Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne/L

◄  I-J
M  ►

L

Laïques. Animaux profanes ou immondes qui n’ont pas l’honneur de manger au ratelier ſacré : ce ſont les bêtes de ſomme ou les montures du Clergé, avec cette différence que c’eſt communément le Cavalier qui nourrit ſa monture, au-lieu que dans l’Egliſe de Dieu l’uſage veut que la monture nourriſſe le Cavalier. Voyez Ânes, Sots, etc.

Latine (Egliſe). C’eſt celle où le peuple qui ne sait plus le latin, continue pourtant à chanter en latin ; cet uſage eſt très-ſenſé, vû qu’il convient au Clergé que les Chrétiens, ſemblables aux Perroquets, n’entendent jamais ce qu’ils diſent, & ne ſoient pas ſcandaliſés des belles choſes qu’on leur fait chanter dans le pſeautier diſtribué.

Légendes. Hiſtoires édifiantes & merveilleuſes que l’on ne lit plus aſſez depuis que des critiques eſprits forts ont refroidi la crédulité des fidèles.

Lettres. Elles ſont inutiles à l’Egliſe, dont les ſaints fondateurs furent ignares & non lettrés ; les ſeules Lettres dont l’Egliſe ait beſoin ſont les Lettres de Cachet.

Lévites. Ce ſont les enfans de Lévi à qui, pour les récompenſer de leur pieuſe férocité, le doux Moyse confia les fonctions du ſacré Miniſtere. La tribu de Lévi avait égorgé par ſon ordre ſes chers concitoyens, que le grand Prêtre Aaron avoit fait prévariquer. D’où l’on voit que nos Prêtres, qui ont ſuccédé aux droits & au zêle des Lévites, ont raiſon de faire égorger les coquins que des Prêtres ont induits en erreur.

Libertés de l’Egliſe Gallicane. Les François qui ſont légers, traitent ſouvent très-légèrement le Saint Pere ; nos Magiſtrats ſont des eſprits-forts qui nient ſon infaillibilité, qui le croyent lui-même ſoumis à toute l’Egliſe, qui prétendent qu’il n’a pas, comme Samuël, le droit de dépoſer les Rois, ni même de fourrer ſon ſaint nez dans leurs affaires temporelles. Ces maximes ſentent furieuſement l’héréſie pour un nez à la Romaine.

Liberté de penſer. Elle doit être réprimée avec la plus grande rigueur ; les Prêtres ſont payés pour penſer, les fideles n’ont rien à faire que de payer grasſement ceux qui penſent pour eux.

Liberté politique. Elle n’eſt pas trop du goût de l’Egliſe. Le Deſpotiſme eſt plus avantageux aux Miniſtres du Seigneur ; quand le Prince eſt ſellé, toute la nation eſt bridée ou forcée de plier ſous le joug du Seigneur, qui, comme on ſait, eſt toujours on ne peut pas plus léger.

Libertins. L’on doit appeller Libertins tous ceux qui ne croyent point à la Religion. Il eſt impoſſible d’avoir des mœurs quand on raiſonne ; il n’y a que des Libertins & des crapuleux qui puisſent raiſonner & douter des droits divins ou de l’infaillibilité des Prêtres. D’ailleurs il eſt évident que parmi les vrais croyans jamais on ne voit de libertinage ou de mauvaiſes mœurs.

Libre arbitre. L’homme eſt libre, ſans cela ſes Prêtres ne pourroient point le damner. Le libre arbitre eſt un petit préſent dont par une faveur diſtinguée Dieu gratifie l’eſpece humaine ; à l’aide de ce libre arbitre nous jouiſſons par deſſus les autres animaux & les plantes de la faculté de pouvoir nous perdre pour toujours, quand notre libre arbitre n’eſt point d’accord avec les volontés du Tout-Puiſſant ; celui-ci a pour lors le plaiſir de punir ceux qu’il a laiſſés libres de le faire enrager.

Ligue. Aſſociation ſainte formée dans le 16e. ſiecle par l’Egliſe de Dieu, dont l’effet ſalutaire fut de maſſacrer un Roi de France, de déchirer le Royaume & de faire entendre la Meſſe à un Prince hérétique qui s’en trouva très-bien.

Livres. Il n’y a que les Livres de plein-chant qui ſoient utiles à l’Egliſe. On peut encore permettre aux Chrétiens de lire l’imitation de Jéſus-Chriſt, la légende dorée & les heures ; tous les autres Livres ne ſont bons qu’à brûler ou à placer dans une Bibliotheque de Moines où ils ne ſont pas dans le cas de nuire à perſonne.

Livre de vie. C’eſt un petit Regiſtre fort court, où Dieu, pour aider ſa mémoire, écrit ou fait écrire par ſon premier Secrétaire les noms de cinq ou ſix dévots, qui pendant chaque ſiecle ont le bonheur de lui plaire & de faire honneur au Clergé.

Logique. Chez les profanes c’eſt l’art de raiſonner, chez les Théologiens c’eſt l’art de déraiſonner ſoi-même ou de dérouter la raiſon des autres. La logique Théologique devient très-convaincante quand elle eſt appuyée par des fuſils & des bûchers.

Logogriphes. Voyez Bible, Oracles, Théologie.

Loup-garou. Il devroit être de foi d’y croire ; il eſt toujours utile d’accoutumer les hommes à avoir peur ; l’Egliſe ne peut qu’y gagner. Le Diable eſt le loup-garou des enfans de quarante ans.

Lune. Planete où l’on aſſure que vont ſe rendre toutes les choses qui ſe perdent ici-bas. Les Chrétiens y retrouveront quelque jour leur eſprit, leur bon ſens, & ſur-tout les écus qu’ils donnent à leurs Prêtres. En attendant, la lune influe grandement ſur les Chrétiens, ſur les Chrétiennes, & ſur l’Egliſe de Dieu, qui eſt aſſez quinteuſe.

Luxe. L’Egliſe, ainſi que toutes les femmes, a, malgré ſon mari, du goût pour le luxe & la parure ; la Vierge, sa belle-mere, n’en eſt pas moins curieuse que ſa Bru, elle n’eſt jamais plus contente que quand on lui met une robe bien pomponée.

Luxure. Péché capital ſur lequel le bon Dieu n’entend jamais raiſon. Par une grace ſpéciale les Prêtres & les Moines en ſont exempts ; la Grace, à point nommé, leur vient nouer l’aiguillette. Un Moine paillard eſt un être de raiſon. L’on ſait d’ailleurs que pour les Prêtres la fornication eſt un cas réſervé.