Acadie/Tome I/11

Texte établi par Henri d’Arles, J.-A. K.-Laflamme (Tome Ip. 255-266).

CHAPITRE HUITIÈME


Philipps retourne en Angleterre, 1731. — Armstrong reprend l’administration de la Province. — Son caractère, ses difficultés avec Cosby, Blinn, Winnieth, etc. — Ses relations avec Maugeant. — Autres lacunes au volume des Archives. — Armstrong se suicide, 6 décembre 1739


Enfin, la question du serment, qui, depuis si longtemps, était un sujet de litige, de vexations et d’incertitudes, était réglée, et, du moins en apparence, d’une façon à n’y plus revenir. Et, en effet, elle demeura close pendant vingt ans, c’est-à-dire jusqu’à la fondation de Halifax, en 1749.

Las d’une lutte sans issue, les Acadiens avaient accepté le serment de fidélité, lequel leur concédait la réserve qui leur tenait tant au cœur. Ils devenaient donc par là sujets anglais et abandonnaient définitivement l’idée toujours entretenue d’un départ. Leurs cultures et leurs établissements, qui avaient tant souffert de l’état d’incertitude dans lequel ces colons s’étaient trouvés, allaient prendre de grands développements. La paix, le contentement succédaient à la défiance ; la prospérité allait renaître.

Cette période de vingt années fut la plus tranquille, la plus heureuse et la plus fructueuse de toute l’histoire acadienne. Sans doute, les Acadiens eurent encore à souffrir de la part d’Armstrong, qui, pendant neuf années, occupa la charge de lieutenant-gouverneur, Philipps étant retourné en Angleterre. Mais la garnison d’Annapolis, les officiers anglais, les membres du conseil durent souffrir autant, et peut-être même davantage, à cause du contact journalier qu’ils avaient avec lui, et qui faisait d’eux les victimes constantes de son humeur fantasque et de ses emportements. Cependant l’on peut dire que, d’une façon générale, les habitants français furent traités avec douceur ; ceux des Mines et de Beaubassin furent pratiquement laissés à leur propre gouverne. Pendant longtemps, il n’y eut dans toute la Province d’autre garnison que celle d’Annapolis. En dehors de là, l’autorité gouvernementale n’était pas représentée, si ce n’est peut-être par le notaire, qui était en même temps receveur des rentes et des revenus de la couronne, lesquelles, soit dit en passant, étaient fort minimes. Ces notaires d’ailleurs étaient tous des Acadiens[1] ; durant six mois de l’année, les communications entre Annapolis et les diverses régions de la Province étaient forcément interrompues. Les rares différends qui s’élevaient entre les Acadiens étaient ordinairement réglés par des arbitres. Il faut excepter toutefois les difficultés provenant de la délimitation des terres, lesquelles étaient référées au conseil d’Annapolis. Les difficultés de cette nature paraissent avoir été fréquentes après 1730. C’est que l’arpentage des propriétés n’avait jamais été exécuté dans les formes ; la population s’accroissait rapidement, et le gouvernement refusant de faire, ou tardant à accorder de nouvelles concessions territoriales, il en résultait des morcellements de biens, et par suite des conflits nombreux qui étaient soumis à la décision du conseil. Nous reviendrons là-dessus.

Mais auparavant, il faut nous occuper à nouveau, non pas certes pour notre plaisir, de Akins et de son œuvre si partiale. Nous avons dit déjà que ce volume, qui, dans l’intention de la Législature de la Nouvelle Écosse, devait servir à l’histoire générale de la Province, n’est guère qu’un recueil de griefs contre les Acadiens et leur clergé. Si insignifiants que ces griefs soient souvent, ils remplissent toute l’administration d’Armstrong, de 1725 à 1740. Pour ces quinze années, il n’y a pas, au livre des Archives, un seul document émanant des Acadiens ou de leurs prêtres. Et pourtant, ces documents existaient, puisque Armstrong, dans ses lettres aux Lords du commerce, mentionne les copies qu’il leur en communique.

Non seulement le volume des Archives ne contient que les pièces chargeant les colons français et leurs missionnaires, mais encore ces pièces sont émondées de tout ce qui n’est pas accusation contre eux. L’on comprend que, dans ses lettres aux Lords du commerce, Armstrong a dû avoir soin d’omettre tout ce qui pouvait lui porter préjudice à lui-même. Cependant, ce personnage a eu tant de difficultés avec ses officiers, son conseil et tout son entourage, qu’il a dû en percer quelque chose dans sa correspondance, laquelle, dans sa teneur véritable et sa totalité, doit refléter fidèlement le caractère de son auteur. Aussi Akins a-t-il eu la précaution de promener ses ciseaux à travers ces papiers compromettants, pour en retrancher les passages où le gouverneur fût apparu sous un jour trop peu favorable. Mais le tort principal du compilateur est de ne nous avoir montré qu’un côté de la question, en ne donnant place qu’aux plaintes d’Armstrong, sans vouloir y joindre les justifications et les défenses que les Acadiens y durent opposer.

