Astronomie populaire (Arago)/XX/13

GIDE et J. BAUDRY (Tome 3p. 135-171).

CHAPITRE XIII

volcans actuellement enflammés

§ 1. — Définitions.

J’ai rédigé pour l’Annuaire du Bureau des Longitudes de 1824, une Notice sur les volcans actuellement enflammés à la surface de notre planète. L’exécution exacte d’un tel travail est extrêmement difficile. Les détails que la plupart des voyageurs nous ont transmis sur les grands phénomènes que nous présentent les éruptions volcaniques, sont incomplets et très-vagues. Aux yeux de l’un, toute portion de terrain d’où il s’élève un peu de fumée, ou sur laquelle on aperçoit quelques étincelles, est un volcan ; l’autre n’accorde ce nom qu’aux montagnes qui lancent incessamment des torrents de lave, de matières incandescentes et de cendres. Le premier inscrira dans son catalogue les flammes légères de Pietra-Mala, de Barigazzo, de Velleïa, de la Perse, de la Caramanie ; le second rangera Santorin lui-même dans la classe des solfatares. Il faut joindre à cette première difficulté, la difficulté plus grande encore d’établir quelle distance doit séparer deux cratères pour qu’ils soient l’indice de deux volcans distincts. A Ténériffe, l’éruption de 1706 se fit par une bouche éloignée de deux lieues du Pic ; celle qui détruisit Garachico sortit du côté opposé, dans un point distant du même Pic d’une lieue et demie ; il y avait donc trois lieues et demie entre les deux bouches, sans que personne ait songé à les considérer comme appartenant à deux volcans distincts. Mais maintenant, regarderons-nous l’île de Palma, où il y eut une éruption de lave en 1699, comme renfermant un volcan séparé de Ténériffe ? La destruction de l’île de Lancerote, en 1730, devra-t-elle être considérée comme l’effet d’une éruption latérale du volcan du Pic ou comme l’indice d’un volcan particulier ? Des questions analogues se présentent à chaque pas, et l’on manque des moyens d’y répondre. J’eusse renoncé à mener à son terme la tâche que je m’étais imposée, si je n’avais eu l’avantage de pouvoir consulter, en rédigeant ma Notice, les deux hommes à qui l’histoire physique de notre globe est le mieux connue, MM. Alexandre de Humboldt et Léopold de Buch. Cette Notice, revue d’après les publications récentes de ces deux illustres savants, présente, je pense, un caractère de précision assez certain pour former un chapitre de ce livre consacré à la description des phénomènes qui marquent l’existence du globe terrestre parmi les mondes répandus dans l’univers.

M. Léopold de Buch explique dans les termes suivants la formation des diverses sortes de volcans (Description des îles Canaries, édition française, p. 323) : « Tous les volcans de la surface de la Terre peuvent être rangés en deux classes essentiellement différentes : les volcans centraux et les chaînes volcaniques. Les premiers forment toujours le centre d’un grand nombre d’éruptions qui ont lieu autour d’eux dans tous les sens d’une manière presque régulière. Les volcans qui appartiennent à la seconde classe ou aux chaînes volcaniques, se trouvent, le plus souvent, à peu de distance les uns des autres, dans une même direction, comme les cheminées d’une grande faille, et, en effet, ils ne sont probablement rien autre chose. On compte parfois vingt, trente et peut-être un plus grand nombre de volcans ainsi disposés, et ils occupent souvent une étendue considérable à la surface de la terre. Quant à leur position, à la surface du globe, elle peut être aussi de deux sortes : ou bien ces volcans s’élèvent du fond de la mer sous la forme d’îles et comme des cônes isolés, et alors on observe généralement à côté et dans la même direction une chaîne de montagnes primitives, dont la base semble indiquer la situation des volcans ; ou bien ils s’élèvent sur la crête même des montagnes primitives, et en constituent les plus hautes sommités.

« Ces deux espèces de volcans ne diffèrent pas les uns des autres dans leur composition et leurs produits. Ce sont presque toujours, et à peu d’exceptions près, des montagnes de trachyte, et les produits solides qui en dérivent participent toujours de la nature des roches trachytiques. »

Ces lignes montrent la cause des difficultés que présente l’énumération des volcans, et elles indiquent les règles que l’on doit suivre lorsqu’il s’agit de rattacher plusieurs bouches éruptives à un volcan central ou de rapporter des volcans à une chaîne de montagnes.

§ 2. — Volcans d’Europe et des îles adjacentes.

On distingue en Europe les volcans suivants : Vésuve (royaume de Naples), Etna (Sicile), Stromboli (îles Éoliennes), Hécla (Islande), Krabla (Islande, au nord-est de l’île), Kattlagiaa-Jokul (Islande), Eyafialla-Jokul, Eyrefa-Jokul, Skaptaa-Jokul, Skaptaa-Syssel, WesterJokul (Islande, au sud-est de l’Hécla), Esk (île de Jean Mayen).

Le Vésuve, le seul volcan actuellement enflammé sur le continent d’Europe, s’est éteint et rallumé à plusieurs reprises. Avant le règne de Titus, cette montagne, très fréquentée, n’était citée que pour son étonnante fécondité. Vitruve et Diodore de Sicile, qui écrivaient du temps d’Auguste, disent, il est vrai, d’après des témoignages historiques, que le Vésuve avait anciennement vomi des feux comme l’Etna : mais ces souvenirs se rapportaient à des époques très-reculées, et étaient presque effacés.

Ce fut l’an 79 après Jésus-Christ, le 24 août, que le Vésuve se rouvrit. Cette éruption ensevelit les villes d’Herculanum, de Pompéi et de Stabie. On se rappelle que Pline le naturaliste périt victime de la vive curiosité que cet imposant phénomène lui avait inspirée.

Après l’éruption de l’an 79, le volcan resta enflammé pendant un millier d’années. Plus tard, il parut s’être complétement éteint, à tel point qu’en 1611 la montagne était habitée jusque près de son sommet, et qu’il existait un taillis et de petits lacs dans l’intérieur du cratère.

L’éruption la plus mémorable, après celle de la mort de Pline, eut lieu en 1822, du 24 au 28 octobre : « Pendant douze jours, dit mon illustre ami de Humboldt dans ses admirables tableaux de la nature, elle ne fut pas interrompue, sans avoir cependant la violence des quatre premières journées. Durant ce laps de temps, les détonations à l’intérieur du volcan furent si fortes que, par le seul effet des vibrations de l’air, car de tremblement de terre, il n’y en eut pas trace, les plafonds des salles se crevassèrent dans le palais Portici. Les villages voisins, Resina, Torre del Greco, Torre dell’Annunciata et Bosche-Tre-Case, furent témoins d’un phénomène singulier : l’atmosphère était complétement remplie de cendres, et vers le milieu du jour, toute la contrée resta plongée plusieurs heures dans l’obscurité la plus profonde. On allait dans les rues avec des lanternes, comme cela arrive assez souvent à Avito, lors des éruptions du Pichincha. Jamais il n’y eut une désertion plus générale des habitants. »

Depuis cette époque, il y a eu quelques éruptions très remarquables. Du 1er au 5 janvier 1839, le volcan rejeta une si grande masse de cendres, que toute la plaine qui s’étend de Bosche-Tre-Case à Castellamare en fut couverte sur une épaisseur de 12 à 15 centimètres. On ne pouvait plus marcher dans les rues de Torre dell’Annunciata, et la route des Calabres, qui passe par cette localité, en fut tellement encombrée que pendant quelque temps la circulation y fut interrompue. Ces cendres étaient composées de grains dont les plus ordinaires avaient la grandeur de grains de chanvre ; mais il y en avait de la grosseur d’une noisette, d’une noix et même d’un œuf. La grande éruption du Vésuve de 1850 a vomi une lave dans laquelle se trouvaient des blocs granitiques énormes, et qui a formé un vaste plateau dont les bords constituent comme un rempart cyclopéen, élevé d’au moins 5 mètres au-dessus de la plaine où le torrent volcanique s’est arrêté.

