Le Monument de Marceline Desbordes-Valmore/17


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À Marceline Desbordes-Valmore


« Ma pauvre lyre, c’est mon âme,
Je n’ai su qu’aimer et souffrir. »

M. D.-V.


Donc, aujourd’hui, voici qu’on te fête, on t’acclame,
Poète ! — Mais tandis qu’à des titres divers
On louera ton esprit, ton génie et tes vers,
Moi, ta sœur inconnue, en toi je louerai l’âme.

Le verbe autorisé des écrivains de race
Va consacrer tes droits à l’immortalité.
Il dira le sillon creusé, l’effort tenté
Par toi. — Moi, je dirai de ton œuvre la grâce.

Je veux mettre à tes pieds un hommage sincère,
Digne de ton talent fait de sincérité.
Car, sous tes vers, un cœur de femme a palpité
Quand il chantait sa joie, ou criait sa misère.

Si l’on juge à propos que ton nom retentisse
Aujourd’hui ; si ton vers va demeurer vainqueur
Des outrages du temps, c’est que, sorti du cœur,
Il n’a jamais cherché l’effet rare et factice.

Son émotion vraie est toute son adresse. —
Et quand, ce qui se passe en toi : souffrance, amour,
Craintes, espoirs, regrets, il met tout en plein jour,
C’est ainsi qu’il nous charme et qu’il nous intéresse.


L’amour !… Tous les amours, tu les connus, ô mère,
Ô femme ! — Et nous sentons que ton cœur a vibré
Sous l’étreinte d’un mal tour à tour adoré
Ou maudit : joie intense, ou bien douleur amère.

Nous t’écoutons avec respect, sans raillerie,
— Comme on écouterait les aveux d’une sœur –
Quand ta voix nous prenant à son timbre berceur
Murmure doucement une plainte attendrie.

Et nous pleurons tes pleurs, et nous vivons ta vie,
Et, — sans savoir comment — sur ton livre penchés,
Nous sommes à la fois étonnés et touchés
Nous, les sceptiques froids, d’avoir l’âme ravie.

Et c’est là ce qui fait ton œuvre souveraine
Plus que n’eût fait un art subtil et tourmenté.
Et c’est très justement que la postérité
Te salue, ô poète ! en ta gloire sereine !


Marthe Stiévenard.



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