Une famille pendant la guerre/XXIV

Du même à la même.
Villermare, 10 novembre.

Impossible de vous écrire hier, mais vous ne perdez rien à avoir attendu. Figurez-vous, chère maman, une vraie bataille et une vraie victoire ! On dit même que l’ennemi sera forcé de lâcher Orléans. Quelle joie ce serait ! Quelle joie si c’était le commencement de la revanche ! Il me semble que je vois déjà Paris s’ouvrir et papa vous embrassant !

Les rapports vous diront l’ensemble de la journée ; nous ne savons encore que peu de chose nous-mêmes. Évidemment c’est la droite et le centre qui ont fait la meilleure partie de la besogne. Notre gauche a été un peu faible sans qu’il y eût de la faute de votre fils, croyez-le, mais parce que les munitions ont manqué à l’artillerie. Notre brigade formait la réserve de l’aile gauche, nous n’avons donné que vers trois heures. De ce moment, cela a été chaud et nous avons perdu assez de monde. Je n’ai pas eu une égratignure, ainsi, chère maman, réjouissez-vous sans arrière-pensée.

Savez-vous qu’une partie des mobiles n’avaient pas même de baïonnettes ? Ils ne s’en sont pas moins bien battus. En somme, nos généraux sont contents de nous et nous le sommes d’eux. Espérons que cela va marcher rondement maintenant.

Mais qu’on est donc las et qu’on a faim ! Avec cela, le temps est affreux. — Le père Barbier s’est faufilé jusqu’à moi tout à l’heure. Son fils n’a rien, mais son sergent a été tué raide à côté de lui.