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Librairie Hachette (p. 20-32).

L’OUEST AMÉRICAIN



Loti trouverait peut-être des mots pour peindre la grande, l’infinie tristesse de l’Ouest américain

Nous y entrons ce soir par un clair de lune radieux qui argente la prairie, et tout de suite la sensation de la pleine mer nous prend. Le cercle d’horizon, sous la brume lumineuse, se devine aussi rigoureux, aussi mathématique que le perçoit le regard du matelot dans la hune : ce petit scintillement, là-bas, c’est le fanal d’un navire, qui, tout à l’heure, croisera notre sillage. Sous les roues du wagon, il doit y avoir d’insondables abîmes, des forêts d’algues, des monstres marins ; et ce frisson nous vient qu’on éprouve sur l’océan à contempler par-dessus les bastingages l’eau bouillonnante assiégeant de toutes parts la paroi frêle Au jour levant l’illusion se dissipe ; la plaine apparaît, mamelonnée, boursouflée et çà et là des arbustes se dressent, au-dessus des herbes. Voici une forme entourée de grands espaces cultivés. La régularité sèche des constructions, la monotonie des clôtures en fil de fer donnent une impression de labeur désespéré. Des machines compliquées pour les semences et les récoltes dressent leurs longs bras, peinturlurés de rouge et de bleu ; elles sont laides déjà, chez nous, sous les tentes des comices agricoles : ici, dans cette nature sans fin, elles sont hideuses. Et soudain s’évoque par contraste l’image d’une ferme normande avec sa hétrée, ses pommiers, son toit de chaume, les roses trémières qui égayent le vieux seuil noirci, et le verjus au large feuillage qui court sur la façade claire.

L’Ouest ! Les Américains ont une façon de prononcer ce mot, qui éveille à la fois l’idée d’une région très vaste et d’un état de choses très primitif. Est-ce donc une région, ou bien un état de choses ? Quand ils en parlent, on entrevoit des solitudes sombres, des ouragans effroyables, des peuplades rouges qui scalpent les voyageurs, des citoyens masqués qui pendent, la nuit, les criminels aux branches des arbres, des villes boueuses, des cowboys avinés qui déchargent leurs armes dans les fenêtres des hôtels par manière de plaisanterie, des convois de Mormons plantant au bord d’un ruisseau leurs tentes polygames, des gentilshommes décavés devenus chasseurs d’antilopes, qui oublient, en fumant le calumet avec le Faucon Noir ou le Chien Tacheté, les soirées joyeuses du boulevard des Italiens. À travers cette société pittoresquement débraillée circulent Mme Mortimer, la pauvre diseuse de bonne aventure, le juge Hiram, qui s’emploie à réformer l’univers, Bob Wilson, l’immortel shérif qui courait à franc étrier après les voleurs de chevaux, et sur place, à lui tout seul, les jugeait et les exécutait, William, le cocher de la Poste qui étranglait ses voyageurs lorsque le coup en « valait la peine », Gilpin, gouverneur élu du Colorado, qui préférait être le premier dans les cloaques de Denver que le second sous les ombrages de Philadelphie : tous ces types étranges sur lesquels s’est exercée la verve des voyageurs lettrés, depuis W. H. Dixon jusqu’au baron de Grancey.

Ô déception ! serait-ce le Faucon Noir cet affreux Indien à la mâchoire carrée, au regard éteint qui, accroupi sur ses talons, guette le passage des trains pour ramasser les bouts de cigare que lui jettent les fumeurs ? Et si ce grand homme calciné qui pose ses pieds crottés sur le velours des banquettes et crache avec persévérance sur le tapis, si celui-là est bien le juge Hiram, pourquoi demeure-t-il silencieux, comme s’il eût renoncé à convertir ses voisins ? À côté de lui se tient un personnage que Dixon a dépeint ; on l’appelle colonel. Il est « tout en bottes et en barbe ». Mais encore ses bottes ont perdu de leur puissance et sa barbe est moins embroussaillée.

