Vieux manoirs, vieilles maisons/094

Ls.-A. Proulx (p. 297-322).

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Le Club de la Garnison, rue Saint-Louis, à Québec

L’édifice du Club de la Garnison, à Québec, fut construit en 1819. Le terrain sur lequel il s’élève appartenait à Archibald Ferguson. Cette maison servit de bureaux aux Ingénieurs Royaux jusqu’à leur départ de Québec avec les troupes impériales, en 1871. L’étage supérieur et la partie de droite sont, toutefois, de construction récente.

LE KENT HOUSE, RUE SAINT-LOUIS, À QUÉBEC



V OICI une des plus vieilles, sinon la plus vieille maison de Québec.

Les premiers propriétaires du terrain sur lequel s’élève le Kent House furent Louis d’Ailleboust, qui fut gouverneur de la Nouvelle-France de 1648 à 1651, et Marie-Barbe de Boulogne, sa femme. M. et madame d’Ailleboust firent construire une maison sur cet emplacement peu après 1650. Cette maison a été agrandie, embellie, transformée peut-être, mais il est certain que la plus grande partie des murs de fondation et du premier étage remontent aux environs de 1650.

Après la mort de madame veuve d’Ailleboust arrivée à Québec le 7 juin 1665, son emplacement de la rue Saint-Louis avec la maison dessus construite passa à l’Hôtel-Dieu de Québec.

Le 27 mai 1671, les Dames de l’Hôtel-Dieu vendaient leur propriété à Louis-Théandre Chartier de Lotbinière, lieutenant civil et criminel de Québec. Celui-ci y établit immédiatement sa demeure. M. de Lotbinière s’embarqua pour la France à l’automne de 1679, et ne revint pas dans la Nouvelle-France.

René-Louis Chartier de Lotbinière, qui avait succédé à son père dans sa charge de lieutenant civil et criminel, hérita de la maison paternelle et l’habita jusqu’à sa mort, le 4 juin 1709. C’est dans cette maison que naquirent tous ses enfants.

La maison de Lotbinière et ses dépendances furent vendues par décret volontaire et achetées, le 14 mars 1713, par Jean Mailloux, architecte et entrepreneur des travaux du Roi à Québec, pour la somme de 10,000 livres.

À la mort de M. Mailloux, la maison passa à son fils, Vital Mailloux. Celui-ci, toutefois, ne l’habita pas mais la loua à Michel Chartier de Lotbinière, marié à Louise-Madeleine de Léry, celui-là même qui fut créé marquis par Louis XVI.

Le 1er juin 1758, Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay, qui venait d’être promu lieutenant de Roi à Québec, achetait la maison habitée pendant de nombreuses années par la famille de Lotbinière. C’est M. de Ramezay qui eut le triste honneur de signer la capitulation de Québec dans la matinée du 18 septembre 1759. Nous avons raison de croire que la capitulation fut signée dans la maison même de M. de Ramezay.

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Le Kent House, rue Saint-Louis, à Québec

Le 23 août 1763, la maison historique de la rue Saint-Louis changeait encore de maître. Ce jour-là, madame de Ramezay, autorisée par son mari, la vendait à John Bondfield, négociant, de Québec.

Un an plus tard, le 4 août 1764, Bondfield revendait à James Strachan, négociant de Londres, agissant pour lui-même et pour la maison Greenwood et Higginson, de Londres.

Le 24 octobre 1777, l’honorable Adam Mabane, juge de la Cour des Plaidoyers Communs, devenait à son tour propriétaire de la maison bâtie par M. et madame d’Ailleboust.

En août 1791, le duc de Kent arrivait à Québec et peu après il louait la maison du juge Mabane pour le prix de 90 louis par année. Il devait l’habiter pendant trois ans avec la belle et énigmatique madame de Saint-Laurent. M. de Gaspé parle à plusieurs reprises, dans ses Mémoires, des dîners donnés par le duc de Kent dans sa belle résidence de la rue Saint-Louis.

Après le départ du duc de Kent de Québec en 1794, la maison qu’il avait habitée changea plusieurs fois de propriétaires et de locataires. En 1802, c’est le révérend Jacob Mountain qui y résidait.

Comme propriétaires, nous voyons d’abord mademoiselle Isabella Mabane, sœur et héritière du juge Mabane, puis l’honorable John Craigie, membre du Conseil exécutif de Sa Majesté (23 décembre 1809), Peter Bréhaut (17 juin 1816), l’honorable juge Jean-Olivier Perreault (1er mai 1819), l’honorable Henri-Elzéar Duchesnay, John Jones, madame Alexandre Lindsay, l’hôtelier O’Neil, l’honorable Thomas McCreevy, l’honorable Jean-Thomas Taschereau, etc., etc.

