, elle n’a pas produit les résultats qu’on en avait espérés. Le gouvernement chinois avait bien envoyé aux vice-rois et aux gouverneurs des provinces des instructions dont les termes paraissaient très clairs ; seulement il y avait joint une disposition secrète, dont la teneur ne nous a été connue que beaucoup plus tard, et d’après laquelle, dans toute vente aux missionnaires, les propriétaires devaient obtenir, avant de signer le contrat, l’autorisation des autorités locales. C’était retirer d’une main, ce qu’on donnait de l’autre. Le droit d’achat que la convention Berthemy semblait avoir assuré aux missions se trouvait soumis, en fait, à l’accomplissement d’une clause qui le rendait illusoire, car les autorités locales n’accordaient presque jamais l’autorisation indispensable. A plusieurs reprises et notamment en 1882, nos agens en Chine ont fait de grands efforts pour modifier les traditions suivies par les autorités locales ! ces efforts sont alors restés vains. Notre ministre actuel, M. Gérard, a imité ses devanciers ; il a renouvelé leurs tentatives et, finalement, il a été plus heureux. Le retour au pouvoir du prince Kong, qui avait négocié en 1865 avec M. Berthemy, lui a facilité sa tâche. Il a demandé au prince de revenir purement et simplement au texte qu’il avait rédigé ou consenti lui-même, il y a trente ans ; mais il fallait aussi faire accepter cette solution par le Tsong-li-yamen, et c’est à quoi il s’est appliqué avec succès. Le gouvernement chinois, au bout de six mois de négociation, a renoncé à exiger l’autorisation préalable, et de nouvelles instructions, destinées aux fonctionnaires de l’empire, ont été rédigées dans le sens convenu avec M. Gérard, auquel le texte en a été communiqué. M. Gérard a communiqué à son tour à nos consuls en Chine la correspondance échangée entre le Tsong-li-yamen et lui, afin de les mettre mieux en mesure de veiller à la stricte observation du nouvel arrangement. La convention Berthemy, rétablie dans son texte primitif, devient donc la charte des missions en ce qui concerne l’exercice du droit qui leur est reconnu d’acheter des maisons et des terres. Les achats, pour être valables, devront être seulement soumis à la formalité générale de l’enregistrement. C’est là un succès qui fait honneur à notre diplomatie, et dont les missions en Chine sauront tirer de grands avantages. Quant à la France, elle aura rempli, une fois de plus, d’une manière efficace, son rôle de protectrice des catholiques en extrême-Orient.


FRANCIS CHARMES.

Le Directeur-gérant, F. BRUNETIÈRE.

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