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Chronique de la quinzaine - 14 octobre 1832

Chronique n° 13
14 octobre 1832


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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14 octobre 1832.


Enfin nous tenons un ministère ! Enfin un ministère nous est né ! Certes ce n’a pas été sans peine ! L’accouchement a été laborieux et difficile. Plusieurs mois ont à peine suffi à cet enfantement ; qu’importe, au surplus ? Le temps fait-il rien à l’affaire ? Ce ministère introuvable, il est enfin trouvé ! Enfin le voici mis au monde et venu à terme !

— Mais est-il né viable ? Vivra-t-il ?

— Oh ! patience, attendez ! Ne savez-vous pas que l’on vous annonce pour le 19 novembre, à la chambre des députés, une consultation de plus de quatre cents docteurs ? Ces messieurs-là, voyez-vous, prononceront seuls et sans appel l’arrêt de vie ou de mort du nouveau-né. Jusqu’au mois de novembre, patience donc ! Attendez.

Quoi qu’il en soit, et provisoirement, on a fabriqué pour M. Thiers et pour M. Guizot de petits départemens de l’intérieur et de l’instruction publique boîteux et démembrés. On leur donne petite part au gâteau, tandis que l’on fait bonne mesure à MM. Barthe et d’Argout, à la portion desquels on ajoute les cultes, la garde nationale et les préfets. MM. de Broglie et Humann démêleront, s’ils le peuvent, l’écheveau assez embrouillé de nos affaires étrangères et financières. M. de Rigny reste en panne à la marine ; le maréchal Soult présidant et brochant sur le tout.

Quant à MM. Louis, Montalivet, Girod de l’Ain et Sébastiani, que l’on avait tués déjà de leur vivant, comme le roi d’Espagne, ils sont morts bien décidément, après avoir joui de l’inappréciable avantage d’entendre eux-mêmes leur propre oraison funèbre.

D’ailleurs de convenables honneurs leur sont rendus.

À l’exception du général Sébastiani, qui se charge de s’ensevelir modestement lui-même dans son hôtel du faubourg Saint-Honoré, on enterre magnifiquement les autres à la chambre des pairs et à la liste civile. On leur dore la tombe autant que possible. C’est bien ! Que l’on écrive encore sur le monument des défunts : « Aux grands ministres de l’intérieur, des finances, des affaires étrangères et de l’instruction publique, l’Europe reconnaissante. »

Au surplus, en cette saison d’automne, en ce triste mois d’octobre, tous les ministères du monde semblent vouloir se flétrir et tomber comme les feuilles de nos arbres.

Ferdinand VII vient aussi de renouveler son cabinet. Pour éprouver ses fidèles conseillers, le rusé monarque s’était avisé de faire le mort comme Argan dans le Malade imaginaire. Grâce à ce stratagème, ayant pu juger sainement du dévouement de ses favoris, il leur a rendu pleine justice selon leurs mérites.

Mais en Espagne, les choses ne se passent pas avec autant de courtoisie que chez nous. Nous exilons au Luxembourg les ministres disgraciés. De Madrid, c’est un peu plus loin ; c’est à Burgos qu’on les envoie. Heureux encore ceux qui s’en tirent de cette façon !

Il est encore fortement question d’un remaniement du ministère anglais. Puisse M. de Talleyrand, qui n’a voulu partir de Paris qu’après avoir vu s’écrouler le nôtre, ne pas arriver à Londres pour assister à la chute de celui de lord Grey !

C’est qu’en effet le sceptre de ce fondateur de la réforme pourrait, bien être avant peu brisé par la réforme elle-même.

Assurément du moins, quand notre ambassadeur de sinistre augure va descendre et reparaître à son hôtel, on dira dans le Hanover Square « Oh ! oh ! voici M. de Talleyrand ! Détrône-t-on quelqu’un ici ? »

Le premier acte de notre nouveau ministère a été de lancer dans la chambre des pairs soixante nouveaux membres. Il était temps, en effet, de repeupler quelque peu la salle du Luxembourg. En dépit de toutes, les fournées passées, ses bancs étaient encore une fois déserts. Vraiment ( que l’on nous passe cette vieille comparaison mythologique) cette Chambre est comme le tonneau des Danaïdes ; on a beau la remplir de pairs, elle est toujours vide.

