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Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 38-39).


CHAPITRE XI.


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三十輻,共一轂,當其無,有車之用。埏埴以為器,當其無,有器之用。鑿戶牖以為室,當其無,有室之用。故有之以為利,無之以為用。


Trente rais  (1) se réunissent autour d’un moyeu. C’est de son vide que dépend l’usage du char.

On pétrit de la terre glaise pour faire des vases  (2). C’est de son vide que dépend l’usage des vases.

On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison  (3). C’est de leur vide que dépend l’usage de la maison. C’est pourquoi l’utilité vient de l’être  (4), l’usage naît du non-être.


NOTES.


(1) A : Dans l’antiquité, chaque roue de char se composait de trente rais ; cette disposition rappelait (littér. « imitait » ) les jours de la lune. Le moyeu (B) étant creux, il reçoit l’essieu qui fait mouvoir les roues à l’aide desquelles le char roule sur la terre. Si le char (E) n’était pas pourvu d’un moyeu creux qui permet à l’essieu de tourner, il ne pourrait rouler sur la terre.


(2) E : Si les vases n’avaient pas une cavité intérieure, ils ne pourraient rien contenir.


(3) E : Si une maison n’avait pas le vide des portes et des fenêtres qui permettent de sortir et d’entrer, et de laisser pénétrer la lumière du jour, on ne pourrait l’habiter.


(4) E : L’utilité des chars, des vases, des maisons, naît, pour tous les hommes de l’empire, de leur existence ou de leur possession. L’usage du char dépend du mouvement de l’essieu (dans la cavité du moyeu) ; l’usage des vases dépend de leur aptitude à contenir ; l’usage d’une maison dépend de sa propriété à laisser entrer et sortir les hommes et pénétrer la lumière. Ces différents usages dépendent eux-mêmes du vide (c’est-à-dire des parties creuses du moyeu, des vases et des maisons). C’est pourquoi Lao-tseu dit : C’est du vide que dépend l’usage. Je remarque, ajoute le commentateur E, que, quoiqu’il cite plusieurs fois dans ce chapitre l’être et le non-être (l’existence de ces objets et leur vide), si l’on recherche quel est son but, on reconnaîtra qu’il part de l’être (de ce qui existe) pour montrer d’une manière éclatante combien le non-être (le vide) est digne d’estime. Or personne n’ignore que l’être (ce qui existe) est utile, et que l’usage dépend du non-être (du vide). Mais tous les hommes négligent cette vérité et ne se donnent pas la peine de l’apercevoir. C’est pourquoi Lao-tseu emploie diverses métaphores pour la mettre dans tout son jour.