Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne/T

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Te Deum. Cantique que les Princes Chrétiens font chanter toutes les fois qu’ils ont eu l’avantage de tuer bien des Chrétiens ; le tout pour remercier Dieu de leur avoir accordé cette grace, & d’avoir eux-mêmes perdu un grand nombre de ſujets.

Témoins. Dans les affaires ordinaires de la vie pour s’en rapporter à des témoins on exige qu’ils ſoient éclairés, ſenſés, déſintéreſſés. Dans la Religion les témoins ſur la parole deſquels nous ſommes obligés de croire des choſes incroyables ſont de ſaints ignorants, des Prophêtes un peu fous, des martyrs fanatiques, des Prêtres qui vivent à gogo des belles choſes qu’ils nous atteſtent ; cependant nous les croyons, & c’eſt un beau miracle.

Temporel. C’eſt ce qui n’eſt point éternel. La puiſſance temporelle n’étant que pour un tems doit être ſubordonnée à la puiſſance ſpirituelle qui doit durer toujours. Le temporel du Clergé eſt une choſe ſacrée, parce que ce temporel dans ſes mains devient ſpirituel, éternel & divin ; les miniſtres de l’Egliſe ne le défendent avec tant de chaleur que par ce qu’il appartient à Dieu qui eſt un pur esprit, mais qui tient fortement aux biens temporels de ce monde, ſans lesquels ſes miniſtres ſpirituels ne pourroient point ſubſiſter.

Tems. Le tems ſi précieux pour les profanes n’eſt compté pour rien dans la Religion. Ses ſaints miniſtres font un devoir de le perdre ſaintement. Qu’eſt ce en effet que le tems comparé à l’éternité ! Voyez contemplation, méditation, Exercices de piété, Fêtes.

Tentations. Dieu tente quelquefois les hommes pour avoir le plaiſir de les punir quand ils sont aſſez bêtes pour donner dans le panneau ; cependant pour l’ordinaire il les fait tenter par le Diable, qui n’a d’autres fonctions ſur la Terre que de faire la nique à Dieu & de lui débaucher ſes Serviteurs. On voit par cette conduite myſterieuſe que la Divinité dans ſes décrets impénétrables ſe divertit à ſe jouer des mauvais tours à elle-même.

Testamens. Dieu, qui eſt immuable, en a fait deux en ſa vie ; l’un s’appelle l’Ancien & l’autre le Nouveau Teſtament. L’Egliſe n’adopte le premier que par bénéfice d’inventaire, elle s’en tient au ſecond, en l’arrangeant à ſa façon : celui-ci eſt ſi précis que jamais il ne s’eſt élevé de chicannes entre les héritiers appellés à la succeſſion.

Dans les ſiecles d’ignorance, c’eſt-à-dire de foi vive, les Teſtament des Laïques étoient nuls quand ils ne laisſoient point à l’Egliſe une portion de leur bien, dont elle eût lieu d’être contente.

Théocratie. Belle forme de gouvernement, inventée par Moyſe pour la commodité de la tribu de Lévi, dans laquelle Dieu ſeul eſt le Souverain, & par conſéquent ſes chers Prêtres ſont les maîtres des corps & des ames des hommes. Ce gouvernement divin devroit ſubſiſter par-tout, & ſur-tout dans les pays Chrétiens, où les Princes ne doivent être que les valets du Clergé.

Théologie. Science profonde, ſurnaturelle, divine, qui nous apprend à raiſonner de tout ce que nous n’entendons point, & à brouiller nos idées ſur les choſes que nous entendons ; d’où l’on voit que c’eſt la plus noble & la plus utile des Sciences ; toutes les autres ſe bornent à des objets connus, & partant mépriſables. Sans la Théologie les Empires ne pourroient ſubſiſter, l’Egliſe ſeroit perdue, & le peuple ne ſauroit à quoi s’en tenir ſur la Grace, ſur la Prédeſtination gratuite, ſur la Bulle Unigenitus, dont il eſt très-eſſentiel qu’il ait des idées préciſes.

Thèſes. L’on nomme ainſi en Théologie des diſputes publiques & ſolennelles, dans leſquelles les jeunes Théologiens montrent leur ſavoir-faire en ſe faiſant des bleſſures à la tête, le tout pour avoir occaſion de montrer la bonté de leur onguent qui n’eſt autre que la foi. Les Thèſes chez les Chrétiens ont dignement remplacé les Jeux Olympiques des Grecs, les exercices des Romains, les conférences des Philoſophes qui n’étoient que des payens & des ignorans en Théologie.

Thiare. Triple couronne que le Pape a ſeul droit de porter pour indiquer la plénitude de ſa puiſſance dans le Ciel, ſur la Terre & dans le Purgatoire.

Tiédeur. Indifférence très-condamnable pour les importans objets dont un Chrétien doit s’occuper, & qui pourroit bien conduire à la tolérance. Un Chrétien doit être brûlant, Dieu vomit les tiédes, ils donnent des vapeurs à ſa femme, qui n’aime point les amoureux tranſis.