Force nous est donc de suppléer de notre mieux aux lacunes de son travail, afin de pouvoir porter un jugement sain sur Armstrong et sur la valeur qu’il faut prêter à ses accusations. Et nous citerons tantôt ce que Akins a supprimé dans les lettres de ce gouverneur, tantôt de nouveaux documents émanant, pour le plus grand nombre, de Armstrong même. En sorte que ce personnage va poser devant nous, et qu’à l’aide de ses propres écrits, nous pourrons nous faire une idée exacte de sa physionomie.

Nous avons déjà vu ce que, dans une lettre aux Lords du commerce, le lieutenant-gouverneur Caulfield disait de Armstrong, alors que ce dernier n’était encore que capitaine dans le régiment en garnison à Annapolis, année 1715. Nous avons également parlé des ennemis qu’Armstrong s’était faits parmi certains trafiquants de Boston. Nous savons en outre, par une lettre de lui citée dans Beamish Murdoch[2], lettre en date du 24 octobre 1725 et adressée de Canso au duc de Newcastle, qu’il avait « demandé au gouvernement de la Nouvelle Angleterre de lui envoyer soixante indiens avec douze baleinières, lesquels joints aux soldats de ses troupes et aux quarante hommes que devait lui fournir le commodore St-Lô, lui permettraient d’aller dans tous les coins de la Province mettre à la raison les habitants français aussi bien que les sauvages, leurs amis ». Il est vrai que ce projet belliqueux n’eut pas de suite, mais il n’en dépendit peut-être pas de celui qui l’avait conçu. En tout cas, la lettre qui l’expose, et dont nous n’avons donné qu’un extrait, est bien révélatrice du genre de caractère qui distinguait Armstrong. Dans le même temps, il se plaignait du capitaine John Elliot, du capitaine Franklin, du capitaine Kenwood et de plusieurs autres. Le 23 septembre 1726, il faisait condamner son serviteur Robert Nicholes à une peine infamante pour avoir osé l’assaillir à Canso, en octobre 1725. Au mois de juillet 1727, M. Shirreff, secrétaire du conseil, donnait sa démission à la suite de difficultés avec lui. « En août de la même année, dit encore Murdoch, un dissentiment s’éleva entre le gouverneur et messieurs Winniett, Blinn et Bissell, marchands, chargés de ravitailler la garnison[3]. » D’où échange de paroles amères, et finalement la prison pour James Blinn, en particulier, qui n’avait pas ménagé l’auguste personnalité d’Armstrong ! En septembre, le gouverneur notifia les habitants d’Annapolis d’avoir à prêter le serment. Sur leur refus de le faire, à moins qu’une clause n’y fut introduite pour les exempter de porter les armes, le gouverneur fit jeter dans les fers Charles Landry, Guillaume Bourgeois et Francis Richard, à qui avait été confié le soin de négocier avec lui pour leurs frères Acadiens[4]. Ce dernier événement est bien relaté au volume des Archives, sauf un détail significatif qui a échappé au compilateur, à savoir : Landry étant bien malade, sa femme demanda avec instances sa mise en liberté provisoire, promettant sur l’honneur de le ramener aussitôt qu’il serait rétabli. La supplique de cette pauvre femme fut repoussée[5]. Le 12 juillet 1728, Armstrong écrivit à M. Stanion, du Bureau du Secrétaire d’État : « Des plaintes ayant été portées contre moi par deux ou trois marchands de la Province, animés de mauvaises intentions à mon égard, et ces plaintes étant tombées aux mains du gouverneur Philipps, celui-ci sera trop heureux de s’en servir contre moi ; je vous prie de tâcher de vous intéresser à moi pour me procurer un congé, afin que je puisse aller en Angleterre régler ce qui me concerne[6]. » L’estimable auteur auquel nous sommes redevable de la plupart des renseignements que nous venons de produire, ajoute qu’en 1711 et depuis, Armstrong avait subi de lourdes pertes pécuniaires et que cela avait eu pour effet de le rendre « morose, irritable et jaloux. Il voyait des ennemis dans Philipps et Cosby ; et comme ce dernier avait épousé la fille de M. Winniett, un marchand à qui avaient déplu, comme à d’autres de sa classe, les mesures prises par le gouvernement sur les grains, Armstrong s’imaginait que Cosby avait pris fait et cause pour son beau-père et qu’il partageait l’hostilité que celui-ci lui témoignait. M. Winniett avait, croyons-nous, épousé une dame française, et il jouissait, parmi les Acadiens, d’un grand prestige personnel ; cependant nous ne voyons pas qu’il ait jamais usé malhonnêtement de son influence sur eux, car il était un homme droit, loyal et bienveillant[7] ».