L’Etna se fait remarquer par son étonnante hauteur. Il se distingue aussi par son ancienneté. Pindare, qui vivait en l’an 449 avant Jésus-Christ, cite déjà l’Etna comme un volcan enflammé. Thucydide nous a conservé des détails sur l’éruption qui eut lieu l’an 476 avant l’ère vulgaire. Quant à Homère, il ne nomme même pas la montagne, quoique dans l’Odyssée il fasse aborder Ulysse en Sicile. Ce silence d’un poëte qu’on a toujours admiré pour l’étendue et l’universalité de ses connaissances, a fait supposer avec une certaine probabilité que longtemps avant l’époque d’Homère, le volcan était éteint. Les historiens romains, ceux du moyen âge et des temps modernes, ont décrit un si grand nombre d’éruptions de l’Etna, qu’il ne serait peut-être pas difficile de prouver que, dans une période de deux mille ans, ce volcan n’a jamais sommeillé pendant un siècle entier.

Sénèque disait que les montagnes volcaniques ne fournissent pas l’aliment du feu, qu’elles lui offrent seulement une issue. Le père Kircher semble avoir voulu commenter ces paroles du philosophe romain, lorsqu’il a avancé dans son Monde souterrain, livre iv, que les déjections de l’Etna réunies formeraient un volume vingt fois aussi grand que le volume primitif de la montagne. L’ouvrage du père Kircher est de 1660. Neuf ans après, une seule éruption du volcan couvrit de laves un espace de 6 lieues de long, de 2 lieues et demie de large, sur une hauteur moyenne de 30 mètres au moins. Celle de 1755 a produit, suivant Dolomieu, un courant de 4 lieues de longueur, sur une demi-lieue de largeur et une hauteur moyenne de 60 mètres. En songeant à l’immense vide que des déjections aussi considérables ont dû produire dans la montagne et sous sa base, n’a-t-on pas lieu d’être étonné que des éruptions comme celle de 1787, par exemple, puissent se faire encore par le sommet, dont l’élévation au-dessus de la mer est de 3 237 mètres ?

Les îles Éoliennes ou de Lipari sont remarquables par les masses de matières gazeuses et de vapeurs qu’elles vomissent dans l’atmosphère. Stromboli est le volcan central du groupe : c’est un cône d’une forme très-régulière et bien déterminée, que les navigateurs appellent depuis longtemps le phare de la Méditerranée. M. de Humboldt a fait remarquer que l’activité des volcans paraît être en raison inverse de leur volume. Le Stromboli est une confirmation frappante de ce principe : il jette, en effet, continuellement des flammes, mais avec cette particularité singulière que depuis deux mille ans il n’a point fait d’éruption proprement dite, quoique la nature du terrain environnant montre qu’il y a été sujet plus anciennement. Le mont Époinée de l’île d’1schia ne doit pas être considéré comme un volcan ; mais il le deviendrait vraisemblablement si le Stromboli se bouchait.

Santorin a été le site d’une forte éruption en 1707.

Toutefois, comme ce phénomène ne s’est point renouvelé, et que l’île ne présente pas de cratère, de véritable cheminée de volcan, je ne l’ai pas porté sur ma liste.

Je passe maintenant aux volcans d’Islande.

Les éruptions de l’Hécla n’ont pas, en général, suivant sir George Makensie, toute l’étendue qu’on s’est plu à leur attribuer. Cependant ce volcan qui n’avait présenté aucune éruption depuis 1772, en a offert une tellement considérable au mois de septembre 1845, qu’on a recueilli une grande quantité de cendres sur les Orcades, et que tous les bâtiments qui naviguaient dans ces parages furent recouverts d’une couche de poussière volcanique de plusieurs centimètres d’épaisseur.

La plus moderne éruption de Krabla remonte à 1724.

En 1756, entre janvier et septembre, il y eut cinq éruptions du Kattlagiaa. Depuis cette époque, le volcan était resté constamment en repos ; mais le 26 juillet 1823, il a fait trois fortes éruptions accompagnées de tremblements de terre.

L’Eyafialla-Jokul, qui paraissait s’être éteint depuis plus de cent ans, a jeté, par son sommet, le 20 décembre 1821, des torrents de flamme. Des témoins oculaires assurent que la colonne de feu était encore visible le 1er février 1822, et qu’il en sortait des pierres du poids de 25 à 40 kilogrammes, avec assez de vitesse pour ne tomber qu’à deux lieues de distance. La montagne a crevé par son pied, le 26 juin 1822, et l’issue qui s’est formée a vomi une abondante quantité de lave.

La dernière éruption de l’Eyrefa-Jokul est de 1720.

Les éruptions du Skaptaa-Jokul et du Skaptaa-Syssel, qui eurent lieu en 1783, occupent le premier rang dans les phénomènes de ce genre : elles ravagèrent une immense étendue de pays. Pendant une année entière, à la suite des éruptions, l’atmosphère de l’Islande se trouva mêlée à des nuages de poussière que pénétraient à peine quelques rayons de soleil.

En janvier 1823, le Wester-Jokul a présenté une éruption de cendres et de pierres.

Dans le prolongement de la chaîne volcanique de l’Islande se trouve l’île de Jean Mayen qui présente un haut volcan nommé l’Esk, que M. Scoresby a découvert et visité en 1817. Ce volcan a fait éruption à la fin d’avril 1818 ; des jets de fumée montaient toutes les trois ou quatre minutes jusqu’à la hauteur de 1 200 à 1 400 mètres.

§ 3. — Volcans des îles voisines du continent d’Afrique.

On ne connaît pas avec certitude, de volcan proprement dit, qui soit situé en Afrique ; mais les îles que les géographes rangent dans les dépendances de ce continent, renferment plusieurs bouches volcaniques toujours ouvertes. Les volcans africains sont El Pico dans l’île del Pico du groupe des Açores ; le Pic de Teyde ou de Ténériffe, dans l’île de Ténériffe ; le Fuego, dans l’île du même nom appartenant à l’archipel du Cap-Vert ; les trois Salasses, dans l’île de Bourbon ; le Zibbel-Teïr, dans l’île du même nom que présente la mer Rouge ; enfin le volcan de l’île de l’Ascension, par 8° de latitude sud.

El Pico est la seule montagne des îles Açores qui s’élance dans les airs en forme de cône ; la seule entièrement composée de trachyte ; la seule enfin où il existe un soupirail toujours ouvert. Les géologues se sont accordés à regarder le cratère et les immenses courants de lave qui se firent jour en 1808 dans l’île Saint-George, comme les résultats d’une éruption latérale du volcan del Pico. Ils expliquent en général de la même manière les éruptions remarquables qu’a présentées l’île de Saint-Michel et la formation subite d’un îlot, dans le voisinage de cette île en 1811. Cet îlot, dont le capitaine de la Sabrina, témoin de l’événement, prit possession au nom du roi d’Angleterre, a totalement disparu depuis. La mer n’a pas maintenant, dans les points où l’île sortit des flots, moins de 130 mètres de profondeur. Plusieurs cratères se sont momentanément ouverts dans l’île de SaintMichel ; en 1522, une éruption lança en l’air deux collines et couvrit de débris la ville de Villa Franca, qui fut entièrement détruite ; 4 000 habitants perdirent la vie sous les décombres.