Le Kent House est aujourd’hui la propriété de la Compagnie Price.

Comme on le voit, le Kent House est chargé de souvenirs historiques de toutes sortes. Il mérite donc d’être conservé dans son intégrité[1].

LA MAISON MONTCALM, RUE SAINT-LOUIS, À QUÉBEC



M ONTCALM est-il mort dans la petite maison qui fait le coin des rues Saint-Louis et des Jardins, à Québec, ainsi que l’affirme le Guide to the City of Quebec, de Carrel, et maintes autres publications ?

Il n’y a aucune preuve écrite que Montcalm soit mort dans cette maison et la tradition populaire, qui associe le grand soldat à ce coin du vieux Québec, ne remonte pas à plus d’un siècle.

Tout de même, la fausse maison Montcalm de la rue Saint-Louis a un passé intéressant qui vaut la peine d’être mis en lumière. Avec le Kent House, situé à quelques pas, de l’autre côté de la rue Saint-Louis, elle est un témoin des temps héroïques de Québec.

La maison Montcalm d’aujourd’hui comprend deux corps de logis distincts et contigus. Disons tout de suite que le corps de logis du côté ouest est une construction moderne qui n’a aucun caractère historique. Seule, la petite maison du coin remonte au régime français.

L’emplacement sur lequel s’élèvent la maison Montcalm et sa voisine appartenait aux Dames Ursulines de Québec. Il fut concédé, le 30 novembre 1674, au nommé François Jacquet dit Langevin, couvreur d’ardoises. L’acte de concession lui donne quarante-six pieds de front sur quarante-cinq pieds de profondeur.

Jacquet n’eut pas le temps ou les moyens de se bâtir une maison sur son emplacement et il le donna à la fille aînée de Pierre Ménage, charpentier, qui résidait à la rivière Saint-Charles. Sur le terrain donné à sa fille, Ménage construisit, en 1677, une maison en pierre, à un étage, de vingt-cinq pieds de longueur sur trente de largeur. La maison Montcalm aurait donc exactement 250 ans d’existence.

On a prétendu qu’en 1759 la maison en question était la propriété du chirurgien Arnoux et que, le 13 septembre 1759, Montcalm mourant, y fut transporté. Arnoux n’a jamais possédé la maison du coin des rues Saint-Louis et des Jardins. Nous n’avons pas, non plus, une seule preuve écrite qu’il l’ait habitée. Bien plus, feu M. P.-B. Casgrain a établi qu’en 1759 Arnoux était propriétaire et habitait une maison sur la même rue Saint-Louis mais un peu plus haut, du côté nord.

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La maison Montcalm, rue Saint-Louis, à Québec

En 1759, c’est le sieur Jean-Baptiste Prévost qui était propriétaire de la prétendue maison Montcalm. Successivement, les propriétaires furent Joseph-Gaspard de Léry, 1761 ; Alexandre-André-Victor de Léry, avocat, 1800 ; Xavier-Roch Tarieu de Lanaudière, avocat, 1802 ; Antoine-Ovide Tarieu de Lanaudière et Marguerite Tarieu de Lanaudière, 1813 ; Philippe-Aubert de Gaspé, l’auteur des Anciens Canadiens, 1815 ; William Millar, maître d’école, 1824 ; Marguerite Tarieu de Lanaudière, 1825 ; Joseph Lagueux, avocat, 1826 ; Édouard Glackemeyer, notaire, 1844 ; Gilchen, 1866 ; Lawrence Stafford et William Venner, 1884 ; Thomas Moisan, etc., etc.

La petite maison du coin des rues Saint-Louis et des Jardins n’a peut-être jamais vu le marquis de Montcalm dans ses murs, mais elle n’en mérite pas moins d’être visitée par les touristes. Ses murs épais, ses gros et solides soliveaux, ses boiseries intérieures remarquables, ses armoires enfoncées dans les murs, etc., etc., en font une habitation typique et très intéressante du régime français[2].

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La maison Tourangeau à Québec

Cette maison est bien connue de tous les habitués de la rue Saint-Jean à Québec. C’est, croyons-nous, la dernière vieille maison de la rue Saint-Jean, intra muros. Ses murs épais, son toit pointu, ses petites lucarnes, son énorme cheminée perpétuent un genre de construction qui ne se voit plus même à Québec. La maison Tourangeau, bâtie entre 1770 et 1775, fut longtemps habitée par M. A.-G. Tourangeau, maire de Québec en 1870. Elle est encore en possession de la famille Tourangeau.

