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Hetzel (p. 174-184).

CHAPITRE XVIII

Le mot terrible !


Il était temps d’arriver. Une extrême lassitude mettait Mrs. Weldon dans l’impossibilité de poursuivre plus longtemps un voyage fait dans de si pénibles conditions. Son petit garçon, très rouge pendant les accès de fièvre, très pâle pendant les intermittences, faisait peine à voir. Sa mère, extrêmement inquiète, n’avait pas voulu abandonner Jack, même aux soins de la bonne Nan. Elle le tenait à demi couché dans ses bras.

Oui ! il était temps d’arriver ! Mais, à s’en rapporter à l’Américain, le soir même de ce jour qui se levait, le soir de ce 18 avril, la petite troupe serait enfin à l’abri dans l’hacienda de San-Felice.

Douze jours de voyage pour une femme, douze nuits passées en plein air, c’était là de quoi accabler Mrs. Weldon, si énergique qu’elle fût. Mais, pour un enfant, c’était pis, et la vue du petit Jack malade, auquel manquaient les soins les plus élémentaires, eût suffi à la briser.

Dick Sand, Nan, Tom, ses compagnons avaient mieux supporté les fatigues du voyage.

Les vivres, bien qu’ils commençassent à s’épuiser, ne leur avaient point fait défaut, et leur état était satisfaisant.

Quant à Harris, il semblait fait aux épreuves de ces longs parcours à travers les forêts, et il ne paraissait pas que la fatigue eût prise sur lui. Seulement, à mesure qu’il se rapprochait de l’hacienda, Dick Sand observa qu’il était plus préoccupé et de moins franche allure qu’auparavant. Le contraire aurait été plus naturel. C’était, du moins, l’opinion du jeune novice, devenu plus que défiant à l’égard de l’Américain. Et cependant, quel intérêt eût pu porter Harris à les tromper ? Dick Sand n’aurait pu l’expliquer, mais il surveillait leur guide de très près.

L’Américain, probablement, se sentait mal vu de Dick Sand, et, sans doute, c’était cette défiance qui le rendait plus taciturne encore auprès de son « jeune ami ».

La marche avait été reprise.

Dans la forêt, moins épaisse, les arbres s’éparpillaient par groupes, et ne formaient plus d’impénétrables masses. Était-ce donc la véritable pampa, dont Harris avait parlé ?

Pendant les premières heures de la journée, aucun incident ne vint aggraver les inquiétudes de Dick Sand. Seulement, deux faits furent observés par lui. Peut-être n’avaient-ils pas une grande importance, mais, dans les conjonctures actuelles, aucun détail n’était à négliger.

Ce fut l’allure de Dingo, qui, tout d’abord, attira plus spécialement l’attention du jeune novice.

En effet, le chien, qui pendant tout ce parcours avait semblé suivre une piste, devint tout autre, et cela presque soudain. Jusqu’alors, le nez au sol, le plus souvent, flairant les herbes ou les arbustes, ou il se taisait ou il faisait entendre une sorte d’aboiement lamentable, comme eût été l’expression d’une douleur ou d’un regret.

Or, ce jour-là, les aboiements du singulier animal redevinrent éclatants, parfois furieux, tels qu’ils étaient autrefois, lorsque Negoro paraissait sur le pont du Pilgrim.

La halte fut organisée pour la nuit. (Page 173.)

Un soupçon traversa l’esprit de Dick Sand, et il fut confirmé dans ce soupçon par Tom, qui lui dit :

« Voilà qui est singulier, monsieur Dick ! Dingo ne flaire plus le sol comme il faisait hier encore ! Il a le nez au vent, il est agité, son poil se hérisse ! On dirait qu’il sent de loin…

— Negoro, n’est-ce pas ? répondit Dick Sand, qui saisit le bras du vieux noir et lui fit signe de parler à voix basse.

— Negoro, monsieur Dick. Ne peut-il se faire qu’il ait suivi nos traces ?…

— Oui, Tom, et qu’en ce moment même, il ne soit pas très-éloigné ?

