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Hetzel (p. 235-245).

CHAPITRE VI

la cloche à plongeurs


À cette révélation inattendue, Dick Sand n’aurait pu répondre ! D’ailleurs, Mrs. Weldon avait aussitôt regagné sa place près du petit Jack. Elle n’en voulait évidemment pas dire davantage, et le jeune novice n’aurait pas eu le courage de la retenir.

Ainsi Mrs. Weldon savait à quoi s’en tenir. Les divers incidents de la route l’avaient éclairée, elle aussi, et peut-être ce mot : « Afrique !… » si malheureusement prononcé la veille par cousin Bénédict !

« Mistress Weldon sait tout, se répéta Dick Sand. Eh bien, mieux vaut peut-être qu’il en soit ainsi ! La courageuse femme ne désespère pas ! Je ne désespérerai pas non plus ! »

Il tardait maintenant à Dick Sand que le jour revînt, et qu’il fût à même d’explorer les environs de ce village de termites. Une rivière tributaire de l’Atlantique, et son cours rapide, voilà ce qu’il lui fallait trouver pour transporter toute sa petite troupe, et il avait comme un pressentiment que ce cours d’eau ne devait pas être éloigné. Ce qu’il fallait surtout, c’était éviter la rencontre des indigènes, peut-être lancés à leur poursuite déjà sous la direction d’Harris et de Negoro.

Mais le jour ne se faisait pas encore. Aucune lueur ne s’infiltrait par l’orifice inférieur au dedans du cône. Des roulements, que l’épaisseur des parois rendaient sourds, indiquaient que l’orage ne s’apaisait pas. En prêtant l’oreille, Dick Sand entendait aussi la pluie tomber avec violence à la base de la fourmilière, et comme les larges gouttes ne frappaient plus un sol dur, il fallait en conclure que toute la plaine était inondée.

Il devait être onze heures environ. Dick Sand sentit alors qu’une sorte de torpeur, sinon un véritable sommeil, allait l’endormir. Ce serait toujours du repos. Mais au moment d’y céder, la pensée lui vint que par le tassement de l’argile imbibée, l’orifice inférieur risquait de s’obstruer. Tout passage eût été fermé à l’air du dehors, et au dedans, la respiration de dix personnes allait promptement le vicier en le chargeant d’acide carbonique.

Dick Sand se laissa donc glisser jusqu’au sol, qui avait été rehaussé avec l’argile du premier étage d’alvéoles.

Ce bourrelet était parfaitement sec encore, et l’orifice entièrement dégagé. L’air pénétrait librement à l’intérieur du cône, et avec lui quelques lueurs de fulgurations et les sonorités éclatantes de cet orage qu’une pluie diluvienne ne pouvait éteindre.

Dick Sand vit que tout était bien. Aucun danger ne semblait menacer immédiatement ces termites humains substitués à la colonie des névroptères. Le jeune novice songea donc à se refaire par quelques heures de sommeil, puisqu’il en subissait déjà l’influence.

Seulement, par une suprême précaution, Dick Sand se coucha sur ce terrassement d’argile, au bas du cône, à portée de l’étroit orifice. De cette façon, aucun accident ne pourrait se produire à l’extérieur, sans qu’il fût le premier à le signaler. Le jour levant le réveillerait aussi, et il serait à même de commencer l’exploration de la plaine.

Dick Sand se coucha donc, la tête accotée à la paroi, son fusil sous sa main, et, presque aussitôt, il s’endormit.

Ce qu’avait duré cet assoupissement, il n’aurait pu le dire, lorsqu’il fut réveillé par une vive sensation de fraîcheur.

Il se releva et reconnut, non sans grande anxiété, que l’eau envahissait la fourmilière, et si rapidement même qu’elle eut atteint en quelques secondes l’étage d’alvéoles qu’occupaient Tom et Hercule. Ceux-ci, réveillés par Dick Sand, furent mis au courant de cette nouvelle complication.

La lanterne, rallumée, éclaira aussitôt l’intérieur du cône.

L’eau s’était arrêtée à une hauteur de cinq pieds environ, et restait stationnaire.

« Qu’y a-t-il, Dick ? demanda Mrs. Weldon.

— Ce n’est rien, répondit le jeune novice. La partie inférieure du cône a été inondée. Il est probable que, pendant cet orage, une rivière voisine aura débordé sur la plaine.

— Bon ! fit Hercule, cela prouve que la rivière est là !