Nous avons pu faire ces jours derniers un rapprochement bien honorable pour notre moralité, et qui l’est fort peu pour celle de nos voisins de l’autre côté de la Manche. Les crimes paraissent devenir si rares en ce moment chez nous, que les bourreaux ne nous servent presque plus à rien, et que l’on a dû récemment mettre à la réforme et à la demi-solde quelques-uns de ces estimables fonctionnaires. C’est le contraire qui arrive maintenant en Angleterre, et les exécuteurs des hautes-œuvres ne peuvent y suffire à leur besogne.

À la dernière session des assises de Londres, le Recorder, dans son discours au grand jury, déclara aux membres qui en faisaient partie qu’à son grand regret il n’apercevait point encore de terme à leurs travaux. C’était une chose déplorable, ajouta-t-il, qu’en moins de deux mois les assassinats se fussent élevés, dans la ville, à 89, ce qu’il ne se rappelait point avoir vu jamais depuis les nombreuses années qu’il siégeait en la cour, si ce n’était seulement à l’époque des troubles de 1780.

Dira-t-on maintenant que nous ne valons pas nos pères, ou bien que nos voisins sont plus honnêtes gens que nous ?

La mère de Napoléon est toujours mourante à Rome. Voici sur elle quelques détails intéressans extraits du journal d’une dame anglaise de haut rang :

« J’ai vu madame Létitia Bonaparte pour la première fois, dit cette dame, au commencement du mois de mai 1828, dans les beaux jardins de la Villa de M. Mills, sur le mont Palatin. Elle y était venue accompagnée de son fils Jérôme, l’ex-roi de Westphalie, et de sa femme la princesse Catherine, fille du roi de Wurtemberg, de son chapelain, de sa dame de compagnie et de quelques autres personnes de sa suite. Ayant entendu dire que madame Bonaparte n’aimait point rencontrer des étrangers, nous nous étions retirés dans un endroit écarté du jardin ; mais Jérôme, qui avait vu ma voiture dans la cour de la maison, nous fit prier de le rejoindre, et nous présenta à sa mère et à sa femme. Madame Bonaparte était d’une taille élevée et bien prise, son maintien avait beaucoup de grâce et de dignité ; ses traits étaient encore remarquablement beaux, et l’on reconnaissait parfaitement en elle le modèle de l’admirable statue de Canova. Et vraiment cette Hécube de la dynastie impériale était bien la plus belle personnification de la matrone romaine que l’on pût trouver. Elle était fort pâle, et l’expression de son visage avait quelque chose de pensif et de recueilli ; elle s’animait cependant parfois soudainement, et ses yeux noirs lançaient alors pendant un instant de vifs éclairs ; sa contenance ne cessait d’ailleurs jamais d’être noble et majestueuse. Jérôme et son épouse lui témoignaient la tendresse la plus délicate et la plus respectueuse. Ils la soutenaient ensemble, marchaient doucement, et d’après son pas, écoutant attentivement ses paroles. Elle avait une robe de satin gris foncé, un bonnet de la même étoffe, avec un voile de blonde noire par-dessus. Elle portait ses cheveux blancs à la madonna. Un superbe cachemire tombait gracieusement sur ses épaules, ses pieds étaient petits et bien faits, et ses mains admirables. En nous présentant à elle, Jérôme avait dit quelques mots des opinions libérales de mon mari, ce qui nous valut un accueil plein de bonté. Madame Bonaparte était convaincue que tous les membres libéraux de notre parlement avaient été favorablement disposés pour Napoléon, qui était encore l’unique idole de ses pensées. Lorsque je lui dis que l’Empereur avait en Angleterre un grand nombre d’admirateurs qui rendaient pleine justice à son génie, elle pressa doucement ma main, et je vis une larme briller dans ses yeux. « Pourquoi donc alors, me répondit-elle, avez-vous laissé mourir mon fils sur un rocher ? ne lui pouviez-vous trouver une prison moins cruelle ? Mais excusez les regrets d’une mère que l’on a privée d’un pareil enfant, ajouta-t-elle, ce ne fut pas d’ailleurs la faute de votre nation, et je lui suis bien reconnaissante de sa sympathie pour Napoléon. » Jérôme détourna bientôt la conversation de ce triste sujet ; mais madame Bonaparte ne se mêla plus guère à notre entretien que par quelques monosyllabes, quoique ses manières continuassent d’être aussi bienveillantes et aussi gracieuses, et qu’elle conservât avec nous ce ton affectueux qui distingue les dames italiennes de haut rang, surtout lorsqu’elles sont avancées en âge. Lorsque nous eûmes fait le tour du jardin en marchant très-lentement pour ne pas la fatiguer, elle monta dans sa voiture, aidée de Jérôme et de mon mari. Jérôme et sa femme lui baisèrent la main, la princesse avec autant d’humilité que si Létitia eût eu sur la tête une couronne, et que si elle-même n’en eût jamais porté. Madame Bonaparte nous engagea à la venir visiter. En partant, elle m’embrassa sur le front et prit la main de mon mari, en nous disant à tous deux des paroles pleines d’affabilité. Tous les hommes qui étaient présens, y compris Jérôme, restèrent découverts jusqu’à ce que la voiture de la princesse fût partie ; alors ils montèrent dans la leur et s’éloignèrent aussi.

