Différences entre les versions de « Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/234 »

(Pywikibot touch edit)
 
État de la page (Qualité des pages)État de la page (Qualité des pages)
-
Page non corrigée
+
Page corrigée
Contenu (par transclusion) :Contenu (par transclusion) :
Ligne 1 : Ligne 1 :
 
« représentatifs » à la manière d’expressions algébriques. Leurs traits individuels sont à peu près nuls. Ils n’ont pas un pauvre petit mot inutile, pas un qui ne soit commandé par la thèse ou par la situation, rien qui nous les fasse un peu connaître en dehors de l’action où ils sont engagés. Chacun n’a guère qu’une attitude. Laure, notamment, n’est que la statue vociférante de la protestation féminine. Tous parlent la même langue, tendue, un peu difficile, assez volontiers solennelle. Et certes, quand c’est fini, la « démonstration » est faite. Oh ! qu’elle est bien faite ! qu’elle est serrée, compacte, strangulatoire ! Comme, de scène en scène, la loi de l’homme accable Mme de Raguais, lui ôtant sa vengeance, sa fortune, sa liberté, le droit de disposer de sa fille, le pouvoir d’empêcher un mariage qui lui est une insulte et une torture ; et comme de cinq minutes en cinq minutes, l’étau du Code masculin serre bien cette monotone victime ! Oui, c’est fort, tout le monde l’a dit ; c’est très fort ; mon Dieu, que c’est donc fort ! Et assurément cela est même beau, d’une froide beauté d’ordonnance et de déduction ; et j’en ai conçu, à mesure, une profonde estime intellectuelle. Mais quoi ! je suis comme Agnès :
 
« représentatifs » à la manière d’expressions algébriques. Leurs traits individuels sont à peu près nuls. Ils n’ont pas un pauvre petit mot inutile, pas un qui ne soit commandé par la thèse ou par la situation, rien qui nous les fasse un peu connaître en dehors de l’action où ils sont engagés. Chacun n’a guère qu’une attitude. Laure, notamment, n’est que la statue vociférante de la protestation féminine. Tous parlent la même langue, tendue, un peu difficile, assez volontiers solennelle. Et certes, quand c’est fini, la « démonstration » est faite. Oh ! qu’elle est bien faite ! qu’elle est serrée, compacte, strangulatoire ! Comme, de scène en scène, la loi de l’homme accable Mme de Raguais, lui ôtant sa vengeance, sa fortune, sa liberté, le droit de disposer de sa fille, le pouvoir d’empêcher un mariage qui lui est une insulte et une torture ; et comme de cinq minutes en cinq minutes, l’étau du Code masculin serre bien cette monotone victime ! Oui, c’est fort, tout le monde l’a dit ; c’est très fort ; mon Dieu, que c’est donc fort ! Et assurément cela est même beau, d’une froide beauté d’ordonnance et de déduction ; et j’en ai conçu, à mesure, une profonde estime intellectuelle. Mais quoi ! je suis comme Agnès :
  +
   
 
::Tenez, ces discours-là ne me touchent point l’âme ;
 
::Tenez, ces discours-là ne me touchent point l’âme ;
 
::Horace avec deux mots en ferait plus que vous.
 
::Horace avec deux mots en ferait plus que vous.
  +
  +
   
 
''Les Paroles restent'' promettaient quelque chose de moins « fort » peut-être, mais de plus délié et de plus souple, et que j’aurais eu la faiblesse d’aimer mieux, j’en ai peur.
 
''Les Paroles restent'' promettaient quelque chose de moins « fort » peut-être, mais de plus délié et de plus souple, et que j’aurais eu la faiblesse d’aimer mieux, j’en ai peur.
353 715

modifications