— Oui, répondit Dick Sand, et c’est elle qui nous portera à la côte. Rassurez-vous donc, mistress Weldon, l’eau ne peut vous atteindre, ni le petit Jack, ni Nan, ni monsieur Bénédict ! »

Mrs. Weldon ne répondit pas. Quant au cousin, il dormait comme un véritable termite.

Cependant, les noirs, penchés sur cette nappe d’eau, qui reflétait la lumière de la lanterne, attendaient que Dick Sand, qui mesurait la hauteur de l’inondation, leur indiquât ce qu’il convenait de faire.

Dick Sand se taisait, après avoir fait mettre les provisions et les armes hors des atteintes de l’inondation.

« L’eau a pénétré par l’orifice ? dit Tom.

— Oui, répondit Dick Sand, et, maintenant, elle empêche l’air intérieur de se renouveler.

— Ne pourrions-nous faire un trou dans la paroi au-dessus du niveau de l’eau ? demanda le vieux noir.

— Sans doute… Tom ; mais, si nous avons cinq pieds d’eau, au dedans, il y en a peut-être six ou sept… plus même… au dehors !

— Vous pensez, monsieur Dick ?

— Je pense, Tom, que l’eau, en montant à l’intérieur de la fourmilière, a dû comprimer l’air dans sa partie supérieure, et que cet air fait maintenant obstacle à ce qu’elle s’élève plus haut. Mais, si nous percions dans la paroi un trou par lequel l’air s’échapperait, ou bien l’eau monterait encore jusqu’à ce qu’elle eût atteint le niveau extérieur, ou, si elle dépassait le trou, elle monterait jusqu’au point où l’air comprimé la contiendrait encore. Nous devons être ici comme sont des ouvriers dans une cloche à plongeur.

— Que faire alors ? demanda Tom.

— Bien réfléchir avant d’agir, répondit Dick Sand. Une imprudence pourrait nous coûter la vie ! »

L’observation du jeune novice était très juste. En comparant le cône à une cloche immergée, il avait eu raison. Seulement dans cet appareil, l’air est incessamment renouvelé au moyen de pompes, les plongeurs respirent convenablement, et ils ne subissent d’autres inconvénients que ceux qui peuvent résulter d’un séjour prolongé dans une atmosphère comprimée, qui n’est plus à la pression normale.

Mais ici, outre ces inconvénients, l’espace était déjà réduit d’un tiers par l’envahissement de l’eau, et, quant à l’air, il ne serait renouvelé que si, par un trou, on le mettait en communication avec l’atmosphère extérieure.

Pouvait-on, sans courir les dangers dont avait parlé Dick Sand, pratiquer ce trou, et la situation n’en serait-elle pas aggravée ?

Ce qui était certain, c’est que l’eau se maintenait alors à un niveau que deux causes seulement pouvaient lui faire dépasser : ou si l’on perçait un trou, et que le niveau de la crue lui fût supérieur au dehors ; ou si la hauteur de cette crue augmentait encore. Dans ces deux cas, il ne serait plus resté à l’intérieur du cône qu’un étroit espace où l’air, non renouvelé, se fût comprimé davantage.

Mais la fourmilière ne pouvait-elle être arrachée du sol et renversée par l’inondation, à l’extrême danger de ceux qu’elle renfermait ? Non, pas plus qu’une hutte de castors, tant elle adhérait fortement par sa base. Donc, ce qui constituait l’éventualité la plus redoutable, c’était la persistance de l’orage, et, par suite, l’accroissement de l’inondation. Trente pieds d’eau sur la plaine auraient recouvert le cône de dix-huit pieds et refoulé l’air au dedans sous une pression d’une atmosphère.

Or, en y réfléchissant bien, Dick Sand fut conduit à craindre que cette inondation ne prît un développement considérable. En effet, elle ne devait pas être uniquement due à ce déluge que versaient les nuages. Il semblait plus probable qu’un cours d’eau des environs, grossi par l’orage, avait rompu ses berges et s’était répandu sur cette plaine, placée en contre-bas. Et qui prouvait que la fourmilière n’était pas alors entièrement immergée, et qu’il n’était déjà plus possible d’en sortir même par sa calotte supérieure, qu’il n’eût été ni long ni difficile de démolir !

Dick Sand, extrêmement inquiet, se demandait ce qu’il devait faire. Fallait-il attendre ou brusquer le dénouement de la situation, après avoir reconnu l’état des choses ?