— Mais… pourquoi ? dit Tom.

Il y avait là, sur le sol, des mains coupées. (Page 182.)

— Ou Negoro ne connaissait pas ce pays, reprit Dick Sand, et alors il avait tout intérêt à ne pas nous perdre de vue…

— Ou ?… fit Tom, qui regardait anxieusement le novice.

— Ou, reprit Dick Sand, il le connaissait, et alors…

— Mais comment Negoro connaîtrait-il cette contrée ? Il n’y est jamais venu !

— N’y est-il jamais venu ? murmura Dick Sand. Enfin, un fait incontestable, c’est que Dingo agit comme si cet homme qu’il déteste s’était rapproché de nous ! »

Puis, s’interrompant pour appeler le chien, qui, après quelque hésitation, vint à lui :

« Eh ! dit-il, Negoro ! Negoro ! »

Un furieux aboiement fut la réponse de Dingo. Ce nom fit sur lui son effet habituel, et il s’élança en avant, comme si Negoro eût été caché derrière quelque fourré.

Harris avait vu toute cette scène. Les lèvres un peu serrées, il s’approcha du novice.

« Que demandez-vous donc à Dingo ? dit-il.

— Oh ! presque rien, monsieur Harris, répondit le vieux Tom, en plaisantant. Nous lui demandons des nouvelles de ce compagnon de bord que nous avons perdu !

— Ah ! fit l’Américain, ce Portugais, ce cuisinier du bord dont vous m’avez déjà parlé ?

— Oui, répondit Tom. On dirait, à entendre Dingo, que Negoro est dans le voisinage !

— Comment aurait-il pu arriver jusqu’ici ? répondit Harris. Il n’était jamais venu dans ce pays, que je sache !

À moins qu’il nous l’ait caché ? répondit Tom.

— Ce serait étonnant, dit Harris. Mais, si vous le voulez, nous allons battre ces taillis. Il est possible que ce pauvre diable ait besoin de secours, qu’il soit en détresse…

— C’est inutile, monsieur Harris, répondit Dick Sand. Si Negoro a su venir jusqu’ici, il saura aller plus loin. Il est homme à se tirer d’affaire !

— Comme vous le voudrez, répondit Harris.

— Allons, Dingo, tais-toi », ajouta brièvement Dick Sand pour terminer la conversation.

La seconde observation qui fut faite par le novice se rapportait au cheval de l’Américain.

Il ne semblait pas « qu’il sentît l’écurie », comme font les animaux de son espèce. Il ne humait pas l’air, il ne pressait pas son allure, il ne dilatait pas ses naseaux, il ne poussait pas de ces hennissements qui indiquent la fin d’un voyage. À le bien observer, il paraissait être aussi indifférent que si l’hacienda, à laquelle il était allé plusieurs fois cependant, et qu’il devait connaître, eût été à quelques centaines de milles encore.

« Ce n’est point un cheval qui arrive ! » pensa le jeune novice.

Et, cependant, suivant ce qu’Harris avait dit la veille, il ne restait plus que six milles à faire, et sur ces derniers six milles, à cinq heures du soir, quatre avaient été certainement franchis.

Or, si le cheval ne sentait rien de l’écurie, dont il devait avoir grand besoin, rien non plus n’annonçait les approches d’une grande exploitation, telle que devait être l’hacienda de San-Felice. Mrs. Weldon, tout indifférente qu’elle fût alors à ce qui n’était pas son enfant, fut frappée de voir encore la contrée si déserte. Quoi ! pas un indigène, pas un des serviteurs de l’hacienda, à une si médiocre distance ! Harris s’était-il égaré ? Non ! Elle repoussa cette idée. Un nouveau retard, c’eût été la mort de son petit Jack !

Cependant, Harris allait toujours en avant ; mais il semblait observer les profondeurs du bois, et regarder à droite, à gauche, comme un homme qui n’est pas sûr de lui… ou de sa route !

Mrs. Weldon ferma les yeux pour ne plus le voir.

Après une plaine large d’un mille, la forêt, sans être aussi épaisse que dans l’ouest, avait reparu, et la petite troupe s’enfonça de nouveau sous les grands arbres.

