Anthélia Mélincourt/Le Tombeau de l’amour

Traduction par Mlle Al. de L**, traducteur des Frères hongrois.
Béchet (1p. 100-102).


LE TOMBEAU DE L’AMOUR.


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Sur cette pierre funéraire
Que déjà la mousse envahit,
Et que de son jour froid éclaire
L’astre qui brille dans la nuit ;
Que cherchez-vous passans à lire ?
Vous ne verrez qu’un arc brisé ;
Ces débris ne peuvent vous dire
À qui ce tombeau fut dressé.


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  Quand le chevalier aux murailles
Appendit son glaive vainqueur ;
Qu’il n’eut plus pour cris de batailles
Dieu, mon roi, ma dame et l’honneur,
Voulant consacrer les merveilles
D’un âge d’innocence et d’or,
L’amour composa dans ses veilles
Des chansons qu’on redit encor.

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  Ses tableaux trop vrais irritèrent ;
L’inconstance et la fausseté,
Sur ses épaules attachèrent
L’aîle de la légèreté ;
Ses dards furent par l’avarice
Trempés dans un or corrupteur ;
Et le dégoût, fils du caprice,
Le dépouilla de sa candeur.

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  Humilié de sa disgrâce,
L’amour s’enfuit au fond des bois,
Et pour toujours céda la place
Aux usurpateurs de ses droits.

Sur cette pierre tumulaire
Il grava son arc et ces mots :
Ne me cherchez plus sur la terre,
Ici je jouis du repos.