Le 23 juin 1729, Armstrong écrivit aux Lords du commerce une lettre interminable dans laquelle il se plaignait de tout le monde, du Père Breslay, des Papistes français, du collecteur des Douanes, et surtout du major Cosby. Voir cette « intéressante » missive dans Beamish Murdoch. À l’arrivée de Philipps en 1730, Armstrong passa en Angleterre, d’où il revint l’année suivante. Et voici ce que Philipps écrivit à son sujet au duc de Newcastle, secrétaire d’État : [8] « À mon arrivée ici j’ai trouvé un mécontentement général ; les dissensions qui s’étaient élevées entre les deux lieut-gouverneurs, (Cosby et Armstrong), avaient séparé les officiers de la garnison en deux camps ennemis. Mais j’ai plaisir à assurer votre Excellence qu’à présent c’est tout le contraire qui existe : la joie et la satisfaction apparaissent sur tous les visages ; le peuple est ravi, et la tranquillité règne parmi la garnison. » Cette lettre est du 3 janvier 1729-30 ; elle se trouve au volume des Archives, page 83, moins le passage que nous venons de citer, et que Akins a soigneusement omis comme trop compromettant sans doute pour Armstrong.

Et voici un fait qui en dit plus long que tout le reste sur le caractère de ce gouverneur. En 1726, arrivait à Annapolis un individu du nom de Maugeant, qui fuyait la justice du Canada pour un meurtre qu’il y avait commis. Armstrong eut l’audace de prendre ce criminel sous sa protection et de lui faire prêter le serment. Ainsi soutenu par le gouverneur, Maugeant sut, par ses basses intrigues, se rendre bientôt odieux à tout le monde : soldats, officiers et Acadiens. Voici ce qu’en disait Philipps, dans une lettre adressée de Canso, le 2 septembre 1730, au même duc de Newcastle : « Le lieutenant colonel Armstrong, qui est parti pour l’Angleterre, a pris avec lui un certain Maugeant, papiste français, qui s’était réfugié récemment dans cette Province, fuyant le Canada où il avait commis un meurtre atroce. Le lieutenant-gouverneur se fit le protecteur de cet individu et l’admit à prêter le serment ; ainsi encouragé en haut lieu, Maugeant se rendit détestable aussi bien aux anglais qu’aux français, et compromit l’autorité d’Armstrong dont il passait pour être l’instrument et le conseiller. Quand je débarquai ici, Maugeant, qui savait que de nombreuses plaintes allaient être portées contre lui, demanda la permission de s’en aller, laquelle lui fut accordée avec défense de jamais remettre les pieds en ce pays. Son départ a été un soulagement pour tout le monde, et c’est grâce à cela que l’on a pu amener les habitants à faire leur soumission à la Grande Bretagne. Le caractère de cet homme est foncièrement méchant, mais il ne manque pas de ressources, et je crois qu’il ferait un excellent ministre sous un prince despote. »

Cette lettre est encore au volume des Archives, moins cependant ce passage ci-haut, que nous empruntons à l’honnête Murdoch, au chapitre LI, p. 463 de son Histoire. Pourquoi donc Akins a-t-il supprimé ce passage, si révélateur du caractère d’Armstrong, et beaucoup plus utile à l’histoire générale de la Province que tant d’autres choses dont il a alourdi sa compilation ?

Philipps chantait un peu haut sa propre louange, lorsqu’il attribuait le prompt succès de ses négociations au bon souvenir que l’on avait gardé de lui, non moins qu’à l’orientation judicieuse qu’il sut imprimer à l’administration, et à ses efforts pour réparer les bévues commises par son prédécesseur. Nous aurions des réserves à apporter aux compliments qu’il se décerne avec tant de générosité naïve. Néanmoins il faut admettre qu’il avait du tact, du savoir faire, et plusieurs des qualités qui distinguent les bons administrateurs, — tout cela favorisé par les circonstances et grandi par contraste avec Armstrong. Forcé de s’en retourner en Angleterre pour régler les affaires de son régiment, le gouverneur Philipps fut de nouveau remplacé par Armstrong. Au moment de son départ, il écrit au duc de Newcastle : « Il est très important pour moi, qu’en remettant l’administration aux mains d’Armstrong, tout soit en parfait ordre, rien ne cloche nulle part, car ce monsieur ne se gêne pas pour tâcher de me trouver en faute et de me salir de boue. C’est un ingrat [9]. »