Non ! l’Ouest n’est pas une région, car où seraient ses limites ? Du Nouveau-Mexique au Dakota, du Nevada au Kansas, les paysages changent assurément et aussi les climats, les origines, les occupations ; terres fertiles et étendues stériles, forêts d’herbes et forêts d’arbres, nature tourmentée et nature au repos, grands fleuves et ravins sans eau, interminables plaines et montagnes abruptes, le voyageur trouve de tout sur sa route, et sa route pourtant est monotone : c’est toujours l’Ouest ! Toutes les races d’Europe ont peuplé ces lieux : le type et l’accent l’attestent à chaque pas ; pourtant tous se ressemblent : ce sont partout les hommes de l’Ouest. Et comme leurs mœurs, leurs idées, leurs conditions d’existence se sont modifiées sans cesse, on ne peut pas dire qu’il y ait là une civilisation caractérisée — pas plus qu’une région fixe. Très dissemblables, le ranch en troncs d’arbres autour duquel le cowboy a galopé librement, la grande ferme qui par la suite est venue jeter au travers de sa course l’entrave de ses enclos, et la ville déjà populeuse aux environs de laquelle la propriété se morcelle et les terrains se bâtissent. Mais tout cela est également triste

Omaha et Council Bluffs se font vis-à-vis ; entre elles coule le Missouri, la grande rivière descendue des profondeurs du nord qui s’en va rejoindre éternellement le Mississippi, son fiancé, troubler son cours et précipiter ses eaux vers les marécages dorés du golfe mexicain. Ici tous les noms sont indiens : les désinences poétiques, parfois, le sens grandiose et philosophique, toujours Mais là ne se borne pas l’empreinte indienne ; elle est bien autrement profonde. Ainsi qu’il arrive souvent, le peuple vaincu, en disparaissant, a pris sa revanche ; il a fortement marqué son vainqueur. Et pourtant le contact a été rarement pacifique, jamais amical et le mélange du sang par le mariage n’a point eu lieu. Mais la race rouge, ne l’oubliez pas, était une race noble ; on peut anéantir une race noble, on ne détruit jamais complètement sa trace à travers l’humanité. Le voisinage des guerriers rouges devait agir sur les pionniers blancs ; il a agi en effet, et non seulement sur eux, mais sur les sédentaires venus derrière eux et qui n’ont connu que les derniers soubresauts de la révolte.

L’Indien était caractérisé par deux traits principaux et non contradictoires : l’orgueil et la résignation. C’est par orgueil qu’il se complaisait à l’effort, écrasait la souffrance sous le poids de son mépris, défiait la mort et, en la recevant, se consolait de sa fin individuelle en songeant à la perpétuité de la nation. C’est par résignation qu’il croyait à la fatalité, acceptait le destin sans murmures et envisageait les biens périssables qui l’entouraient d’un regard intensément mélancolique. Ces caractéristiques sont celles de l’Ouest. Jusqu’à présent, elles seules sont immuables. Tout se transforme et elles demeurent. Le cowboy d’hier était ainsi ; le fermier d’aujourd’hui est ainsi ; le citadin de demain sera ainsi : amoureux de la lutte, dédaigneux du trépas, certain de la grandeur collective à laquelle il travaille, sans fiel contre le sort, mais attristé quand même par la menace toujours présente de ses coups.

