Ouvrir le menu principal

Association du capital et du travail/Section III

John Wilson, Typ. (p. 6-10).

III.

Les circonstances, au Canada, sont-elles favorables à cette réforme ?


Je réponds oui, et je le prouve.

Il se fait aujourd’hui une agitation politique et nationale des plus salubres. De toutes parts, on semble acclamer un programme où sont inscrites des réformes considérables :

L’économie des fonds publics.

La simplification de la machine législative par l’abolition du Conseil Législatif Local, et l’application du principe électif au Sénat Fédéral, etc.

Le contrôle absolu de notre tarif et de notre politique commerciale, à l’extérieur comme à l’intérieur.

Une Convention Internationale avec les États-Unis pour obtenir en échange de nos voies artificielles de communication, une réciprocité et même une fédération commerciale.

La réforme du système d’éducation pour assurer à toute la jeunesse indistinctement, les connaissances nécessaires pour lutter avantageusement avec les éléments les plus éclairés de notre population, et avec nos voisins, si généralement pourvus d’une instruction commerciale et industrielle qui laisse peu à désirer.

Mes amis ouvriers seront les premiers à juger ces réformes excellentes. Trois mots symboliques, en les qualifiant, les leur rendront chères : Liberté, économie, civilisation. Une grande expression, presqu’oubliée, et qu’elles ressuscitent, peut même les résumer : c’est le progrès ! Or le progrès, le véritable progrès, ne peut s’opérer qu’à l’avantage du peuple ; puisque c’est le peuple seul qui paye, c’est lui et lui seul qui est intéressé à l’économie ; puisque c’est lui seul qui est gouverné, c’est lui et lui seul qui est intéressé à n’être gouverné que par ceux qu’il nomme ou élit à cet effet ; puisque c’est lui et lui seul qui travaille et qui produit, lui et lui surtout est intéressé à ce que les produits de son travail s’écoulent à l’étranger et s’y vendent bon prix ; puisque c’est lui qui souffre et s’afflige de l’ignorance dans laquelle il a été tenu, c’est lui, c’est lui surtout, qui doit désirer que la lumière se fasse dans son intelligence. Le peuple en général, le peuple ouvrier surtout, doit voir avec faveur ce mouvement, aujourd’hui superficiel et bientôt profond et entraînant, vers l’objet de la vie sociale : le bien-être matériel, la bonne administration civile et le progrès intellectuel ou l’éducation.

Nous applaudissons donc de tout cœur à ce mouvement. C’est le chemin de l’indépendance du pays, chemin détourné si l’on veut, mais semé de roses. Suivons-le avec joie, avec courage et persévérance, en compagnie de tous les hommes de bonne volonté, à quelque parti qu’ils appartiennent. Que le Bas-Canada ne forme qu’un seul homme pour soutenir ce programme.

Il serait sans doute plus pratique, plus rationnel, plus expéditif de convoquer une assemblée nationale composée de délégués patriotiques, choisis par le peuple dans les diverses parties du pays, non pas pour demander, mais pour accepter purement et simplement l’indépendance qu’une métropole, aujourd’hui éclairée et juste, nous offre ; que dis-je ! nous impose presque violemment ; et pour déterminer les conditions d’une nouvelle ère nationale.

Mais contentons-nous pour le moment de constater que le monde marche, puisqu’une phalange patriotique nous donne le spectacle d’un phénomène réjouissant comme celui de traîner à sa remorque les écrivices politiques du torisme édenté, et les tortues sociales du conservatisme, acculées depuis vingt ans au pouvoir.

Gardez-le, messieurs, ce pouvoir chéri ; gardez-le, parce qu’il faut quelqu’un au gouvernail ; oui, gardez-le cet objet de tout votre amour, ce symbole de tous vos désirs, ce secret de toute votre habilité, cette explication de vos richesses et de votre outrecuidance ; gardez-le toujours, si vous le voulez — mais à deux conditions — celles-ci : 1°. l’octroi au peuple des réformes qui le conduiront à l’indépendance, remède futur et certain à tous les maux du passé ; réalisation positive de toutes les légitimes espérances de l’avenir ; 2°. l’Association du Capital et du Travail pour les raisons que nous avons succintement exposées et que nous développerons dans un instant.

Quels que soient les hommes qui prennent l’initiative ou la suivent, je puis leur assurer, moi, le concours des cœurs ouvriers et le chiffre puissant de leurs votes, s’ils veulent être à la fois philanthropes et patriotes.

Voilà la situation, voilà les circonstances où je vous appelle, amis ouvriers, à arborer le drapeau de la grande réforme sociale qui préoccupe le monde civilisé. La cause première de la situation politique tendue, décisive, suprême que nous traversons en ce moment, c’est la nécessité de créer une industrie manufacturière, c’est-à-dire la réalisation de notre programme de 1867. Tout nous indique que cette réalisation est prochaine, inévitable, manifeste, irrépressible, aux conditions ci-haut. Comment nous défendre d’un certain enthousiasme pour un programme qui sort de toutes les bouches, préoccupe tous les esprits, émeut tous les cœurs, unit toutes les consciences et forme de la volonté de tous une volonté unique et, partant, toute-puissante quand l’élément social ouvrier en a été l’originateur ?

Or, étant donnée la création prochaine et le développement rapide d’une grande industrie nationale, c’est le temps ou jamais de connaître les conditions, au point de vue social, dans lesquelles cette industrie doit être établie et développée.

Nous avions donc raison de dire que les circonstances étaient favorables à l’étude du grand problème social qui embrasse les intérêts de l’ouvrier comme du capitaliste, puisqu’il doit résoudre les difficultés de leur liaison intime et inévitable. L’occasion est non-seulement favorable, mais je la considère unique ; si nous la manquons, aujourd’hui qu’elle se présente dans des conditions opportunes, elle ne reviendra plus jamais qu’accompagnée du cortège de maux qui rendent ailleurs si redoutable et si difficile à résoudre la grande question qui nous occupe.