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Chronique de la quinzaine - 14 novembre 1895

Chronique n° 1526
14 novembre 1895


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



14 novembre.


Il semble que plus de quinze jours se soient écoulés depuis notre dernière chronique, non pas que des événemens considérables aient eu lieu depuis lors, mais parce qu’un changement très caractérisé s’est produit dans l’orientation de notre politique intérieure ; — et, qu’à l’extérieur aussi, la situation s’est, sur quelques points, renouvelée. La constitution chez nous d’un ministère radical, au dehors le développement de la question arménienne et le discours que lord Salisbury a prononcé, le 10 novembre, au banquet du lord-maire, ont fait de la quinzaine qui s’achève une des plus importantes que nous ayons traversées depuis longtemps. Aucune question, à la vérité, n’y a été résolue, mais combien ont été soulevées !

Nous avons raconté dans quelles conditions le ministère de M. Ribot est tombé. Y avait-il lieu de lui substituer un ministère radical ? Sur ce point, les esprits sont restés divisés. Pour beaucoup, et nous en sommes, cette obligation ne s’imposait en aucune manière. Les radicaux, grâce à des coalitions passagères, tantôt avec la droite, tantôt avec les mécontens de tous les partis, avaient mis en minorité plusieurs gouvernemens modérés ; mais eux-mêmes n’ont jamais eu la majorité. Ils ne l’ont pas, ils ne la conquerront pas. La base parlementaire sur laquelle ils s’appuient est des plus étroites, et tout fait croire qu’elle est destinée à se rétrécir chaque jour davantage. C’est une démonstration qui n’avait peut-être pas besoin d’être faite ; on en a jugé autrement, soit ! Laissons à l’événement le soin d’achever la démonstration. Il faut bien reconnaître que le parti modéré, quoique le plus nombreux, avait éprouvé depuis deux ans tant de déceptions et de mésaventures que si ses forces numériques n’étaient pas entamées, ses forces morales avaient grandement besoin d’être retrempées dans une épreuve régénératrice. La chute successive de plusieurs ministères qui l’avaient plus ou moins exactement représenté au pouvoir l’avait un peu découragé : il se demandait s’il serait plus heureux dans une nouvelle expérience, faite à peu près dans les mêmes conditions que les précédentes. A quatre reprises différentes, les radicaux avaient réussi à renverser les ministères modérés, et, bien qu’il y ait toujours eu de la surprise et de l’équivoque dans ces votes destructifs, leur répétition avait jeté une grande incertitude sur l’avenir. Le pays se demandait, on l’a cru du moins, si ces radicaux, si habiles à détruire, si forts pour démolir, seraient également habiles et forts pour gouverner. Ils parlaient sans cesse de réformes à faire, et ils dénonçaient l’impuissance du parti modéré. On se demandait quelles étaient précisément ces réformes dont il était si souvent question, et dont la séduction sur la foule devenait d’autant plus grande que les linéamens en restaient plus confus. Chacun pouvait y loger ses espérances, ou ses fantaisies particulières. Peu à peu l’opinion s’accréditait qu’il y avait vraiment des réformes à faire, urgentes, indispensables, impérieuses, mais que les modérés étaient incapables de les opérer. Il était à craindre que cette opinion ne se propageât toujours davantage, et quelle n’eût une influence funeste sur les élections qui auront lieu au printemps de 1898. Les radicaux et les socialistes ne cessaient de répéter que les modérés ne pouvaient, ne savaient rien faire : eux seuls possédaient la véritable panacée avec la manière de s’en servir. Ne fallait-il pas, un jour ou l’autre, les mettre en demeure d’en fournir la preuve ? On a cru le moment venu, on les a appelés au pouvoir. Nous l’avons regretté parce que, si courte que soit l’expérience, elle risque d’avoir de très funestes conséquences au dedans et au dehors ; mais, puisqu’elle est commencée, nous souhaitons qu’elle soit complète et définitive. Si le parti radical est, comme il s’en est fait fort, capable de réaliser son programme et de gérer nos affaires, qu’il le montre ; s’il ne l’est pas, qu’il le montre encore, et nous serons, sans doute, débarrassés de lui pour toute la suite de la législature. Il restera encombrant, mais il cessera d’être menaçant.