Le Pic de Teyde, qui s’élève majestueusement dans l’île de Ténériffe, est le volcan central des îles Canaries. Cette bouche volcanique paraît avoir beaucoup plus agi par ses flancs que par son sommet. Le cratère proprement dit n’a guère plus de 70 mètres de diamètre et de 35 mètres de profondeur. De temps immémorial, il n’en est sorti ni lave, ni flammes, ni même de fumée visible de loin. La dernière éruption, celle de 1798, se fit latéralement par la montagne de Chahorra. Elle dura plus de trois mois. Divers fragments de roches très considérables, que le volcan, de temps à autre, projetait en l’air, employaient à retomber à terre, suivant les observations de M. Cologuan, de 12 à 15 secondes. Ténériffe n’avait point vu d’éruption depuis quatre-vingt douze ans, quand celle de 1798 commença subitement le 9 juin.

D’immenses torrents de lave se répandirent dans l’île de Palma, distante du Pic de 25 lieues, par des bouches volcaniques qui se formèrent en 1558, 1646 et 1677. L’île de Lancerote fut également bouleversée par une éruption en 1730.

L’île de Fusgo est vraisemblablement le seul volcan ou du moins le volcan principal du groupe des îles du Cap-Vert. Cette île fort petite se voit cependant de trèsloin, à cause de la grande hauteur à laquelle elle s’élève. On ne sait pas bien l’histoire des éruptions de cette bouche volcanique, qui, suivant le récit de Roberts, vomissait des torrents de lave en 1721.

Il y a peu de volcans qui soient dans une plus grande activité que celui de l’île Bourbon. L’éruption du 27 février 1821 donna lieu à trois courants de lave qui s’ouvrirent un passage dans le haut de la montagne, un peu au-dessous du véritable cratère. L’un de ces courants n’atteignit la mer que le 9 mars. Quelque temps après l’explosion, il tomba sur un grand nombre de points de l’île une pluie composée de cendres noirâtres et de longs fils de verre flexibles semblables à des cheveux couleur d’or. On a regardé ce dernier phénomène, qui fut principalement remarqué en 1766, comme étant particulier au volcan de Bourbon ; mais Hamilton dit avoir trouvé de semblables filaments vitreux mêlés aux cendres dont l’atmosphère de Naples était obscurcie durant l’éruption du Vésuve de l’an 1779.

Les personnes qui n’ont pas fait une étude particulière des phénomènes volcaniques, s’étonneront probablement de voir qu’en 1821, la lave incandescente du volcan de Bourbon a employé dix jours entiers à franchir, sur un terrain incliné, la petite distance du cratère à la mer. Mais on doit remarquer, d’une part, que les laves ne sont pas des fluides parfaits, et de l’autre, qu’à mesure qu’elles se refroidissent, leur marche doit se ralentir. M. de Buch a vu, en 1805, un torrent de lave sortir du sommet du Vésuve et atteindre le bord de la mer, à 7 000 mètres du point de départ, en trois heures ; mais les annales des volcans présentent peu d’exemples d’une semblable vitesse. En général le mouvement des laves est peu rapide : celles de l’Etna emploient, dans les terrains plats de la Sicile, des journées entières pour s’avancer de quelques mètres. La couche superficielle est quelquefois figée et en repos, que la masse centrale, incandescente et fluide, coule encore. La grande viscosité des laves un peu refroidies fait que les coulées, même dans des plaines unies, conservent une grande épaisseur sur leurs bords.

Le Zibbel-Teïr, est situé, d’après Bruce, au quinzième degré et demi de latitude nord. Le sommet de la montagne a quatre ouvertures par où sortent d’épaisses colonnes de fumée.

Le volcan de l’île de l’Ascension est formé de plusieurs cratères situés autour du Green-Mountain, cône qui est ordinairement perdu dans les nuages et qui est entièrement couvert d’une végétation verdoyante, circonstance qui lui a fait donner son nom.

Quant au volcan de Madagascar, qui lance, dit-on, une immense colonne de vapeur aqueuse visible à la distance de 10 lieues, son existence ne m’a pas paru assez constatée pour que j’aie pu le faire figurer dans la table des volcans actuellement actifs.

§ 4. — Volcans d’Asie.

L’Asie présente, par une sorte d’exception, un assez grand nombre de volcans actifs sur le continent ; ce sont : l’Elburs, en Perse ; le Tourfan, dans la région centrale de l’Asie, par 43° 30′ de latitude et 87° 11′ de longitude ; le Bisch-Balikh, dans la même région, par 46° de latitude et 76° 11′ de longitude ; l’Avatscha, le Tolbatschinskaja sopka, le Klutschew, le Kronotzkaja sopka, l’Opalinskaja sopka, l’Assatschinskaja sopka, dans la presqu’île de Kamtschatka. Quant aux îles asiatiques, elles offrent aussi de nombreux volcans : ainsi on en compte 10 dans les îles Kouriles, 4 dans les îles Aloutiennes, 9 dans les îles du Japon, 1 dans les îles de Lieou-Khieou.

Le Demavend est probablement le point culminant de la chaîne de l’Elburs, entre la mer Caspienne et la plaine de Perse. Plusieurs voyageurs citent cette montagne comme un volcan actif qui rejette par son sommet une très-grande masse de fumée ; mais aucun témoignage n’annonce d’éruption réelle qui aurait eu lieu récemment.

Les montagnes de Tourfan et de Bisch-Balikh sont représentées comme jetant continuellement des flammes et de la fumée, dans un article de l’Encyclopédie chinoise dont M. de Résumât a donné la traduction. C’est là, dit-on, que les Kalmoucks recueillent le sel ammoniac qu’ils transportent dans les différentes contrées de l’Asie.

L’Avatscha ou Gorelaja sopka fit éruption en 1779, pendant que le capitaine Clerke était au Havre de Saint-Pierre et de Saint-Paul. En 1787, La Pérouse et ses compagnons voyaient continuellement de la fumée et des flammes au sommet de la même montagne.

Une éruption du Tolbatschinskaja sopka a eu lieu en 1739.

Le Rlutschew est le volcan le plus élevé et le plus actif de la presqu’île du Kamtschatka. Il en sort constamment des vapeurs et de la fumée. Des courants de lave extrêmement fréquents se précipitent sur les glaces de la montagne ; pendant quelque temps le glacier oppose une digue à la lave ; cette digue est bientôt rompue par la chaleur et la pression de la masse incandescente, et le tout se précipite du haut de la montagne avec un grand bruit. Les fumerolles déposent en abondance sur la neige du soufre que les habitants recueillent lorsqu’il a été entraîné dans les ruisseaux provenant de la fusion des glaces. M. Adolphe Erman, de Berlin, a vu, en 1829, un courant de lave sortir par un des points latéraux du cône volcanique.

Le cratère du Kronotzkaja sopka, situé sur le bord oriental d’un grand lac, non loin de la mer, par 54° 8′ de latitude, laisse constamment échapper une grande quantité de vapeurs.