À six heures du soir, on était arrivé auprès d’un fourré qui paraissait avoir récemment livré passage à une bande de puissants animaux.

Dick Sand observa très attentivement autour de lui.

À une hauteur qui dépassait de beaucoup la taille humaine, les branches étaient arrachées ou brisées. En même temps, les herbes, violemment écartées, laissaient voir sur le sol, un peu marécageux, des empreintes de pas qui ne pouvaient être ceux de jaguars ou de couguars.

Étaient-ce donc des « aïs » ou quelques autres tardigrades dont le pied avait ainsi marqué le sol ? Mais comment expliquer alors le bris des branches à une telle hauteur ?

Des éléphants auraient pu, sans doute, laisser de telles empreintes, imprimer ces larges traces, faire une trouée pareille dans l’impénétrable taillis. Mais de ces éléphants, il ne s’en trouve pas en Amérique. Ces énormes pachydermes ne sont point originaires du Nouveau-Monde. On ne les y a jamais acclimatés, non plus.

L’hypothèse que des éléphants eussent passé là était absolument inadmissible.

Quoi qu’il en fût, Dick Sand ne fit point connaître ce que cet inexplicable fait lui donna à penser. Il n’interrogea même pas l’Américain à cet égard. Qu’attendre d’un homme qui avait essayé de lui faire prendre des girafes pour des autruches ? Harris eût encore donné là quelque explication, plus ou moins bien imaginée, qui n’aurait rien changé à la situation.

Quoi qu’il en soit, l’opinion de Dick fut faite sur Harris. Il sentait en lui un traître ! Il n’attendait qu’une occasion pour mettre à nu sa déloyauté, pour en avoir raison, et tout lui disait que cette occasion était proche.

Mais quel pouvait être le but secret d’Harris ? Quel avenir attendait donc les survivants du Pilgrim ? Dick Sand se répétait que sa responsabilité n’avait pas cessé avec le naufrage. Il lui faudrait encore, et plus que jamais, pourvoir au salut de ceux que l’échouage avait jetés sur cette côte ! Cette femme, ce jeune enfant, ces noirs, tous ses compagnons d’infortune, c’était lui seul qui devait les sauver ! Mais s’il pouvait tenter quelque chose à bord, s’il pouvait agir en marin, ici, au milieu des terribles épreuves qu’il entrevoyait, quel parti prendrait-il ?

Dick Sand ne voulut pas fermer les yeux devant l’effroyable réalité que chaque instant rendait plus indiscutable. Le capitaine de quinze ans qu’il avait été sur le Pilgrim, il le redevenait dans ces conjonctures ! Mais il ne voulut rien dire qui pût alarmer la pauvre mère, avant que le moment fût venu d’agir !

Et il ne dit rien, même quand, arrivé sur les bords d’un cours d’eau assez large, précédant la petite troupe d’une centaine de pas, il aperçut d’énormes animaux qui se précipitaient sous les grandes herbes de la berge.

« Des hippopotames ! des hippopotames ! » allait-il s’écrier.

Et c’étaient bien de ces pachydermes à grosse tête, à large museau renflé, dont la bouche est armée de dents qui la dépassent de plus d’un pied, qui sont trapus sur leurs jambes courtes, dont la peau, dépourvue de poils, est d’un roux tanné ! Des hippopotames en Amérique ! On continua de marcher pendant toute la journée, mais péniblement. La fatigue commençait à retarder même les plus robustes. Il était vraiment temps qu’on arrivât, ou bien on serait forcé de s’arrêter.

Mrs. Weldon, uniquement occupée de son petit Jack, ne sentait peut-être pas la fatigue, mais ses forces étaient épuisées. Tous, plus ou moins, étaient rendus. Dick Sand résistait par une suprême énergie morale, puisée dans le sentiment du devoir.

Vers quatre heures du soir, le vieux Tom trouva, dans l’herbe, un objet qui attira son attention. C’était une arme, une sorte de couteau, d’une forme particulière, formé d’une large lame courbe, emmanchée dans un carré d’ivoire assez grossièrement ornementé.