Philipps était à peine reparti que les difficultés recommençaient comme de plus belle entre Armstrong d’un côté, Winniett et Cosby de l’autre. Cosby ne voulait plus siéger comme membre du conseil, et le Bureau en était réduit à quatre conseillers. Par deux fois dans l’automne de 1732, Armstrong se plaignit de ces deux messieurs dans ses lettres aux Lords du commerce. Vers le même temps il voulut établir un fort aux Mines, mais il en fut empêché par les sauvages. En somme, sur tous les terrains, ce n’étaient qu’échecs et misères, déceptions de toute nature, si bien que le pauvre homme, n’y tenant plus, se suicida le 6 décembre 1739. Moins d’un mois avant cet acte de désespoir et de lâcheté, le 14 novembre, Armstrong avait fait son testament en bonne et due forme. Mais tous ses biens furent saisis aux mains de ses exécuteurs, en garantie des rentes et des droits gouvernementaux, qu’il avait perçus depuis plusieurs années sans en rendre compte. En d’autres termes, le lieutenant-gouverneur Armstrong avait été concussionnaire.

Nous le demandons au lecteur, l’historien qui délibérément ne veut pas tenir compte des faits que nous venons de signaler, est-il en état de porter un jugement équitable ? Que si, non content de n’en pas tenir compte, il les dérobe au public, tronque les textes, mutile les documents, pour empêcher la vérité sur un personnage d’éclater dans tout son jour, ne manque-t-il pas au premier de ses devoirs ? Quand il s’agit d’un gouvernement dont le pouvoir s’incarne en un seul homme, je dis que le rôle de l’historien est de chercher d’abord à pénétrer le caractère de cet homme qui détient ainsi toute l’autorité. Ceci fait, il aura la clef qui lui permettra d’expliquer et de débrouiller bien des problèmes confus ; la psychologie du héros éclairera toutes ses actions.

Nous pourrions nous prononcer sur quelques-unes des difficultés avec lesquelles Armstrong s’est trouvé aux prises. Mais la chose n’est pas nécessaire. Il importe peu, au fond, que dans tel ou tel cas particulier, il ait eu tort ou raison. L’essentiel, pour le besoin de notre cause, était de prouver que son administration a été marquée par des troubles perpétuels, et que ce gouverneur a eu le don peu enviable de se créer des ennemis dans tous les camps : d’où l’on peut conclure que la faute en était à lui-même, à sa nature bouillante et désordonnée. Armstrong était un déséquilibré. Son caractère présentait un mélange assez difficile à analyser. Il était tour à tour tyran et bénévole. À côté de ses emportements et de ses brutalités, il montra quelquefois de la sensibilité, et un sincère désir de promouvoir les intérêts de la Province. Despote le plus souvent, il fut cependant le premier à suggérer aux Lords du commerce l’établissement d’un gouvernement représentatif dans la Nouvelle-Écosse ; et quand il se fut convaincu que son idée était impraticable, du moins pour le moment, il accorda aux Acadiens une compensation en leur concédant, et cela spontanément, le privilège de nommer des députés. Les pouvoirs et les attributions de ces députés étaient à peu près nuls : tout de même la création de cette sorte d’assemblée populaire élective procédait d’un principe sage et désintéressé ; elle donna d’excellents résultats sous le successeur d’Armstrong. Nous ne saurions omettre de pareils faits, qui sont tout au crédit de ce personnage, mais qui ne rachètent pourtant pas ses bouffonneries administratives, ses fourberies, ses inqualifiables duretés. Armstrong se mit à dos tous ceux qui l’entouraient, le major Cosby, le secrétaire de son conseil, des marchands, des Acadiens, des prêtres, et même Philipps, qu’il avait tout intérêt à ménager, certes. Son autorité était tombée dans un tel discrédit, qu’un négociant d’Annapolis osa l’insulter publiquement, et que son propre serviteur se livra sur lui à des voies de faits. Pareilles choses n’arrivent pas à celui qui gouverne avec dignité et avec justice. Rien ne nous fait mieux juger d’Armstrong que ses relations avec Maugeant. Chassé par Philipps à cause de ses tristes antécédents et des menées qui l’avaient rendu détestable à tous, cet homme, que recherchait la justice de son pays, enjôla si bien Armstrong que celui-ci l’emmena avec lui en Angleterre, en fit son compagnon et son aviseur ; et, malgré les ordres de Philipps, le ramena en Acadie et le retint auprès de sa personne jusqu’à sa mort. Comment, après des faits semblables, s’étonner que le prestige du lieutenant-gouverneur ait été ruiné ?