L’Opalinskaja sopka a fait de grandes éruptions à la fin du siècle dernier.

L’Assatschinskaja sopka a rejeté, en juin 1828, une grande quantité de cendres dont le vent du sud-ouest a transporté une partie jusqu’à Petropawlowsk, à une distance de plus de 40 lieues.

Les dix volcans actifs des îles Kouriles sont : celui situé au nord d’Urbitsch, dans l’île Iturup ; les deux volcans des deux petites îles nommées Tschirpoi ; le pic La Pérouse, sur l’île Marekan ; le volcan de l’île Uschischir, connu par un grand nombre de sources chaudes ; le pic Sarytschew qui, dans l’île Matua, dégage constamment une fumée d’un gris jaunâtre ; un volcan d’où l’on voit souvent sortir des gerbes de flammes dans l’île Ikarma ; celui de l’île Onekotan, observé par l’amiral Sarytschew ; le pic Fuss, de l’île Paramusir ; enfin le pic de l’île d’Alait, qui fit une violente éruption en 1793.

Les quatre volcans actifs des îles Aleutiennes sont remarquables à tous égards. Le volcan de l’île de Tanaga, presque aussi considérable que l’Etna, a son sommet revêtu d’une neige souvent recouverte de cendres. En mai 1796, un agent de la compagnie russo-américaine qui se trouvait sur l’île d’Umnack, vit sortir du sein de la mer, entre cette île et celle d’Unalaschka, une immense colonne de flammes accompagnée d’un violent tremblement de terre et d’un bruit effrayant ; c’était une île nouvelle, qui, explorée quelques années plus tard, croissait encore en étendue et sur laquelle était un pic qui continuait à s’élever et à vomir de la lave et des vapeurs. Le pic Makuschkin, dans la partie nord d’Unalaschka, dégage constamment de la fumée ; on recueille du soufre dans l’intérieur de son cratère. L’Agaiedan sur l’île d’Uminak a fait deux éruptions en 1826 et 1827.

Les îles du Japon, d’après le témoignage de Ksempfer, présentent plusieurs volcans sujets à des éruptions très violentes. À côté de l’île de Firando se trouve une petite île rocailleuse qui brûle constamment. En 1606, s’est soulevée près de l’île Fatsisio une autre petite île, de laquelle Broughton a vu s’élever des vapeurs en 1796. L’île de Kiu-siu présente le volcan Aso dont le sommet laisse dégager des gerbes de flammes, et le mont Unsen qui, en 1793, offrit une série de tremblements de terre, d’éruptions, de coulées de lave qui durèrent plus de quatre mois et firent périr plus de cinquante mille personnes. L’île de Nipon renferme trois volcans : le mont Fusi, dont le sommet toujours couvert de neige, laisse cependant dégager d’abondantes fumées ; l’Alamo qui, au mois d’août 1783, fut le théâtre d’une éruption qui incendia vingt-neuf villages, couvrit le sol de flammes, vomit un torrent de pierres incandescentes, détourna la rivière d’Asouma et la jeta hors de son lit de manière à amener l’inondation de toute la contrée ; la montagne Jesan, au nord, qui rejette souvent des pierres ponces très-loin en mer. La petite île de Kosima présente un cratère très large, mais peu élevé, d’où s’échappent incessamment des vapeurs et de la fumée. L’île Matsmai possède à l’est de Chacodale un volcan, du flanc nord duquel Broughton vit en 1804 s’échapper d’abondantes fumées.

Dans l’archipel de Lieou-Rhieou on trouve l’île de soufre qui jetait une épaisse fumée sulfureuse quand la Lyra, commandée par le capitaine Basil Hall, passa dans son voisinage, le 13 septembre 1816.

Plusieurs voyageurs ont placé le pic d’Adam de Ceylan au nombre des volcans ; mais le docteur John Davy, qui l’a visité en 1817, n’y a trouvé aucune trace d’éruption ni ancienne ni moderne.

§ 5.— Volcans d’Amérique.

L’Amérique présente un si grand nombre de volcans sur son continent que ce phénomène ajoute une forte présomption à l’idée déjà émise précédemment, qu’une partie au moins du nouveau monde est certainement de plus moderne formation que celui qu’on est convenu d’appeler l’ancien parce qu’il fut le berceau de notre civilisation.

On trouve d’abord 3 volcans sur la côte nord-ouest : le mont Saint-Élie, le mont del Buen Tiempo, le volcan de las Virgenes.

Au Mexique, on rencontre 5 volcans : l’Orizaba ou Citlaltepetl, le Popocatepetl ou volcan de la Puebla, le Tuxtla, le Jorullo, le Colima.

Dans le Guatimala et le Niquaragua, on ne compte pas moins de 19 volcans : le Soconusco, le Sacatepeque, l’Hamilpas, l’Atitlan, les Fuegos de Guatimala, le Pacaya, l’Isalco, le San-Salvador, le San-Vicente, le Besotlan, le Cocivinia près du golfe de Conchagua, le Viejo près du port de Rialexo, le Telica, le Mamotombo, le Masaya, le Bombacho, l’Ometep, le Papagayo, l’Irasce.

Les groupes de Quito et de Popayan présentent 11 volcans actifs : Tolima, Paramo de Ruiz, Sotara, Purace, Rio Fragua, Pasto, Antisana, Rucupichincha, Cotopaxi, Tunguragua, Sangay.

Dans la province de los Pastos on compte les 3 volcans de Cumbal, de Chiles, del Azufral.

Le Pérou présente les volcans d’Arequipa, d’Uvinas, d’Omato et de Gualatieri.

Au Chili on trouve un groupe composé de 7 volcans actifs : Santiago, Maypo, Rancagua, Peteroa, Antuco, Votuco, Villa-Rica.

L’archipel des Antilles présente les 9 volcans de Saint-Eustache, Nevis, Montserrat, Saint-Christophe, la Guadeloupe, la Dominique, la Martinique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent. Dans les îles Gallapagos on compte enfin un volcan.

Les volcans de la côte nord-ouest de l’Amérique sont mal connus ; on ignore les époques de leurs explosions récentes, sur lesquelles on n’a que de vagues témoignages des Indiens.

L’histoire des volcans du Mexique est plus complète, grâce surtout aux beaux travaux de M. de Humboldt. L’Orizaba, dont le nom aztèque, Citlaltepetl, signifie montagne stellaire, a été le théâtre d’éruptions extrêmement violentes de 1545 à 1566 ; on ne connaît pas d’éruption plus récente.

Le Popocatepetl fumait déjà du temps de la conquête du Mexique. Cortès rapporte, en effet, qu’il chargea dix de ses plus courageux compagnons d’aller jusqu’au sommet et de découvrir le secret de la fumée, dont il voulait faire part à Charles-Quint. Ce volcan est toujours enflammé ; mais de temps immémorial il n’a point jeté de lave.

Le volcan de Tuxtla est situé au sud-est de la Veracruz. Sa dernière éruption, très-considérable, a eu lieu le 2 mars 1793. Les déjections de cendres furent alors transportées jusqu’à Pérote, à 57 lieues en ligne droite.