LA MAISON DU JUGE EN CHEF SEWELL, RUE SAINT-LOUIS, À QUÉBEC



L A maison habitée par les familles des officiers de la garnison, coin des rues Saint-Louis et d’Auteuil, voisine du Club de la Garnison, à Québec, a réellement grande allure. Nul étranger ne l’examine sans demander son histoire.

Cette maison fut construite en 1803 et 1804, et habitée pendant près de trente-cinq ans par le juge en chef Jonathan Sewell.

Dans ses Monographies et Esquisses, sir James M. Lemoine dit au sujet de cette maison :

« Ses appartements spacieux, ses amples corridors, ses grands escaliers ont été témoins de bien des fêtes, de bien des deuils de famille, à l’ère des Sewell ; plus tard, de bien des discussions acrimonieuses sur la chose publique. Là est morte Janet Livingston, née à New-York, la veuve du juge en chef William Smith, en 1819. Le juge Sewell y expirait lui-même le 12 novembre 1839 ; puis, sa veuve, le 26 mai 1849, femme remarquable par ses qualités personnelles, le charme de sa conversation. Que d’incidents, de changements politiques y ont été débattus, réglés ! Que d’orageuses séances du Conseil exécutif ont eu lieu dans ces salles !

« Habitué du château Saint-Louis, M. Sewell se partageait l’existence entre l’étude de la jurisprudence, du droit parlementaire, ses séances judiciaires officielles et les joies paisibles, assez nombreuses pour lui, du foyer domestique. Ce pater familias modèle semblait absorbé par les devoirs et la responsabilité de la paternité : faire baptiser, élever, établir, donner en mariage sa nombreuse et belle progéniture (il fut père de vingt-deux enfants, la plupart d’un physique remarquable). À plusieurs de ses fils il légua de riches métairies à Sainte-Foy, sur la Petite-Rivière Saint-Charles, à Berthier, à Charlesbourg. »

Sous l’Union, le 11 novembre 1854, le gouvernement faisait l’acquisition, des héritiers Sewell, de la maison si longtemps habitée par Jonathan Sewell, pour le prix de $20,000. Il avait l’intention d’y installer une école nautique.

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La maison du juge en chef Sewell, rue Saint-Louis, à Québec

En 1859, on plaçait le département des postes dans la maison Sewell. Il y resta jusqu’en 1865. Le gouverneur général Monck y eut aussi ses bureaux de 1860 à 1865.

Lors de la Confédération, en 1867, on installa les bureaux du lieutenant-gouverneur, sir Narcisse Belleau, et d’une couple de départements du gouvernement provincial dans la maison Sewell. Le conseil des ministres siégea plusieurs années dans une grande salle du second étage de cette maison.

Plus tard, en 1885, quand le lieutenant-gouverneur et les départements civils se transportèrent au nouveau Palais législatif, sur la Grande-Allée, la maison Sewell fut occupée par l’excentrique comte de Premio-Réal, consul général d’Espagne au Canada.

Lors de la fondation de l’École de cavalerie en 1888, la maison Sewell fut habitée par les officiers de ce corps. Elle a été occupée par les familles des officiers de la garnison depuis cette époque.

LA MAISON VALLÉE, RUE SAINTE-ANNE, À QUÉBEC



V OICI une des plus vieilles et des plus intéressantes maisons de Québec. Martin Boutet, l’ami des Jésuites, y vécut.

Boutet passa au Canada un peu après 1640. Arpenteur de profession, très instruit, il devint professeur de mathématiques au collège que les Jésuites venaient de fonder à Québec.

L’intendant Talon rêvait, depuis son arrivée dans la Nouvelle-France, d’établir une académie ou école de marine à Québec. Il parla de son projet au ministre et lui donna même un commencement d’exécution en chargeant Martin Boutet d’instruire les jeunes gens qui voulaient devenir pilotes.

Martin Boutet, nous pouvons presque l’affirmer, fut le premier professeur en science marine du découvreur Louis Jolliet.

Professeur au collège des Jésuites, chantre à l’église paroissiale, directeur de la petite maîtrise de chant de la ville naissante. Boutet songea à se loger près de ses amis les Jésuites. Il acheta un emplacement au coin des rues Sainte-Anne et du Trésor, et se bâtit une maison en pierre d’assez grandes dimensions pour le temps.

