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contenterons d’en résumer les principaux traits. Un jeune homme ''maladif'', pris d’un amour ''volcanique'', avale dans un accès de désespoir amoureux ''un narcotique trop faible pour lui donner la mort'', mais qui le plonge dans un ''lourd sommeil accompagné des plus étranges visions. La femme aimée devient pour lui une mélodie qu’il retrouve et qu’il entend partout. Au malaise de son cime, au vague des passions succèdent de délirantes angoisses et de jalouses fureurs''. Viennent ensuite un bal où il retrouve l’''aimée ; le tumulte d’une fête brillante'' ; puis une scène aux champs qui occupe la troisième partie, avec le dialogue de deux pâtres ; le ranz des vaches et le bruissement des arbres. Au milieu du calme de la nature, l’''aimée'' apparaît de nouveau au jeune artiste ; mais son cœur se serre, de douloureux pressentimens l’agitent ; ''si elle le trompait'' ! Puis le soleil se couche… le tonnerre gronde au loin… ''Solitude… Silence''. Avec la quatrième partie, le jeune homme rêve qu’il a tué celle qu’il aimait, qu’il est condamné à mort, conduit au supplice… Le cortège s’avance aux sons d’une marche ''tantôt sombre et farouche'' et ''tantôt brillante''… L’idée fixe reparait. Enfin, pour clore dignement cette élucubration enfantine, notre héros se voit au sabbat, ''au milieu d’une troupe affreuse d’ombres, de sorcières, de monstres de toute espèce réunis pour ses funérailles. Bruits étranges, gémissemens et éclats de rire''… La mélodie aimée reparaît encore, mais elle a perdu son caractère de ''noblesse et de timidité'' ; ce n’est plus ''qu’un air de danse, ignoble, trivial et grotesque''. C’est ''Elle'' qui vient au sabbat, qui se mêle à l’''orgie diabolique'', et le tout se termine par le ''glas funèbre et la parodie burlesque du Dies iræ, alternant avec la ronde du sabbat'' ! Rien ne manque, on le voit, à cet assemblage laborieux d’incidens bizarres, hétérogènes, qui jurent d’être ainsi violemment réunis, sans autre lien que le caprice d’un homme qui bat tous les buissons pour faire lever des idées musicales et tirer de leur rapprochement forcé les effets les plus disparates. On chercherait en vain un meilleur exemple des aberrations auxquelles peut conduire la musique descriptive, art factice, de seconde main qui, au lieu de laisser l’auditeur s’abandonner à ses impressions, le condamne à chercher à chaque instant, sur le programme qu’on lui a remis à l’entrée, à quel endroit précis de l’œuvre on en est, quelles sont les intentions qu’a visées l’auteur et avec quel succès il les a réalisées. Que certains compositeurs éprouvent le besoin de se tracer à eux-mêmes ces sortes de programmes, en se proposant, pour exciter leur esprit, de traduire par des notes les épisodes imaginaires ou réels qui peuvent les préoccuper, ce n’est là qu’un procédé de travail absolument personnel, qu’ils jugent utile ou même nécessaire, mais auquel le public doit rester
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contenterons d’en résumer les principaux traits. Un jeune homme ''maladif'', pris d’un amour ''volcanique'', avale dans un accès de désespoir amoureux ''un narcotique trop faible pour lui donner la mort'', mais qui le plonge dans un ''lourd sommeil accompagné des plus étranges visions. La femme aimée devient pour lui une mélodie qu’il retrouve et qu’il entend partout. Au malaise de son cime, au vague des passions succèdent de délirantes angoisses et de jalouses fureurs''. Viennent ensuite un bal où il retrouve l’''aimée ; le tumulte d’une fête brillante'' ; puis une scène aux champs qui occupe la troisième partie, avec le dialogue de deux pâtres ; le ranz des vaches et le bruissement des arbres. Au milieu du calme de la nature, l’''aimée'' apparaît de nouveau au jeune artiste ; mais son cœur se serre, de douloureux pressentimens l’agitent ; ''si elle le trompait'' ! Puis le soleil se couche… le tonnerre gronde au loin… ''Solitude… Silence''. Avec la quatrième partie, le jeune homme rêve qu’il a tué celle qu’il aimait, qu’il est condamné à mort, conduit au supplice… Le cortège s’avance aux sons d’une marche ''tantôt sombre et farouche'' et ''tantôt brillante''… L’idée fixe reparait. Enfin, pour clore dignement cette élucubration enfantine, notre héros se voit au sabbat, ''au milieu d’une troupe affreuse d’ombres, de sorcières, de monstres de toute espèce réunis pour ses funérailles. Bruits étranges, gémissemens et éclats de rire''… La mélodie aimée reparaît encore, mais elle a perdu son caractère de ''noblesse et de timidité'' ; ce n’est plus ''qu’un air de danse, ignoble, trivial et grotesque''. C’est ''Elle'' qui vient au sabbat, qui se mêle à l’''orgie diabolique'', et le tout se termine par le ''glas funèbre et la parodie burlesque du Dies iræ, alternant avec la ronde du sabbat'' !
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Rien ne manque, on le voit, à cet assemblage laborieux d’incidens bizarres, hétérogènes, qui jurent d’être ainsi violemment réunis, sans autre lien que le caprice d’un homme qui bat tous les buissons pour faire lever des idées musicales et tirer de leur rapprochement forcé les effets les plus disparates. On chercherait en vain un meilleur exemple des aberrations auxquelles peut conduire la musique descriptive, art factice, de seconde main qui, au lieu de laisser l’auditeur s’abandonner à ses impressions, le condamne à chercher à chaque instant, sur le programme qu’on lui a remis à l’entrée, à quel endroit précis de l’œuvre on en est, quelles sont les intentions qu’a visées l’auteur et avec quel succès il les a réalisées. Que certains compositeurs éprouvent le besoin de se tracer à eux-mêmes ces sortes de programmes, en se proposant, pour exciter leur esprit, de traduire par des notes les épisodes imaginaires ou réels qui peuvent les préoccuper, ce n’est là qu’un procédé de travail absolument personnel, qu’ils jugent utile ou même nécessaire, mais auquel le public doit rester
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