La catastrophe qui a donné naissance au volcan de Jorullo est peut-être, dit M. de Humboldt, une des révolutions physiques les plus extraordinaires que nous présentent les annales de notre planète. Au milieu d’un continent, à 36 lieues des côtes, à 42 lieues de tout volcan actif, un terrain d’environ 12 kilomètres carrés, dont nous avons déjà parlé précédemment (chap. xii), se souleva en forme de vessie, dans la nuit du 28 au 29 septembre 1759. Au centre d’un millier de cônes enflammés s’élevèrent soudainement six montagnes de 400 à 500 mètres de hauteur au-dessus du niveau primitif des plaines voisines. La principale a 517 mètres : c’est le volcan de Jorullo. Ses éruptions ont continué sans interruption jusqu’au mois de février de 1760. Le feu souterrain a maintenant beaucoup moins d’activité.

Le volcan de Colima, le plus occidental de ceux de la Nouvelle-Espagne, ne jette guère de nos jours que des cendres et de la fumée.

M. de Humboldt a fait l’importante observation que le pic d’Orizaba, le Popocatepetl, le Colima et d’autres volcans éteints, sont alignés, comme s’ils étaient sortis par une crevasse ou filon unique, dans une direction perpendiculaire à celle de la grande chaîne de montagnes qui traverse le Mexique du nord-ouest au sud-est. Le volcan de Jorullo, dont nous parlions tout à l’heure, est venu s’intercaler en 1759, dans la traînée des volcans anciens. Cette disposition curieuse, que nous retrouverons ailleurs, existe également, d’après Daubuisson, parmi les volcans éteints du Puy-de-Dôme.

Les volcans actifs de Guatimala et de Niquaragua sont renfermés entre 10° et 15° de latitude boréale, et alignés le long de la côte suivant la direction générale de la Cordillère. Cette disposition a constamment excité l’attention des géologues et des navigateurs, mais il y aurait encore à faire des recherches sur chacun de ces volcans, qui n’ont pas été examinés de près et dont l’histoire est mal connue.

Les volcans de Soconusco et d’Hamilpas ne furent que rarement et ne sont pas connus par leurs explosions. Le volcan de Sacatepeque, désigné aussi sous les noms de Tajainulco, Quesaltenango, Sunis, Suchitepeque, Quejamulco, lance une grande quantité de flammes et de fumée. Le volcan d’Atitlan fume aussi continuellement.

Les deux pics très-voisins nommés les Fuegos de Guatimala, ont eu en 1581, 1586, 1623, 1705, 1710, 1717, 1732, 1737, 1799, des éruptions terribles qui ont forcé la ville à se déplacer.

Le volcan de Pacaya inquiète constamment les pays environnants ; il est célèbre par la masse de fumée noire qu’il vomit à des époques très-rapprochées, fumée sillonnée souvent par des flammes d’où sont lancées en grande abondance des pierres et des cendres.

Le volcan d’Isalco, dit aussi de Sonsonate ou de Trinidad, est extrêmement actif ; on cite parmi ses éruptions celles de 1798, 1805, 1807 et 1825 ; dans la dernière le cours de la rivière de Téquisquillo fut dévié de plusieurs kilomètres.

La vallée dans laquelle la ville San-Salvador est située, est fermée par un volcan très-actif ; mais on connaît mal les époques de ses éruptions.

Le volcan de San-Vicente, dit aussi de Sacatecoluca, a fait en 1643 une éruption très-violente qui a couvert de cendres et de soufre tous les environs. En janvier 1835, une nouvelle éruption de ce volcan a détruit un grand nombre de villes et de villages.

Le volcan de San-Miguel-Bosotlan, situé à quelques lieues de la mer seulement, est extrêmement actif, sans cependant que l’histoire de ses éruptions soit bien connue.

Le volcan de Cocivinia ou de Gilotepe, près du golfe de Conchagua, a été, en janvier 1835, le théâtre d’une éruption dont les cendres ont été portées jusqu’à une distance de 230 lieues, et qui a été accompagnée d’un grand nombre de tremblements de terre.

Le volcan del Viejo, non loin du port de Rialexo, dans l’intérieur des terres, ceux de Telica, de Mamotombo et de Masaya, celui de Bombacho dit aussi de Granada, celui d’Ometep ou de Sapaloca, celui enfin de Papagayo ou d’Orosi, rejettent sans cesse des flammes ou de la fumée, sans avoir eu des éruptions dont les époques aient été marquées.

Le volcan d’Irasce ou de Carthago a fait en 1723 une effroyable éruption.

Le volcan de Tolima a fait éruption en 1595 ; il a recommencé à fumer depuis 1796. Le Paramo de Ruiz a été le théâtre d’une éruption en 1828. Le Rio-Fragua rejette constamment des vapeurs. Le Solara et le Purace, au sud-est et à l’est de Popayan, sur la chaîne intermédiaire des Andes située entre les deux grands fleuves Rio Magdalena et Rio Cauca, brûlent sans interruption.

Les volcans de l’Azufral, de Tuquères, de Cumbal et de Chiles, qui forment le groupe volcanique de la province de los Pastos, rejettent constamment soit des vapeurs sulfureuses, soit de la fumée.

Le volcan de Pasto est complétement séparé des Cordillères. Sa liaison avec les volcans de la province de Quito s’est manifestée en 1797 d’une manière frappante. Une épaisse colonne de fumée existait, depuis le mois de novembre 1796, au-dessus du volcan de Pasto, et on la voyait de la ville du même nom ; au grand étonnement de tous les habitants de cette ville, la fumée disparut tout à coup le 4 février 1797. C’était précisément l’instant où, 65 lieues plus au sud, la ville de Riobamba, près de Tunguragua, était renversée par un épouvantable tremblement de terre.

Le Pichincha présente quatre sommets qui de loin affectent la forme de cônes, de tours et de châteaux forts ; l’un d’eux, le Rucu-Pichincha, c’est-à-dire l’Ancien, le Père, a été en 1553, 1559, 1560, 1566, 1577, 1580 et 1660 le théâtre d’éruptions si considérables que la cendre en tombant plongea durant des jours entiers la ville de Quito dans une obscurité profonde. Quoique presque deux siècles se soient écoulés depuis la dernière éruption, le volcan est loin d’être éteint. Mes deux illustres amis, MM. de Humboldt et Boussingault, puis le colonel Hall, et M. Wisse l’ont vu brûler lors des périlleuses ascensions qu’ils exécutèrent en 1802, 1831, 1832 et 1845.

On ne connaît pas d’éruption de l’Antisana postérieure à 1590.

Le Cotopaxi a fait éruption en 1742, pendant que les académiciens français mesuraient dans le voisinage un degré du méridien. La colonne de flammes et de matières embrasées s’éleva à 250 mètres plus haut que la montagne. Les neiges entassées pendant deux siècles, depuis le sommet jusqu’à 250 mètres au-dessous, furent fondues en masse ; le torrent qui en résulta se précipita dans la plaine avec impétuosité, formant des vagues de 20 à 30 mètres de hauteur. À trois ou quatre lieues de la montagne, la vitesse des eaux, d’après l’estimation de Bouguer, était encore de 13 à 17 mètres par seconde. Six cents maisons furent rasées ; le torrent engloutit 700 à 800 personnes. Les éruptions de 1743 et de 1744 furent encore plus désastreuses.

Bouguer et La Condamine, ayant examiné les traces encore visibles de la grande éruption de 1533, dont le souvenir s’est conservé de génération en génération parmi les habitants du pays, ont reconnu que le volcan lança alors à plus de trois lieues de distance des pierres de 89 à 111 mètres cubes, beaucoup plus grosses, en un mot, pour me servir de l’expression de La Condamine, qu’une chaumière d’Indien[1]. L’origine de ces pierres ne pouvait pas être douteuse : elles formaient en tous sens des traînées dirigées vers le volcan. Il ne paraît pas que le Vésuve ait jamais lancé de pierres à plus de 1 200 mètres de distance.

