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Michel Lévy frères (p. 432-454).

XVII.

L’ambition de M. Levrault était satisfaite, il allait représenter la France dans une occasion solennelle ; mais sa terreur était au comble. Avant d’avoir goûté à la coupe des grandeurs, il regrettait déjà son obscurité, son arrière-boutique de la rue des Bourdonnais. Sans avoir lu les vers de Lucrèce sur le nautonnier qui, assis au rivage, contemple d’un œil tranquille le navire battu par la tempête, il comprenait déjà tout le prix du repos, toute la perfidie des espérances humaines. Abonné au Moniteur, il l’ouvrait tous les matins d’une main tremblante, et ne respirait à l’aise qu’après avoir interrogé d’un œil éperdu la partie officielle. Toutes les nuits, dans ses rêves, il voyait la tête de Charlemagne, et, chaque fois qu’il voulait la saisir, elle se dérobait en ricanant. Une seule chose le consolait au milieu de ses angoisses ; la cotte de mailles de François Ier lui allait comme un gant. Il se trouvait si à l’aise, il se plaisait tellement dans cette armure royale, qu’il la portait en guise de vareuse dans son cabinet. Consolation impuissante ! La politique étrangère absorbait toute son attention. L’Europe était en feu, Berlin s’agitait. Quel moment pour aller redemander la tête de Charlemagne ! Il ne pouvait penser à sa mission sans se comparer modestement à Daniel dans la fosse aux lions. Et pourtant sa terreur devait s’accroître encore. Un jour qu’il avait parcouru en tous sens le faubourg Saint-Antoine et le faubourg Saint-Martin, il rentra chez lui dans un état que je renonce à décrire. Il avait vu et compté quelques centaines de drapeaux noirs placés sur les maisons des propriétaires récalcitrants qui s’obstinaient à toucher leurs loyers. Il avait entendu des cris sinistres : Mort aux riches ! mort aux aristocrates ! mort aux bourgeois ! Les groupes auxquels il s’était mêlé l’avaient épié d’un œil défiant. Enfin, en regagnant son hôtel, il avait recueilli sur sa route des bruits encore plus formidables : on annonçait pour la nuit même le pillage du faubourg Saint-Germain.

Comme il rentrait à l’hôtel, il apprit que tous les amis de Solon venaient de sortir. Gaston était absent. M. Levrault trouva la marquise et Laure seules au salon ; il raconta ce qu’il avait vu, ce qu’il avait entendu.

— Un seul homme peut nous sauver, dit-il en terminant : Solon, que vous n’avez jamais consenti à recevoir, Solon, qui ne s’est jamais assis à notre table. Tous ses amis sont partis ; Dieu seul sait s’ils reviendront, et avec qui ! Solon seul peut nous protéger, nous défendre, nous sauver. Si les pillards viennent ici, il faut qu’ils le trouvent assis au milieu de nous, comme notre ami, comme notre frère. Je vais le chercher, je vous l’amène, et j’espère que vous lui ferez bon visage.

— Qu’il vienne donc ! dit la marquise en joignant les mains.

Quelques instants après, M. Levrault rentrait donnant le bras au vainqueur de février. Solon, qui jusque-là n’avait reçu que les visites de M. Levrault, s’était laissé entraîner sans trop de résistance ; son orgueil était flatté d’une invitation en règle à laquelle il ne s’attendait pas. La marquise, en voyant sa blouse et sa barbe, ne put retenir un mouvement de dégoût ; d’un regard M. Levrault la contint. Solon s’établit dans une bergère, et la conversation s’engagea. Malgré la singularité de son allure et de ses principes, c’était un assez bon diable. La verve originale qu’il mettait dans la défense de ses opinions faisait de lui plutôt un sujet de curiosité que de colère. Laure et la marquise l’écoutaient avec résignation ; M. Levrault applaudissait à toutes ses saillies, à toutes ses boutades. Pour entrer plus avant dans les bonnes grâces de son hôte, il témoigna le désir de connaître son histoire.

