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Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 270-272).


CHAPITRE LXXIII.


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勇於敢則殺,勇於不敢則活。此兩者,或利或害。天之所惡,孰知其故?是以聖人猶難之。天之道,不爭而善勝,不言而善應,不召而自來,繟然而善謀。天網恢恢,踈而不失。


Celui qui met son courage à oser, trouve la mort (1).

Celui qui met son courage à ne pas oser, trouve la vie.

De ces deux choses (2), l’une est utile, l’autre est nuisible.

Lorsque le ciel déteste quelqu’un, qui est-ce qui pourrait sonder ses motifs ?

C’est pourquoi le Saint se décide difficilement à agir.

Telle est la voie (la conduite) du ciel.

Il ne lutte point (3), et il sait remporter la victoire.

Il ne parle point, et (les êtres) savent lui obéir.

Il ne les appelle pas, et ils accourent d’eux-mêmes.

Il paraît lent (4), et il sait former des plans habiles.

Le filet du ciel est immense ; ses mailles sont écartées et cependant personne n’échappe.


NOTES.


(1) E : Le mot cha , vulgo « tuer, » signifie ici « mourir » (il devient passif par position).


(2) E : Ces deux choses sont l’action d’oser et l’action de ne pas oser. Le mot li , « est utile, » répond au mot houo , « vivre ; » le mot haï , « causer du dommage, » répond au mot cha , « mourir. »

Le ciel aime les bons et déteste les méchants. Celui qui met son courage à oser (B : qui ose lutter pour obtenir le premier rang ; A : qui ose agir) encourt la haine du ciel. C’est pourquoi cette conduite est funeste et ne procure aucun profit. Mais le peuple est aveugle ; il ne connaît jamais les motifs du ciel. Il n’y a que le Saint qui puisse sonder les vues du ciel. C’est pourquoi, dans les affaires, il trouve tout difficile et n’ose rien entreprendre.


(3) E : Le ciel ne lutte point avec les hommes, et il n’y a personne dont il ne triomphe ; il ne parle pas, et ils lui répondent aussi rapidement que l’écho répond à la voix ; il ne les appelle pas, et ils viennent d’eux-mêmes pour rectifier leur cœur.


(4) E : Le ciel paraît lent ; mais il excelle à former des desseins. Quoique le filet des défenses du siècle ait des mailles serrées (c’est-à-dire quelle que soit la sévérité des lois pénales), il y a beaucoup d’hommes (de coupables) qui réussissent à échapper au châtiment. Le filet du ciel est grand et vaste ; il semble avoir des mailles écartées ; mais il n’y a pas un méchant qui puisse l’éviter.

Sou-tseu-yeou : Il agit avec lenteur ; on dirait qu’il ne médite rien, et cependant ses plans et ses desseins sont si élevés, que personne ne peut y atteindre. Quand les hommes du siècle regardent le ciel avec leurs yeux, ils n’en voient qu’un coin étroit ; ils ne peuvent le découvrir dans son immensité. Quelquefois un homme fait le bien et tombe dans le malheur ; quelquefois il fait le mal et obtient le bonheur. Le peuple ne doute point que le filet du ciel n’ait des mailles trop larges et que beaucoup de coupables n’échappent à leur châtiment. Mais, si l’on sait attendre la fin, on ne tarde pas à reconnaître que si le filet du ciel est vaste, si les mailles paraissent écartées, cependant il ne laisse échapper aucun coupable.