Au mois de février 1803, M. de Humboldt a été témoin d’une éruption du Cotopaxi, qui a retenti fort au loin dans la mer du Sud. Le Tunguragua fit explosion en 1641. Le Sangay est resté constamment enflammé depuis l’année 1728.

Le Chimborazo ne figure pas sur la liste, quoique personne ne conteste sa nature volcanique, parce qu’on n’a conservé le souvenir d’aucune de ses éruptions. Il en est de même du Carguairazo. L’inondation boueuse qui, en 1698, couvrit 18 lieues carrées de terrain, ne fut pas l’effet d’une éruption proprement dite. Quand le Carguairazo s’écroula, les eaux qu’il recélait dans son sein se précipitèrent dans la plaine avec impétuosité, et occasionnèrent les désastres dont parlent les historiens de l’Amérique.

Au Pérou, le volcan d’Arequipa jette constamment des vapeurs et des cendres, mais il n’a pas fait d’éruption depuis l’arrivée des Espagnols en Amérique. C’est le volcan d’Uvinas, situé à quelques lieues seulement du précédent qui, au milieu du xvie siècle, a vomi des cendres en si grande quantité, que la ville d’Arequipa fut presque entièrement ensevelie. Le volcan d’Omato à 40 lieues d’Arequipa a fait une violente éruption en 1667. Le Gualatieri, nommé aussi le Sacama, vomit constamment beaucoup de fumées et de vapeurs.

En jetant les yeux sur la carte d’Amérique, on est frappé de ne trouver aucun volcan ni entre le 2e et le 16e degré de latitude australe, ni entre le 18e et le 27e degré. Si le groupe des volcans d’Arequipa, d’Uvinas, de Gualatieri et d’Omato, n’existait pas, la rangée de Guatimala et de Niquaragua, les groupes de Popayan, de Quito, et de los Pastos, se trouveraient séparés de la longue traînée du Chili que nous allons passer en revue, par un espace de 25° en latitude, totalement dépourvus de volcans. Quoique le Pérou ne renferme qu’un petit groupe de volcans très-peu actifs, il est peu de pays où l’on ressente plus de tremblements de terre, et où ils fassent plus de dégâts. Souvent ils occasionnent la formation d’immenses crevasses sur lesquelles on doit jeter des ponts pour rétablir les communications entre les diverses provinces. Une de ces crevasses, à la suite du tremblement de terre qui détruisit Lima en 1746, avait une lieue de long sur deux mètres de large.

On a marqué, sur certaines cartes du Chili, plus de volcans que je n’en ai indiqué en tête de ce paragraphe ; mais j’ai dû me borner à ce qui m’a paru le plus certain. Je ne parle d’ailleurs que des volcans en activité aujourd’hui. Le volcan de Santiago paraît n’avoir pas cessé d’être en activité depuis le grand tremblement de Terre de 1822. Le volcan de Maypo doit avoir une grande circonférence et être dans une grande activité, car on ne cesse d’y apercevoir, durant la nuit, une vive lumière et une fumée épaisse, et souvent pendant le jour il s’en échappe des flammes. Le Rancagua est connu par les jets de lumières et les éruptions de cendres qui s’élèvent de son cratère. Le Peteroa est très-actif ; il est célèbre par la grande éruption dont il a été le théâtre en décembre 1762. Le volcan d’Antuco vomit constamment des vapeurs sulfureuses, de la fumée, des cendres et des pierres ; en 1828, il s’en échappait une coulée de lave dont la lueur se voyait durant la nuit, à une distance de 40 lieues. Le Votuco rejette tant de cendres et de vapeurs, que la végétation est entièrement empêchée dans un rayon de 4 à 5 lieues. Le volcan de Villa-Rica est connu pour une éruption dont il a été le théâtre en 1640.

Nous arrivons aux volcans des îles de l’Amérique. L’archipel des Antilles présente un grand nombre de bouches toujours ouvertes. Les îles de Saint-Eustache, de Nevis, de Montserrat sont connues pour des volcans qui dégagent constamment des vapeurs de soufre. L’île de Saint-Christophe a été au milieu de 1682, le théâtre d’une seconde éruption qui a duré plusieurs semaines.

Le volcan de la Guadeloupe a fait sa dernière éruption en 1797, et il vomit alors de la pierre ponce, des cendres et des nuages de vapeurs sulfureuses.

Dans la Dominique, il y a fréquemment de petites éruptions de soufre, mais sans combustion.

La Montagne Pelée, à la Martinique, renferme un cratère qui le 22 janvier 1782 a rejeté des vapeurs de soufre et des masses d’eau chaude.

À Sainte-Lucie, il y a formation continuelle de soufre, occasionnée par la condensation des vapeurs qui s’élèvent du cratère nommé Oualibou. On y observe aussi des jets d’eau chaude. En 1766, il y a eu une petite éruption de pierres et de cendres.

Le volcan de l’île de Saint-Vincent a jeté des laves en 1718 et en 1812. Les cendres de cette dernière éruption furent transportées jusqu’à l’île de la Barbade, 30 lieues à l’est.

Dans les îles Gallapagos, le pic de Narborough-Island est en pleine activité ; tous les voyageurs s’accordent à mentionner la lumière dont il brille, et en 1825 lord Byron l’a vu rejeter une coulée de lave.

En terminant ces indications relatives aux volcans d’Amérique, je ferai remarquer qu’on ne trouve de volcans actifs, ni à Buenos-Ayres, ni au Brésil, ni à la Guyane, ni dans le littoral de Vénézuéla, ni enfin aux États-Unis : c’est-à-dire, dans aucun point de la côte orientale de ce grand continent. Il n’existe même, à l’est des Andes, que trois petits volcans situés près des sources du Caqueta, du Napo et du Morona, et qui probablement résultent, suivant M. de Humboldt, des actions latérales des volcans de Popayan et de Pasto.

§ 6. — Volcans de l’Océanie.

On n’a que de vagues détails sur beaucoup de volcans des îles de l’Océanie ; je n’introduirai dans ma liste que ceux qui sont connus avec certitude.

Les îles Philippines renferment 6 volcans actifs ; Barren-Island, 1 ; Bornéo, 1 ; les Moluques, 8 ; Sumatra, 4 ; Java, 14 ; les petites îles de la Sonde, 10 ; Banda, 1 ; Amboine, 1 ; la Nouvelle -Guinée, 2 ; la Nouvelle - Bretagne, 3 ; Santa-Cruz, 1 ; l’archipel del Espiritu-Santo, 2 ; la Nouvelle-Zélande, 1 ; les Mariannes, 2 ; les îles Sandwich, 1 ; les îles de la Société et des Amis, 2 ; les îles du Marquis de Traversay, 1 ; la terre de Sandwich, 1.

Les volcans des îles Philippines sont remarquables par leur constante activité. Nous signalerons d’abord le volcan de l’île de Babujan ; en 1631, il a été le théâtre d’une grande éruption qui força les habitants à prendre la fuite et à abandonner l’île. L’île de Luçon présente les trois volcans d’Aringuay, de Taal et de Mayon ; Aringuay a fait éruption en 1641 ; le Taal vomit très-souvent des flammes et des cendres, ses principales éruptions sont celles de 1716 et de 1754 ; la dernière détruisit un grand nombre de villages ; Mayon est connu par les éruptions de 1766, 1800 et 1814. La petite île d’Ambil possède un volcan dont les flammes indiquent aux navires la route de Manille. Enfin Mindanao renferme au moins un volcan, celui de Sanguil, qui jette constamment des flammes ou de la fumée.