À force d’être puéril, leur orgueil est touchant. Pendant que le train décrivait autour de la ville une grande courbe et que le nègre du Pulmann nous époussetait avec son petit plumeau, j’ai adressé la parole à mon voisin. Il regardait d’un air familier les toits de cette cité où j’allais passer vingt-quatre heures et où je sentais qu’était son home à lui ; cité quelconque, horriblement banale, avec ses trottoirs de bois, ses tramways, ses fils télégraphiques, ses saloons et ses banques. Je voulais le nom d’un hôtel ; le meilleur ne devait pas être fameux ; quand j’articulai ma question, il tourna la tête et m’observa en silence. Il ressemblait trait pour trait à l’oncle Sam, ce personnage traditionnel dont les caricatures et les nouvelles à la main redisent les réparties si pleines de rude franchise et de gros bon sens ; chapeau haut de forme posé un peu en arrière, barbe poivre et sel, très dure et taillée en pointe, et dans les yeux une étincelle de malice, à demi éteinte par je ne sais quelle raideur voulue, quelle indifférence hautaine. Je réitérai ma demande : j’étais étranger et je désirais connaître le meilleur hôtel Pouvait-il me l’indiquer ?… Non, il ne pouvait pas ; cela fut dit d’un ton si sec que je craignis de l’avoir froissé ; mais au bout d’un instant, radouci, il s’expliqua. Presque tous les hôtels étaient de premier ordre : on n’avait que l’embarras du choix ; ailleurs il pouvait y avoir plus de dorures, mais pour le confort, le vrai confort, ceux-ci étaient sans rivaux : et il me les énuméra complaisamment avec des mots louangeurs, concluant par ce refrain sempiternel : they are amongst the very best in the world : ils comptent parmi les premiers hôtels du monde. Et rien, rien n’eût pu ébranler, sur ce point, son jugement. À le regarder on devinait la simplicité de sa foi et la force de sa certitude : la foi d’un primitif, et la certitude d’un voyant.

Je me rappelai alors certain pavillon édifié dans l’enceinte colombienne, par les autorités d’un territoire du nord-ouest non encore admis au rang d’État, mal peuplé et peu cultivé : on y avait exposé les produits du sol, des grains de blé et des blocs de quartz avec quelques douzaines de mocassins confectionnés par les misérables descendants des tribus indiennes. Au centre, dans un cadre resplendissant, trônait une toile immense, œuvre d’un artiste natif : ni art, ni réalité, ni perspective, ni coloris ; ce paysage était une abominable croûte. Dans la salle qui le contenait une dame d’âge mûr, l’air distingué, élégamment vêtue, faisait les cent pas. Chaque fois que je venais dans cette partie de l’exposition, j’entrais dans le pavillon pour voir si la dame était là montant sa garde volontaire. Elle y était et je l’entendais, de sa voix douce et discrète, dire aux visiteurs : « Ce tableau est d’un jeune homme qui deviendra un maître incontesté : nous sommes tout nouvellement créés, et pourtant déjà notre territoire a donné le jour à un grand artiste » Le boniment variait peu ; on le sentait inspiré par une ardeur contenue, mais indéfinie, que rien ne pouvait décourager ni lasser.

Et après l’Indien c’est le Mormon dont l’influence se fait le plus sentir, non pas le Mormon riche et content de lui, espèce de sacristain débauché qui forma autour de Brigham Young le conseil suprême de l’église du grand Lac Salé, mais le Mormon humble et pauvre qu’avaient séduit les élucubrations naïves de Joe Smith ou les promesses extravagantes des missionnaires envoyés en Europe par son rusé successeur. Il y eut deux mormonismes. Joe Smith était un farceur, de l’ordre le plus vulgaire, mais il groupa autour de lui beaucoup de sincères et de convaincus. Tel était le désordre moral qui régnait alors dans les cervelles américaines qu’un peu d’audace et d’imagination suffisait à déterminer un nombre important d’adhésions à toute doctrine nouvelle ; à vrai dire, il n’y avait rien de nouveau dans la doctrine de Joe Smith : de polygamie, il n’était point question. Le « livre de Mormon » ne présentait d’original que sa prétendue découverte au fond d’une caverne préhistorique, à la suite d’une vision dans laquelle Dieu aurait fait connaître au pauvre artisan illettré les destins suprêmes de l’humanité. On y crut parce qu’on s’y attendait. L’idée d’une rénovation spirituelle, d’une seconde révélation, d’un contact précis entre Dieu et l’homme troublait infiniment d’esprits, même d’esprits distingués. Des sectes se fondaient dont l’absurdité apparaît aujourd’hui à tous les regards, mais qui répondaient, en ce temps-là, aux aspirations inquiètes de l’âme américaine, avide d’être éclairée et consolée. Smith ouvrait à ses disciples des perspectives heureuses et tranquilles, sur la vie future ; quant à la vie présente, devenue le vestibule de l’éternité, il répandait sur elle une sorte de crépuscule gris reposant et doux. Ce crépuscule n’est point dissipé.

