À vau-le-nordet/17

Librairie Beauchemin, Limitée (p. 159-161).


Variations sur un leit-motiv connu



Je suis un chien enragé
D’avoir pendant cent ans rongé
Le même os et de n’avoir pu
Mordre tel qui m’avait mordu !

                      

Je suis un os vide de moelle
Que ronge un chien dans la ruelle.
J’ai hâte que jour soit venu
D’étouffer qui m’aura mordu !

                      

Je suis le chien de Kirby
Azor, Pataud, Carlo, Bibi.
Dans le temps je fus très couru.
Passez, bambins, je ne mords plus.

                      

Le pauvre chien légendaire,
Inexistant, imaginaire,
A dure vie ; un vrai matou !
Le chien d’or est toujours debout !

                      


Je suis un chien de faïence
Ayant perdu toute fiance
Qu’un jour vienne qui n’est venu
De mordre qui m’aura mordu.

                      

La chair au maître, au chien les os
La laisse est dure au dogue las ;
Il ronge en aiguisant ses crocs ;
Le chien dort, ne l’éveillez pas !

                      

Je suis un chien qui n’a pas d’os
À ronger pendant son repos.
Ni mordu ni mordant, pardine !
Je suis un chien de carabine.

                      

Je suis un gars de Saint-Malo
Dont les chiens ont rongé les os ;
Un jour viendra qui n’est venu
Que je serai gras et dodu.

                      

Mon maître a mangé la surlonge
Et m’a jeté l’os que je ronge.
Mais je n’éprouve nul courroux,
Ce n’est qu’un homme, voyez-vous

                      


On me traite en chien mais, bonguienne !
Tôt ou tard, le moment venu,
J’emmerderay qui m’aura mordu :
J’y promets un chien de ma chienne !

                      

Je suis un chien, mais un chien d’or,
Je ronge un os, couche dehors,
Malgré l’hôtel là-bas, en haut :
L’Hôtel de la poste… à Pataud !

                      

Je suis un chien de Saint-Roch,
Humble patou de race vile,
Honni de celui d’Haute-Ville :
Il est en or, je suis en toc !

                      

Je suis un bon petit caniche
Dont la maîtresse est vieille et riche ;
Je gruge du sucre et, pardon !
Je fais pipi dans son manchon !

                      
Moi, je ne suis pas un chien d’or
À la légende bien congrue ;
Je cours tout mon saoûl, jappe, mord
Et je fais pipi dans la rue !