Le volcan de Barren-Island était en pleine éruption lorsqu’on en fit la découverte en 1792 ; il rejetait d’immenses colonnes de fumée et des pierres incandescentes du poids de 300 à 400 kilogrammes ; l’île n’a pas plus de 6 lieues de circonférence.

Le volcan actif de Bornéo actuellement connu, appartient à un petit îlot sur la côte occidentale de l’île, au nord de Sambas.

Les Moluques présentent des volcans remarquables par leur activité et par leurs soulèvements récents. A la pointe septentrionale de l’île de Sanguir, on rencontre d’abord le volcan d’Aboe dont l’éruption du 10 au 16 décembre 1711 couvrit de cendres un grand nombre de villages, et causa la mort d’une grande partie de la population ; c’est un des plus grands volcans du globe. Entre Célèbes et Sanguir, se trouve la petite île de Siao sur laquelle s’élève un très-haut pic dont les flancs s’entrouvrirent le 16 janvier 1712 ; depuis cette époque les éruptions ont continué. L’île de Célèbes renferme le volcan de Kemas qui s’est soulevé en 1680, à la suite d’un violent tremblement de terre, et a été le théâtre d’une éruption qui dévasta une grande partie de l’île et plongea les environs dans une profonde obscurité. Le 20 mai 1673, le volcan de Gammacanora se souleva sur la côte occidentale de l’île de Gilolo et rejeta une masse considérable de pierres ponces. L’île de Ternate présente un volcan enflammé dont les éruptions en 1608, 1635, 1653 et 1673 rejetèrent beaucoup de pierres ponces et de vapeurs. L’île de Tidore à côté de la précédente, offre un volcan tout semblable. En 1773, le volcan de l’île de Motir lança des pierres par son cratère. Enfin Machian, la plus méridionale des petites Moluques, présente un volcan qui a fait éruption en 1666 et dont le cratère est très-grand.

Les volcans Gonung Allas, Berapi, Gonung Api de Penkalan Jambi, et Gonung Dempo, dans l’île de Sumatra, furent constamment et des sources chaudes jaillissent à leurs pieds.

L’île de Java renferme un grand nombre de volcans disposés par rangées ou en lignes droites ; ce sont en allant de l’ouest à l’est de l’île : le Gonung Keran et le Gagak, qui laissent échapper des vapeurs ; le Salak dont la dernière éruption date de 1762 ; le Tankuban connu pour son très-large cratère, pour l’abondance de ses vapeurs sulfureuses, et dont la dernière éruption a eu lieu en 1804 ; le Gonung Guntur, l’un des plus actifs de l’île et qui n’a pas cessé de mugir depuis 1800 jusqu’à 1807, d’où lui est venu son nom, montagne du Tonnerre ; le Galung Gung, dont l’éruption de 1822 vomit des torrents d’eau chaude boueuse qui causèrent d’immenses ravages et firent périr un grand nombre d’habitants ; le Chermai, qui était en éruption en 1805 ; le Mérapi, qui fit éruption en 1701, et le 29 décembre 1822 ; le Lawu, qui fit éruption en 1806, et d’où se dégagent des vapeurs sulfureuses très-chaudes ; le Klut, dont la dernière éruption a eu lieu en 1785 ; l’Arjuna, qui vomit continuellement une grande masse de fumée ; le Dasar, qui était en éruption en 1804 ; le Lamongan, qui fit en 1806 et surtout en 1808, des éruptions terribles ; le Taschem, le plus oriental de l’île, connu par l’acide sulfurique contenu dans les eaux chaudes qui s’en dégagent, et qui a été le théâtre de fortes éruptions en 1796 et 1817. Le mont Papandayang était un des principaux volcans de l’île ; mais il n’existe plus maintenant : entre le 11 et le 12 août. 1772, après la formation d’un grand nuage lumineux, la montagne disparut tout entière dans les entrailles de la terre. On a estimé que le terrain qui s’engloutit ainsi, avait 28 kilomètres de long et 12 de large.

Entre Java et Sumbava, l’île de Bali contient le volcan Kara Asam, qui s’est fait connaître par une éruption en 1808. Le Tomboro, dans l’île de Sumbava même, a fait une violente éruption en 1815. Les détonations s’entendirent fortement à Sumatra, dans des points distants du volcan de 300 lieues en ligne droite.

Flores ou Mangeray contient deux volcans, l’un à l’ouest vu par Bligh, l’autre à l’est vu par Tuckey. Dampier a vu en 1699 des vapeurs se dégager du sommet du pic de l’île de Lombatta, et Tuckey signale un volcan constamment actif sur l’île de Pontare. Une petite île située entre Flores et Daumer, un peu au-dessus, présente un volcan, d’où il s’échappe des masses très-considérables de fumée. L’île de Daumer renferme elle-même un très-grand volcan. Non loin de là, les îles de Nila et de Seroa présentent des solfatares, et on y a signalé des éruptions à la fin du xviie siècle.

Le Gonung Api dans l’île de Banda n’est presque jamais en repos. On connaît les violentes éruptions dont il a été le théâtre en 1586, 1598, 1609, 1615, 1629, 1632, 1683, 1694, 1765, 1775, 1778, 1820. Des courants de lave, des pierres ponces, des flammes immenses en sont sorties à ces différentes époques. Le 11 juin 1820, il a lancé des pierres incandescentes aussi grandes que les habitations des indigènes. Plusieurs de ces pierres parvinrent à des hauteurs de 1 200 mètres au-dessus de la montagne.

LeWavani, dans l’île d’Amboine est aussi très-actif. En 1674, 1694, 1783, 1797, 1816, 1820, 1824, il a vomi des flammes et des vapeurs suffocantes, dont l’odeur se répandait au loin.

Les deux volcans de la Nouvelle-Guinée que Dampier a vus brûler en 1700, lorsqu’il explorait la côte de cette île, ont continué à dégager des flammes et de la fumée.

Les trois volcans de l’archipel de la Nouvelle-Bretagne ont été vus en éruption : l’un à l’ouest par Dampier, Carteret et le capitaine Hunter ; le second à l’est par Dampier et Tasman ; le troisième plus au sud par d’Entrecasteaux ; le 29 juin 1793, ce dernier présentait un torrent de lave qui se précipitait à la mer en formant différentes cascades.

Près de Santa-Cruz, on trouve une petite île nommée Volcano qui en 1767 et en 1797, présentait un volcan enflammé.

Dans l’archipel del Espiritu-Santo, que Bougainville appela les Grandes-Cyclades, et que Cook nomma les Nouvelles-Hébrides, on trouve d’abord l’île d’Ambrym qui renferme un volcan d’où l’on voit souvent s’échapper des flammes au milieu d’une épaisse fumée blanche. L’île de Tanna est aussi volcanique. En août 1774, Cook fut témoin d’une de ses éruptions. Le volcan lançait des flammes, des cendres, et des pierres d’une grosseur au moins égale au corps de la grande chaloupe du bâtiment. En avril 1793, d’Entrecasteaux et ses compagnons aperçurent une épaisse colonne de fumée sur le sommet de la montagne.