Il était alors trois heures du matin. Tous, immobiles, silencieux, écoutaient. Les bruits du dehors n’arrivaient plus que très affaiblis à travers l’orifice obstrué. Toutefois, une sourde rumeur, large et continue, indiquait bien que la lutte des éléments n’avait pas cessé.

En ce moment, le vieux Tom fit observer que le niveau de l’eau s’élevait peu à peu.

« Oui, répondit Dick Sand, et s’il monte, quoique l’air ne puisse s’échapper au dehors, c’est que la crue augmente et le refoule de plus en plus !

— C’est peu de chose jusqu’ici, dit Tom.

— Sans doute, répondit Dick Sand, mais où ce niveau s’arrêtera-t-il ?

— Monsieur Dick, demanda Bat, voulez-vous que je sorte de la fourmilière ? En plongeant, j’essayerai de me glisser par le trou…

— Il vaut mieux que je tente moi-même l’expérience, répondit Dick Sand.

— Non, monsieur Dick, non, répondit vivement le vieux Tom. Laissez faire mon fils, et fiez-vous à son adresse. Au cas où il ne pourrait revenir, votre présence est nécessaire ici ! »

Puis, plus bas :

« N’oubliez pas mistress Weldon et le petit Jack !

— Soit, répondit Dick Sand. Allez donc, Bat. Si la fourmilière est submergée, ne cherchez pas à y rentrer. Nous essayerons d’en sortir comme vous l’aurez fait. Mais si le cône émerge encore, frappez sur sa calotte à grands coups de la hache dont vous allez vous munir. Nous vous entendrons, et ce sera pour nous le signal de la démolir de notre côté. C’est bien compris ?

— Oui, monsieur Dick, répondit Bat.

— Va donc, garçon ! » ajouta le vieux Tom, qui serra la main de son fils.

Bat, après avoir fait bonne provision d’air par une longue aspiration, plongea sous la masse liquide dont la profondeur dépassait alors cinq pieds. C’était une besogne assez difficile, puisqu’il aurait à chercher l’orifice inférieur, à s’y glisser, puis à remonter à la surface extérieure des eaux. Cela demandait à être exécuté prestement.

Près d’une demi-minute s’écoula. Dick Sand pensait donc que Bat avait réussi à passer au-dehors, quand le noir émergea.

« Eh bien ? s’écria Dick Sand.

— Le trou est bouché par les décombres ! répondit Bat, dès qu’il put reprendre haleine.

— Bouché ! répéta Tom.

La lanterne, rallumée… (Page 237.)

— Oui ! répondit Bat. L’eau a probablement délayé l’argile… J’ai tâté de la main autour des parois… Il n’y a plus de trou ! »

Dick Sand hocha la tête. Ses compagnons et lui étaient hermétiquement séquestrés dans ce cône, que l’eau submergeait peut-être.

« S’il n’y a plus de trou, dit alors Hercule, il faut en refaire un !

— Attendez », répondit le jeune novice, en arrêtant Hercule qui, sa hache à la main, se disposait à plonger.

Dick Sand réfléchit pendant quelques instants. Puis :

« Nous allons procéder autrement, dit-il. Toute la question est de savoir si l’eau recouvre la fourmilière ou non. Si nous faisions une petite ouverture au
Tous firent feu sur l’une des embarcations. (Page 244.)

sommet du cône, nous saurions bien ce qui en est. Mais au cas où la fourmilière serait maintenant submergée, l’eau l’envahirait tout entière, et nous serions perdus. Procédons en tâtonnant…

— Mais vite ! » répondit Tom.

En effet, le niveau continuait à monter peu à peu. Il y avait alors six pieds d’eau à l’intérieur du cône. À l’exception de Mrs. Weldon, de son fils, du cousin Bénédict et de Nan, qui s’étaient réfugiés dans les cavités supérieures, tous étaient maintenant immergés jusqu’à mi-corps.

Donc, il y avait nécessité de se hâter d’agir, ainsi que le proposait Dick Sand.

Ce fut à un pied au-dessus du niveau intérieur, par conséquent à sept pieds du sol, que Dick Sand résolut de percer un trou dans la paroi d’argile.