— Racontez-nous, je vous en prie, mon cher camarade, comment vous êtes arrivé à découvrir les principes sublimes que vous professez aujourd’hui. Jusqu’ici, je l’avoue, je n’avais jamais rien entendu de pareil. Vous m’avez révélé un monde nouveau ; qui donc vous l’a révélé à vous-même ?

— Ma science est l’histoire de ma vie, répliqua Solon en caressant sa barbe avec orgueil.

— Eh bien ! contez-nous votre histoire.

La marquise étouffa un soupir en songeant au récit dont elle était menacée.

— Vous voyez en moi, dit Solon, une victime de notre civilisation dépravée. Je n’ai pas connu mes parents. À l’âge de trois ans, je fus recueilli par un petit bourgeois, marié depuis vingt ans et désespéré de n’avoir pas d’enfants. Sa joie fut si grande en me voyant installé chez lui, qu’il ne fît aucune démarche pour découvrir le nom et la demeure de ma famille. Rien ne me manquait : bien nourri, bien vêtu, bien couché, logé chaudement je n’avais rien à désirer. Mon âme, naturellement généreuse, s’abandonnait à la reconnaissance ; mais je ne tardai pas à comprendre le but égoïste de mes prétendus bienfaiteurs. Je venais d’avoir neuf ans. Mon père adoptif me fit un long sermon pour me démontrer les avantages du travail, et m’envoya le jour même à l’école. C’est à l’école que je compris pour la première fois les deux grands vices de notre société, l’injustice et l’inégalité. À l’heure du déjeûner, je tirai de mon panier une tartine de beurre ; l’enfant assis près de moi mordait dans une tartine de confitures. Je n’avais que neuf ans, pourtant cette tartine de confitures m’illumina d’une clarté subite, et fut pour moi la première révélation de la vérité sociale.

— À neuf ans ! s’écria M. Levrault.

— Le lendemain, poursuivit Solon, à l’heure de la récréation, trois enfants étaient agenouillés au milieu de la cour, avec des oreilles d’âne ; j’étais un des trois. Savez-vous pourquoi on nous punissait ? Parce que nous n’avions voulu rien faire. Ainsi, la tartine de confitures m’avait révélé l’inégalité ; les oreilles d’âne me révélèrent l’injustice. L’école est l’image fidèle de la société. Dans ma vie si féconde en épreuves, j’ai retrouvé à chaque pas ce que l’école m’avait appris. Alléché par le fol espoir d’une prochaine indépendance, je m’étais résigné à écouter les leçons qu’on me donnait ; j’expiai cruellement mon imprudence. À peine savais-je lire, écrire et compter, que mon père adoptif me fit un second sermon et me parla de la nécessité de prendre un état. Placé en apprentissage chez un bijoutier, je découvris, dès les premiers jours, une des plaies les plus hideuses de notre misérable société, l’exploitation de l’homme par l’homme. Là, comme à l’école, le travail, c’est-à-dire la stupide servitude de l’homme réduit à la condition de machine, était récompensé par un salaire corrupteur ; l’oisiveté, c’est-à-dire l’exercice constant du libre arbitre, était flétrie du nom de paresse, et condamnait à la pauvreté l’ouvrier passionné pour la réflexion. Chaque matin, un maître, sans respect pour la dignité humaine, nous distribuait notre tâche, nous attelait au travail comme les bœufs à la charrue. Je compris bientôt que l’atelier dégrade en nous les plus hautes facultés. Comme je méditais sur le problème du travail et du loisir, ou, pour parler en termes plus vrais, de la servitude et de la liberté, un grand événement me montra ma véritable mission. En faisant le coup de feu sur les barricades de juillet, je me sentis appelé à guider, à régénérer l’humanité. J’avais quinze ans à peine, mais on vieillit vite à l’école de l’oppression. Nous venions de mettre en fuite les satellites étrangers soldés par la tyrannie ; j’entrai le premier au Louvre.

La marquise indignée voulait se lever et quitter la place ; le chant des Girondins qui retentissait au dehors la cloua sur son fauteuil.

