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Hippolyte Violeau, Adieu de la Nourrice dans Lettre sur la poésie (Bernard)

1868

Adieu de la Nourrice.


Voici l’heure ! au seuil de ma porte
S’arrête l’âne du meunier ;
À ta mère, dans son panier,
Pauvre ange, il faut qu’on te rapporte.
Hélas ! tes frères affligés,
Autour de ton berceau rangés,
Pleurent et ne peuvent comprendre
Pourquoi celle qui m’a donné
Ton petit enfant nouveau-né,
Veut aujourd’hui me le reprendre.

Va cependant, va, mon chéri,
Puisque ta mère te réclame,
Va réjouir une autre femme
Dont le sein ne t’a point nourri.

Devant le fagot de bruyère
Où je réchauffais tes pieds nus,
Avec toi je ne viendrai plus
M’asseoir au foyer, sur la pierre.
Ta mère prendra soin de toi ;
Mais saura-t-elle comme moi
D’eau bénite asperger tes langes,
Et renouveler chaque soir
Le petit morceau de pain noir
Qui préserve des mauvais anges ?

Tu me regretteras sans doute,
Et lorsqu’aux champs tu reviendras,
Peut être tu reconnaîtras
Ma chaumière au bord de la route,
Si tu pouvais te souvenir !..
Tiens, regarde bien le menhir
Et la croix où l’oiseau se pose ;
Vois, mon amour, regarde encor ;
Là des genêts aux grappes d’or,
Ici des champs de trèfle rose,

Mais ta mère craint ma tendresse,
Ah ! tu ne reviendras jamais !
En disant combien je t’aimais,
Elle accuserait sa faiblesse,
On ne voit point l’oiseau léger
Laisser aux soins d’un étranger
Son nid éclos dans la charmille ;
En vain tout refleurit aux champs,
Parmi les trésors du printemps
Il ne veut rien que sa famille.

Mes larmes seraient trop amères
Si