Le chef du nouveau ministère, M. Léon Bourgeois, est un homme intelligent, personnellement sympathique, dont les interventions à la tribune ont toujours été discrètes, rarement efficaces, quelquefois adroites, et qui, sorti de l’administration dont il a parcouru tous les échelons avec une rapidité trop grande pour qu’on puisse le regarder comme un administrateur de carrière, est entré jeune dans la politique, où il a occupé tout de suite une place très en vue, bien qu’il n’y ait jamais joué un rôle important. Depuis plusieurs années déjà, il est considéré comme le plus ministrable des radicaux, et il est devenu le chef nominal du parti, sans qu’on puisse dire ce qu’il a fait pour cela. Sa principale qualité, celle qui l’a mis hors de pair dans son parti, est que, s’il a adopté le programme, il n’a jamais montré le tempérament radical. Il est très éloigné d’être un sectaire. C’est un homme de conciliation et de transaction. Il est venu trop tard dans un monde parlementaire déjà trop rajeuni. Il aurait été autrefois un très bon président de ministère de concentration républicaine, à base radicale s’il avait pu donner libre cours à ses préférences, à base plus modérée si les circonstances l’avaient comporté, ou exigé. On voit par là que M. Léon Bourgeois n’est pas un type absolument nouveau dans notre personnel parlementaire ; mais ce qui est nouveau c’est la situation qui lui est faite et qu’il a dû accepter. Il aurait joué volontiers un air que nous sommes très habitués à entendre, sans qu’il soit facile de dire s’il aurait été supérieur ou inférieur dans l’exécution à la plupart de ses devanciers ; mais cet air est pour le moment démodé. M. Ribot en a tiré les dernières variations. Il y a neuf mois, lorsque la chute de M. Dupuy a été suivie de la démission de M. Casimir-Perier et de l’élection à la présidence de la République de M. Félix Faure, celui-ci, frappé dès ce moment de la difficulté de vivre que les radicaux imposaient à tous les ministères modérés, a fait appeler les radicaux, c’est-à-dire M. Léon Bourgeois. M. Bourgeois a essayé alors de constituer un ministère, mais, croyant bien connaître la Chambre alors qu’il se connaissait surtout lui-même, il n’a pas voulu faire autre chose qu’un cabinet de concentration. L’idée d’un gouvernement purement radical lui répugnait : il ne croyait pas qu’un tel gouvernement fût viable. Il s’est adressé à un certain nombre de modérés, d’abord aux uns, ensuite aux autres, pour leur demander leur concours, mais toutes ses démarches sont restées sans résultat. Peut-être certaines difficultés de personnes ont-elles, sans qu’on l’ait dit, contribué à ce dénouement négatif ; le désaccord apparent s’est produit au sujet de l’impôt général sur le revenu que M. Léon Bourgeois voulait insérer dans son programme, au moins comme une promesse d’avenir, et qu’aucun modéré n’a voulu accepter. Dès lors, M. Bourgeois a renoncé à sa tâche. Ne pouvant pas faire un cabinet de concentration, il a préféré ne pas en faire du tout. Son échec n’a eu, à ce moment, d’autre conséquence que de rendre plus facile à M. Ribot de réussir à sa place, un peu dans les conditions qu’il n’avait pas pu réaliser lui-même, mais pourtant avec des différences notables, puisque, dans le ministère de M. Ribot, la majorité appartenait aux modérés comme elle leur appartient à la Chambre, et que l’impôt général sur le revenu, aussi bien que la plupart des autres conceptions radicales, étaient formellement abandonnés.

Si nous rappelons ces souvenirs d’histoire ancienne, c’est pour montrer que M. Léon Bourgeois n’est pas de sa nature un radical intransigeant et exclusif. Encore maintenant, tout porte à croire qu’il aurait préféré faire un cabinet de concentration ; mais il le pouvait moins que jamais. Après la tentative stérile du mois de janvier dernier, comment conserver à cet égard la moindre illusion ? Si à cette époque, M. Bourgeois a voulu faire un cabinet de concentration ou rien, il devait faire aujourd’hui un cabinet radical ou rien. Peut-être aurait-il mieux aimé cette seconde solution, qui lui aurait permis de se réserver pour un meilleur avenir, mais les hommes politiques, surtout lorsqu’ils sont devenus bon gré mal gré chefs de parti, ne sont pas toujours libres de suivre leurs préférences. M. Bourgeois, il y a neuf mois, a été accusé de désertion par les radicaux, et de trahison par les socialistes. Les mots les plus durs ont résonné à son oreille. Sans doute il en a fait exactement le cas qui convenait ; il a trop d’esprit pour se laisser émouvoir plus que de raison par ces injures éphémères ; toutefois, il ne pouvait pas sans inconvénient s’y exposer de nouveau. Il y aurait eu, tranchons le mot, quelque chose de ridicule pour lui d’échouer une fois de plus dans la tâche qui lui était confiée. Eh quoi ! le chef d’un parti aussi présomptueux, aussi arrogant, aussi agressif, aussi malfaisant que le parti radical, aurait avoué derechef son irrémédiable impuissance à gouverner ! Cette récidive était inadmissible. Il fallait tout risquer plutôt que d’encourir la responsabilité d’un pareil échec. M. Léon Bourgeois a jugé qu’il ne pouvait plus se dérober, et, peut-être avec quelque scepticisme intérieur, il a fait un ministère radical, le plus homogène que nous ayons jamais eu, qu’aucune tâche ne dépare dans sa coloration uniforme, et qui serait vraiment un gouvernement, — un mauvais gouvernement bien entendu, — s’il avait une majorité ; mais en a-t-il une ?