Solon continua :

— En parcourant les salles dorées de ce palais qui a vu tant d’ignobles intrigues, je sentis redoubler en moi ma haine contre la richesse, mon amour pour l’égalité ; je sentis que j’étais choisi par la Providence pour ruiner sans retour, pour renverser à jamais l’aristocratie et la bourgeoisie, aussi bien que la royauté. Fidèle à cette conviction, depuis dix-huit ans, j’ai pris part à tous les coups de main, à toutes les insurrections. Mon père adoptif, qui ne comprenait pas la sublimité de ma mission, s’oublia jusqu’à m’adresser quelques remontrances : je lui tournai le dos. Au lieu de flétrir mon intelligence dans un travail servile et mercenaire, comme tant d’autres de mes frères dont les yeux ne sont pas encore éclairés par la vérité sociale, j’ai grandi dans cette vie indépendante, que les bourgeois idiots appellent fainéantise, et que j’appelle apostolat. Tandis que mes frères, plongés dans les ténèbres de l’ignorance, gagnaient, à la sueur de leur front, le pain de chaque jour, nourrissaient leurs femmes, leurs enfants, et, follement préoccupés de l’avenir qui n’appartient qu’à Dieu, se condamnaient à l’épargne, moi, je m’asseyais à leur table, et je payais largement mon écot en leur distribuant le pain de la vérité. Affilié aux sociétés secrètes, aux ventes de la charbonnerie, j’ai miné la monarchie et préparé le grand jour de février.

— Enfin, dit M. Levrault en se frottant les mains, vous voilà content, vous avez conquis la république ; l’heure du repos a sonné pour vous.

— Que parlez-vous de repos ? Il n’y a pas de repos pour moi. Ce n’est pas sans raison que mes frères m’ont surnommé Marche-toujours. La révolution de février n’est qu’une étape dans la marche de l’humanité. Les peureux et les aveugles veulent déjà faire halte ; je vais me remettre en marche comme un pionnier infatigable, et tailler sans pitié les broussailles qui nous arrêtent.

— La république n’est donc pas votre dernier mot ? interrompit M. Levrault.

— Le dernier mot ne sera trouvé que par le dernier homme. La république est fondée, il faut la renverser. Je suis, je me proclame hautement l’ennemi de tout ce qui est, car je pressens ce qui sera.

— Et que pressentez-vous ? demanda M. Levrault pâlissant.

— Je pressens un avenir magnifique ! s’écria Solon se levant avec enthousiasme.

— Quel avenir ?

— Vous me demandez la vérité sociale ; êtes-vous préparé, je ne dis pas à la comprendre, mais à l’entendre seulement ? La pleine intelligence de la vérité sociale, poursuivit Solon avec gravité, n’appartient qu’aux hommes nourris de la moelle des lions et des ours ; mais je manquerais à mon apostolat en refusant de vous éclairer. Vous voulez la lumière, ouvrez donc les yeux, dût la lumière vous éblouir. Oui, je pressens un avenir magnifique ; mais combien sera laborieuse la conquête du monde nouveau ! que de sang, que de ruines, avant de toucher la terre promise ! Toute l’histoire du passé n’est qu’un jeu d’enfants, comparée aux batailles que l’humanité devra livrer pour se saisir de cette nouvelle toison d’or, défendue par deux dragons jaloux, l’aristocratie et la bourgeoisie.

— Du sang et des ruines ! s’écria M. Levrault éperdu. Que reste-t-il debout ? Tout n’est-il pas renversé, aristocratie et bourgeoisie ? Ne sommes-nous pas tous frères ?

— Je vois encore debout bien des sottises déifiées, adorées par la foule ignorante. Tant qu’elles ne seront pas détrônées, livrées aux flammes, jetées au vent comme une poussière inutile, on ne doit pas songer au règne de la vérité sociale. Il faut en finir avec les préjugés qui emmaillotent l’humanité : la propriété, l’héritage, la famille, ont fait leur temps.