Ce couteau, Tom le porta à Dick Sand, qui le prit, l’examina, et, finalement, le montra à l’Américain, disant :

« Sans doute, les indigènes ne sont pas loin !

— En effet, répondit Harris, et cependant…

— Cependant ?… répéta Dick Sand, qui regarda Harris bien en face.

— Nous devrions être tout près de l’hacienda, reprit Harris en hésitant, et je ne reconnais pas…

— Vous êtes-vous donc égaré ? demanda vivement Dick Sand.

— Égaré, non… L’hacienda ne doit pas être à plus de trois milles, maintenant. Mais j’ai voulu prendre par le plus court, à travers la forêt, et j’ai peut-être eu tort !

— Peut-être, répondit Dick Sand.

— Je ferais bien, je pense, d’aller en avant, dit Harris.

— Non, monsieur Harris, ne nous séparons pas, répondit Dick Sand d’un ton décidé.

— Comme vous voudrez ! reprit l’Américain. Mais, pendant la nuit, il me sera difficile de vous guider.

— Qu’à cela ne tienne ! répondit Dick Sand. Nous allons faire halte. Mrs. Weldon consentira à passer une dernière nuit sous les arbres, et demain, lorsqu’il fera grand jour, nous nous remettrons en route ! Deux ou trois milles encore, ce sera l’affaire d’une heure !

— Soit », répondit Harris.

En ce moment, Dingo fit entendre des aboiements furieux.

« Ici, Dingo, ici ! cria Dick Sand. Tu sais bien qu’il n’y a personne, et que nous sommes dans le désert ! »

Cette dernière halte fut donc décidée. Mrs. Weldon laissa faire ses compagnons sans prononcer une parole. Son petit Jack, assoupi par la fièvre ; reposait entre ses bras.

On chercha le meilleur emplacement pour y passer la nuit.

Ce fut sous un large bouquet d’arbres que Dick Sand songea à tout disposer pour la couchée. Mais le vieux Tom, qui s’occupait avec lui de ces préparatifs, s’arrêta tout à coup, s’écriant :

« Monsieur Dick ! Voyez ! voyez !

— Qu’y a-t-il, mon vieux Tom ? demanda Dick Sand, du ton calme d’un homme qui s’attend à tout.

— Là… Là… fit Tom… sur ces arbres… des taches de sang !… Et… à terre… des membres mutilés !… »

Dick Sand se précipita vers l’endroit que désignait le vieux Tom. Puis, revenant à lui :

« Tais-toi, Tom, tais-toi ! » dit-il.

En effet, il y avait là, sur le sol, des mains coupées, et, auprès de ces débris humains, quelques fourches brisées, une chaîne rompue !

Mrs. Weldon, heureusement, n’avait rien vu de cet horrible spectacle.

Quant à Harris, il se tenait à l’écart, et qui l’eût observé en ce moment aurait été frappé du changement qui s’était fait en lui. Sa face avait quelque chose de féroce. Dingo, lui, avait rejoint Dick Sand, et, devant ces restes sanglants, il aboyait avec rage.

Le novice eut beaucoup de peine à le chasser.

Cependant, le vieux Tom, à la vue de ces fourches, de cette chaîne brisée, était resté immobile, comme si ses pieds se fussent enracinés dans le sol. Les yeux démesurément ouverts, les mains crispées, il regardait, murmurant ces incohérentes paroles :

« J’ai vu… déjà vu… ces fourches… tout petit… j’ai vu !… »

Et, sans doute, les souvenirs de sa première enfance lui revenaient vaguement. Il cherchait à se rappeler !… Il allait parler !…

« Tais-toi, Tom ! répéta Dick Sand. Pour mistress Weldon, pour nous tous, tais-toi ! »

Et le novice emmena le vieux noir.

Un autre lieu de halte fut choisi, à quelque distance, et tout fut disposé pour la nuit.