Un mur de refend qui divise en deux parties égales la maison Vallée nous permet de croire qu’il servait à l’origine de mur extérieur. Boutet aurait donc bâti la partie de la maison Vallée qui donne sur la cour. Plus tard, la maison de Boutet aurait été allongée dans la direction de la rue Sainte-Anne.

Quoi qu’il en soit, la maison Vallée actuelle fut achetée en 1818 du notaire Michel Berthelot par M. Joseph Roy, aïeul de l’honorable M. P.-J.-O. Chauveau, qui fut premier ministre de la province de Québec.

M. Chauveau lui-même occupa cette maison pendant un bon nombre d’années. Feu le docteur Arthur Vallée y vécut ensuite une quarantaine d’années. Madame Vallée y demeure encore avec son fils M. le docteur Arthur Vallée, professeur à l’université Laval. Les enfants de M. le docteur Vallée constituent la sixième génération de la même famille habitant la vieille maison ancestrale.

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La maison Vallée, rue Sainte-Anne, à Québec

D’après des notes rédigées par l’honorable M. Chauveau, la maison Vallée fut habitée dans les premières années du régime anglais par le colonel Fleury Deschambault, l’honorable M. de Saint-Ours et l’honorable Gabriel-Elzéar Taschereau. La chronique maligne veut même que lors de son séjour à Québec le duc de Kent se soit rendu bien des fois à la maison Vallée, attiré par les beaux yeux et les charmes d’une américaine, mademoiselle Betsy Green, qui y habitait.

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La maison McKenna, côte de la Sainte-Famille, à Québec

Cette maison, une des plus typiques et des mieux conservées de Québec, fut construite en 1720 par le notaire Claude Dubreuil. Après avoir changé plusieurs fois de propriétaires, elle passa à la famille McKenna qui la conserva un bon nombre d’années. Le séminaire de Québec a fait l’acquisition de la maison McKenna le 4 novembre 1926.

LE SÉMINAIRE DE QUÉBEC



 «L E 26 mars, 1663, » dit Mgr Amédée Gosselin, « par acte officiel daté de Paris, Mgr de Laval fondait le séminaire de Québec. On y élèvera et formera », disait-il, « les jeunes clercs qui paraîtront propres au service de Dieu et auxquels, à cette fin, l’on enseignera la manière de bien administrer les sacrements, la méthode de catéchiser et de prêcher apostoliquement la théologie morale, les cérémonies, le plain-chant grégorien et autres choses appartenant aux devoirs d’un bon ecclésiastique.

« Pour ne pas nuire aux Jésuites, qui tenaient un collège déjà bien organisé, le fondateur n’ouvrit d’abord qu’un grand séminaire dont les premiers élèves furent Germain Morin, Louis Jolliet, C.-A. Martin, Pierre de Francheville, Louis Soumande.

« Le 9 octobre 1668, sur le désir formel de Louis XIV et de Colbert, Mgr de Laval ouvrait un petit séminaire, destiné à l’éducation des enfants français et sauvages. Le roi et son ministre s’étaient imaginé que par ce mélange on parviendrait plus aisément à franciser ces derniers. L’expérience prouva qu’ils s’étaient trompés. »

Quels sont les bâtiments actuels du séminaire de Québec qui furent élevés du temps de Mgr de Laval ?

C’est encore Mgr Amédée Gosselin qui va répondre à cette question :

« Le corps principal, appelé aussi aile de la Procure, a été construit de 1678 à 1681. Seule la partie d’en bas : voûtes et étage de la Procure, date de cette époque ; la partie haute a été refaite et remaniée à plusieurs reprises à cause des incendies. Ce bâtiment longtemps réservé aux prêtres et aux séminaristes, s’appelait le grand séminaire. »

« Le petit séminaire attenant au corps principal, a été construit de 1692 à 1695. Il a été rebâti au même lieu après les incendies de 1701 et de 1705. Cette aile a été élargie d’une dizaine de pieds, du côté de la cour en 1820-21.

« L’aile de l’entrée ou de la porterie ne date que de 1822. »

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Le séminaire de Québec
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Le monastère des Ursulines à Québec

Cette vue représente assez fidèlement les premières constructions du vieux monastère des Ursulines. On voit, émergeant au-dessus du toit du couvent, le clocher à jour de l’ancienne chapelle, refaite à neuf mais dont tout l’intérieur a été conservé.