Au mois de janvier dernier, quelques jours avant d’être mis en demeure de prendre le pouvoir, à la fin d’une séance qui s’était prolongée jusqu’à une heure avancée de la nuit, M. Léon Bourgeois a demandé subitement la parole, et il a exposé tout une méthode de gouvernement qui n’était autre chose que la concentration républicaine. Hors de la concentration, point de salut ! Est-ce à dire que M. Bourgeois considérait que tous les républicains, quels qu’ils fussent, pouvaient entrer indifféremment dans une majorité gouvernementale ? Il était loin de le penser, il prononçait nettement l’exclusion des socialistes. Une telle déclaration devait produire un vif émoi sur les bancs de ces derniers. — Est-ce que, par hasard, a demandé une voix, vous nous excluez de la République ? — Non, a répondu M. Bourgeois, mais seulement d’une majorité capable de soutenir un gouvernement. — Ce petit dialogue, malgré son intérêt, est presque oublié aujourd’hui, car tout s’oublie vite au temps où nous sommes ; les hommes changent trop rapidement pour que rien puisse faire sur eux une impression durable ; enfin les gros mots s’accumulent sur ceux qui sont simplement expressifs, et les écrasent sous le nombre. Il n’est pas moins vrai que M. Bourgeois repoussait naguère les voix des socialistes : que ferait-il aujourd’hui si elles lui manquaient ? Il en a le besoin le plus strict, le plus absolu, le plus indispensable. Le jour où elles lui feraient défaut, la composition même de son ministère le condamnerait à une chute immédiate. Il est condamné à vivre, sinon pour les socialistes, au moins par eux, et son sort dépend du plus ou moins d’exigences qu’ils manifesteront. On s’attendait à ce qu’ils en eussent beaucoup ; à vrai dire, ils n’en montrent jusqu’ici aucune. Tout neufs dans le rôle de députés ministériels, ils en pratiquent déjà toutes les obligations avec un dévouement, avec un renoncement, qui surprendrait beaucoup s’il devait être durable. Ils paraissent tenir au ministère de M. Bourgeois comme s’ils en attendaient beaucoup, mais ils ne lui demandent rien. Il faut voir avec quelle vigilance, toujours attentive et empressée, ils écartent de sa route les moindres obstacles qui pourraient le faire trébucher. Si les modérés s’étaient montrés aussi attentifs et aussi soigneux à l’égard des ministres d’hier et d’avant-hier, aucun ne serait tombé. On a parlé d’interroger M. Bourgeois sur ses intentions au sujet des lois contre les anarchistes. Les maintiendra-t-il ? En acceptera-t-il le retrait ? C’est une grave question, mais elle n’a pas pu jusqu’à ce jour être posée. On annonce toujours qu’elle va l’être, et probablement elle le sera en effet, mais non pas par un socialiste. Les socialistes sont trop heureux d’avoir ce ministère, et s’il y a des mécontens, c’est plutôt parmi les radicaux. Il n’est pas jusqu’à l’élection d’un vice-président et d’un secrétaire de la Chambre qui n’ait donné aux socialistes l’occasion de faire étalage de leur sollicitude ministérielle : ils se sont mis en grève et ont obligé les radicaux à s’y mettre pour empêcher les candidats des modérés de passer du premier coup, faute de quorum . Quant à des candidats à eux, ils avaient trop grand’peur d’être battus pour en avoir, et ils sentaient bien que leur échec rejaillirait sur le gouvernement : ils se sont abstenus. Grâce à cette tactique, il a fallu une séance et demie pour élire M. Poincaré vice-président à la place de M. Lockroy devenu ministre, et M. Ernest Carnot secrétaire à la place d’un socialiste qui avait donné sa démission. Que de fausses manœuvres ! que de scrutins nuls ! que de temps perdu ! Les socialistes enseignent aux modérés à soutenir un gouvernement : le ministère leur enseignera-t-il ce que c’est qu’un gouvernement ? Cela n’est pas impossible. En affichant son caractère de radicalisme tranché, avoué, il les oblige à prendre position sur leur propre terrain, à se défendre, bientôt à attaquer, et Dieu sait à quel point ils en avaient perdu l’habitude ! On annonce que M. le président du Conseil, ministre de l’intérieur, est sur le point de faire un grand mouvement administratif et de sacrifier un certain nombre de préfets et de sous-préfets. A la bonne heure, et voilà ce qui s’appelle gouverner ! Les modérés, aussi longtemps qu’ils sont restés aux affaires, n’ont même pas osé déplacer un garde champêtre. Les socialistes et les radicaux ne parlent aujourd’hui que d’épurer le personnel. Soit ! que M. Bourgeois donne l’exemple : ceux qui viendront après lui sauront s’en inspirer, bien qu’en sens inverse, et les partis sortiront enfin de leur trop longue torpeur.