Si, par ce trou, on était en communication avec l’air extérieur, c’est que le cône émergeait. Si, au contraire, ce trou était percé au-dessous du niveau de l’eau au dehors, l’air serait refoulé intérieurement, et, dans ce cas, il faudrait le boucher rapidement, ou bien l’eau s’élèverait jusqu’à son orifice. Puis, on recommencerait l’expérience un pied au-dessus, et ainsi de suite. Mais si, enfin, à la partie supérieure de la calotte, on ne rencontrait pas encore l’air extérieur, c’est qu’il y avait plus de quinze pieds d’eau dans la plaine, et que tout le village des termites avait disparu sous l’inondation ! Et alors, quelle chance restait-il aux prisonniers de la fourmilière d’échapper à la plus épouvantable des morts, la mort par asphyxie lente !

Dick Sand savait tout cela, mais son sang-froid ne l’abandonna pas un instant. Les conséquences de l’expérience qu’il voulait tenter, il les avait nettement calculées. Attendre plus longtemps n’était pas possible, d’ailleurs. L’asphyxie était menaçante en cet étroit espace que chaque instant réduisait encore, dans un milieu déjà saturé d’acide carbonique !

Le meilleur outil que pût employer Dick Sand à percer un trou dans la paroi, fut une baguette de fusil, qui était munie à son extrémité d’un tire-bouchon, destiné à débourrer l’arme. En la faisant rapidement tourner, cette vis mordit l’argile comme une tarière, et le trou se creusa peu à peu. Il ne devait donc avoir d’autre diamètre que celui de la baguette, mais cela suffirait. L’air saurait bien fuser au travers.

Hercule, tenant la lanterne élevée, éclairait Dick Sand. On avait quelques bougies de rechange, et il n’était pas à craindre que, de ce chef, la lumière vînt à manquer.

Une minute après le début de l’opération, la baguette s’enfonça librement à travers la paroi. Aussitôt, il se produisit un bruit assez sourd, ressemblant à celui que font des globules d’air en s’échappant à travers une colonne d’eau. L’air fusait au dehors, et, au même moment, le niveau de l’eau monta dans le cône et s’arrêta à la hauteur du trou, ce qui prouvait qu’on l’avait percé trop bas, c’est-à-dire au-dessous de la masse liquide.

« À recommencer ! » dit froidement le jeune novice, après avoir rapidement bouché le trou avec une poignée d’argile.

L’eau était restée de nouveau stationnaire dans le cône, mais l’espace réservé avait diminué de plus de huit pouces. La respiration devenait difficile, car l’oxygène commençait à manquer. On le voyait aussi à la lumière de la lanterne, qui rougissait et perdait une partie de son éclat.

À un pied au-dessus du premier trou, Dick Sand commença aussitôt à en forer un second par le même procédé. Si l’expérience ne réussissait pas, l’eau monterait encore à l’intérieur du cône… mais il fallait courir ce risque.

Pendant que Dick Sand manœuvrait sa tarière, on entendit tout à coup cousin Bénédict s’écrier :

« Eh parbleu ! voilà… voilà… voilà pourquoi ! »

Hercule leva sa lanterne et en dirigea la lumière sur cousin Bénédict, dont la figure exprimait la plus parfaite satisfaction.

« Oui, répéta-t-il, voilà pourquoi ces intelligents termites ont abandonné la fourmilière ! Ils avaient pressenti l’inondation ! Ah ! l’instinct, mes amis, l’instinct ! Plus malins que nous, les termites, beaucoup plus malins ! »

Et ce fut là toute la moralité que le cousin Bénédict tira de la situation.

En ce moment, Dick Sand ramenait la baguette, qui avait traversé la paroi. Un sifflement se produisait. L’eau monta encore d’un pied à l’intérieur du cône… Le trou n’avait pas rencontré l’air libre à l’extérieur !

La situation était épouvantable. Mrs. Weldon, presque atteinte par l’eau, avait levé le petit Jack dans ses bras. Tous étouffaient dans cet étroit espace. Leurs oreilles bourdonnaient. La lanterne ne jetait plus qu’une lueur insuffisante.

« Le cône est-il donc tout entier sous l’eau ? » murmura Dick Sand.

Il fallait le savoir, et pour cela percer un troisième trou au sommet de la calotte même.

Mais c’était l’asphyxie, c’était la mort immédiate, si le résultat de cette dernière tentative était encore infructueux. Ce qui restait d’air au dedans fuserait à travers la nappe supérieure, et l’eau remplirait le cône tout entier !

« Mistress Weldon, dit alors Dick Sand, vous connaissez la situation. Si nous tardons, l’air respirable va nous manquer. Si la troisième tentative échoue, l’eau remplira tout cet espace. La seule chance qui nous reste, c’est que le sommet du cône dépasse le niveau de l’inondation. Il faut tenter cette dernière expérience. Le voulez-vous ?

