À propos de théâtre/XII

(À propos de théâtrep. 182-196).
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XII


Henri III et sa cour. — La jeunesse de Dumas. — Éducation de Dumas par le hasard. — Ses vaudevilles. — Racine polisson Amaury Duval.

En 1829, à la veille de la première représentation de Henri III et sa cour, deux scènes préoccupaient particulièrement l’auteur, le baron Taylor, commissaire royal à la Comédie-Française, et MM. les comédiens. C’était la scène du second acte où Saint-Mégrin lance un pois chiche avec sa sarbacane contre la cuirasse du duc de Guise, et celle où le duc, écrasant de son gantelet de fer le bras de la duchesse, contraint celle-ci à tendre à Saint-Mégrin qu’elle aime le guet-apens où il doit périr. De la première de ces deux scènes, on s’inquiétait abominablement et sans compensation ; à supposer, en effet, qu’elle passât, ce n’était qu’un détail pittoresque qui ne pouvait avoir aucune influence marquée sur le succès final ; et comment eût-on osé affirmer qu’elle passerait ? Le fait est que l’action de Saint-Mégrin prise en soi est fort vive et d’une invraisemblance intolérable si on laisse au spectateur le temps de réfléchir ; en tant que jeu de scène, elle a l’avantage d’exprimer, comme aucune autre circonstance empruntée à l’histoire réelle ne l’aurait exprimé aussi bien, l’état des relations qui existaient entre Guise d’une part, le roi et ses mignons de l’autre. Cette sarbacane et ce pois chiche, impertinents dans tous les sens du mot, sont si bien encadrés par tout le second acte ; ils y glissent avec un tel brio ; Firmin, dans la mémorable soirée du 11 février 1829, enleva la scène avec tant de bonheur qu’il n’y eut dans la salle ni murmure ni pensée de murmure. Au contraire, à la Gaîté, le public a paru visiblement esbrouffé. Sans la consécration qu’Henri III et sa cour tient à présent du temps, on aurait réclamé.

La scène V du troisième acte, celle du gantelet de fer, donnait, en 1829, des soucis d’un autre genre. Le drame pivotait sur elle. Si elle échouait, le drame était perdu. Or, la scène réussirait-elle ? Le public de la Comédie-Française supporterait-il un effet de brutalité aussi extraordinaire au théâtre que des chairs de femme meurtries et broyées sous l’étau ? Pensez qu’on n’en était pas encore en France à accepter le coussin sous lequel Othello étouffe Desdémone, si ce n’est mis en musique par Rossini. Là était un premier écueil. Il y en avait un second moins apparent et plus redoutable dans la disposition d’esprit, alors sourdement naissante chez les femmes, préparée et plus que préparée par Lamartine, Vigny et les premiers poèmes de Victor Hugo et qui allait bientôt s’épanouir dans la poésie et la littérature, avec Antony, Marion Delorme, Hernani et les romans de madame Sand. Ce nouvel état psychique consistait à ne plus concevoir l’amour que comme une vertu héroïque et surhumaine, comme une chaste apothéose du cœur. Le public, dès lors, admettrait-il qu’une femme qui aime se laissât contraindre par aucune torture physique à assassiner, ou peu s’en faut, de sa propre main et avec tant de perfidie l’amant qui lui inspire une passion enthousiaste ? On fut rassuré le lendemain. De la façon dont jouèrent Mars et Joanni, la scène bouleversa la salle d’émotion. C’est ce bouleversement, pour en revenir au Henri III d’à présent, que ne produit pas madame Léonide Leblanc. Elle a les grâces et la sensibilité du genre tempéré ; elle n’a pas le sanglot.

Quoique la reprise de Henri III ait été un événement littéraire, je ne crois pas que la pièce résiste longtemps.

Revenons un peu sur les commencements curieux de Dumas. On n’a pas à craindre d’ennuyer jamais le public en lui parlant d’un homme qui en France et en Europe a compté des lecteurs par millions.