Nous dirons peu de chose des personnes. L’homogénéité du cabinet est toute politique ; elle ne s’étend pas uniformément à la valeur de tous ses membres ; toutefois, parmi eux, il y a des hommes de beaucoup de mérite, tels que M. Berthelot, M. Cavaignac, d’autres encore, et tout ce qu’on peut se demander est s’ils ont toujours été mis à leur place. M. Godefroy Cavaignac est un des hommes les plus studieux de la Chambre ; malheureusement ses études, assurément très sincères, l’ont peu à peu détourné des modérés pour le rattacher aux radicaux. Il a signé, avec le ministre actuel des finances, M. Doumer, un projet d’impôt progressif sur le revenu. Les questions militaires ne l’ont pas moins attaché que les problèmes financiers ; nous aurons, un jour prochain, à nous demander s’il les a mieux résolues. Sa nomination au ministère de la guerre a produit quelque émotion dans l’armée. Quant à M. Berthelot, s’il a été placé aux affaires étrangères, c’est probablement parce que les nouveaux ministres ont pensé que le plus illustre d’entre eux était celui qui les représenterait le plus convenablement auprès de l’Europe, et aucun n’avait, au surplus, des connaissances diplomatiques supérieures aux siennes : ils étaient tous également novices en pareille matière. On assure qu’ils ont fait les plus grands efforts pour retenir M. Hanotaux, mais que celui-ci s’est absolument refusé à rester dans un ministère qui s’éloignait trop de ses opinions. Les diplomates de carrière auxquels on a demandé de le remplacer n’ont pas cru pouvoir le faire, probablement pour des motifs analogues à ceux qui avaient provoqué son propre refus. Et voilà comment M. Berthelot est devenu ministre des affaires étrangères. Les choix de ce genre ne sont pas sans précédens au quai d’Orsay, et il y en a qui ont réussi : nous souhaitons bonne chance à M. Berthelot. Que dirons-nous de ses autres collègues ? Ils sont presque tous connus, car presque tous ont déjà été ministres. M. Lockroy l’est pour la troisième fois, sinon pour la quatrième ; il vient de se révéler marin. M. Ricard avait déjà été garde des sceaux, on se souvient dans quelles circonstances délicates. M. Guyot-Dessaigne lui-même avait déjà été ministre, au moins pendant huit jours : c’était, si nous ne nous trompons, tout à la fin du ministère de M. Floquet. On voit que s’il y a quelque chose de nouveau dans ce ministère, ce n’est pas précisément dans les hommes qui le composent. Presque tout ce personnel a déjà servi, et il y en a au moins une partie qu’on croyait bien tombé hors d’usage. Mais, dans le monde parlementaire, il ne faut désespérer de rien. Il n’est personne aujourd’hui qui, à un moment donné et par suite d’un coup de vent imprévu, ne puisse devenir ministre, et quand on l’a été une fois, on peut le redevenir toujours. M. Viger en est une preuve : mais sa modestie l’attache toujours à l’agriculture, tandis que la règle générale, quand on a fait ses preuves dans un ministère, est de passer aussitôt à un autre. Ainsi, M. Guyot-Dessaigne ancien procureur impérial, ayant été à la justice, est aujourd’hui aux travaux publics ; M. Cavaignac, ayant été à la marine, est à la guerre ; M. Lockroy, ayant été au commerce, est à la marine ; M. Berthelot, ayant été à l’instruction publique, est aux affaires étrangères : tant la fixité dans les opinions dispense d’en avoir dans sa spécialité.

