Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne/V à Z

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V & U

Vanité. Tout en ce monde eſt vanité hors la Théologie ; ce n’eſt que dans l’autre monde que l’on trouvera du ſolide ; c’eſt là que nous verrons la ſolidité des édifices élevés par nos Prêtres ; en attendant leur cuiſine en ce monde me paroît très-ſolidement fondée.

Vampires. Ce ſont des morts qui s'amuſent à ſuçer le sang des vivans. Les Esprits-forts douteront, peut-être, de cette merveille ; mais qu'ils ouvrent les yeux, & ils verront un corps mort ſuçer le corps vivant de la Société. Voyez Moines. Prêtres. Clergé &c.

Vases. Tous les hommes ſont des pots comme l’a dit élégamment St. Paul ; mais les uns ſont des pots que Dieu place ſur ſa cheminée pour égayer ſon appartement, les autres ſont des pots de chambre qu’il fait recuire éternellement afin de les nettoyer après les avoir ſalis lui-même.

Vengeance. Suivant la Bible le Dieu de l’univers eſt vindicatif & rancunier ; ſes miniſtres ne peuvent donc ſe diſpenser de l’imiter & d’entrer dans ſes vues ; le Dieu des vengeances leur ſauroit très-mauvais gré s’ils négligeoient de le venger. La Divinité eſt toujours vengée quand ſes Prêtres le ſont.

Vent. Marchandiſe très-précieuſe, que nos ſorciers ſacrés vendent, comme de raiſon, fort cher aux Chrétiens, pour les aider à voguer dans la barque de S. Pierre. Le vent que le Clergé débite produit ſouvent des tempêtes, conformément à ces paroles de l’Ecriture : ils ſemeront du Vent. Et ils recueilleront des Orages.

Verbe. C’eſt le Logos de Platon, la ſageſſe divine, la raiſon éternelle, dont nos Théologiens ont fait un Dieu, ou ſi l’on veut un homme. Nous croyons donc très-fermement que la raiſon de Dieu s’eſt faite homme, pour éclairer les hommes, & sur-tout pour leur apprendre que la raiſon divine n’entendoit nullement qu’ils euſſent de la raison, & que leurs Prêtres avoient toujours raiſon.

Vérité. Il y en a de deux eſpeces l’une eſt humaine & l’autre eſt Théologique ou divine. La premiere ne convient point au Clergé, par conſéquent elle eſt fauſſe ; la ſeconde lui eſt utile, par conſéquent elle eſt vraye. La vérité utile & vraye eſt toujours celle qui convient à nos Prêtres.

Vertus morales. Elles ne ſont utiles qu’à la Société, mais ne ſont d’aucun rapport pour l’Egliſe ; ce ſont donc de fauſſes vertus ; cependant elles peuvent avoir du bon pourvu qu’elles ſoient jointes aux vertus Evangéliques ou à celles que l’on nomme vertus Théologales.

Vertus Théologales. C’est-à-dire nécesſaires aux Théologiens, ou qui ont pour objet l’utilité du Clergé. C’est la Foi, l’Espérance & la Charité. Si ces vertus n’ont rien de bien utile à la Société elles ſont au moins avantageuſes au Sacerdoce ; la foi lui livre des peuples que l’eſpérance amuſe, & dont la charité le met dans l’abondance & le fait vivre à pot & à rôt dans la Société.

Viatique. Lorſqu’un bon Catholique eſt prêt à faire le grand voyage, l’Eglise en bonne mere lui fait ſa petite proviſion pour le chemin ; de peur que ſon ame ne meure de faim ſur la route elle lui garnit le jabot d’une gauffre ; nourriture aſſez légere, mais qui ſuffit de reſte pour une ame qui voyage.

Vierge (Sainte). C’eſt la mere du fils de Dieu & la belle-mere de l’Egliſe ; elle fut ſpirituellement obombrée par Dieu le Pere, qui n’étant qu’un pur eſprit, ne conſomma point le mariage, car il est évident qu’il faut un corps pour cette cérémonie.

Viſibilité. Caractere de la véritable Egliſe, qui doit être viſible & qui ſouvent ſe rend palpable, ſur-tout quand elle monte ſur ſes grands chevaux ; c’eſt alors que toutes les autres Egliſes se cachent & ſe rendent inviſibles.

Viſion béatifique. Ceux qui dans ce monde auront eu ſoin de bien fermer les yeux, au riſque de se caſſer le nez, jouiront dans l’autre monde d’une vue ſi perçante & ſi forte qu’ils pourront, ſans être éblouis, contempler face à face la ſplendeur de l’eſprit qui remplit l’univers.

Viſions. Lanternes magiques que de tout tems le Pere éternel s’eſt amuſé à montrer aux Saints, aux Prophêtes, à ſes favoris de l’un & de l’autre ſexe. Les fous, les fripons & les femmes à vapeurs sont communément ceux que la Divinité préfere pour leur montrer ſa curioſité.

Ultramontains. Ce ſont tous ceux qui habitent par-delà les monts ; les Janſéniſtes prétendent qu’il faut les envoyer par-delà les ponts ; ce qui ne ſeroit pas trop fâcheux pour des Italiens.