Les autorités des États-Unis persécutèrent ces illuminés inoffensifs ; le coup de feu qui tua inopinément Joe Smith dans sa prison créa véritablement le mormonisme en faisant de son fondateur un martyr. Puis vint Brigham Young, colonisateur génial, mais homme sans conscience ni morale qui, en guidant cette troupe innocente et désorientée dans une odyssée merveilleuse à travers des déserts sans fin, et en faisant jaillir la richesse agricole du sol désolé de l’Utah, plaça sa domination et son prestige hors de toute atteinte. Il put alors imposer à ses sujets une discipline et une organisation militaires, établir la polygamie, organiser un véritable haras humain, faire appel aux instincts les plus abjects ; rien n’ébranla son pouvoir. Dans ce cadre farouche et grandiose où les montagnes ont des couleurs dures et des arêtes coupantes, les eaux des somnolences lourdes, la végétation des démences imprévues, il édifia une patrie sinistre, sans horizon et sans profondeur, une patrie où les joies furent bestiales et les vertus vulgaires.

Tous lui étaient soumis, mais tous ne le suivaient pas. La polygamie était la récompense de la richesse : « Devenez riches, disait le Prophète, et je vous donnerai autant de femmes que vous pourrez en entretenir ». Des centaines de Mormons restèrent pauvres et monogames et ne détachèrent pas leurs regards du paradis enfantin que leur avait ouvert Smith. Ils travaillèrent la terre, mais pour mieux gagner le ciel. Soixante-dix ans ont passé depuis le soir où Joe Smith, armé d’une bêche et d’une lanterne, s’en alla creuser l’excavation qui se voit encore à Manchester (État de New-York) et dans laquelle il prétendit trouver le livre de Mormon. Quarante-huit ans ont passé depuis que Brigham Young fonda sur les bords du grand Lac Salé la Nouvelle Jérusalem. Le mormonisme de Young est à peu près vaincu ; celui de Smith subsiste. Et si vous vous étonnez d’entendre les rudes fermiers de l’Ouest se délasser parfois de leurs travaux en discutant des sujets mystiques ou théologiques, songez que tout ce pays est encore peuplé d’hommes qui ont cru que l’Amérique aurait l’honneur de donner au monde une religion nouvelle et dont beaucoup, peut-être, l’espèrent toujours La mélancolie mormone s’est ainsi superposée à la mélancolie indienne.

Cueilli dans un journal de Cheyenne, cette perle : « Nos compatriotes ignorent, pour la plupart, que le droit de porter le costume masculin est accordé par le gouvernement français aux femmes qui ont accompli quelque action d’éclat ou qui ont atteint un haut degré de réputation littéraire, artistique ou autre. Cette distinction équivaut à ce qu’est le ruban de la Légion d’honneur pour les hommes. George Sand, Rosa Bonheur et Jane Dieulafoy pour ne citer que les plus célèbres, l’ont obtenue. Les femmes qui en sont jugées dignes doivent payer annuellement au Trésor la somme de 3 dollars (15 francs). » C’est pour rien !