Et si le nouveau personnel politique est vieux, le programme qu’il a apporté aux Chambres ne l’est pas moins. Nous avons vu cela partout. Il n’est pas une seule des promesses de M. Bourgeois qui n’ait été déjà faite, et bien souvent. Il est vrai que jamais elles n’avaient été groupées en pareil nombre. La phrase de la déclaration ministérielle qui a le plus étonné est celle où il est dit que, pour aboutir, il faut savoir se restreindre. M. Bourgeois promet tout, et quelques autres choses encore. Ce n’est pas un programme qu’il a rédigé, c’est une table des matières. Combien de fois, par exemple, n’a-t-on pas annoncé une loi sur les associations ? Il y a déjà plusieurs projets à l’étude dans une commission qui est présidée par M. Coblet. Quelques-uns d’entre eux, tout comme celui que nous ne connaissons pas encore, mais que le gouvernement annonce, ont pour objet avoué de préparer la séparation de l’Église et de l’État, ce qui a toujours été le moyen le plus sûr de les faire tous échouer. Combien de fois ne nous a-t-on pas parlé d’un projet de loi sur l’armée coloniale ? La commission de l’armée est déjà saisie de quatre ou cinq. L’ancien ministère avait promis d’en déposer un autre, mais il ne l’a pas fait, sans qu’on puisse dire que le temps lui ait manqué pour cela. Il a temporisé jusqu’au moment de sa chute. Tout porte à croire, pourtant, qu’il n’en sera pas ainsi avec le nouveau cabinet, car l’auteur d’un des projets en cours d’étude n’est autre que M. Cavaignac, lequel est devenu ministre de la guerre. Il est donc probable que le ministère se contentera de s’approprier le projet de M. Cavaignac, et quant à nous, nous en sommes bien aises, car il vaut mieux pour le gouvernement présenter un mauvais projet que de n’en présenter aucun : il donne toujours par là un point de départ à la discussion. Avons-nous besoin de dire que le ministère déposera un grand nombre de projets relatifs à des réformes sociales, caisse de retraite pour la vieillesse, pour les accidens du travail, sociétés de secours mutuels, etc., etc. ? Enfin il se propose d’introduire des changemens très profonds dans notre système fiscal. Dès maintenant, la Chambre discute la réforme des successions qui, pour la première fois, introduit dans nos lois le principe de la progression. C’est là un legs de l’ancien ministère, et non pas le meilleur ; mais du moins, avec un gouvernement modéré, on pouvait espérer que le mal ne se serait pas étendu plus loin. M. Poincaré, tout en présentant la loi, s’était déclaré d’une manière générale hostile à la progression. C’était une concession qu’il faisait ; il s’appliquait à en diminuer l’importance ; il entendait qu’elle fût la dernière. Le nouveau gouvernement entend que ce soit la première, et qu’elle soit suivie de beaucoup d’autres. Ce n’est plus une concession qu’il fait, c’est tout un système dans lequel il s’engage, car MM. Doumer et Cavaignac ont présenté et défendu en commun un projet d’impôt général sur le revenu à base progressive. Avec eux, aucune illusion n’est possible : nous savons où on nous conduit. La Chambre n’en a pas moins écouté avec quelque indifférence la longue nomenclature des réformes qu’on lui annonçait. Un peu moins du tiers de l’Assemblée a applaudi avec enthousiasme ; les deux autres tiers sont restés silencieux et impassibles. Le gouvernement demandait à être jugé d’après ses actes ; on les attendra, et quelques-uns ne doivent se produire que beaucoup plus tard. Qui sait si le ministère vivra jusque-là ? Généralement, on en doute. Ainsi, le ministère a déclaré qu’il acceptait tel quel le budget de son prédécesseur avec la ferme résolution de le faire voter avant le 31 décembre : la première des réformes, a-t-il dit, est le vote du budget en temps normal. Cela est vrai, mais rien ne sert de courir, il faut partir à temps, et, au surplus, on ne s’aperçoit pas du tout que la Chambre coure plus vite depuis qu’elle a un ministère radical. Quoi qu’il en soit, ce n’est que dans le budget de 1897 qu’on présentera les grandes réformes ; on ne les discutera que dans une année ; cela donne le temps de respirer, et tout le monde serait bien surpris, le Cabinet tout le premier, si dans un an, le roi, l’âne ou moi n’étions pas morts. A une aussi longue distance de leur exécution, les menaces n’effraient pas plus que les promesses ne rassurent, et, dans leur vieille expérience, les Chambres restent également sceptiques envers les unes et envers les autres.