Quand je dis les commencements de Dumas, je ne pense qu’aux commencements littéraires, aux débuts de l’éblouissant thaumaturge sur la scène. L’éducation intellectuelle et morale de Dumas, qu’il nous a contée par le menu, pourrait former le sujet d’un intéressant chapitre de pédagogie et de psychologie. Elle s’est faite va comme je te pousse sous la direction du docteur Hasard, qui est, quand il s’y met, le plus habile, le plus approprié, le plus stimulant et le plus fécondant des maîtres. Je ne la veux pas aujourd’hui décrire ; ce sera pour une autre occasion.

J’ai déjà fait remarquer au lecteur qu’Henri III et sa cour n’est pas, comme on le croit généralement, la première pièce de Dumas qui ait été représentée. Dumas avait composé antérieurement, en collaboration avec Rousseau et Adolphe de Leuven, la Chasse et l’Amour, vaudeville en un acte qui fut joué le 22 septembre 1825 sur le théâtre de l’Ambigu-Comique, et en collaboration avec Lassagne et Vulpian, la Noce et l’Enterrement, vaudeville en trois tableaux qui fut joué le 21 novembre 1826 à la Porte-Saint-Martin. Je viens de m’amuser à lire ces deux vaudevilles ; ils sont dans la moyenne du genre. Des refrains bon enfant, des mots faciles, de la philosophie populaire. C’est tout bonnement à faire frémir. Dumas, débutant à l’Ambigu à l’âge de vingt-deux ans, était en train de devenir un des satellites de Scribe et un émule de Cogniard frères.

Depuis deux années, il résidait à Paris et il occupait, comme l’on sait, une place de commis à mille deux cents francs dans la maison et les bureaux du duc d’Orléans. À Villers-Cotterets, où il avait été « éduqué », un peu par tout le monde, ses études à bâtons rompus, et ses lectures, au fur et à mesure des livres quelconques qui lui tombaient sous la main, lui avaient donné un tour d’humeur tel que, s’il se mettait à écrire, il pouvait s’embrancher aussi bien sur la petite pièce à couplets que sur le domaine de la grande imagination. Et, dès la première adolescence c’était bien son idée d’écrire ! Il avait dévoré quantité de petits vers et d’alexandrins classiques de la fin du xviiie siècle et de l’époque du premier empire. Il possédait sur le bout des doigts Demoustiers, le chevaher Bertin, le premier Legouvé, Lemierre. Plus tard, il s’est exprimé sur ces admirations de son jeune âge avec assez de dédain. Comme l’esprit littéraire n’a jamais été sa faculté éminente, il ne se gênait pas de placer dans un même paquet, avec les écrivains que nous venons de nommer, aimables ou distingués à divers degrés, et de diverses façons, Parny, l’un des poètes le plus absolument poète de la littérature européenne, Parny, ce délice, dont il s’était imbibé sans plus ni moins de choix que des autres. Peut-être avait-il lu Parny trop jeune ; ce serait une raison de lui pardonner son blasphème. Ce qui, vers la vingtième année, était parvenu jusqu’à lui de plus animé d’une inspiration moderne, c’était le Louis IX d’Ancelot et les Vêpres siciliennes de Casimir Delavigne. Il ne connaissait rien alors de Gœthe, de Schiller, de Calderon, de Shakespeare, de Walter Scott. Il avait seulement lu Jacopo Ortis d’Ugo Foscalo, transposition italienne de Werther. Un jour, cependant, il ressentit une commotion jusque-là inconnue. Un officier de hussards, qui avait fait la guerre en Allemagne, et qui s’était retiré et marié à Villers-Cotterets, s’avisa de lui traduire de vive-voix la Lénore de Bürger. Que cela était loin des vers de Demoustiers ! Ce jour-là, le souffle était descendu sur lui. Va, jeune homme, tu seras poète, et tu nous conteras aussi tes ballades ! En attendant, c’était le vaudeville qui l’appelait, l’enveloppait et l’entraînait.

