« Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome III, 1926.djvu/120 » : différence entre les versions

Aucun résumé des modifications
État de la page (Qualité des pages)État de la page (Qualité des pages)
-
Page non corrigée
+
Page corrigée
Contenu (par transclusion) :Contenu (par transclusion) :
Ligne 1 : Ligne 1 :
<nowiki />
<nowiki />


La reconstitution de la Bourgogne en fief quasi indépendant était l’œuvre des événements plutôt que d’une initiative déterminée. Certes on n’en était plus aux temps de Philippe-Auguste alors que l’indépendance des grands fiefs ne pouvait être que neutralisée par une diplomatie habile mais non pas attaquée de front. Depuis lors l’unité du royaume n’avait cessé de se consolider ; les fiefs avaient tendu à n’être plus que des provinces plus ou moins autonomes mais faisant partie intégrante de la souveraineté nationale. Le duc de Bourgogne tenait son duché du roi Jean {{rom-maj|ii|2}} toujours mal inspiré dans ses initiatives et qui, ayant eu la chance de voir en 1361 s’éteindre la première dynastie ducale et de pouvoir en conséquence réunir la Bourgogne à la couronne, s’était empressé de l’aliéner à nouveau au profit d’un de ses fils, Philippe (1363). Or ce duc Philippe épousa comme nous le disions tout à l’heure l’unique héritière de la maison de Flandre si bien qu’il se trouva en 1384 possesseur souverain de la Franche-comté, du comté de Nevers, de l’Artois et des Flandres avec leurs riches cités, Anvers, Bruges, Gand, Ypres… alors les plus commerçantes de l’Europe. Ces pays ajoutés au duché de Bourgogne lui formaient un véritable royaume mais en deux portions distinctes que séparaient l’Alsace et la Lorraine. Qu’allait-il advenir ? Philippe de Bourgogne mourut en 1404. Son fils et successeur Jean ne lui ressemblait guère. Il était laid, parlait mal et n’avait ni bonté ni honnêteté. Mais au service de sa formidable ambition, il possédait une intelligence aiguë et une activité inlassable. La folie de Charles {{rom-maj|vi|6}} eût mis en quelque sorte le royaume en ses mains s’il n’y avait eu pour lui en disputer la direction le frère du roi, le duc d’Orléans, prince
La reconstitution de la Bourgogne en fief quasi indépendant était l’œuvre des événements plutôt que d’une initiative déterminée. Certes on n’en était plus aux temps de Philippe-Auguste alors que l’indépendance des grands fiefs ne pouvait être que neutralisée par une diplomatie habile mais non pas attaquée de front. Depuis lors l’unité du royaume n’avait cessé de se consolider ; les fiefs avaient tendu à n’être plus que des provinces plus ou moins autonomes mais faisant partie intégrante de la souveraineté nationale. Le duc de Bourgogne tenait son duché du roi Jean {{rom-maj|ii|2}} toujours mal inspiré dans ses initiatives et qui, ayant eu la chance de voir en 1361 s’éteindre la première dynastie ducale et de pouvoir en conséquence réunir la Bourgogne à la couronne, s’était empressé de l’aliéner à nouveau au profit d’un de ses fils, Philippe (1363). Or ce duc Philippe épousa comme nous le disions tout à l’heure l’unique héritière de la maison de Flandre si bien qu’il se trouva en 1384 possesseur souverain de la Franche-comté, du comté de Nevers, de l’Artois et des Flandres avec leurs riches cités, Anvers, Bruges, Gand, Ypres… alors les plus commerçantes de l’Europe. Ces pays ajoutés au duché de Bourgogne lui formaient un véritable royaume mais en deux portions distinctes que séparaient l’Alsace et la Lorraine. Qu’allait-il advenir ? Philippe de Bourgogne mourut en 1404. Son fils et successeur Jean ne lui ressemblait guère. Il était laid, parlait mal et n’avait ni bonté ni honnêteté. Mais au service de sa formidable ambition, il possédait une intelligence aiguë et une activité inlassable. La folie de Charles {{rom-maj|vi|6}} eût mis en quelque sorte le royaume en ses mains s’il n’y avait eu pour lui en disputer la direction le frère du roi, le duc d’Orléans, prince d’une grande séduction, d’un abord facile, ami des lettres et des arts, et qui avait épousé la belle et savante Valentine Visconti. C’est d’elle que les d’Orléans se réclameraient plus tard pour revendiquer en héritage le duché de Milan. Jean ne supportait point ce rival et sa jalousie le conduisit à un crime absurde. En 1407 il le fit assassiner à Paris dans un guet-apens nocturne. La guerre civile en résulta.
d’une grande séduction, d’un abord facile, ami des lettres et des arts, et qui avait épousé la belle et savante Valentine Visconti. C’est d’elle que les d’Orléans se réclameraient plus tard pour revendiquer en héritage le duché de Milan. Jean ne supportait point ce rival et sa jalousie le conduisit à un crime absurde. En 1407 il le fit assassiner à Paris dans un guet-apens nocturne. La guerre civile en résulta.


Cette guerre-là aussi était fatale car elle n’éclatait pas entre les hommes, pas même entre des intérêts mais entre des idées ; et les luttes qui ont des idées pour mobile essentiel sont les plus ardues à apaiser. La France avait atteint un carrefour. D’un côté s’offrait à elle l’affermissement des institutions démocratiques élaborées sous les rois capétiens mais qui, depuis que les Valois avaient faussé le rouage royal, se développaient de façon
Cette guerre-là aussi était fatale car elle n’éclatait pas entre les hommes, pas même entre des intérêts mais entre des idées ; et les luttes qui ont des idées pour mobile essentiel sont les plus ardues à apaiser. La France avait atteint un carrefour. D’un côté s’offrait à elle l’affermissement des institutions démocratiques élaborées sous les rois capétiens mais qui, depuis que les Valois avaient faussé le rouage royal, se développaient de façon