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Astronomie populaire (Arago)/XXI/18

GIDE et J. BAUDRY (Tome 3p. 432-434).

CHAPITRE XVIII

y a-t-il de l’eau sur la lune ?


Les premiers astronomes qui se sont occupés de dessiner l’hémisphère de la Lune visible de la Terre, ont donné le nom de mers à des espaces grisâtres et dans lesquels on n’avait pas aperçu d’aspérités sensibles. Cette dénomination a paru impropre à ceux qui ont eu l’occasion d’examiner notre satellite avec des lunettes puissantes. Ils se fondent sur ce point, que les régions grisâtres renferment elles-mêmes des petits cratères analogues à ceux qu’on voit dans presque toutes les autres parties de la surface de la Lune. Mais cette circonstance est-elle totalement démonstrative ? Ces cratères ne pourraient-ils pas se trouver au fond de lacs plus ou moins profonds, sans cesser d’être recouverts d’une nappe liquide parfaitement transparente, ainsi que quelques observateurs l’ont supposé ? Un moyen se présente pour lever ce doute, du moins à l’égard des taches grisâtres extrêmement voisines du bord. Ce moyen est emprunté à la polarisation de la lumière (liv. xiv, chap. vi).

Les rayons qui nous feraient voir le fond d’un lac très voisin du limbe de la Lune, auraient rencontré, en sortant, la surface de la nappe liquide sous un angle très-aigu, et se seraient polarisés par réfraction. En traversant une lame de cristal de roche taillée perpendiculairement à l’axe et d’une épaisseur convenable, cette lumière aurait été modifiée de manière à se partager dans une lunette prismatique en deux faisceaux colorés de teintes complémentaires ; or, aucune couleur ne s’aperçoit, je crois, sur le contour de la Lune lorsqu’elle est pleine, donc la lumière qui nous fait voir les taches grises ne provient pas du fond d’un lac. Pour que cette observation soit démonstrative, il est nécessaire que la lunette prismatique soit armée de forts grossissements à l’aide desquels on puisse observer de très-petits angles, la coloration ne devant être sensible que dans une très-petite étendue, comptée à partir du limbe de la Lune. Il faudra même s’assurer, par une expérience faisable sur la Terre, qu’une surface rugueuse, pareille à celle qui existe dans les diverses régions de notre satellite, ne polarise jamais par réfraction, d’une manière sensible, la lumière qu’elle nous envoie, que ce corps ne se comporte pas, en un mot, comme un verre laiteux bien poli ; sans cela l’existence d’une petite coloration sur quelques points du bord ne prouverait pas que les rayons lumineux que ces points nous envoient, auraient traversé une surface liquide de niveau.

Au reste, s’il était mathématiquement prouvé que la Lune n’a pas d’atmosphère, on déduirait rigoureusement de ce fait la conséquence qu’il n’y existe pas de nappes d’eau, car ce liquide s’évapore dans le vide et aurait bientôt entouré la Lune d’une atmosphère de vapeurs.