Un de ses camarades de Villers-Cotterets, plus âgé que lui de deux ans, Adolphe de Leuven que nous avons tous connu directeur de l’Opéra-Comique avec Camille du Locle et dont nous connaissons tous les Deux Voleurs et le Postillon de Lonjumeau, faisait quelquefois des voyages à Paris. Comme il était de bonne noblesse, fils d’un père à son aise et pourvu d’excellentes références, il avait réussi, pendant ses courts passages à travers la grand’ville, à se faufiler dans un endroit fascinateur, le « Café du Roi », situé en face de la Comédie, à l’angle de la rue Richelieu et du Faubourg-Saint-Honoré. Là, malgré son jeune âge, il était devenu le familier de gens extrêmement importants : Théaulon, Rochefort, Ferdinand Langlé, Merle, Romieu, Jouy, tous vaudevillistes, Jouy excepté, qui composait plutôt des tragédies en cinq actes et en vers. Quand Leuven reparaissait à Villers-Cotterets, il enflammait les dix-huit ans de Dumas de ses récits ; il lui peignait les prestiges du « Café du Roi », la belle existence des vaudevillistes et dramaturges du boulevard, qui gagnaient tant qu’ils voulaient, cinq, dix, quinze et vingt francs de droits d’auteur, par soirée. Quel joli métier, et si facile ! Car un vaudeville, voire un mélodrame, ça se tournait en trois déjeuners chez Philippe ou au « Cadran bleu ». Lui et Dumas se mirent donc à fabriquer un vaudeville à Villers-Cotterets même. La chose s’appelait le Major de Strasbourg. On y voyait un major en demi-solde, devenu laboureur, qui poussait la charrue tout en lisant. Il y avait un comte et son fils qui s’approchaient du major.


le comte.

Que lit-il ?


julien.

Que lit-il ? C’est Victoires et conquêtes.


le comte.

Tu vois, enfant, je ne me trompais pas ;
Son cœur revole aux champs de l’Allemagne.
Il croit encore voir les Français vainqueurs.


julien.

Mon père, il lit la dernière campagne ;
Car de ses yeux, je vois couler des pleurs.


Dumas était l’auteur de ce couplet. Il le cite en ses Mémoires et il l’a ainsi sauvé du naufrage de son Major. Dans la masse prodigieuse des volumes que nous avons de lui, voilà les premières lignes ! Elles étonnèrent Villers-Cotterets. Dumas ne manqua pas d’aller tout de suite montrer ses vers à son ami l’officier de hussards ; pour un hussard lettré, mais revenu de Leipzig avec une bonne balafre, il n’y avait pas de Lénore qui tînt auprès de ce dialogue patriotique ; il le déclara superbe. À partir de ce moment, Dumas et Leuven ne doutèrent plus de rien. Ils s’occupèrent de dépecer Bouilly et Florian en vaudevilles et en drames. Quand ils furent réunis à Paris, deux ans après, ils se dépêchèrent
naturellement de soumettre cet amas de chef-d’œuvres aux sommités du « Café du Roi », qui se moquèrent bien d’eux. Mais les deux amis avaient foi dans leur vocation. Ils composèrent à Paris même la Chasse et l’Amour, qu’un habitué du café se chargea de présenter et fit recevoir à l’Ambigu. Les sept premières scènes sont de Dumas. Malheureusement, la plus jolie de la pièce, celle qui a le plus la tournure scénique, est la onzième, qui appartient à Leuven. De Leuven aussi sont les vers philosophiques :

Un seul instant examinez le monde ;
Vous ne verrez que chasseurs ici-bas…
· · · · · · · · · · · · · · · ·
Un intrigant, rampant dans l’antichambre,
Chasse un cordon, un regard, des faveurs…


Dumas y mettait plus de rondeur. Son chasseur chantait :

Car, pour mettre à bas un lièvre,
Je suis un fameux lapin.


