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AnthologieÉditions Paul Roubaud (p. 56-57).

Juba ii.

C’est là, à Césarée (aujourd’hui Cherchell) qu’avait régné au temps d’Auguste, ce prince charmant, Juba ii qui, élevé à Rome, s’y était pénétré de toute la culture gréco-latine sans pour cela se désintéresser de son pays natal. Écrivain, encyclopédiste, protecteur de tous les arts, épris de la beauté sous toutes ses formes, Juba avait trouvé une compagne digne de lui en Cléopatre Séléné que la reine d’Égypte avait eue de sa liaison avec Antoine. La sœur d’Auguste, Octavie, femme légitime d’Antoine, dont l’admirable figure contraste avec les mœurs dépravées de ce temps, ayant recueilli l’enfant de son mari après le désastre d’Actium, l’avait élevée près d’elle dans son palais en mémoire de l’époux qui l’avait délaissée et auquel elle demeurait fidèle. Tel était le couple qui prit à tâche d’implanter la civilisation en terre numide et dont plus d’un indice nous révèle qu’ils avaient commencé d’y réussir. Peut-être les fouilles de Cherchell nous rendront-elles plus familières quelque jour les silhouettes de Juba ii et de sa femme. Elles suffisent déjà à indiquer à quel degré de splendeur et de prospérité la ville disparue était parvenue sous leur sceptre. On conçoit que le long règne de Juba — un demi-siècle joint aux efforts des Romains aient produit de sensibles résultats. Ceux-ci pénétrèrent jusqu’à Ghadamès (hinterland tunisien) et traversèrent les oasis du Fezzan (Tripolitaine). Au premier siècle de l’ère chrétienne, ils construisirent ces villes dont les ruines nous étonnent : Tebessa, Lambèse, Timgad… Nous avons retrouvé les restes des postes militaires qui, de Gafsa à Biskra, jalonnaient leur frontière du côté du désert. Nous avons surtout retrouvé les traces des innombrables et merveilleux travaux hydrauliques exécutés par leurs soins persévérants.