La seule crainte sérieuse est que, pendant le temps plus ou moins long de la durée du ministère, l’anarchie morale, politique, administrative, qui a fait tant de progrès dans le pays, n’en fasse encore davantage, et qu’il ne soit ensuite très difficile d’y remédier. C’est sur ce point que portent les préoccupations principales. Dans le pays comme à la Chambre, on verra beaucoup de revenans reprendre une vie qui commençait à languir et à s’éteindre. Les comités radicaux dont l’action avait beaucoup baissé essaieront de ressaisir sur les préfets et les sous-préfets le détestable empire qu’ils ont exercé si souvent. Leur effort principal tendra à empêcher de venir à la république tous ceux que la désillusion, le besoin de repos, souvent le simple bon sens et le patriotisme tendaient de plus en plus à rapprocher de l’ordre de choses actuel. Sans doute il faut distinguer entre les ralliés. Il en est dont la conversion, pour être prise au sérieux, a grandement besoin d’être confirmée par sa persévérance. Rien ne serait plus imprudent que d’abandonner les destinées de la République à ceux qui, hier encore, en étaient les adversaires les plus déterminés. Mais le mouvement d’adhésion qui se produisait partout n’en était pas moins un symptôme favorable, heureux, pacificateur, et qu’il convenait d’encourager en le surveillant. Ce qui distingue le gouvernement actuel, à le juger par la plupart de ses membres et par tous ceux qui le soutiennent, est l’horreur instinctive et la terreur des ralliés. Le royaliste obstiné dans ses convictions, où il est assurément très respectable : le bonapartiste entêté à espérer le retour des grandes aventures ; enfin l’adversaire loyal, mais intransigeant, n’est pas l’ennemi. L’ennemi est celui qui désarme, même lorsqu’il le fait sincèrement, et qui, soit pour lui-même, soit pour ses enfans, — car les fils n’héritent pas toujours nécessairement des passions de leurs pères, — demande à entrer dans la république et n’y revendique d’autres droits que ceux de tous les citoyens. C’est à celui-là qu’on déclare la guerre. On ne veut pas de lui. On trouve qu’il y a, dès maintenant, assez de républicains, et que, le jour où l’union de tous les enfans d’un même pays serait faite, où nos luttes d’autrefois seraient apaisées, où nous respecterions le passé mort tout en cherchant à tirer le meilleur parti possible du présent et de l’avenir, serait un jour néfaste, un jour maudit. Nous avons entendu retentir les cris de guerre d’il y a quinze ans, et la déclaration du ministère en reproduit elle-même l’écho. M. Bourgeois a déclaré que son gouvernement s’inspirerait du « vieil esprit républicain. » C’en est fait de « l’esprit nouveau » que M. Spuller avait autrefois annoncé, un peu maladroitement peut-être, mais avec beaucoup de courage et d’honnêteté. Nous n’aimons pas, en politique, ces mots d’auteurs qui, à moins d’avoir été longuement préparés et d’arriver au moment où tout le monde les attend, produisent d’ordinaire un effet tout contraire à celui qu’ils se proposent. Personne ne parlait plus de « l’esprit nouveau », mais évidemment M. Bourgeois et ses collègues ne cessaient pas d’y penser comme à un cauchemar, puisqu’ils ont tenu à lui opposer « le vieil esprit républicain ». Malheur aux gouvernemens qui ne savent pas se renouveler ! C’est parce qu’il y en a eu beaucoup de ceux-là qu’il en est tombé un aussi grand nombre en France. M. Bourgeois, qui est un positiviste et un partisan de la doctrine de l’évolution, devrait savoir que le vieil esprit d’autrefois ne suffit pas indéfiniment à tous les âges, à toutes les situations. Le monde politique est dans une transformation éternelle. Si nous jetons les yeux sur l’Europe, il n’y a pas un seul pays qui soit aujourd’hui ce qu’il était il y a vingt ans. Les générations qui se succèdent et qui se remplacent viennent au jour avec des besoins nouveaux. Elles ne comprennent rien à notre « vieil esprit », à nos querelles rétrospectives, à nos mots de passe démodés, et ce n’est certainement pas en lui proposant de revenir en arrière et de vivre des passions qui, après nous avoir violemment émus nous-mêmes, nous laissent aujourd’hui indifférens, qu’on groupera la jeunesse autour de soi et qu’on préparera l’avenir. Cette erreur chez nos gouvernails a déjà produit l’explosion du boulangisme, qui n’a été dans le pays qu’une tentative empirique et grossière, non pas pour changer une forme de gouvernement qui restait la seule possible, mais pour échapper à un « vieil esprit », à une routine politique dont on ne voulait plus. Tant pis pour ceux qui ne l’ont pas compris ! Mais tant pis pour nous tous si, en recommençant l’expérience, il leur était donné de la poursuivre trop longtemps !

Au dehors comme au dedans, le nouveau ministère rencontre une situation difficile. Jamais la permanence dans notre conduite diplomatique n’a été plus utile qu’aujourd’hui, car beaucoup de points noirs, ou du moins très obscurs, apparaissent. Il suffit, pour s’en rendre compte, de se reporter au discours prononcé, le 10 novembre, au banquet du lord-maire par le marquis de Salisbury. Ce discours était attendu avec impatience. Il semble que toute la presse britannique, et, il faut bien le dire aussi, la plus grande partie de la presse européenne se soient donné le mot pour le trouver très rassurant : cela porte à croire qu’il y a en ce moment, dans le monde, un désir bien ardent d’être rassuré. Quelque générale qu’ait été cette impression satisfaisante, il nous est impossible de la partager.

Le discours de lord Salisbury se divise en deux parties bien distinctes. Dans la première il est question de l’Extrême-Orient, et dans la seconde de l’Orient méditerranéen. Dans la première, il a montré tout en rose, et dans la seconde tout en noir. Il s’est appliqué à rassurer ses compatriotes sur les dangers qui pouvaient se produire en Chine, et à les effrayer sur ceux qui menacent l’Empire ottoman. Nous souhaitons qu’il ait réussi à dissiper les chimères dont les imaginations anglaises s’étaient alarmées bien à tort, à propos des événemens asiatiques. Quant à l’Empire ottoman, il est profondément troublé, en effet, mais le langage de lord Salisbury n’est peut-être pas celui qu’il eût fallu pour y ramener la tranquillité et la paix.