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Le monastère des Ursulines à Québec
Un des longs corridors de l’ancienne partie du monastère des Ursulines. C’est dans ces pièces que les fidèles gardiennes du monastère se retirèrent en 1759 pour se protéger contre les bombes lancées des vaisseaux anglais contre la capitale.
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L’Hôpital général de Québec

L’Hôpital général est la seule institution religieuse de Québec qui n’a pas été visitée par le feu. Le premier bâtiment remonte presque à Champlain. C’est à l’Hôpital général qu’on transporta la plupart des blessés français et canadiens des batailles des Plaines d’Abraham et de Sainte-Foy. Bon nombre de blessés anglais y furent aussi soignés. Les Hospitalières donnèrent leurs soins aux uns et aux autres avec la même attention, le même dévouement.

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L’Hôtel-Dieu de Québec

Cette vue est assez ancienne mais elle donne une idée fidèle de l’ensemble des vieux bâtiments de l’Hôtel-Dieu et des murs qui les entourent.

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La maison Turner sur l’Esplanade à Québec
Cette maison autrefois habitée par feu l’honorable Richard Turner, vieille d’une centaine d’années, est bien canadienne de forme et d’apparence si on excepte sa galerie en fer forgé. Cependant ceux qui ont visité la Havane ont vu sur le fameux boulevard Prado des douzaines de maisons en tout semblables à celle-ci.

LA MAISON MONTCALM, SUR LES REMPARTS,
À QUÉBEC



M P.-B. Casgrain écrivait en 1902 :

« L’on montre à Québec, du côté nord du Cap, sur les Remparts, un corps de logis composé de trois maisons distinctes, bâties en pierre, à deux étages, contiguës et pareilles par l’uniformité de leurs façades, recouvertes d’un lambris de même couleur. Elles font face au nord-est sur l’estuaire de la rivière Saint-Charles et offrent un point de vue admirable sur la baie et côte de Beauport et sur le vaste horizon que bordent les ondulations bleuâtres des Laurentides. C’est, dit-on, la maison que Montcalm a habitée. »

Ceci est parfaitement vrai. Montcalm a habité la maison de la rue des Remparts, à Québec, et c’est même de cette maison qu’il partit pour sa dernière campagne qui devait lui donner la mort en même temps que l’immortalité.

Le premier propriétaire de l’emplacement de la maison Montcalm fut un nommé Saint-Michel. Il en obtint la concession le 8 juillet 1724 des Messieurs du séminaire de Québec, propriétaires du fief du Sault-au-Matelot.

Plus tard, Nicolas Lanoullier, conseiller au Conseil Supérieur, déjà propriétaire d’un terrain voisin, fit l’acquisition de l’emplacement du sieur Saint-Michel. Un peu avant 1737, Lanoullier faisait ériger sur son emplacement un grand bâtiment en pierre avec des pavillons à chaque extrémité. Lanoullier fut bientôt en difficultés financières et sa maison fut vendue par autorité de justice le 28 novembre 1752. C’est Joseph Brassard Deschenaux qui l’acheta.

Montcalm passa l’hiver de 1757-1758 à Montréal. C’est pendant son séjour dans cette ville qu’il se décida à louer la maison de Brassard Deschenaux. Il n’avait jamais visité la maison mais on lui envoya à Montréal un plan de la disposition intérieure et il la trouva de son goût.

Dans la correspondance de Montcalm avec Bourlamaque, il est souvent question de cette maison.

Le 9 avril 1758, il écrivait à Bourlamaque :

C’est par lui (Cadet) que j’ai reçu la lettre de M. l’Intendant que je vous envoie ; vous verrez ce dont il s’agit. Je lui réponds pour le remercier, et je lui marque de voir un peu, avec M. Deschenaux, de quelle façon il faudra établir la communication entre les deux appartements, quoiqu’il ait habité cette maison… Je m’en rapporte bien à l’arrangement que vous croirez qu’il faudra prendre. »

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La maison Montcalm, sur les Remparts, à Québec

Un peu plus tard, Montcalm écrivait encore à Bourlamaque :

« Au reste, quand une fois je serai maître entier de cette maison et que M. Deschenaux ne l’habitera plus, je ne sais qui la gardera en mon absence… Il faudrait que j’y eusse un concierge, ou y loger quelqu’un. Je vous prie d’en parler à Arnoux qui imaginera quelque moyen pour remédier à cet inconvénient. »

Le 4 mai 1758, Montcalm parle encore de sa future maison à Bourlamaque :

« Je trouve que je serai à Québec trop bien et trop grandement logé ; je souscris à votre arrangement pour ma maison, mieux que je ne l’aurais fait, car je n’y entends rien, et je joins à cette lettre, une pour M. Deschenaux, toute ouverte. »

Au printemps de 1758, Montcalm ne put venir habiter la maison qu’il avait louée. La campagne de Carillon le tint éloigné de Québec jusqu’en décembre 1758.