Unigenitus. Mot par où commence un Bulle intéreſſante du très-Saint Pere, qui depuis plus de cinquante ans a mis la France en gayeté ; elle a ſur-tout fait fleurir le commerce du papier ; elle a fait diſtribuer deux cens mille Lettres de Cachet, ſans compter un million de mandemens & de beaux écrits qu’elle fait éclorre pour l’inſtruction des harangeres & pour exercer les ſaint caquets des dévotes de la Cour.

Unité. Tout Chrétien doit croire fermement qu’il n’y a qu’un ſeul Dieu, ſans la révélation divine nous n’aurions jamais pû deviner cette vérité, cependant, tout Chrétien eſt en conſcience obligé d’adorer trois Dieux qui jouiſſent, par indivis, de la Divinité. D’après les équations algébriques de nos Théologiens, un eſt égal à trois & trois eſt égal à un. Quiconque ne ſe rend point à l’évidence de ce calcul manque aſſurément de foi & mérite d’être brûlé.

Unité de l’Egliſe. De même que Dieu eſt un, l’Egliſe de Dieu eſt une. Il n’eſt pas permis d’en douter à la vue de l’unité de dogmes, de ſentimens, d'opinions que l’on voit ſubſiſter depuis tant de ſiecles entre tous les Chrétiens ; cette unité prouve aſſurément le doigt de Dieu.

Univerſités. Etabliſſemens très-utiles au Clergé, & ſagement confiés aux ſoins de ſes membres, qui travaillent efficacement à former des citoyens bien dévots, bien zêlés, bien pauvres d’eſprit, bien inutiles à la Société profane, mais bien utiles au Clergé.

Vocation. Voix intérieure & irréſistible de la Divinité, qui invite un garçon ou une fille de quinze ans à s’enfermer pour avoir le plaiſir de s’ennuyer toute leur vie. La vocation à l’état Eccléſiaſtique eſt un ſaint déſir d’obtenir des bénéfices & des revenus, que Dieu lui-même inſpire aux cadets de famille, qui n’ont rien, ou à tous ceux qui se sentent un penchant invincible à ne rien faire pour la Société.

Vœux monaſtiques. Promeſſes ſolennelles faites à Dieu d’être inutile à ſoi-même & aux autres, de paſſer ſa vie dans une ſainte pauvreté, dans de ſaintes démangeaiſons, dans une ſainte ſoumiſſion aux volontés d’un ſaint Moine ou d’une ſainte Bégueule, qui pour ſe désennuyer font enrager tous ceux qui ſe rangent ſous leurs ordres.

Voler. C’est prendre pour rien ce qui appartient aux autres. Il n’est point permis de voler, cependant la tribu de Lévi jouit du droit divin de prendre l’argent des Chrétiens pour les denrées aériennes qu’elle fait venir de là-haut.

Volontés. Il est de foi de croire que Jéſus-Chriſt a deux volontés & deux natures ; la premiere est la ſienne, la ſeconde est celle du Clergé, qui n’eſt pas toujours la ſienne, mais à laquelle, ainſi que nous, il est bien forcé de ſe plier.

Uſure. Dieu l’avoit permiſe aux Juifs aussi bien que le vol ; mais l’un & l’autre ſont interdits aux Chrétiens laïques, il n’y a que le Clergé qui ait le privilege de faire ici-bas un commerce uſuraire, & même de tirer un gros intérêt des fonds qu’il n’a point fournis.

Uſurpations Eccléſiaſtiques. Les gens qui manquent de foi prétendent que l’Egliſe a ſouvent exercé des droits qui ne lui appartenoient pas ; s’ils avoient de la foi ils ſentiroient que l’Egliſe ne peut jamais uſurper, vû qu’elle exerce les droits de ſon mari qui ſont illimités. Ce ſont les Souverains qui sont des uſurpateurs quand ils empêchent le Clergé d’uſurper du pouvoir ou des droits dont les laïques ne peuvent jamais qu’abuſer.

Vulgate. Traduction Latine des Saintes Ecritures, inſpirée par le Saint Eſprit qui ſavoit ſans doute mieux l’Hébreu que le Latin : en effet ſa lecture nous prouve que Dieu ne parle pas ſi bon latin que ce coquin de Cicéron.

Yeux. Organes très-inutiles à tout bon Chrétien, qui doit fermer les yeux pour marcher plus ſurement dans la voie du ſalut ; ou même les arracher quand le Clergé le ſcandaliſe.

Zêle. Fievre ſacrée, accompagnée ſouvent de redoublemens & de transports au cerveau, à laquelle les dévots & les dévotes ſont fort ſujets : c’eſt une maladie Endémique & contagieuſe dont le Chriſtianiſme a gratifié le genre humain. Depuis dix-huit ſiecles les Chrétiens ont beaucoup à ſe louer des avantages qu’ils retirent des criſes ſalutaires que le fils de Dieu & ſon Clergé ont cauſées ſur la terre, & qui, ſi Dieu ou les Princes n’y mettent la main, dureront infailliblement juſqu’à la conſommation des ſiecles.

Fin.