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Marthe Stievenard, À Marceline Desbordes-Valmore dans Le Monument de Marceline Desbordes-Valmore

1896


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À Marceline Desbordes-Valmore


« Ma pauvre lyre, c’est mon âme,
Je n’ai su qu’aimer et souffrir. »

M. D.-V.


Donc, aujourd’hui, voici qu’on te fête, on t’acclame,
Poète ! — Mais tandis qu’à des titres divers
On louera ton esprit, ton génie et tes vers,
Moi, ta sœur inconnue, en toi je louerai l’âme.

Le verbe autorisé des écrivains de race
Va consacrer tes droits à l’immortalité.
Il dira le sillon creusé, l’effort tenté
Par toi. — Moi, je dirai de ton œuvre la grâce.

Je veux mettre à tes pieds un hommage sincère,
Digne de ton talent fait de sincérité.
Car, sous tes vers, un cœur de femme a palpité
Quand il chantait sa joie, ou criait sa misère.

Si l’on juge à propos que ton nom retentisse
Aujourd’hui ; si ton vers va demeurer vainqueur
Des outrages du temps, c’est que, sorti du cœur,
Il n’a jamais cherché l’effet rare et factice.

Son émotion vraie est toute son adresse. —
Et quand, ce qui se passe en toi : souffrance, amour,
Craintes, espoirs, regrets, il met tout en plein jour,
C’est ainsi qu’il nous charme et qu’il nous intéresse.