— Fais, Dick ! » répondit Mrs. Weldon.

En ce moment la lanterne s’éteignit dans ce milieu déjà impropre à la combustion. Mrs. Weldon et ses compagnons furent plongés dans la plus complète obscurité. Dick Sand s’était juché sur les épaules d’Hercule, qui s’était accroché à une des cavités latérales, et dont la tête seule dépassait la couche d’eau. Mrs. Weldon, Jack, cousin Bénédict étaient resserrés dans le dernier étage d’alvéoles.

Dick Sand entama la paroi, et sa baguette s’enfonça rapidement à travers l’argile. En cet endroit, la paroi, plus épaisse, plus dure aussi, fut moins facile à percer. Dick Sand se hâtait, non sans une terrible anxiété, car, par cette étroite ouverture, ou c’était la vie qui allait pénétrer avec l’air, ou avec l’eau, c’était la mort !

Soudain, un sifflement aigu se fit entendre. L’air comprimé s’échappa… mais un rayon de jour filtra à travers la paroi. L’eau monta de huit pouces seulement, et s’arrêta sans que Dick Sand eût besoin de refermer ce trou. L’équilibre était fait entre le niveau du dedans et celui du dehors. Le sommet du cône émergeait. Mrs. Weldon et ses compagnons étaient sauvés !

Aussitôt, après un hurrah frénétique dans lequel domina la tonnante voix d’Hercule, les coutelas se mirent à l’œuvre.

La calotte, vivement attaquée, s’émietta peu à peu. Le trou s’élargit, l’air pur entra à flots, et avec lui se glissèrent les premiers rayons du soleil levant. Le cône une fois décalotté, il serait facile de se hisser sur sa paroi, et on aviserait au moyen d’atteindre quelque prochaine hauteur, à l’abri de toute inondation.

Dick Sand monta le premier au sommet du cône…

Un cri lui échappa.

Ce bruit particulier, trop connu des voyageurs africains, que font les flèches en sifflant, passa dans l’air.

Dick Sand avait eu le temps d’apercevoir, à cent pas de la fourmilière, un campement, et à dix pas du cône, sur la plaine inondée, de longues barques chargées d’indigènes.

C’est de l’une de ces barques qu’était partie la nuée de flèches, au moment où la tête du jeune novice se montrait hors du trou.

Dick Sand, d’un mot, avait tout dit à ses compagnons. Saisissant son fusil, suivi d’Hercule, d’Actéon, de Bat, il reparut au sommet du cône, et tous firent feu sur l’une des embarcations.

Plusieurs indigènes tombèrent, et des hurlements, accompagnés de coups de fusils, répondirent à la détonation des armes à feu.

Mais que pouvaient Dick Sand et ses compagnons contre une centaine d’Africains qui les entouraient de toutes parts !

La fourmilière fut assaillie. Mrs. Weldon, son enfant, cousin Bénédict, tous en furent brutalement arrachés, et, sans avoir eu le temps ni de s’adresser la parole, ni de se serrer une dernière fois la main, ils se virent séparés les uns des autres, sans doute en vertu d’ordres préalablement donnés.

Une première barque entraîna Mrs. Weldon, le petit Jack et le cousin Bénédict, et Dick Sand les vit disparaître au milieu du campement.

Quant à lui, accompagné de Nan, du vieux Tom, d’Hercule, de Bat, d’Actéon et d’Austin, il fut jeté dans une seconde pirogue, qui se dirigea vers un autre point de la colline.

Vingt indigènes montaient cette barque, que cinq autres suivaient. Résister n’était pas possible, et cependant Dick Sand et ses compagnons le tentèrent. Quelques soldats de la caravane furent blessés par eux, et certainement ils eussent payé cette résistance de leur vie, s’il n’y avait eu ordre formel de les épargner.

En quelques minutes, le trajet fut fait. Mais, au moment où la barque accostait, Hercule, d’un bond irrésistible, s’élança sur le sol. Deux indigènes se précipitèrent sur lui ; mais le géant fit tournoyer son fusil comme une massue, et les indigènes tombèrent, le crâne fracassé.

Un instant après, Hercule disparaissait sous le couvert des arbres, au milieu d’une grêle de balles, au moment où Dick Sand et ses compagnons, après avoir été déposés à terre, étaient enchaînés comme des esclaves !