Le repas fut préparé, mais on y toucha à peine. La fatigue l’emportait sur la faim. Tous étaient sous une indéfinissable impression d’inquiétude qui touchait à la terreur.

L’obscurité se fit peu à peu. Bientôt elle fut profonde. Le ciel était couvert de gros nuages orageux. Entre les arbres, dans l’horizon de l’ouest, on voyait s’enflammer quelques éclairs de chaleur. Le vent tombé, pas une feuille ne remuait aux arbres. Un silence absolu succédait aux bruits du jour, et on eût pu croire que la lourde atmosphère, saturée d’électricité, devenait impropre à la transmission des sons.

Dick Sand, Austin, Bat veillaient ensemble. Ils cherchaient à voir, à entendre, dans cette profonde nuit, si une lueur quelconque ou quelque bruit suspect auraient frappé leurs yeux ou leurs oreilles. Rien ne troublait ni le calme ni l’obscurité de la forêt.

Tom, non pas assoupi, mais absorbé dans ses souvenirs, la tête courbée, demeurait immobile, comme s’il eût été frappé de quelque coup subit.

Mrs. Weldon berçait son enfant dans ses bras et n’avait de pensées que pour lui.

Seul, cousin Bénédict dormait peut-être, car seul il ne subissait pas l’impression commune. Sa faculté de pressentir n’allait pas si loin.

Tout à coup, vers onze heures, un rugissement prolongé et grave se fit entendre, auquel se mêlait une sorte de frémissement plus aigu.

Tom se dressa tout debout, et sa main se tendit vers un épais fourré, distant d’un mille au plus.

Dick Sand lui saisit le bras, mais il ne put empêcher Tom de crier à haute voix :

« Le lion ! le lion ! »

Ce rugissement, qu’il avait si souvent entendu dans son enfance, le vieux noir venait de le reconnaître !

« Le lion ! » répéta-t-il.

Dick Sand, incapable de se maîtriser plus longtemps, se précipita, le coutelas à la main, vers la place qu’occupait Harris…

Harris n’était plus là, et son cheval avait disparu avec lui.

Une sorte de révolution se fit dans l’esprit de Dick Sand… Il n’était pas où il avait cru être !

Ainsi, ce n’était point à la côte américaine que le Pilgrim avait atterri ! Ce n’était pas l’île de Pâques, dont le novice avait relevé la position en mer, mais quelque autre île, précisément située à l’ouest de ce continent, comme l’île de Pâques est située à l’ouest de l’Amérique !

La boussole l’avait trompé pendant une partie du voyage, on sait pourquoi ! Entraîné par la tempête sur une fausse route, il avait dû tourner le cap Horn, et, de l’océan Pacifique, il était passé dans l’Atlantique ! La vitesse de son navire, qu’il ne pouvait qu’imparfaitement estimer, avait été doublée, à son insu, par la force de l’ouragan !

Voilà pourquoi les arbres à caoutchouc, les quinquinas, les produits du Sud-Amérique manquaient à cette contrée, qui n’était ni le plateau d’Atacama, ni la pampa bolivienne !

Oui ! c’étaient des girafes, non des autruches, qui avaient fui dans la clairière ! C’étaient des éléphants qui avaient traversé l’épais taillis ! C’étaient des hippopotames, dont Dick Sand avait troublé le repos sous les grandes herbes ! C’était la tsé-tsé, ce diptère recueilli par Bénédict, la redoutable tsé-tsé, qui fait périr sous ses piqûres les animaux des caravanes !

Enfin, c’était bien le rugissement du lion qui venait d’éclater à travers la
Dick Sand se précipita, le coutelas à la main. (Page 182.)

forêt ! Et ces fourches, ces chaînes, ce couteau de forme singulière, c’étaient les engins du marchand d’esclaves ! Ces mains mutilées, c’étaient des mains de captifs !

Le Portugais Negoro et l’Américain Harris devaient être d’accord !

Et ces mots terribles, devinés par Dick Sand, s’échappèrent enfin de ses lèvres :

« L’Afrique ! L’Afrique équatoriale ! L’Afrique des traitants et des esclaves ! »

fin de la première partie.