« Publications démocratiques et communistes » : différence entre les versions

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Les dangers d’une concurrence sans règle comme sans limite, les plaies des industries manufacturières et la guerre impitoyable à laquelle elles sont condamnées, l’abaissement progressif des salaires combiné avec l’élévation du prix des choses, les misères déjà cuisantes du présent, les bouleversemens qu’on peut prévoir et redouter dans l’avenir, tel est, tel restera pour la génération contemporaine le seul point d’appui des théories novatrices. C’est que les réformateurs touchent ici par tous les points à des réalités douloureuses, c’est qu’ils écrivent avec une plume trempée dans les larmes, et que des cris d’angoisses répondent à leur voix.
 
Que le régime actuel de l’industrie et du commerce soit livré sans direction à toutes les chances et à tous les caprices de la fortune, que les maux enfantés par lui soient destinés à s’aggraver à mesure que les marchés étrangers pourront de plus en plus se suffire à eux-mêmes; que, dans l’état actuel du système industriel, les découvertes de la science et du génie provoquent chaque jour d’incalculables souffrances et d’horribles privations, ce sont là de pénibles vérités dont les doctrines d’Adam Smith et de J.-B. Say n’affaibliront pas, hélas! la portée redoutable. Singulier retour des choses d’ici-bas! étrange évolution des idées humaines ! La France s’était à peine dégagée des liens de sa vieille organisation; elle avait à peine conquis cette liberté du travail attendue comme si féconde, qu’une réaction d’une portée incalculable se préparait contre les principes les plus universellement admis! On allait voir l’idée d’une haute direction gouvernementale et d’un véritable monopole social envahir l’opinion publique le lendemain du jour où le pouvoir politique venait de perdre ses principales attributions et de voir s’évanouir son dernier prestige. A en juger par la réaction qui s’opère et par les efforts des économistes radicaux pour détruire dans la sphère commerciale les résultats que le mouvement des idées a produits depuis un demi-siècle dans la sphère constitutionnelle, à entendre le pouvoir invoqué comme un tuteur éclairé et comme un refuge nécessaire par ceux-là même qui l’ont mis en poudre et qui continuent à en démolir les ruines, on dirait que nous assistons au spectacle des plus étranges contradictions, et que l’esprit de ce siècle est condamné à protester perpétuellement contre lui-même. La tendance toute négative des idées politiques et la tendance organisatrice des idées économiques qui se produisent simultanément au sein de l’opinion ''avancée'',. ces doubles efforts pour annuler le pouvoir politique au profit de la liberté illimitée de l’individu, et pour soumettre celtecette liberté elle-même aux restrictions les plus sévères en matière de salaire et de travail; la liberté magnifiée d’un côté pendant qu’on la maudit de l’autre; le même principe présenté comme la source de tous les progrès moraux en même temps que de toutes les misères matérielles, c’est là un phénomène dont ce siècle et cette société tourmentée étaient seuls appelés à donner l’éclatant exemple.
 
Les considérations sur lesquelles s’appuie l’école qui réclame avec une énergie sans cesse croissante l’organisation du travail, sont dignes assurément de l’attention la plus sérieuse, car les bons esprits ne peuvent manquer d’être frappés des obstacles que rencontrent dans leur marche les idées placées, voici à peine quelques années, au-dessus de toute controverse. Compenser les résultats funestes de la concurrence par l’extension progressive de la consommation est un problème qui parait aujourd’hui plus facile à poser qu’à résoudre. Qu’arrive-t-il en effet dans la pratique? Personne ne l’ignore, et chacun en gémit, sans découvrir un remède pour des plaies que chaque année rend plus profondes: les petits capitalistes succombent et disparaissent devant les grands, et la condition de la victoire n’est pas tant de mieux faire que de pouvoir durer davantage. Les transitions soudaines d’une production exagérée à un chômage désastreux livrent tour à tour les capitalistes à toutes les exigences du travailleur, et les travailleurs au spéculations sordides des capitalistes. Il faut travailler sous peine de mourir ; il faut travailler à un prix dont une lutte incessante nécessite et légitime peut-être l’abaissement, mais sans rendre cet abaissement moins déplorable c’est alors à qui aura moins de besoins à satisfaire, moins de devoirs à remplir, à qui sera chargé du poids de moins d’affections, car le célibataire pourra supporter sans trop de souffrances des conditions qui seront un arrêt de mort pour l’époux et pour le père. Combien les problèmes ne se pressent-ils pas et les solutions ne deviennent-elles pas plus obscures, lorsqu’on envisage la rivalité des nations condamnées à se constituer conquérantes parce qu’elles sont productrices, et rentrant, par les nécessités les plus impérieuse de leur régime économique, dans ces voies de la force et de la barbarie militaire dont le génie contemporain s’attache à les écarter ! Quoi d’étonnant si, en présence de tant de douleurs, des esprits hardis s’efforcent de régulariser cette anarchie et d’organiser ce qui leur apparaît comme un chaos? L’intervention de l’état entre les chefs d’ateliers et les travailleurs; la limitation de la liberté du travail opéré comme celle de la liberté politique elle-même, dans un tout intérêt social; la sollicitude de la puissance publique appelée à proportionner la production aux besoins et aux débouchés, pour prévenir, par un intervention éclairée, des déceptions et des désastres; enfin le droit international réglant et limitant la concurrence des forces industrielles, comme il limite déjà celle des forces militaires, ce sont là des idées qui m’ont rien d’étrange en elles-mêmes, mais qu’il est au moins fort singulier de voir répandues en Europe, par les publicistes de l’école républicaine, comme la conséquence extrême de leurs principes.
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