» Il y avait en vérité quelque chose de bien touchant dans cette entrevue que nous venions d’avoir avec cette femme célèbre ! C’était la mère de César marchant au milieu des ruines du palais des Césars, et pleurant un fils dont la renommée avait rempli le monde ! C’était la mère de Napoléon soutenue par un autre fils dont le front avait ceint aussi le diadème, et qui, maintenant dépouillé de ses grandeurs, rappelait cette belle peinture du souverain détrôné, de l’un de nos poètes :

  « He who has worn a crown,
When less than lings, is less than other men.
A fallen star extinguished, leaving blank
Ist place in heaven. »

Puis une autre femme était là, soutenant aussi madame Bonaparte ; c’était la fille des rois des vieilles souches, la fille des rois légitimes, alliée avec la moitié des têtes couronnées du jour, qui, résistant aux brillantes offres de sa famille, avait noblement suivi son mari dans sa chute, et n’avait voulu rien autre chose que partager la vie obscure à laquelle il était réduit.

» Le colonel Tiburce Sébastiani, frère du général du même nom, Corse de naissance, et parent éloigné des Bonaparte, me disait que madame Létitia était accouchée de Napoléon dans un salon, sur un tapis qui représentait une scène de l’Iliade. Elle se trouvait à l’église lorsque les douleurs la saisirent, et l’on n’eut que le temps de la ramener dans ce salon, où elle mit au monde un homme qui devait opérer de notre temps des prodiges plus grands que ceux des héros d’Homère.

» Le colonel Sébastiani nous dit aussi que lorsque ses enfans n’étaient encore qu’en bas âge, madame Bonaparte était citée déjà pour la vigueur et la dignité de son caractère et de sa conduite. Avec une nombreuse famille, n’ayant qu’un très-médiocre revenu, elle pratiquait une économie rigoureuse, sans que sa maison cessât cependant d’être tenue sur le pied le plus honorable. Plus tard, lorsqu’elle vit son fils devenu non-seulement roi lui-même, mais le dictateur des rois, ni les palais qu’il lui donna, ni la pension d’un million qu’il lui fit, ne purent l’aveugler sur l’instabilité de la puissance de Napoléon, qui ne lui sembla jamais bâtie que sur du sable. L’économie sans avarice qu’elle continua de montrer alors lui a seule permis de soutenir depuis convenablement son rang.

» La mère de l’empereur semblait au surplus bien née pour cette haute situation, à laquelle l’éleva son fils. Toutes ses manières respiraient la vraie grandeur et la majesté. On raconte qu’un jour Napoléon se promenait dans l’une des salles du palais des Tuileries, recevant divers grands personnages qui étaient admis à l’entrée et venaient lui baiser la main. Plusieurs membres de la famille impériale se trouvaient de ce nombre. Madame Bonaparte arriva lorsqu’il ne restait plus que quelques-uns de ces derniers. Lorsqu’elle s’approcha, l’empereur, avec un gracieux sourire, lui présenta sa main à baiser, ainsi qu’il l’avait fait avec ses sœurs et ses frères. Mais elle, la repoussant doucement, et offrant au contraire la sienne aux lèvres de son fils, lui dit en italien : « Vous êtes l’empereur, le souverain de tous les autres, mais vous êtes mon fils ! » Et l’empereur saisissant cette main qu’elle lui tendait, l’embrassa avec tendresse et respect, se montrant ainsi fils aussi digne qu’elle s’était montrée digne mère !