Une campagne diplomatique est ouverte depuis plusieurs mois au sujet des affaires d’Arménie par lord Rosebery. La Russie et la France s’y sont associées, et nous avons raconté tout ce qu’il a été possible d’en savoir jusqu’ici, c’est-à-dire assez peu de chose. Lord Salisbury a complété nos renseignemens. Lorsqu’il est arrivé aux affaires, les représentans des trois puissances avaient adressé au sultan une demande commune, sinon collective : il s’agissait d’adjoindre un nombre proportionnel de fonctionnaires chrétiens aux fonctionnaires ottomans de toutes les provinces où vivent un grand nombre d’Arméniens. La demande des trois puissances était sur le point d’être accueillie, lorsque lord Salisbury a proposé ce qu’il appelle une alternative. Sa proposition n’était peut-être pas meilleure, dit-il modestement, mais il la croyait « plus acceptable ». Or il s’agissait de maintenir telle quelle l’administration mahométane, mais de la faire contrôler par une commission mixte, c’est-à-dire européenne. Comment lord Salisbury a-t-il pu croire un seul instant que sa proposition était « plus acceptable » que la première ? Il y a déjà, dans l’Empire ottoman, des provinces qui ont des gouverneurs et des administrateurs chrétiens, et depuis longtemps des chrétiens ont été admis dans toutes les branches de l’administration : il y en a même eu qui ont représenté le sultan auprès des puissances étrangères, et personne n’a jamais vu là une diminution de sa souveraineté politique ou religieuse. En serait-il de même si une commission de contrôle, sous prétexte de surveiller l’administration ottomane, la dominait réellement et l’absorbait ? C’est mal connaître le sultan que de le croire capable de donner la préférence à une solution de ce genre. Aussi ne l’a-t-il pas fait, et lord Salisbury parait avoir supporté assez allègrement l’échec de son alternative. Celle-ci n’a eu qu’un inconvénient, à la vérité des plus regrettables, à savoir de faire perdre un temps précieux, et de permettre aux massacres de Constantinople de se produire.

La proposition, ou suggestion de lord Salisbury a donc été assez malencontreuse, mais elle appartient déjà au passé, et le présent seul nous intéresse. Le sultan a cédé ; il a accordé tout ce qu’on lui demandait. Ne semble-t-il pas, dès lors, que les puissances auraient dû mettre leur point d’honneur à décourager toute tentative nouvelle de la part des Arméniens, et à leur faire comprendre qu’on avait beaucoup fait en leur faveur, assez pour une fois, assez pour longtemps ? Le langage de lord Salisbury est-il propre à leur donner cette impression ? Y ont-ils trouvé ces avertissemens graves dont ils avaient certainement besoin pour rentrer enfin dans le calme, et pour laisser l’Europe s’y reposer elle-même pendant quelque temps ? Point du tout. Il n’y a pas un seul mot, dans le discours, à l’adresse des Arméniens ; en revanche, il y en a beaucoup à l’adresse du sultan. Lui seul est rendu responsable de tous les maux de son empire, comme s’il pouvait, quand il le voudrait avec une énergie sans égale, échapper lui-même et soustraire du jour au lendemain ses sujets au poids qu’un long atavisme fait peser sur leurs têtes. La thèse de lord Salisbury est que le sultan peut tout. Ce souverain des Mille et une Nuits n’a qu’à dire un mot pour changer autour de lui les choses et les hommes. Que ne prononce-t-il ce mot féerique ? S’il ne le fait pas, il encourt une responsabilité redoutable. Il est dans l’ordre de la nature et dans la volonté de la Providence que tout gouvernement mal dirigé succombe, et « que l’injustice conduise à leur perte les plus élevés de la terre ». Nul ne peut échapper à cette fatalité. Les peuples qui souffrent et qui gémissent ont tout à espérer, car leurs souffrances seront réparées et leurs gémissemens entendus. Celui qui les opprime sera puni. En vérité, pendant que lord Salisbury tenait ce langage tout biblique, ses auditeurs n’auraient pas été très étonnés de voir une main sortir de la muraille et y écrire les mots fatidiques : Mane, Thecel, Pharès ! « Tant que l’empire ottoman sera debout, » disait lord Salisbury. « Si l’Empire ottoman venait à tomber, » ajoutait-il, et à chaque mot les pires hypothèses se dressaient devant les esprits.