Tout au sommet des montagnes Rocheuses, le train est arrêté. On ne dirait pas un sommet, mais quelque plaine stérile, quelque haut plateau balayé par des souffles froids. Une poussière rouge saupoudre les pauvres plantes à la mine pitoyable que le sort a fait naître là, et sur le bleu cru et glacial de l’atmosphère la teinte rouge du paysage est désagréablement impressionnante. Dans cette solitude un monument s’élève qui a tous les aspects d’un tombeau ; mais c’est un trophée de victoire. Cette pyramide consacre le triomphe des deux grands ingénieurs qui ont relié les bouts du ruban d’acier et mis San Francisco à cinq jours de New-York. Il n’y avait pas besoin d’inscrire là le détail de leurs souffrances et l’étendue de leur courage : le voyageur qui atteint ce lieu devine aisément ce qu’il en a coûté de douleur humaine et d’énergie sans défaillance pour lui procurer la traversée confortable du monstrueux continent. Il ramasse respectueusement un morceau de cette pierre sanguinolente et l’emporte avec lui.

Le train se remet en marche, et c’est maintenant une plaine épouvantable, toute semée de pyramides pareilles, mais naturelles, celles-là, trop grandes pour être taillées par la main des hommes ; elles se découvrent les unes après les autres, surgissant d’un océan de sable jaune ; elles sont rouges, entaillées de rides profondes qui leur font des ombres d’un violet intense ; leurs triangles maudits semblent écraser le sol et des terreurs sans nom attirent les regards vers elles. Le dernier brin d’herbe a disparu, le dernier oiseau a cessé de voler, la dernière goutte d’eau s’est évaporée ; les éclats de rire stridents de la tempête éternelle qui souffle sur ces régions troublent seuls le silence de la mort.

Vers le soir, très tard, à l’heure où le soleil se couche du côté du Pacifique, nous faisons halte dans une petite oasis étrange. Il y a là une source imprévue qu’un bois de peupliers entoure ; les peupliers se serrent les uns contre les autres avec une expression de frayeur enfantine. À leurs pieds pousse un mince gazon. Au milieu de l’oasis un petit jet d’eau des environs de Paris retombe dans un bassin fait de vieilles planches vermoulues. Le vent arrache les feuilles déjà jaunies par l’automne, et une chose vous saisit, la senteur de ces arbres familiers. Une odeur à laquelle, chez nous, on ne fait plus attention s’exhale de leurs troncs et de leurs branchages, odeur d’humidité, de verdure, d’arrière-saison Et de loin, on les voit, ces peupliers, qui s’inclinent comme pour dire adieu, avec une sorte de regret que leur exil soit sans remède et que la mort seule puisse les délivrer de l’odieux contact avec ce sol qui les nourrit à regret.

Aujourd’hui un homme s’est jeté sous les roues de la locomotive. C’était dans une solitude semblable à celle d’hier, moins âpre pourtant. Quelques buissons rabougris poussaient le long de la voie : il s’était caché derrière l’un d’eux et quand le train, passant à toute vapeur, a été proche, d’un bond il s’est élancé !… Le mécanicien, au bout de quelques mètres, a arrêté sa machine et a rebroussé chemin. Le malheureux gisait sur le sol, la tête ouverte ; de sa blessure s’échappaient d’énormes caillots de sang ; une pâleur livide était répandue sur ses traits tourmentés. Il était vêtu d’un pantalon gris foncé, d’une jaquette et d’un gilet noirs qui avaient bonne façon ; il avait des chaussures solides, du linge blanc et quelque argent dans sa poche. Les voyageurs regardaient en silence et derrière eux les serviteurs nègres, très intéressés par ce suicide. On étendit le blessé sur un matelas dans un des fourgons après avoir lavé et pansé sa plaie. Demain sans doute, il sera mort et on devra l’enterrer sans inscrire de nom sur son cercueil. Il en disparaît beaucoup, des hommes dans le désert rocheux, et l’état civil n’arrive pas jusque-là !

Denver, gentlemen ! prononce très fièrement un de nos compagnons de route que l’approche de la capitale du Colorado rend subitement expansif après quarante-huit heures de mutisme. Et une grande ville apparaît avec des maisons à soubassements de marbre, à vitraux artistiques, entourées de jardins fleuris. Or il y avait là, trente ans passés, des maisons de planches, des fondrières et quelques quinquets fumeux