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Anthologie des poètes français du XIXème siècle/Frédéric Monneron

Anthologie des poètes français du XIXème siècleAlphonse Lemerre, éditeur**** 1852 à 1866 (p. 381-382).




FRÉDÉRIC MONNERON


1813-1837




Fils d’un pasteur Vaudois, Frédéric Monneron est mort à l’âge de vingt-quatre ans, laissant des vers qui, a-t-on dit, « ne sont que des fragments inachevés et comme des souffles épais de son âme, » mais qui cependant dénotent qu’il y avait en lui le germe d’un vrai poète. La pièce intitulée : À Vous, que nous reproduisons, témoigne d’une grande franchise de sentiment et d’une connaissance exacte des délicatesses de la langue française.

Les poésie de Frédéric Monneron ont été publiées à Lausanne par G. Bridel.

a. l.





À VOUS




Quand sur les champs du soir la brume étend ses voiles,
Lorsque, pour mieux rêver, la Nuit au vol errant
Sur le pâle horizon détache en soupirant
Une ceinture d’or de sa robe d’étoiles ;

Lorsque le crépuscule entr’ouvre aux bords lointains
Du musical éther les portes nuageuses ;
Alors, avec les vents, les âmes voyageuses
Vont chercher d’autres cieux dans leurs vols incertains.


La mienne s’en retourne auprès de vous, fidèle ;
Mais bientôt un remords ta surprend en chemin,
Et jeune mendiante, implorant votre main,
Elle vous tend la sienne en se voilant d’une aile.

Car c’est le repentir d’avoir aimé trop peu,
Qui, de l’exil, vers vous la ramène angoissée,
Comme une ombre, sortant de la tombe glacée,
Surprise par la mort sans avoir lait d’adieu.

Non ! je n’ai pu comprendre et votre âme et la terre
Que de loin, quand les ans sont venus tout finir,
Ft mon cœur n’a fleuri qu’autour du souvenir,
Comme autour du tombeau l’églantier solitaire.

Ces jours où ma jeunesse a fait souffrir les cœurs,
Je n’en pourrai gémir que seul avec moi-même,
Alors qu’il n’est plus temps de dire à ceux qu’on aime
« À genoux, me voici ! pardonnez-moi vos pleurs ! »

Ainsi, c’est le passé, c’est la fuite des choses,
Le souvenir des maux qu’on ne peut réparer,
Qui m’évoquent vers vous, quand la nuit vient errer
Sur le large horizon, parmi l’or ou les roses.