« La Faute de l’abbé Mouret » : différence entre les versions

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{{Titre|La Faute de l'abbé Mouret|[[Émile Zola]]|1875}}
 
=== LIVRELivre PREMIERpremier ===
 
 
Où était donc l’obstacle ? Qui l’empêchait de se contenter ainsi, heureuse, en pleine nature ? Pourquoi n’aimait-elle pas, pourquoi n’était-elle pas aimée, au grand soleil, librement, comme les arbres poussent ? Elle ne savait pas, elle se sentait abandonnée, à jamais meurtrie. Et elle avait un entêtement fa-rouche, un besoin de reprendre son bien dans ses bras, de le cacher, d’en jouir encore. Alors, elle se leva. La porte de la sa-cristie venait d’être rouverte ; un léger claquement de mains se fit entendre, suivi du vacarme d’une bande d’enfants tapant leurs sabots sur les dalles ; le catéchisme était fini. Elle quitta doucement l’écurie, où elle attendait, depuis une heure, dans la buée chaude de la basse-cour. Comme elle se glissait le long du couloir de la sacristie, elle aperçut le dos de la Teuse, qui rentra dans sa cuisine, sans tourner la tête. Et, certaine de n’être pas vue, elle poussa la porte, l’accompagnant de la main pour qu’elle retombât sans bruit. Elle était dans l’église.
 
=== VIII. ===
 
D’abord, elle ne vit personne. Au-dehors, la pluie tombait de nouveau, une pluie fine, persistante. L’église lui parut toute grise. Elle passa derrière le maître-autel, s’avança jusqu’à la chaire. Il n’y avait, au milieu de la nef, que des bancs laissés en déroute par les galopins du catéchisme. Le balancier de l’horloge battait sourdement, dans tout ce vide. Alors, elle des-cendit pour aller frapper à la boiserie du confessionnal, qu’elle apercevait à l’autre bout. Mais, comme elle passait devant la chapelle des Morts, elle trouva l’abbé Mouret prosterné au pied du grand Christ saignant. Il ne bougeait pas, il devait croire que la Teuse rangeait les bancs, derrière lui. Albine lui posa la main sur l’épaule.
Et elle s’en alla. La porte de la sacristie retomba avec un soupir étouffé.
 
=== IX. ===
 
L’église était silencieuse. Seule, la pluie, qui redoublait, mettait sous la nef un frisson d’orgue. Dans ce calme brusque, la colère du prêtre tomba ; il se sentit pris d’un attendrissement. Et ce fut le visage baigné de larmes, les épaules secouées par des sanglots, qu’il revint se jeter à genoux devant le grand Christ. Un acte d’ardent remerciement s’échappait de ses lèvres.
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