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Traduction par Anonyme.
Texte établi par Émile FaguetNelson (tome 2p. 407-409).


CHAPITRE IV


Lvof, le mari de Nathalie, chez lequel Levine se rendit en quittant l’Université, venait de se fixer à Moscou pour y surveiller l’éducation de ses jeunes fils ; lui-même avait fait ses études à l’étranger, et avait passé sa vie dans les principales capitales de l’Europe, où l’appelaient des fonctions diplomatiques. Malgré une différence d’âge assez considérable et des opinions très dissemblables, ces deux hommes s’étaient pris d’amitié l’un pour l’autre.

Levine trouva son beau-frère en tenue d’intérieur, lisant avec un pince-nez, debout devant un pupitre ; le visage de Lvof, d’une expression encore pleine de jeunesse, et auquel une chevelure frisée et argentée donnait un air aristocratique, s’éclaira d’un sourire en voyant entrer Levine, qui ne s’était pas fait annoncer.

« J’allais envoyer prendre des nouvelles de Kitty, dit-il ; comment va-t-elle ? et il avança un fauteuil américain à bascule. Mettez-vous là, vous y serez mieux. Avez-vous lu la circulaire du Journal de Saint-Pétersbourg ? Elle est fort bien », demanda-t-il avec un léger accent français.

Levine raconta ce qui lui avait été dit des bruits en circulation à Pétersbourg, et, après avoir épuisé la question politique, il conta son entretien avec Métrof, et la séance de l’Université.

« Combien je vous envie vos relations avec cette société de professeurs et de savants ! dit Lvof qui l’avait écouté avec le plus vif intérêt. Je ne pourrais, il est vrai, en profiter comme vous, faute de temps et d’une instruction suffisante.

— Je me permets de douter de ce dernier point, répondit en souriant Levine, que cette humilité toucha par sa simplicité.

— Vous ne sauriez croire à quel point je le constate, maintenant que je m’occupe de l’éducation de mes fils ; non seulement il s’agit de me rafraîchir la mémoire, mais il me faut refaire mes études. Vous en riez ?

— Bien au contraire, vous me servez d’exemple pour l’avenir, et j’apprends en vous voyant avec vos enfants comment il me faudra remplir mes devoirs envers les miens.

— Oh ! l’exemple n’a rien de remarquable.

— Si fait, car jamais je n’ai vu d’enfants mieux élevés que les vôtres. »

Lvof ne dissimula pas un sourire de satisfaction. En ce moment la belle Mme Lvof, en toilette de promenade, les interrompit.

« Je ne vous savais pas ici, dit-elle à Levine ; comment va Kitty ? Vous savez que je dîne avec elle aujourd’hui ? »

Les plans de la journée furent discutés entre les époux, et Levine s’offrit pour accompagner sa belle-sœur au concert. Au moment de partir il se rappela la commission de Kitty au sujet de Stiva.

« Oui, je sais, dit Lvof, maman veut que nous lui fassions de la morale, mais que puis-je lui dire ?

— Eh bien, je m’en charge », s’écria Levine en souriant, et il courut rejoindre sa belle-sœur, qui l’attendait au bas de l’escalier, enveloppée de ses fourrures blanches.