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Un pari de milliardaires, et autres nouvelles/Un pari de milliardaires (v2)/Chapitre 18

Traduction par François de Gaïl.
Société du Mercure de France (p. 49-50).

— Laquelle ?

— Celle de votre gendre.

— Parfait, parfait. Mais je dois vous faire remarquer que, n’ayant jamais rempli les fonctions de gendre, vous allez vous trouver très embarrassé pour me fournir des certificats « ad hoc ».

— Cela ne fait rien ; prenez-moi à l’essai, je vous en conjure ; ne fût-ce que pour trente ou quarante ans. Si après cela je…

— Eh bien soit ! C’est entendu. Je vous accorde cette petite faveur. Emmenez Portia ; elle est à vous.

Inutile de me demander si nous étions heureux ! Portia et moi, nous nous sentions transportés au sixième ciel. Quand Londres eut vent de mon histoire, un jour ou deux plus tard, et qu’on connut mes pérégrinations avec le fameux billet de banque, vous devinez d’avance si la fin de mon aventure fit les frais de toutes les conversations. On jacassa beaucoup sur notre compte.

Mon beau-père reporta ce cher billet de banque à la banque d’Angleterre et l’encaissa ; celle-ci, par une attention très délicate, annula le billet et en fit cadeau à mon beau-père. Le jour de notre mariage, le père de Portia nous offrit ce billet à tous les deux ; depuis ce jour, vous pouvez le voir soigneusement encadré, pendu dans notre chambre à coucher. Et je vous assure que je le vénère, ce morceau de papier, lui qui m’a valu ma chère Portia !

Sans lui, en effet, je ne serais peut-être pas resté à Londres, je n’aurais jamais été admis à la réception du ministre ; par conséquent, je n’aurais pas vu Portia.

Aussi je ne cesse de répéter à mes amis :

— Vous voyez bien ce billet d’un million de livres ! Il ne m’a servi qu’à faire une seule emplette dans ma vie, mais cette emplette, je ne l’ai même pas payée le dixième de sa valeur réelle.