« L’Éternel Mari » : différence entre les versions

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== I. Veltchaninov ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|I. Veltchaninov}}
 
 
L’été commençait, et Veltchaninov, contre son attente, se trouvait retenu à Pétersbourg. Son voyage dans le Sud de la Russie ne s’était pas arrangé ; puis son procès traînait, il n’en voyait pas la fin. Cette affaire — un litige au sujet d’une propriété — prenait mauvaise tournure. Trois mois auparavant, elle paraissait toute simple, pas même douteuse ; et, brusquement, tout avait changé. « Au reste, c’est ainsi pour toutes choses, tout se gâte », se répétait-il sans cesse à lui-même, avec mauvaise humeur. Il avait pris un avocat habile, cher et connu, il n’avait pas ménagé l’argent ; mais, par impatience et par défiance, il s’était occupé lui-même de son affaire : il s’était mis à écrire des papiers, que l’avocat s’empressait de faire disparaître ; il courait les tribunaux, faisait faire des enquêtes, et, en réalité, retardait tout ; à la fin, l’avocat s’était plaint, et l’avait engagé à partir pour la campagne. Mais il ne pouvait se résoudre à s’en aller. La poussière, la chaleur étouffante, les nuits blanches de Pétersbourg, qui surexcitent et énervent, de tout cela il jouissait bien à la ville. Il habitait, quelque part dans le voisinage du Grand-Théâtre, un appartement qu’il avait loué depuis peu, et qui n’était pas suivant son gré. « Rien n’était suivant son gré ! » Son hypocondrie croissait de jour en jour ; mais depuis longtemps il en avait le principe.
 
== II. Le Monsieur au crêpe ==
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C’était le 3 juillet. L’air était lourd, la chaleur suffocante. Ce jour-là, Veltchaninov eut énormément à faire. Des courses occupèrent toute sa matinée ; une visite chez un conseiller d’État, homme entendu, qui pouvait lui être utile et qu’il devait aller voir d’urgence à sa maison de campagne, très loin, quelque part sur la Tchiornaïa.
 
== III. Pavel Pavlovitch Trousotsky ==
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L’autre demeura sur place, immobile et muet. Ils restèrent ainsi, l’un en face de l’autre, sur le seuil de la porte, sans bouger, les yeux dans les yeux. Cela dura quelques moments, puis, tout à coup, Veltchaninov reconnut son hôte !
 
== IV. La Femme, le mari et l’amant ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|IV. La Femme, le mari et l’amant}}
 
Veltchaninov dormit lourdement et ne se réveilla qu’à neuf heures et demie. Il se leva alors, s’assit sur son lit et se prit à songer à la mort de « cette femme ».
 
== V. Lisa ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|V. Lisa}}
 
Pavel Pavlovitch n’avait pas du tout songé à « se sauver », et Dieu sait pourquoi Veltchaninov lui avait fait cette question : probablement parce qu’il avait lui-même perdu la tête. À la première demande qu’il fit dans une petite boutique de Pokrov, on lui indiqua l’hôtel, à deux pas, dans une ruelle. À l’hôtel, on lui dit que M. Trousotsky occupait un appartement meublé chez Maria Sysoevna, dans le pavillon, au fond de la cour. Tandis qu’il montait l’escalier de pierre, étroit et malpropre, du pavillon, jusqu’au second étage, il entendit des pleurs. C’étaient des pleurs d’enfant, d’un enfant de sept à huit ans ; la voix était plaintive. On entendait des sanglots étouffés qui éclataient, et, en même temps, des bruits de pas, des cris qu’on cherchait à assourdir, sans y réussir, et la voix rauque d’un homme. L’homme s’efforçait, semblait-il, de calmer l’enfant, faisait tout pour qu’on ne l’entendît pas pleurer, mais faisait lui-même plus de bruit que lui ; ses éclats de voix étaient rudes, l’enfant paraissait demander grâce. Veltchaninov s’engagea dans un étroit couloir sur lequel s’ouvraient deux portes de chaque côté ; il rencontra une femme très grande, très grosse, en toilette négligée, et il lui demanda Pavel Pavlovitch. Elle indiqua du doigt la porte d’où venaient les sanglots. La figure large et rougeaude de cette femme de quarante ans exprimait l’indignation.
 
== VI. Nouvelle Fantaisie d’un oisif ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|VI. Nouvelle Fantaisie d’un oisif}}
 
— Vous vous trouvez mal ? dit Veltchaninov effrayé ; je vais faire arrêter, je vais faire apporter de l’eau…
 
== VII. Le Mari et l’amant s’embrassent ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|VII. Le Mari et l’amant s’embrassent}}
 
Il avait un impérieux désir de savoir, tout de suite. « Ce matin, j’étais tout ahuri ; il m’a été impossible de me ressaisir, songeait-il, en se rappelant sa première rencontre avec Lisa, mais, à présent, il faut que j’arrive à savoir. » Pour hâter les choses, il fut sur le point de se faire conduire directement chez Trousotsky, mais il se ravisa aussitôt : « Non, il vaut mieux qu’il vienne chez moi ; en attendant, il faut que je m’occupe d’en finir avec mes maudites affaires. »
 
== VIII. Lisa est malade ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|VIII. Lisa est malade}}
 
Le lendemain matin, en attendant Pavel Pavlovitch, qui avait promis d’être exact, pour aller chez les Pogoreltsev, Veltchaninov se promena par la chambre, prit son café, fuma et songea : à tout instant, il se faisait l’effet d’un homme qui, au réveil, se souvient que la veille il a reçu un soufflet. « Hum !… il sait parfaitement bien ce qui en est, et il veut se venger de moi en se servant de Lisa ! » pensait-il, et il prenait peur.
 