Il faut reconnaître, et nous nous empressons de le faire, que lord Salisbury a parlé dans les termes les plus forts de l’importance pour toute l’Europe de rester unie dans sa politique orientale. Aucune des puissances ne doit, et ne pourrait sans un immense danger se livrer à une action isolée. L’accord de toutes est nécessaire, indispensable, et l’Angleterre ne négligera rien pour le maintenir. C’est là une garantie dont la valeur est incontestable. Elle témoigne des bonnes intentions de lord Salisbury. Sans doute, lorsqu’il a parlé au sultan, le langage des prophètes de l’Ancien Testament, il l’a fait seulement pour être mieux entendu, et mieux compris. Le malheur est qu’il sera entendu et compris par d’autres encore que le sultan. Est-il sage, est-il prudent d’élever si fort la voix dans la chambre d’un malade et devant ses héritiers présomptifs ? L’expérience d’hier a montré, à propos des Arméniens combien il est difficile, en Orient, de contenir les passions qu’on a une fois déchaînées. Est-ce que tout le monde ne sait pas que la révolution est toute prête à éclater sur plusieurs points de l’Empire ottoman, pour peu qu’on l’encourage, ou qu’on paraisse le faire ? Ce ne sont pas seulement les Arméniens dont les entraînemens sont à craindre : dans la Turquie d’Europe, aussi bien que dans la Turquie d’Asie, dans les îles de l’Archipel ou de la Méditerranée, il suffirait d’une allumette pour mettre le feu aux poudres. D’autres populations, d’autres nationalités, si l’on veut, attendent avec anxiété le dénouement des affaires arméniennes pour réclamer à leur tour, et par analogie, leur portion de réformes ou d’indépendance. Il n’y a pas une question d’Orient, il y en a vingt, et il est presque impossible de toucher à une sans que toutes les autres se trouvent aussitôt posées. C’est pour cela qu’il convient de les traiter d’une main délicate. Si l’on parle aux uns un langage sévère, il serait à propos de le parler aussi aux autres, à tous ceux qui en ont besoin. Est-ce là ce qu’a fait lord Salisbury ? Son langage, qui a été au cœur de la nation britannique, y a fait naître un enthousiasme indescriptible. Tous les journaux demandent à grands cris des solutions immédiates. Quoi d’étonnant à cela lorsqu’un premier ministre a fait entendre que l’Empire ottoman était condamné dans les desseins de la Providence, et que les arrangemens qui en assurent tant bien que mal la sauvegarde seront bientôt remaniés ? Ils le seront sans doute un jour, un jour que nous désirons lointain, car, avant qu’ils le soient, il coulera beaucoup plus de sang, de sang chrétien et de sang musulman, que n’en ont fait encore répandre les révoltes des Arméniens et la manière, parfois cruelle, dont elles ont été réprimées.

Nous comptons sur la sagesse de l’Europe pour empêcher ce danger de naître. Jusqu’ici l’Angleterre, la Russie et la France s’étaient seules chargées de demander et d’obtenir des réformes pour l’Arménie ; depuis, les autres puissances sont entrées dans le concert général, et nous n’y voyons que des avantages. On connaît l’opinion de M. de Bismarck sur l’intérêt qu’ont pour l’Allemagne les affaires d’Orient : il n’aurait pas voulu leur sacrifier la solide charpente d’un soldat poméranien. La situation de plus en plus grande que l’Allemagne a su prendre à Constantinople n’a probablement pas modifié les vues de son gouvernement. Quant à l’Autriche, elle est essentiellement conservatrice, et d’ailleurs l’action diplomatique et pacifique lui a été toujours plus profitable que les aventures. L’Italie n’offre évidemment pas les mêmes garanties, et M. Crispi n’a probablement pas oublié que les 10 000 hommes envoyés jadis en Crimée, ont été pour le comte de Cavour comme le premier pion qu’il a très habilement poussé sur l’échiquier de l’Europe. Cet enjeu lui a singulièrement profité et rapporté. Mais l’Italie est engagée dans d’autres entreprises, et, à moins qu’elle ne cherche un prétexte d’en sortir pour remplir ailleurs un plus grand rôle, elle aussi doit désirer que la tranquillité de l’Orient ne soit pas troublée. La Russie et la France ne sont pas suspectes. Si la question d’Orient venait à se rouvrir, la première surtout ne pourrait pas s’en désintéresser ; mais elle a donné, dans les Balkans, assez de preuves de sa modération pour qu’on puisse y avoir confiance, et ses préoccupations sont tournées en ce moment du côté de l’Extrême-Orient. Enfin l’Angleterre, malgré des entraînemens où la générosité a une part plus grande qu’on ne le dit, est avant tout une nation sensée, et lord Salisbury a donné trop de preuves de finesse et de sang-froid pour qu’on pousse à l’excès les inquiétudes que son discours a pu causer. L’accord de l’Europe sera conservé et, aussi longtemps qu’il se prolongera, l’équilibre des intérêts en cause sera un gage du maintien corrélatif de ce statu quo oriental que l’Europe a établi, et dont lord Salisbury a si bien défini l’objet en disant qu’il était « nécessaire à la paix de la chrétienté ». Voilà ce qui nous rassure : il n’en est pas moins vrai que le discours de lord Salisbury a été sinon la cause, au moins le signe d’une situation nouvelle, qui exige toute l’attention de notre diplomatie.


FRANCIS CHARMES.

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