Tyran. C’eſt dans le langage ordinaire un Prince qui opprime la Société au-lieu de la gouverner : dans le langage de la Religion un Tyran eſt un Prince qui ne penſe point comme les Prêtres, qui ne fait pas tout ce qu’ils veulent ou qui a l’impertinence de mettre obſtacle à leurs ſaintes volontés, quand il les croit nuiſibles au bonheur de l’Etat, qui ne doit jamais balancer les droits ſacrés du Clergé.

Tolérance. Syſtême impie & contraire aux vues du Clergé ; il ne peut être adopté que par quelques Chrétiens peu zêlés, qui trahiſſant les intérêts de l’Egliſe prétendent qu’il ſeroit bon de laisſer chacun rêver à ſa maniere ſur des choſes ſur-tout que perſonne n’entend. L’Egliſe connoît ſes intérêts mieux que perſonne, jamais elle ne s’eſt prêtée à une tolérance parfaite ; les ſectes ſe ſont par-tout haïes, perſécutées, exterminées, & nous avons lieu d’eſpérer que cela continuera de même juſqu’à la fin des ſiecles, ſi l’Egliſe va-juſque-là.

Tonſure. Opération ſacrée qui ſe fait ſur le poil d’un Laïque qui veut ſe faire aggréger au Clergé, c’eſt-à-dire commencer à vivre aux dépens des autres. Cette cérémonie préliminaire eſt faite pour lui apprendre que ſa fonction déſormais ſera de tondre ſes concitoyens, ſi la grace de Dieu lui fournit de bons ciſeaux.

Toute-puiſſance. C’eſt le pouvoir de tout faire réſervé à Dieu tout ſeul, ſans que rien dans la nature puiſſe réſiſter à ſa volonté. Cependant nous voyons que la puiſſance divine n’eſt point encore parvenue juſqu’ici à rendre ſes créatures telles que le Clergé les deſire, il ne peut ni les faire agir ni les faire penſer d’une maniere conforme à ſes volontés. Le Diable, que Dieu a créé très-malin, prend ſouvent la liberté de mettre ſa puiſſance en défaut ; mais tout cela ne prouve rien, Dieu a créé le Diable, Dieu veut que le Diable dérange ſes projets, Dieu ne veut point anéantir le Diable, de peur de n’avoir plus rien à faire & ſur-tout dans la crainte que ſon Clergé ne devînt inutile ici-bas.

Les Prêtres de l’Egliſe Romaine ſont plus puiſſans que Dieu, il ne peut ſe faire lui-même tandis que ces Prêtres le font à volonté. Voyez Transſubſtanciation.

Tradition. C’est la parole de Jéſus-Chriſt, recueillie par les hommes éclairés, qui l’ont transmiſe ſans aucune altération aux Chrétiens d’aujourd’hui. L’on voit que la tradition s’eſt conſervée par miracle ; les hommes ordinaires ajoutent ou retranchent communément aux choſes qu’ils voyent ou qu’ils entendent ; les Apôtres ne furent point dans ce cas, & nos Prêtres ſont trop honnêtes pour altérer la tradition.

Transſubſtanciation. Voyez Préſence réelle. Suivant les Catholiques, Dieu a la politeſſe de ſe changer en pain quand cela convient à ſon Prêtre, qui, par un tour de main, ſait eſcamoter le pain pour mettre Dieu en ſa place. C’eſt le plus étonnant tour de gobelet que le Sacerdoce ait juſqu’ici inventé.

Travail. Les Prêtres ne ſont point ici-bas pour travailler comme les laïques ; leur travail eſt ſpirituel & par conſéquent très-pénible. Il conſiſte à rêver, à parler, à diſputer, à chanter pour le plus grand bien de ceux dont les bras ſe remuent ; comme ce travail eſt très-utile il eſt communément très-bien payé. Le Clergé ne ſeroit pas content ſi l’on payoit en eſprit ſon travail ſpirituel : voyez Frêlons. Vampires. Moines. Prêtres.

Trinité. Myſtere ineffable adopté par les Chrétiens qui l’ont reçu du divin Platon ; il fait un Article fondamental de notre ſainte religion. À l’aide de ce myſtère un Dieu fait trois, & trois Dieux ne font qu’un Dieu unique. Le dogme de la Trinité ne peut paroître absſurde qu’à ceux qui n’entendent point Platon. Ce Pere de l’Egliſe imagina trois manieres d’enviſager la Divinité ; de ſa puiſſance nos ſaints Docteurs ont fait un Pere à barbe vénérable ; de ſa raiſon ils ont fait un Fils émané de ce Pere & pendu pour l’appaiſer ; de ſa bonté ils ont fait un Saint Eſprit, transformé en pigeon. Voilà tout le myſtere.