— La propriété, l’héritage, la famille ! Vous voulez donc la ruine universelle ?

— Vous l’avez dit, citoyen, répliqua Solon avec autorité, je veux la ruine universelle. Qu’est-ce que la propriété ? une insulte à l’indigence. Qu’est-ce l’héritage ? une insulte à la justice. Qu’est-ce que la famille ? une insulte aux enfants trouvés.

— J’aurais cru pourtant, dit M. Levrault d’une voix timide, que la famille avait du bon ?

— La famille, reprit Solon, c’est l’égoïsme organisé, c’est une ligue contre la vérité. Moi qui vous parle, que saurais-je à cette heure, si la Providence, qui avait ses vues sur moi, ne m’eût séparé de mes parents ? Je croupirais dans l’ignorance, je serais parmi les oppresseurs. Je posséderais la richesse peut-être, mais je ne posséderais pas la vérité sociale, car, je n’en puis douter, je suis né dans la bourgeoisie.

— Intéressant jeune homme, ajouta M. Levrault, par quel accident, par quelle catastrophe avez-vous été séparé de votre famille ?

— Rien de plus simple. Le soir d’un jour de fête, mon père, bourgeois stupide, m’avait mené sur la place de la Concorde, et m’avait pris dans ses bras pour me montrer le feu d’artifice…

— Grand Dieu ! s’écria M. Levrault, que dites-vous ? Un feu d’artifice… quel trait de lumière ! Achevez, mon ami. C’était sur la place de la Concorde… Votre père vous avait pris dans ses bras…

— On venait de tirer le bouquet ; toute la place était rentrée dans l’obscurité. La foule, en s’écoulant comme un flot furieux, m’enleva des bras de mon père, et je fus recueilli au coin de la rue Saint-Florentin par l’homme qui plus tard a voulu m’exploiter.

— Sainte Providence, que tes voies sont impénétrables ! s’écria M. Levrault en levant les bras au ciel. Parlez, mon ami ; n’aviez-vous rien sur vous qui pût mettre sur la trace de vos parents ?

— Hélas ! j’étais vêtu comme le fils d’un privilégié ; ma chemise était garnie de dentelles.

— Marquée d’un T et d’un L ? demanda M. Levrault d’une voix ardente.

— Précisément, répondit Solon d’un air étonné.

— Et n’avez-vous pas un signe sur la poitrine ?

— Une tache écarlate, emblème du sang que je devais répandre pour l’affranchissement de l’humanité, repartit Solon entr’ouvrant sa blouse.

— Timoléon !… s’écria M. Levrault ; Timoléon, viens dans mes bras ! Viens, mon fils, tu as retrouvé ton père !

Et il pressait Timoléon contre son cœur, il mouillait de ses larmes la barbe de son fils, qui se débattait vainement sous les étreintes paternelles. La marquise contemplait avec stupeur cette scène imprévue ; Laure elle-même, qui n’avait jamais connu son frère et ne s’était jamais préoccupée de lui, paraissait médiocrement flattée de le retrouver sous les traits de Solon Marche-toujours.

— Mais, s’écria la marquise étouffant de colère, vous me disiez que vous aviez perdu votre fils ?

— Et je vous disais la vérité. Je l’avais perdu, je le retrouve.

— Vous m’avez trompée, reprit la marquise.

— Rappelez-vous mes paroles : je ne vous ai jamais dit qu’il fût mort. J’ignorais depuis vingt-sept ans ce qu’il était devenu. La Providence me le rend ; vous étonnez-vous que je m’en réjouisse ?

— Vous m’avez indignement jouée ! ajouta la marquise ne se possédant plus.

— De quoi vous plaignez-vous, madame ? Craignez-vous que Timoléon ne fasse tort à votre fils ? Craignez-vous qu’il réclame sa part d’héritage ? Oubliez-vous ses principes généreux, ses doctrines fraternelles ? Il ne veut rien, il ne demande rien, que le règne de la justice et de la vérité.