» Le duc de Reichstadt, surtout depuis la mort de Napoléon, occupait continuellement la pensée de madame Bonaparte. Elle a cependant encore assez vécu pour le voir aussi mourir. »

À Paris, à l’Opéra, sans qu’on ait doublé pour cela le prix des places, nous avons eu double spectacle toute cette quinzaine.

D’un côté, dans le foyer, c’était la doctrine ; la doctrine au teint jaune et bilieux, se promenant les mains croisées derrière le dos, avec cette morgue et cette suffisance qu’on lui connaît ; la doctrine avisant, devisant, revisant ; la doctrine faisant et défaisant ses listes de pairs et de ministres ; la doctrine infatigable, sans cesse ourdissant des trames sans cesse rompues ; la doctrine méditant, complotant, tâtonnant, essayant de circonvenir la presse, et cherchant à faire tomber le Constitutionnel dans ses filets ; la doctrine envoyant ses philosophes en campagne, par les couloirs et les escaliers dérobés, expédiant ses courriers à Strasbourg, et tendant ses pièges à la porte des loges des ministres.

De toute cette diplomatie de coulisses et de foyer, vous savez ce qu’il est résulté.

Mais dans la salle, il se jouait d’autres scènes, plus intéressantes et plus aimables ; les oreilles et les regards étaient enivrés. On était heureux, on battait des mains. On écoutait madame Damoreau, ou bien l’on suivait au ciel mademoiselle Taglioni.

C’est aussi pendant ces soirées-là, que s’est établi et pleinement confirmé le succès du Serment, opéra nouveau de MM. Scribe et Auber.

À l’occasion du poème de M. Scribe, nous ne nous engagerons pas assurément dans la guerre que font les feuilletons aux libretti, depuis un temps immémorial. Il serait sage pourtant d’en prendre son parti. Tant que les poètes ne viendront pas aux musiciens, il faudra bien que les musiciens s’arrangent de M. Scribe et consorts, et que nous nous en contentions nous-mêmes. Et puis, d’ailleurs, qu’importe ? MM. Auber, Rossini et Meyerberr mettent leur riche musique sur les pauvres poèmes de M. Scribe, comme on met un tapis magnifique sur une vieille et mauvaise table, et, Dieu merci ! nous ne regardons alors et ne voyons que le tapis.

Ainsi, quant au Serment, nous n’avons ni compris ni essayé de comprendre la fable et les paroles de cet opéra, mais nous avons pleinement joui de la brillante et gracieuse partition dont M. Auber l’a revêtu. Parmi les nombreux ouvrages de ce compositeur, il y en a peu qui offrent autant de chants spirituels et élégans. Dans une autre couleur, le final du second acte, morceau plein de chaleur et de caractère, est aussi l’un des plus vigoureux qu’ait écrit l’auteur de la Muette.

Nous qui venons tard souvent pour parler d’un nouvel ouvrage, nous qui venons souvent après tous les feuilletons qui l’ont examiné, nous devons au moins combattre et rectifier leur critique sur les points importans, lorsqu’elle nous semble injuste et mal fondée.

Beaucoup de journaux se sont élevés contre le bonnet de coton blanc qui figure dans le Serment sur la tête de maître Andiol l’aubergiste. Ils ont trouvé que cette coiffure était indigne de paraître au grand Opéra, qu’elle en déshonorait la scène, et devait être reléguée au Variétés. Sur cette question, nous sommes d’un avis entièrement opposé. L’emploi du bonnet de coton dans l’opéra nous paraît au contraire une hardiesse digne d’éloge, et ne doit pas, selon nous, être moins encouragé que l’usage du mot propre dans la poésie. Le bonnet de coton, surtout quand il est frais et blanc comme celui de Dérivis, est très-fort de mise, et peut se produire partout. Il s’était, au surplus, déjà récemment hasardé, quoique timide et honteux, au troisième acte du ballet de la Tentation, sur le coin de l’oreille des diables cuisiniers, à travers les soupiraux du pavillon. Mais ce sera du Serment que datera l’avènement définitif du bonnet de coton à l’Académie Royale de Musique.