On connaît au moins un volcan actif, près de la Nouvelle-Zélande sur la petite île de While-Island dans la baie de Plenty.

On compte neuf volcans dans l’archipel des îles Mariannes, mais on ne peut avec certitude ranger parmi les volcans encore enflammés que ceux de l’île de l’Assomption et de l’île de Soufre.

Les îles Sandwich renferment dans l’île d’Owhyhée, plus souvent appelée aujourd’hui Hawaii, île où Cook fut assassiné, une montagne qui est un des plus grands volcans centraux de la Terre, c’est le Mouna-Roa. Sur les flancs de cette fameuse montagne, il existe plusieurs cratères parmi lesquels il y en a un très-remarquable que les naturels nomment le Kirauca. Il est situé à 6 ou 7 lieues de la mer dans la partie nord-est de l’île. Sa forme est elliptique ; le contour, à la partie supérieure, n’a pas moins de 2 lieues et demie de long ; on estime que la profondeur peut être de 350 à 360 mètres ; il est assez facile de descendre dans le fond.

Lorsque Goodrich visita ce cratère pour la première fois, en 1824, il remarqua dans la cavité douze places distinctes couvertes de lave incandescente, et trois ou quatre ouvertures d’où elle jaillissait jusqu’à la hauteur de 10 à 13 mètres. A 300 mètres au-dessus du fond, il existait alors tout autour de la paroi intérieure du cône, un rebord noir que le même observateur regarde comme l’indice de la hauteur où la lave fluide s’était récemment élevée avant de se frayer une issue par quelque canal souterrain jusqu’à la mer. Des émanations sulfureuses plus ou moins denses s’échappent constamment d’ailleurs par toutes les crevasses de la lave solide, et produisent çà et là un bruit semblable à celui de la vapeur qui sort par les soupapes d’une machine à feu. Les pierres ponces qu’on trouve en grande abondance dans les environs du cratère sont si légères, si poreuses, d’une texture si délicate, qu’il est difficile d’en conserver des échantillons. Des filaments capillaires fibreux, semblables à ceux qu’on recueille après toutes les éruptions du volcan de l’île Bourbon, couvrent le sol du cratère sur une épaisseur de 5 à 8 centimètres ; le vent transporte souvent ces filaments à la distance de 6 à 7 lieues.

Le 22 décembre 1824, dans la nuit, un nouveau volcan fit éruption au milieu de l’ancien. Au lever du Soleil, la coulée avait déjà une assez grande étendue ; dans certains points, la lave était projetée par jets jusqu’à 17 mètres de hauteur.

À une autre époque, les missionnaires comptèrent jusqu’à cinq cratères de forme et de grandeur très-variées, qui s’élevaient comme autant d’îles du sein de la mer enflammée dont les parties nord et sud-ouest du cratère étaient recouvertes ; les uns vomissaient des torrents de lave ; il ne sortait des autres que des colonnes de flamme ou d’une épaisse fumée. La scène est constamment changeante. Au mois de juin 1832, David Douglas trouva une éruption à l’endroit même où, en juin 1825, lord Byron avait dressé ses tentes.

Dans les îles de la Société, le mont Tobreonu de l’île d’Otahiti, et dans les îles des Amis, le volcan de Tofua établissent une communication permanente entre l’intérieur de notre globe et l’atmosphère. Le volcan de Tofua a été vu en pleine éruption par Bligh.

L’île d’Amsterdam était tout en feu quand d’Entrecasteaux l’aperçut dans le mois de mars 1792. Les uns ont vu dans ce phénomène l’effet d’un simple incendie ; d’autres en ont tiré la conclusion que l’île renferme un volcan.

Les îles du Marquis de Traversay, entre la Nouvelle-Géorgie et la terre de Sandwich, renferment un volcan actif. Il en existe un également dans la terre de Sandwich.

§ 7. — Résumé.

Les volcans actuellement actifs qui établissent par leurs cratères une communication permanente entre l’atmosphère et l’intérieur de la Terre sont la preuve de la réaction de la masse interne de notre globe contre son écorce. A ce point de vue, les volcans ne sont pas des phénomènes produits par des causes purement locales. Leur formation ne remonte pas à une époque très-reculée ; ils ne sont venus qu’après les couches de craie les plus élevées et les dépôts tertiaires : et ils se distinguent ainsi des épanchements antérieurs de granit et de porphyre quartzeux qui eurent lieu à travers les fissures de l’ancien terrain de transition. Ils sont dus à l’existence d’une action générale de la masse interne du globe contre son écorce solide telle qu’elle est aujourd’hui constituée. Cette action se manifeste sous la forme volcanique dans les points où cette écorce présente moins de résistance. Aussi un phénomène digne de l’attention des observateurs, est celui de la propagation du bruit qui précède ou accompagne les éruptions. Nous avons vu précédemment, qu’en 1815, les détonations du Tomboro de Sumbava s’entendirent à Sumatra, distant de la montagne, en ligne droite, de 300 lieues. Voici un fait presque aussi saillant que rapporte M. de Humboldt. Les explosions qui annoncèrent, le 27 avril 1812, la première éruption de cendres du volcan de Saint-Vincent, ne parurent pas plus fortes aux habitants de l’île que celles d’un canon de gros calibre. Ces explosions cependant furent parfaite ment entendues sur le Rio-Apure, au confluent du Rio-Nula, à 210 lieues du volcan, c’est-à-dire à la distance du Vésuve à Paris. Le bruit paraissait si bien transmis par l’air, qu’on le prit pour des décharges d’artillerie, et qu’il donna lieu, sur beaucoup de points du continent d’Amérique, à des dispositions militaires.

L’action volcanique ne se produit pas indifféremment dans tous les points de la surface du globe, ainsi qu’on peut le voir en jetant les yeux sur les cartes (fig. 244 et 245), que j’ai chargé M. Barral de dresser pour figurer les volcans et les montagnes sur lesquels j’ai cru nécessaire d’appeler l’attention, pour bien fixer l’histoire de la Terre au point de vue astronomique. Cette conséquence résulte encore du tableau suivant, qui résume les détails que j’ai donnés dans ce chapitre :

Nombre des volcans actifs
Sur les continents. Dans les îles. En totalité.
Europe 
1 11 12
Afrique 
0 6 6
Asie 
9 24 33
Amérique 
52 10 62
Océanie 
0 62 62
Totaux 
62 113 175

À l’exception des volcans de l’Asie centrale et de deux volcans du Nouveau-Monde, tous les autres volcans actuellement actifs sont situés à des distances de la mer inférieures à 50 lieues. Il semble difficile de ne pas conclure de ce fait, que les côtes semblent un gisement plus favorable aux éruptions actuelles que l’intérieur des continents. Ce n’est pas cependant une raison suffisante pour faire jouer à l’eau de la mer un rôle prédominant dans les phénomènes volcaniques. Il est plus rationnel d’admettre que le fond de la mer et les côtes étant situés à plusieurs milliers de mètres au dessous des terres continentales, doivent présenter en général à l’action des forces souterraines une résistance moindre que celle offerte par la masse plus compacte et plus épaisse du reste du globe. Les 175 bouches volcaniques qui de nos jours mettent en communication permanente ou intermittente l’intérieur de la Terre avec son atmosphère, sont ainsi des phénomènes en relation étroite avec la rotation de notre planète, et relient le présent au passé de son histoire.

  1. La plupart de ces blocs de trachytes ont, d’après les mesures de M. Boussingault, de 25 à 30 mètres cubes.