Enfin, le 22 décembre 1758, Montcalm laissait Montréal pour venir s’installer à Québec.

Combien de mois le marquis de Montcalm habita-t-il sa maison des Remparts ? Moins de six mois, car dès la fin de juin 1759, il dut se rendre au camp des hauteurs de Beauport afin d’être au milieu de ses troupes. Il est vrai qu’il y revint le 18 juillet 1759, mais il nous dit lui-même qu’il retourna à Beauport le 26 juillet.

On a écrit qu’après la bataille des Plaines d’Abraham, Montcalm, mortellement blessé, se fit transporter à sa maison des Remparts. Ceci est une pure supposition. Aucun texte contemporain ne parle de la chose.

Après la chute de Québec, la maison de Montcalm, qui avait beaucoup souffert du bombardement, fut réparée et servit au logement d’un certain nombre d’officiers anglais.

Entre 1767 et 1769, la maison Montcalm subit une transformation considérable. La longue maison qu’avait occupée le héros fut remplacée par les trois maisons à deux étages que nous voyons aujourd’hui. Que reste-t-il de l’ancienne maison ? Il est certain que les portes et ouvertures de la façade des maisons actuelles ne correspondent pas avec celles de la vieille maison.

En 1901, M. P.-B. Casgrain, à qui nous empruntons tous les détails donnés ici, visitait la maison Montcalm en compagnie de feu le juge Baby. Ces deux archéologues avertis dressaient alors une espèce de procès-verbal de leur visite. Ils disaient :

« Les quatre caves voûtées en pierre de la maison le plus à l’ouest sont parfaitement conservées, et elles ont les mêmes quatre ouvertures sur les Remparts. L’intérieur de l’édifice appuyé dessus ayant été refait à neuf, à la moderne, on n’y voit plus de trace de son premier état ou d’ouvrage français ; et le lot vacant d’environ quarante pieds carrés au sud-ouest est maintenant couvert par la maison en triangle et dépendances qu’on y voit appartenant à M. le notaire Parent.

« La maison centrale, par les plafonds, poutres, boiseries, lambris et ferrures du rez-de-chaussée a un aspect d’ancienneté qui indique de prime abord des ouvrages français ; il y en a là de conservés en partie ; mais, si l’on tient compte de la reconstruction constatée des trois maisons et parachevées dès avant les dix ans qui ont suivi la mort de Montcalm, on peut dire que celui-ci n’a pas dû voir aucun de ces nouvel-œuvres, et attribuer leur antique apparence aux anciens ouvriers français qui continuaient leur ouvrage dans le style du jour. À cette date il ne pouvait guère y avoir beaucoup d’artisans ou menuisiers anglais.

« En rebâtissant, on a dû conserver les murs de pignon. Ceux du côté de la cour sont restés, comme l’indiquent les ambages des croisées en pierre taillée, la symétrie et la hauteur uniforme des fenêtres, tant de la maison centrale que de l’aile ou cuisine en arrière, ainsi que les poutres énormes des plafonds qui y sont appuyées. »

Donnons, en terminant, la liste des propriétaires de la maison Montcalm depuis 1759. En 1761, Joseph Brassard Deschenaux, propriétaire depuis 1752, vendait à Germain Leroux. Puis se succédèrent Alexander McKenzie, 5 mai 1768 ; MM. Grant, frères, 24 janvier 1769 ; l’honorable George Allsopp, 1er août 1775 ; John Jackson, 20 janvier 1799 ; Archibald Campbell, 13 octobre 1822 ; John Munn, 18 septembre 1838, etc., etc.[3].

  1. On trouvera toute l’histoire du Kent House dans le Bulletin des Recherches Historiques, vol. XIX, p. 3.
  2. À consulter sur la prétendue maison Montcalm de la rue Saint-Louis, une étude de M. P.-B. Casgrain dans le Bulletin des Recherches Historiques, vol. VIII, p. 329.
  3. À consulter pour plus de détails sur la maison de Montcalm, une étude de M. P.-B. Casgrain dans le Bulletin des Recherches Historiques, vol. viii, pp. 225 et 227.