Astronomie populaire (Arago)/XXI/24

GIDE et J. BAUDRY (Tome 3p. 463-467).

CHAPITRE XXIV

polarisation de la lumière de la lune


La lumière de la Lune est polarisée surtout, il m’a semblé, à l’époque du premier quartier. Cette époque est aussi celle ou la polarisation d’une lumière réfléchie par une atmosphère semblable à l’atmosphère terrestre serait un maximum, si une telle atmosphère existait autour de la Lune. En attribuant la majeure partie de la polarisation observée à une atmosphère lunaire, on expliquerait naturellement comment cette polarisation paraît à son maximum dans la direction des taches noires lunaires. On pourra déduire de ces observations des mesures positives, maintenant que nous avons un photomètre gradué, sur les quantités de lumière polarisée correspondantes à diverses régions de la Lune, et sur celles qui existent dans la lumière qui nous fait voir les corps terrestres lorsque leur surface est frappée par les rayons éclairants sous l’angle de 45°.

Je transcris ici, comme exemple, les observations que j’ai consignées sur mes registres en 1811 sur la polarisation de la lumière de la Lune observée avec une lunette polariscope (liv. xiv, chap. vi).

Mercredi 30 octobre 1811, à 8h de temps vrai (P. L. le 31 à 5h 28m du soir). — J’ai examiné la Lune, qui sera pleine demain, avec une petite lunette prismatique ; les deux images m’ont semblé être de la même intensité dans toutes les positions de l’instrument. J’ai placé ensuite la plaque de cristal de roche devant l’objectif, mais sans que les images aient rien perdu de leur blancheur primitive.

En comparant cette observation à celles que je pourrai faire dans la suite, il sera bon de remarquer que la Lune n’est pas très-loin de son opposition, et que sa latitude est petite ; en sorte que les rayons réfléchis vers la Terre par les facettes de la Lune, font avec leurs surfaces des angles très-approchants de 90°.

En regardant, ces jours derniers, la Lune avant qu’elle ait atteint son premier quartier, on apercevait une légère différence entre l’intensité des deux images, et des couleurs très-sensibles quand on interposait la plaque de cristal de roche.

Lundi 11 novembre 1811, à 9h de temps vrai (D. Q. le 8 à 1h 25m du matin). — Les deux images de la Lune, dans la petite lunette prismatique, ne semblent pas être entièrement de la même intensité, mais la différence est très-légère. J’ai placé la plaque de cristal de roche devant l’objectif, et aussitôt les deux images se sont teintes de couleurs fort sensibles et qui changeaient pendant une révolution de la lunette. Les taches qu’on nomme des mers sont plus fortement colorées que le reste du disque.

Mercredi 20 novembre 1811, à 7h de temps vrai (P. Q. le 23 à 9h 47m du matin). — Les deux images de la Lune ne sont pas exactement de la même intensité ; il semble même que la différence, qui d’ailleurs est très-petite, se manifeste par une légère coloration en rouge de la plus faible image.

Avec la plaque de cristal de roche, les deux Lunes sont sensiblement colorées, l’une en rouge et l’autre en vert ; ces deux teintes, les seules qu’on aperçoive, ne sont bien sensibles que sur les taches obscures de la Lune.

21 novembre 1811, à 7h de temps vrai. — En observant la Lune avec la lunette prismatique, on voyait une différence d’intensité assez sensible entre les deux images. Lorsqu’on plaçait la plaque de cristal de roche devant l’objectif, chaque image acquérait une couleur trèsapparente, on ne voyait cependant très-bien que les teintes rouges et vertes, et surtout sur les taches obscures de la Lune. Les couleurs étaient beaucoup plus sensibles qu’hier.

22 novembre 1811, à 6h de temps vrai. — Avec la lunette prismatique, les deux images de la Lune sont inégales, mais la différence est très-légère. Avec la plaque, les deux images sont teintes de couleurs fort sensibles et complémentaires. Le rouge et le vert sont particulièrement sensibles sur les taches obscures.

23 novembre 1811. — J’ai dirigé à plusieurs reprises, dans la soirée, la lunette prismatique vers la Lune, et j’ai toujours aperçu une légère différence entre l’intensité de la lumière des deux images ; en interposant la plaque de cristal de roche, chaque image se colorait surtout dans les parties qu’on nomme des mers. Le rouge et le vert étaient les seules teintes bien sensibles.

24 novembre 1811. — La différence d’intensité entre les deux images n’est pas très-grande aujourd’hui. La plaque de cristal de roche la colore cependant très-sensiblement ; il me semble que le rouge est moins vif qu’hier, tandis que le vert est plus foncé ; j’ai aperçu aussi, pour la première fois, bien distinctement quelques traces des couleurs intermédiaires entre le rouge et le vert.

27 novembre 1811 (P. L. le 30 à 5h 20m du matin). — Avec la lunette prismatique les deux images de la Lune ne diffèrent pas sensiblement d’intensité ; avec la plaque de cristal on n’aperçoit pas de couleurs ; peut-être cependant les parties noires sont-elles, dans quelques positions, teintes de vert légèrement jaunâtre. Quant au rouge, on n’en voit pas la moindre trace. J’ai répété cette épreuve à diverses reprises dans la soirée, et toujours avec le même résultat.