— Halte-là ! s’écria Timoléon, revenu de son étonnement ; n’embrouillons pas les affaires. Oui, je veux le règne de la justice et de la vérité ; mais ce n’est pas nous qui le verrons, ni les enfants de nos enfants. Le monde nouveau dont je vous ai parlé est encore loin de nous. En attendant que l’humanité mette le pied sur cette nouvelle terre de Chanaan, soumettons-nous aux vieilles routines de la civilisation.

La marquise sortit comme un tourbillon, en jetant sur M. Levrault un regard indigné ; Laure la suivit en silence.

Resté seul avec son père, Timoléon se sentit plus à l’aise, car, malgré tout son aplomb, l’attitude de la marquise l’embarrassait. Il coupa court aux épanchements de M. Levrault, et, après l’avoir interrogé sur l’état de sa fortune avec une insistance, avec une âpreté digne d’un procureur, il reprit d’une voix solennelle :

— Qui m’eût dit que je retrouverais un jour ma sœur mariée à un marquis ? Quand mes amis sauront que je suis votre fils, quand ils m’interrogeront sur cet étrange mariage, que leur répondrai-je ?

— Ah ! mon fils, répliqua M. Levrault d’un air contrit, ta sœur m’a donné bien du chagrin. Je lui avais choisi pour mari un franc républicain, Jolibois, que tu connais sans doute, qui a marché sur la chambre, et que j’allais suivre quand je t’ai rencontré. Laure a trompé toutes mes espérances. Dieu m’est témoin que je n’ai rien négligé pour lui enseigner la foi républicaine. Ses amies de pension lui ont tourné la tête : Laure a voulu être marquise. Te dire ce que j’ai souffert en voyant s’accomplir cette union, si contraire à toutes mes croyances, je ne l’essaierai pas. Moi, Guillaume Levrault, m’allier volontairement à l’aristocratie ! Moi, donner ma fille à un marquis élevé dans l’oisiveté ! Peux-tu le croire un seul instant !

— Allons, répliqua Timoléon, je vous pardonne le mariage de ma sœur ; mais je n’ose espérer que mes amis vous le pardonnent aussi facilement. Pour racheter une faute si énorme, à défaut d’expiation, il faut donner des gages à notre sainte cause.

— Des gages ! reprit M. Levrault effrayé ; explique-toi, Timoléon, que faut-il faire ?

— Il faut leur prouver, par un généreux sacrifice, que vous êtes vraiment dévoué à la justice, à l’égalité. Jusqu’ici, notre sainte cause n’a pas eu d’organe ; donnez-moi cent mille écus pour fonder un journal qui s’appellera la Vérité sociale.

— Cent mille écus ! s’écria M. Levrault ; cent mille écus pour la vérité sociale, pour une vérité dont nous ne verrons pas l’avénement, c’est toi-même qui l’as dit ! Cent mille écus pour une vérité dont je ne sais pas encore le premier mot !

— Croyez-vous donc qu’un jour, une semaine, un mois tout entier, suffisent à vous expliquer ce qui a été la pensée, le travail de toute ma vie ? Donnez-moi de quoi fonder la Vérité sociale ; vos yeux s’ouvriront à la lumière, et nos frères vous béniront.

Vainement M. Levrault insista pour savoir le mot de l’énigme : Timoléon s’enveloppa d’un voile impénétrable et demeura sourd à toutes ses questions. Deux heures du matin venaient de sonner. M. Levrault, éclairé trop tard sur les vrais principes de Timoléon touchant l’héritage, tout en regrettant d’avoir, avec tant d’imprudence, ouvert ses bras à son fils, sentait bien qu’il ne pouvait lui refuser cent mille écus, après avoir donné un million de dot à sa sœur. Il promit donc de subvenir à la fondation de la Vérité sociale. Le père et le fils se séparèrent pour aller chercher le repos, M. Levrault songeant au moyen de sauver sa bourse, et Timoléon bien résolu, depuis qu’il se savait héritier, à congédier le plus tôt possible les camarades qui grugeaient son père.