À l’Ambigu, le succès fut fort beau pour le temps. Quarante représentations consécutives. À la Porte-Saint-Martin, Dumas ne fut pas moins heureux avec la Noce et l’Enterrement. On trouve dans cette pièce une scène, assez franchement bouffonne ; celle
d’un veuf du Malabar, Français de naissance, qui, selon les lois du pays, va être enterré tout vif après la mort de sa femme. Les gens du gouverneur, chargés de procéder à la cérémonie, sont scandalisés qu’il ne se laisse pas faire. Ils lui démontrent que, selon les saines idées du glorieux Malabar, il n’est pas d’honneur plus enviable que celui qu’il est près de recevoir. On a probablement ici le premier germe d’une des saynètes les plus originales et les plus répandues de M. Eugène Chavette. Le personnage du maharajah Aboulifar, ballotté entre les deux Parisiens, Aromate et Florimond, nous paraît être le même qui est devenu depuis Schahabaham dans l’Ours et le Pacha. Il faut bien que cette pièce, avec son titre un peu lugubre, soit restée dans la mémoire des foyers et des coulisses, puisqu’un quart de siècle après, nous voyons surgir de nouveau les noms d’Aboulifar et de son médecin factotum Ali-Bajou, dans le Caïd de T. Sauvage (1849).

Après ce double succès, Alexandre Dumas était lancé. On ne souriait plus de ses ambitions littéraires dans les cafés compétents. La Porte-Saint-Martin lui rapportait dix francs par soirée ; les collaborateurs s’offraient à lui ; Porcher, qui en ce temps-là faisait le commerce des billets d’auteur, lui avait avancé d’un seul coup la somme de cinquante francs ; il lui avait dit : « Tenez, soyez sage, travaillez bien, et je vous ferai connaître Mélesville. » Si la fatalité avait voulu que Dumas fût présenté à Mélesville avant le jour où il parcourut, par hasard, un volume d’Anquetil égaré sur le bureau de son chef de comptabilité, c’en était fait ; il devenait peut-être vaudevilliste à tout jamais. Horresco referens !

C’est Anquetil qui le sauva et lui montra, avec toute l’histoire à dépouiller, la vraie voie, la voie où il devait trouver après le drame, le roman ; après Henri III, la Dame de Montsoreau, la Reine Margot, les Mousquetaires, le Chevalier d’Harmental.

« Feresse avait emporté la clef de l’armoire de mon bureau où je mettais mon papier. Comme j’avais encore quelques rapports à expédier, je montai à la comptabilité pour en emprunter quelques feuilles. Un volume d’Anquetil se trouvait fortuitement égaré sur un bureau ; il était ouvert ; j’y jetai machinalement la vue et j’y lus le passage relatif à l’assassinat de Saint-Mégrin.

» Trois mois après, Henri III était reçu au Théâtre-Français ».

Que soit béni Anquetil !

J’ai déjà parlé précédemment des divers faits littéraires qui avaient agi certainement sur l’imagination du jeune Dumas. J’ai mentionné notamment l’impression produite par le fameux Salon de 1824. De 1823 à 1829, le modeste commis d’Orléans (je dis modeste à cause de l’emploi) avait, non sans de grandes difficultés de la part de ses chefs, complété, ou plutôt élargi et fortifié son éducation littéraire. Il avait beaucoup lu, assez bien lu, et lu ce qu’il fallait. Avant de laisser tomber ses yeux sur le volume dépareillé d’Anquetil, il avait composé sa Christine ; il l’avait présentée aux comédiens ; il était donc déjà débrouillé plus qu’à moitié du vaudeville, mais non définitivement. Anquetil n’a pas tout fait ; mais il a fait le définitif. La première grande secousse avait été la Lénore, recueillie là-bas, dans le bourg natal, de la bouche d’un soldat qui avait vu les pignons romantiques des villes du Mein et les brumes baltiques ; le second coup, la pleine illumination, ce fut le règne d’Henri III, conté par Anquetil, cet Anquetil si terne, si morne, si superficiel. Mais, par un phénomène qui n’est pas rare en matière d’ouvrages historiques, le médiocre récit de l’auteur était arrangé de manière à montrer et à dévoiler au lecteur tout ce que l’historien lui-même n’avait pas vu ni pénétré. Le cerveau de Dumas s’embrasa en cette journée d’Anquetil. Il resta incandescent pour toujours, éruptif, intarissable, joyeux et naïf, ce cerveau tropical de demi-nègre de qui les inventions poétiques allaient tournoyer comme une perpétuelle bamboula, jusqu’à ce que s’abattît sur lui ce je ne sais quoi de stupide et d’impitoyable qui est si souvent la fin de tout notre esprit, de tout notre génie, de tous nos rêves, la paralysie cérébrale.

