Betzi/2/11


Betzi ou L’Amour comme il est : Roman qui n’en est pas un ; précédé d’Entretiens philosophiques et politiques
A.-A. Renouard (p. 356-358).


CHAPITRE XI.


Conclusion et résultat moral de toute l’histoire.




Ici finissent mes mémoires. Pour les compléter, il suffira d’ajouter que tout ce qu’avait arrangé d’Eglof s’exécuta sans beaucoup de difficulté. Henriette ne put qu’imputer au malheur des circonstances la trahison par laquelle son amant fut forcé de l’abandonner ; quels torts n’eût-elle pas encore pardonnés aux tendres soins qu’il eut pour son enfant, au bonheur de le retrouver au moment où il devenait son unique consolation, sa plus douce espérance ! Elle ne put refuser à son enfant de lui rendre un père qu’elle n’avait jamais cessé d’aimer. Après avoir encore passé quelques mois auprès de sa sœur, elle suivit d’Eglof dans sa patrie où, sous le nouveau règne, on venait de lui rendre tous ses titres et tous ses droits.

Séligni, plus sûr qu’il ne l’avait jamais été des sentimens de Betzi, ne disputa plus contre son propre cœur ; en lui faisant l’éternel sacrifice de sa liberté, en lui consacrant tous les jours de sa vie, il crut recommencer tout le bonheur de son existence. Betzi savait, que, même malheureux, il n’avait pas cessé de garder à son souvenir la constance la plus parfaite : comment se serait-elle défiée encore de l’ascendant des préventions dont il avait tant souffert, du danger de ses principes et de la légèreté de ses anciennes habitudes ? Il justifia toute sa confiance. Satisfait de la fortune qu’il avait acquise par ses travaux et par son économie, (elle se montait à dix ou douze cents pièces de rente, placées le plus solidement possible), il ne voulut point quitter l’asyle fortuné dans lequel il avait retrouvé sa Betzi. Le plus heureux des époux ne tarda pas à devenir encore le plus tendre et le plus heureux des pères ; chaque jour, chaque année lui prouvait davantage la vérité de cette maxime si simple et si profonde : qu’il ne faut jamais ambitionner une manière d’être particulière à sa fantaisie, un bonheur à soi, qu’il n’en est point de vrai, de tranquille, de durable, que celui qui se concilie également avec l’ordre de la nature et celui de la société.


O con quant’arte
E per che ignote strade egli conduce
L’uomo a esser beato.
Tasso.