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Brèves apologies de nos auteurs féminins/Mmes Théry et L.-J. Turgeon

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Mmes THÉRY[1] et L.-J. TURGEON



Lintérêt profond et le dévouement remarquable que ces deux femmes de lettres ont témoignés, l’une, à son fils, l’autre, à son filleul, nous induisent à leur rendre un commun hommage. Toutes deux ont fait preuve d’une sollicitude admirable : Mme Théry en faveur de son fils, en écrivant pour lui un livre où se révèlent toutes les qualités de son cœur et de son intelligence et toutes les ressources de son expérience et de son instruction ; Mme Turgeon, en écrivant à son filleul belge, pendant que sa patrie était la proie des Allemands et la victime des plus odieuses barbaries, ces lettres encourageantes et émouvantes que, seule de toutes les marraines de guerre, elle a eu la bonne idée de publier, en mai 1920, sous le titre Entre deux rives, en y ajoutant les lettres de son filleul.

En lisant le livre de Mme Théry : À mon fils, on comprend plus que jamais tout ce que le cœur d’une mère contient de tendresse, de dévouement, d’ambitions légitimes pour son enfant, et l’on pense instinctivement à celle qui nous a guidé à travers les écueils dans les sentiers de la vie.

Ce livre a donc un charme particulier pour ceux qui ont profité des bons conseils de leur mère et pour ceux qui ont encore l’avantage d’en bénéficier. Les uns y retrouvent les conseils qui ont eu sur leur vie la plus salutaire influence ; les autres s’en inspireront pour s’orienter dans la direction qui conduit au bonheur et au succès.

Ce livre mérite à bon droit une grande popularité, et il est à espérer qu’il sera un livre de prédilection pour les jeunes gens.

Dans ce livre Mme Théry apporte une forte connaissance des auteurs anciens, modernes et contemporains. Ci et là, on y lit des citations bien choisies d’Ésope, d’Hérodote, de Scipion, de Juvénal, de Pascal, de Labruyère, de Molière, de Veuillot, de Lacordaire, de Lavedan, de Bourget, de Rostand, de Théophile Gauthier et de Sully Prud’Homme.

En écrivant ce livre Mme Théry a eu la même inspiration que M. Louis Doumer, l’ancien président de la Chambre des Députés à Paris, qui a écrit, lui aussi, un livre intitulé : À mes fils.

L’Action Française, d’avril 1917, a cru bon de recommander en ces termes le livre de Mme Théry :

« C’est une gerbe très riche de leçons et de conseils maternels… Tout jeune homme et toute mère liront avec profit ces pages saines et vigoureuses. »


Dans ses lettres à son filleul belge, Mme Turgeon (Renée des Ormes) a eu des pages éloquentes pour encourager son filleul à supporter les misères des tranchées et à braver la mort à chaque instant du jour. En cela elle a imité l’exemple d’Henri Lavedan dans son livre À mon filleul et des centaines de nos jeunes canadiennes-françaises qui ont été de superbes marraines de guerre pour leurs filleuls français, belges ou canadiens, pendant l’affreux carnage qui a ensanglanté la France et la Belgique.

Ce livre a été bien accueilli.

« Nous accueillons avec beaucoup de sympathie, nous dit M. Damase Potvin, le romancier québecquois, dans le Terroir de juin 1920, ces pages émouvantes qui vibrent de sincérité et de foi et qui sont d’une bonne qualité littéraire ; c’est une aimable conversation où nous apprenons d’une part, les faits de la grande guerre, au jour le jour, en Belgique, et, de l’autre, où l’on nous fait ressouvenir des faits principaux de notre histoire du Canada ; il y a un talent descriptif et des qualités d’âme et de cœur remarquables dans Entre deux rives.

« N’oublions pas que le livre de Renée des Ormes est peut-être le premier, chez nous, de la littérature dite de guerre ; c’est un grand mérite. Et c’est un véritable plaisir que d’entendre causer une mère de chez nous avec un fils de l’héroïque Belgique parée de ses blessures, grandie de tous ses sacrifices, de toutes ses beautés morales, dont, par l’effort et la souffrance, elle s’est enrichie. »

« Entre deux rives », nous dit encore la Revue Moderne, contient des lettres fort intéressantes qui sont presque des annales de la grande guerre. Une canadienne-française, voulant faire sa part de bien pendant ces années de terreur et de souffrances, adopta un filleul que le hasard se chargea de lui donner intelligent, instruit et brave. C’était un soldat de la Belgique. Tous deux s’écrivirent ; c’est cette correspondance échangée entre deux rives que Renée des Ormes, la marraine canadienne, nous présente aujourd’hui. Nous applaudissons à cette heureuse idée qui nous vaut un volume charmant et sincère, écrit en des heures terribles, et qui reflète la vaillance et le dévouement. Rénée des Ormes est une délicieuse épistolière, et Raymond est le plus intéressant des correspondants. Nous félicitons la marraine de nous avoir offert ces pages vaillantes, émues et fines. »

Il a même été accueilli avec faveur par Son Éminence le Cardinal Mercier, et par Sa Majesté le Roi des Belges.

Voici, en effet, les deux lettres que Renée des Ormes recevait de ces deux grands personnages :

Archevêché de Malines, 19 juin 1920.

Madame,

Votre joli livre Entre deux rives vient de me parvenir et je vous remercie d’avoir songé à m’envoyer ce souvenir de Québec.

Vous avez eu une heureuse inspiration de faire ressortir les caractéristiques de nos deux Nations si catholiques, et je vous remercie des appréciations trop élogieuses de ce qu’il m’a été donné de faire pendant la guerre.

Veuillez croire, Madame, à mes sentiments très cordiaux.

† D.-J. cardinal Mercier,
Arch. de Malines.




Secrétariat des Commandements du Roi


Palais de Bruxelles, le 19 juin 1920.


Madame,

En termes qui ont ému mes augustes souverains, vous avez bien voulu leur offrir un exemplaire de l’œuvre si charmante et si sincère que vous venez de publier sous le titre : Entre deux rives.

||t|Cet hommage a été reçu et agréé avec grand plaisir. Leurs Majestés apprécient, veuillez le croire, la pensée qui a guidé votre plume et lui a inspiré un livre où à chaque page la Belgique est glorifiée et vengée de ses malheurs.|90}}

Avec les meilleurs remerciements du Roi et de la Reine, veuillez trouver ici, Madame, l’assurance de mes sentiments distingués.

V. Godefroid,
Secrétaire des Commandements.



  1. Mme J.-W. Thériault, de Montréal, et Mme L.-J. Turgeon, de Québec, née Ferland, à Ste-Marguerite, comté de Dorchester.