== IX. Vision ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|IX. Vision}}
 
Pavel Pavlovitch s’était confortablement installé. Il s’était assis sur la même chaise que la veille, fumait une cigarette et venait de verser le quatrième et dernier verre de la bouteille. La théière et la tasse encore à demi pleine étaient là près de lui, sur la table. Son visage empourpré rayonnait de satisfaction. Il avait enlevé son habit et restait en gilet.
 
== X. Le Cimetière ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|X. Le Cimetière}}
 
Le médecin avait prévu juste : l’état de Lisa empira plus que Veltchaninov et Klavdia Petrovna ne se l’étaient figuré la veille. Quand Veltchaninov arriva, le matin, la malade avait encore toute sa connaissance, bien qu’elle fût brûlante de fièvre ; il jura plus tard qu’elle lui avait souri, et que même elle lui avait tendu sa petite main. Était-ce vrai, ou n’était-ce qu’une illusion consolante qu’il se donnait, il n’était plus temps de le vérifier : quand vint la nuit elle avait perdu connaissance, et elle resta ainsi jusqu’à la fin. Le dixième jour après son arrivée chez les Pogoreltsev, elle mourut.
 
== XI. Pavel Pavlovitch veut se marier ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|XI. Pavel Pavlovitch veut se marier}}
 
En même temps qu’il répondait « bonjour », Veltchaninov fut surpris de ce qu’il ressentait. Il lui paraissait étrange de voir, à présent, cet homme sans la moindre colère, et d’éprouver à son égard quelque chose de nouveau, comme une velléité d’autres sentiments.
 
== XII. Chez les Zakhlebinine ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|XII. Chez les Zakhlebinine}}
 
Les Zakhlébinine étaient en effet « des gens très bien », comme avait dit tout à l’heure Veltchaninov, et Zakhlébinine était un fonctionnaire considérable. Ce que Pavel Pavlovitch avait raconté de leurs ressources était également exact : « Ils vivent largement, mais si le père venait à mourir, il ne leur resterait rien. »
 
== XIII. De quel côté penche la balance ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|XIII. De quel côté penche la balance}}
 
Il songeait encore à la petite rousse, et pourtant le regret et le mécontentement de lui-même lui brûlaient le cœur depuis longtemps. Au cours de cette journée, qui, en apparence, avait été si gaie, la tristesse ne l’avait pas quitté. Avant qu’il se mît à chanter, il ne savait plus comment s’en affranchir ; peut-être est-ce pour cette raison qu’il avait chanté avec un tel élan.
 
== XIV. Sachenka et Nadenka ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|XIV. Sachenka et Nadenka}}
 
Il entra dans la chambre. C’était un tout jeune homme de dix-neuf ans, moins peut-être, tant semblait jeune sa jolie figure, fière et assurée. Il était assez bien mis ; au moins tout ce qu’il portait lui allait-il fort bien ; une taille un peu au-dessus de la moyenne ; des cheveux noirs en longues boucles épaisses, et de grands yeux hardis et sombres donnaient une expression singulière à sa physionomie. Le nez était un peu large et retroussé ; sans ce nez, il eût été très beau. Il entra, l’air important.
 
== XV. Réglement de comptes ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|XV. Réglement de comptes}}
 
— Avez-vous vu ? Avez-vous vu ? s’écria Pavel Pavlovitch en bondissant vers Veltchaninov, sitôt que le jeune homme fut sorti.
 
== XVI. Analyse ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|XVI. Analyse}}
 
Un sentiment de joie inouïe, immense, le remplit tout entier ; quelque chose finissait, se dénouait ; une pesanteur effroyable s’en allait, se détachait de lui. Il en avait conscience. Elle avait duré cinq semaines. Il leva sa main, regarda la serviette tachée de sang, et murmura :
 
== XVII. L’Éternel Mari ==
{{titre|[[L’Éternel Mari]]|[[Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski]]|XVII. L’Éternel Mari}}
 
Deux ans après, par une belle journée d’été, M. Veltchaninov se trouvait en wagon, allant à Odessa, pour rendre visite à un ami ; il espérait, d’ailleurs, que cet ami le présenterait à une femme tout à fait intéressante, que depuis longtemps il désirait connaître de plus près. Il s’était très fortement modifié, ou, pour mieux dire, il avait infiniment gagné au cours de ces deux années. Il ne lui restait presque rien de son ancienne hypocondrie.
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