Les documents que nous avons produits ne couvrent qu’une faible partie de l’administration d’Armstrong. Nous n’avons rien dit des sept dernières années de sa vie, laquelle se termina par une fin si tragique. Le fait est qu’il y a peu de documents aux Archives concernant cette période. Il est à présumer que son suicide fut un acte d’aliénation mentale. Le compilateur a exclu de son œuvre les pièces qui eussent fait tort à ce personnage. La mission que s’était donnée Akins consistait à accabler les pauvres Acadiens. Et quand les Archives ne contenaient pas de documents à cette fin, il passait outre. Comme pour faire toucher du doigt son procédé, voici des chiffres établissant le nombre de documents que renferme son volume pour l’administration d’Armstrong : 1725-3 ; 1726-4 ; 1727-11 ; 1728-1 ; (1730-5 Philipps ;) 1731-5 ; 1732-9 ; 1733-0 ; 1734-0 ; 1735-1 ; 1736-2 ; 1737-0 ; 1738-0 ; 1739-0. — Quant à la nature de ces pièces, voici qui est significatif : à part cinq ou six procès-verbaux du conseil, le reste se compose entièrement des lettres d’Armstrong aux Seigneurs du commerce. Il n’y a pas un document provenant des Acadiens ou de leurs prêtres. Et cependant ces documents existaient, puisque la correspondance d’Armstrong renvoie à plusieurs d’entre eux. Dans une lettre du 10 juin 1732, il dit : « Je vous transmets des lettres : les Nos. 4, 5, 6, sont des lettres de M. de la Gaudalie, prêtre ; les Nos. 7, 8, sont de moi ; la lettre No. 9 est de René Leblanc. » Dans une autre lettre du 22 nov. 1736, il dit : « Le No. 1 est la première lettre de M. St-Ovide ; le No. 2 est ma réponse ; le No. 3 est la réplique de M. de St-Ovide ; le No. 4 est la déclaration faite en conseil par M. St-Poncy ; le No. 5 contient le procès-verbal du conseil ; le No. 6 est la pétition présentée par les Acadiens [10]. »



  1. Le MS original porte la note suivante : « Jean Duon était notaire à Annapolis, Pierre Bergeron à Beaubassin, Alexandre Bourg dit Bellehumeur aux Mines. Saint Cenne (sic) était médecin à Annapolis, Bugeaud et Mouton aux Mines. »
  2. History of Nova-Scotia, ch. XLVII, vol. I, p. 426-27.
  3. Ibid., ch. XLIX, p. 444.
  4. N. S. Archives, p. 77-8-9.
  5. B. Murdoch, vol. I. Appendice 6 au chapitre XLIX.
  6. Ibid., ch. L, p. 451.
  7. Ibid., ch. L, p. 451. — Richard met en note ce qui suit : « Winniett, qui était marchand à Annapolis, et conseiller du gouverneur, avait épousé en 1711 Marie-Madeleine Maisonnat, fille cadette de Pierre Maisonnat et Marguerite Bourgeois. Dans les guerres qui précédèrent la prise de Port-Royal, Pierre Maisonnat, de concert avec Pierre Morpain et François Guyon, avait été la terreur du commerce de Boston. Il était connu dans toute la Nouvelle-Angleterre sous le nom de Baptiste. Vers 1706, son vaisseau fut capturé et lui-même emmené prisonnier à Boston. En 1707, il fut échangé contre le révérend John Williams, l’infortunée victime du massacre de Deerfield. Le major Cosby, lieut.-gouverneur de la garnison d’Annapolis, épousa l’aînée des filles de Winniett, Anne. Pierre Maisonnat se fixa, vers 1712, à Beaubassin, avec les parents de sa femme. »
  8. Thomas Pelham Holles, duc de Newcastle, à qui cette lettre fut adressée, naquit en 1693 ; il fut secrétaire d’État en 1724, puis de 1746 à 1754. Cf. n. 2 du ch. VII.
  9. Nous donnons le sens de ses paroles. Le texte exact est celui-ci : « It imports me much to be very careful in delivering up the government to lieut.-governor Armstrong with the greatest exactness, who is tuming up every stone, and raking into every kennel, to find some dirt to bespatter me with, in hopes that some may stick. » — B. Murdoch, ch. LII, p. 471.
  10. Nova Scotia Archives, p. 95, p. 105.