Le Théâtre-Italien nous a produit déjà quelques-uns des débuts qu’il nous avait promis. La marche a été ouverte par madame Boccabadati. Madame Boccabadati est une cantatrice habile et savante, dont Matilda di Sabran n’a pu nous permettre d’apprécier encore bien le talent. Mais un succès incontestable et sans restriction a, de prime abord, accueilli l’apparition de madame Eckerlin et de Tamburini dans la Cenerentola.

Le chant de Tamburini tient du prodige. Nous n’avions pas jusqu’ici l’idée de tant de douceur et de flexibilité unies à tant de puissance. La grâce de la force est bien la suprême grâce.

La belle et touchante voix de madame Eckerlin émeut profondément. Elle est venue faire retentir en nos âmes des cordes qui ne vibraient plus depuis que madame Pasta nous avait quittés.

Félicitons-nous ! Quoi qu’il arrive, quelque poignantes que soient les inquiétudes qui pourront nous assiéger cet hiver, nous aurons des soirées de larmes, des soirées de consolation et d’oubli.

LE SALMIGONDIS [1].

Nous avions eu déjà des contes bruns, des contes bleus, des contes noirs ; voici maintenant des contes de toutes les couleurs ; voici le Salmigondis.

Si nous en croyons sa préface, Salmigondis, c’est moins que rien ; c’est un livre qui n’en est pas un, et cependant c’est un livre glané dans toutes les intelligences et parmi toutes les célébrités ; c’est un livre sans conséquence, et pourtant c’est un livre qui a vingt chances pour une d’être amusant.

Dans les cas où ces définitions diverses ne vous donneraient point une idée parfaitement claire du Salmigondis, l’éditeur vous dit plus nettement, dans la même préface, qu’il sera trop heureux si, par la littérature galvanique dont nous sommes obsédés, il trouve assez d’imaginations fraîches, de cœurs naïfs et de jeunes esprits, pour ne pas rire aux simples récits de chastes et modestes passions, d’histoires très-vraisemblables dont se compose son recueil.

Après cette formelle profession de foi, quelques lecteurs seront peut-être fort surpris de rencontrer dans le Salmigondis, la Danse des Morts, de M. Charles Rabou, et la Cheminée gothique, de M. Alphonse Brot.

— Qu’est-ce à dire, s’écrieront ces candides personnes, veut-on nous donner ces contes pour des contes couleur de rose ? Ne voilà-t-il pas bien du galvanisme littéraire s’il en fut, et du plus complet ?

— Oh ! répondra l’éditeur, faisant effort pour s’empêcher de rire, pourquoi, messieurs, prenez-vous les préfaces au mot, ou plutôt pourquoi les lisez-vous ? Je vous annonce au surplus des contes de toutes les couleurs. Or le fantastique est une couleur de contes fort à la mode, à moins de faire mentir mon titre, sinon ma préface, je ne puis donc en conscience vous dispenser du fantastique.

Soit. Il faut d’ailleurs en convenir, l’éditeur ne nous a administré qu’une dose très-raisonnable de fantastique ; le fantastique n’est point la couleur dominante de ce premier volume du Salmigondis.

Le Shelling, par madame de Bawr, et d’Heureux jours en 93, par M. X., sont de petites histoires pleines de délicatesse, et dont le naturel et la simplicité n’ont nullement exclu l’intérêt.

Antoine Pinchon est un conte américain écrit avec cette verve spirituelle qui caractérise surtout le style de M. Jules Janin.

Un des meilleurs morceaux du volume, c’est assurément l’Épisode de la vie d’un Pacha, par M. Édouard Disaut. Il y a là de la vraie couleur de l’Orient.

Dire que le Comte Chabert, de M. de Balzac, se distingue par les qualités et les défauts ordinaires de cet écrivain, ce n’est en vérité ni le louer ni le blâmer médiocrement.

Lorenzo Dempierra, de M. Buponi, n’est évidemment qu’un pastiche d’Hoffmann, mais c’est l’un des mieux faits que nous ayons lus.

Quant à l’Ile des Fleurs, nous avouons humblement n’avoir rien compris à cette histoire, non plus qu’à son style. Son auteur, M. Sands, n’est pas, j’imagine, celui d’Indiana.

  1. Chez Fournier.