Nous n’avions jusqu’ici qu’une relation détaillée de la première représentation de Henri III en 1829, celle que donne Dumas lui-même dans ses Mémoires. Elle pouvait être suspecte. Nous en possédons, depuis cet hiver, une seconde, dans les Souvenirs de Séchan[1], l’un des témoins les plus précieux de l’histoire de la scène française entre 1825 et 1860. Dumas, dans ses Mémoires, n’a exagéré ni l’entraînement du public pour la première représentation, ni son propre succès, ni les effets de ce succès. La Malibran n’avait pu trouver de place qu’aux troisièmes loges ; on l’apercevait penchée tout entière hors de sa loge et se cramponnant de ses deux mains à une colonne pour ne pas tomber. Victor Hugo et Alfred de Vigny, déjà célèbres, n’avaient pu trouver de place du tout ; Dumas les recueillit dans la loge de sa sœur. Le public trouva tout de suite Firmin exquis ; Firmin était alors âgé de trente ans. Dans la scène du page qui ouvre le troisième acte, mademoiselle Mars se déploya comme jamais, mais il y eut quelqu’un qui, à côté d’elle, joua aussi bien qu’elle, à ce qu’il paraît, cette scène charmante ; c’est la jeune comédienne qui faisait le page et qui se nommait Louise Despréaux. Ma génération a connu plus tard mademoiselle Despréaux sous le nom de madame Allan ; elle n’a jamais rien vu au théâtre d’aussi parfait. Au premier acte, le public se montra un peu réservé : cependant le mot du duc de Guise, qui termine et coupe le premier acte : « Saint-Paul, qu’on me cherche les mêmes hommes qui ont assassiné Dugast », ce mot, dit par Joanni, fit courir un frémissement. On s’échauffa et on s’amusa beaucoup au second acte. Au troisième, la scène entre le duc et la duchesse, enleva la salle. « Il y eut, dit Séchan, des cris de terreur et des tonnerres d’applaudissements » ; à partir de ce moment jusqu’au mot final de Guise : « Maintenant que nous avons fini avec le valet, occupons-nous du maître », ce fut du délire. Une légende qui courait la ville le lendemain veut que le délire ait continué et atteint son paroxysme après la chute du rideau et l’évacuation de la salle, au foyer du public. C’est à ce moment que les enthousiastes de la nouvelle école auraient organisé autour du buste de Racine la fameuse farandole dont il a été si souvent parlé depuis. On criait : Enfoncé Racine ! On poussa des cris féroces, voire un cri de mort, contre les poètes de l’Académie (Briffaut, Baour-Lormian, Parseval de Grandmaison, Andrieux, Laya, Soumet, Campenon, Jouy, Guiraud, Alexandre Duval). Une voix — ce n’est pas celle de Granier de Cassagnac, qui s’en est un jour énergiquement défendu, parlant à ma personne, — une voix, restée inconnue, qualifia Racine de « polisson ». Et, selon la légende, recueillie par Séchan, qui est-ce qui aurait conduit ce sabbat ? Le propre neveu d’Alexandre Duval (de l’Académie française), le spirituel, l’élégant, le délicat Amaury. Est-il donc vrai, ô Amaury ? Avez-vous, dans votre frénésie pour Dumas, commis ce sacrilège contre Racine ? Avez-vous ainsi traité le divin poète qui faisait parler les femmes comme votre crayon les dessine ?

Il est vrai que, depuis, Phèdre, Roxane, Hermione et Bérénice se sont bien relevées de la ronde iconoclaste, menée à minuit, à la lueur mourante des quinquets, le 11 février 1829.

  1. Ch. Séchan, Souvenirs d’un homme de théâtre, 1831 1855. Paris. Calmann Lévy, 1883. — Malheureusement, ces souvenirs ne sont que de seconde main. Ils ont été recueillis et mis en ordre par M. Adolphe Badin.