Trois toiles de Feyen-Perrin

Les Ailes d’or : poésies nouvelles, 1878-1880Bibliothèque-Charpentier (p. 164-165).

SUR TROIS TOILES DE FEYEN-PERRIN

LA PARISIENNE À CANCALE

Le bruit des flots a-t-il chassé de ton oreille
Les grands bruits de la ville à l’Océan pareille,
Ô fille de Paris debout près de la mer ?
Toi qui n’as pas d’absents à demander aux vagues,
Ta rêverie est douce et, vers tes beaux yeux vagues,
Jamais, du gouffre bleu, ne monte un pleur amer.

LES CANCALAISES

Les hommes sont partis : sur le bord de la mer,
Jusqu’à l’heure où viendront s’y pencher les étoiles,
Les femmes resteront ; leurs doigts tissent des toiles ;
Mais leur rêve, tantôt charmant, tantôt amer,
Suit dans l’azur profond l’aile blanche des voiles.

LA MORT D’ORPHÉE

Sous le thyrse qui vole et le cuivre qui tonne,
Orphée est étendu ; les Ménades en chœur,
Comme une grappe mûre échappée à la tonne,
Foulent, en bondissant, sous leurs pieds nus, son cœur ;
Et son chef, que brandit leur caprice vainqueur,
Semble un astre sanglant sur l’or d’un ciel d’automne.