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Michel Lévy frères (p. 233-254).

IX.

Après le départ de maître Jolibois, le grand industriel était entré au salon, où sa fille venait de descendre. Laure, qui avait passé une partie de la matinée au fond du parc, ne se doutait pas que le tabellion eût mis le pied à la Trélade. M. Levrault se garda bien de l’en instruire. Après avoir rôdé quelque temps en silence autour du fauteuil où Laure se tenait assise :

— Toute réflexion faite, s’écria-t-il, ce ne doit pas être grand’chose de bon que ton vicomte ! Je me demande comment nous avons pu nous décider à le recevoir dans notre intimité.

— Enfin, mon père, s’écria Laure, vous vous rangez à mon avis.

— C’est-à-dire, répliqua M. Levrault, que c’est toi qui as fini par partager mes secrets sentiments. Rappelle-toi la verte façon dont je me suis exprimé sur son compte dès le lendemain de notre arrivée à la Trélade. Je ne l’avais pas encore vu, et déjà je me défiais de lui. Il n’avait pas encore paru, et quelque chose me disait déjà que ce Montflanquin n’était rien qui vaille.

— Je ne l’ai pas oublié, dit Laure ; mais je me souviens aussi que le vicomte n’a eu qu’à se montrer pour enlever toutes vos sympathies.

— Mes sympathies ! s’écria le grand manufacturier : il faut bien te mettre dans la tête que ton gringalet de Gaspard ne les a jamais eues. Tout en lui me choquait, sa figure, sa voix, ses breloques, jusqu’à sa façon de se présenter. Je n’ai jamais donné, pour ma part, dans ses Baudouin et dans ses Lusignan, dans ses besans d’or et dans son lion léopardé de sable à la queue fourchue et passée en sautoir. Je n’ai pas été dupe un seul instant de son empressement, de ses assiduités. Je me suis dit tout de suite : Voici un gaillard qui sait de quel côté la miche est beurrée,

— Et pourtant, ajouta Laure, qui ne pouvait s’empêcher de rire, vous le receviez, vous lui faisiez fête, vous aviez juré qu’il serait votre gendre.

— Pardieu ! ne voyais-je pas qu’il te plaisait, que tu l’aimais, que tu voulais l’épouser à tout prix ? Pour ne pas te contrarier, je feignais de le trouver charmant. Bien entendu, je n’allais pas jusqu’à suspecter sa moralité. Je me disais bien parfois : Le pélerin en veut à mes écus ; je m’obstinais pourtant à le tenir pour un galant homme. Je me disais : Il n’est ni beau ni jeune ; j’enrageais tout bas de te sentir affolée de ce petit chafouin ; mais, après tout, c’étaient tes affaires, non les miennes. Hier, ce matin encore, je le défendais contre toi-même. Sa passion l’égare, me disais-je ; ce n’est qu’un dépit amoureux. Toutefois, comme il s’agissait de ton bonheur, j’ai pensé que la chose méritait réflexion. Je ne réfléchis pas souvent ; mais, quand je m’y mets, c’est pour tout de bon. Je me suis enfermé dans ma chambre ; après deux heures de recueillement et de méditation silencieuse, je reconnaissais que ton vicomte n’est qu’un saltimbanque et un chenapan.

— Vous allez voir, dit la jeune fille en riant de plus belle, que c’est moi maintenant qui vais être obligée de prendre son parti.

— Tu me persuaderas, n’est-ce pas, qu’il a refusé les faveurs de la cour ? Tu me feras croire qu’il s’est jeté dans l’eau pour sauver mademoiselle de Chanteplure ? Allons donc ! s’il s’est montré aux Tuileries, je jurerais que le roi et les princes lui ont tourné le dos. Quant à mademoiselle Fernande, je la soupçonne fort de n’avoir jamais existé. Ne me parle plus de ton Gaspard ; ne viens plus me corner aux oreilles que tu l’aimes, que tu l’adores, que tu n’épouseras que lui ! Il est temps que cette comédie finisse.

— Mais, mon père…

— Je ne veux rien entendre, je te défends de prononcer son nom en ma présence. Le malheureux ! avoir osé se jouer d’un homme tel que moi ! Quand je songe que ma fille a pu aimer ce jongleur, ce pasquin, tout le sang des Levrault se révolte et bouillonne indigné dans mes veines.

— Mais, mon père, de grâce…

— Point de grâce ! s’écria le grand fabricant. Je regrette que les travaux de l’industrie m’aient détourné du noble exercice des armes. Pour la première fois, je me plains à Dieu de n’être pas de race militaire. Nous autres grands industriels, nous sommes les maréchaux de la paix. Ah ! si Timoléon était là, il vengerait du même coup sa sœur et son père outragé. Qu’il vienne cependant, ce fils de preux, ce jeune et beau Gaspard, qu’il vienne affronter mon courroux ! Je lui dirai son fait ; après l’avoir démasqué, je lui jetterai son masque à la face. On ne sait pas ce que c’est qu’un Levrault offensé.

— Voici le vicomte ! dit Laure, qui, en soulevant le rideau de la croisée, venait d’apercevoir le museau de Gaspard entre les barreaux de la grille.

— Pas possible ! s’écria M. Levrault.

— C’est lui-même. Tenez, regardez, ne le voyez-vous pas ? demanda Laure entr’ouvrant le rideau.

— Il est affreux, dit M. Levrault ; il a l’air d’une fouine. Comprend-on qu’il y ait des gens qui le trouvent beau ? Ma chère, observe, je te prie, avec quelle politesse glaciale je vais le recevoir.

— Si vous le permettez, mon père, c’est moi qui recevrai M. Gaspard. Je crois qu’il est de votre dignité de ne plus vous rencontrer face à face avec lui ; éloignez-vous, reposez-vous sur moi du soin de reconduire.

— Tu as raison. Je me connais ; j’ai la tête près du bonnet. Il suffirait d’un mot imprudent, d’un sourire équivoque, d’un froncement de sourcil, d’un regard de travers, pour me faire sauter comme une poudrière : il est plus convenable que je ne le voie pas.

Et M. Levrault, qui, soupçonnant vaguement le vicomte d’avoir des habitudes de spadassin, n’était pas fâché de laisser à sa fille le soin de terminer cette petite affaire, s’esquiva par la porte vitrée qui s’ouvrait sur le parc, tandis que Gaspard s’introduisait par celle qui donnait sur la cour. Ce fut une des entrées les plus dramatiques qu’eût jamais inspirées l’égarement de la passion. Gaspard ne fit qu’un bond de la porte du salon au fauteuil de Laure ; puis, s’affaissant aux pieds de mademoiselle Levrault comme si son corps eût été bourré d’ouate, il tomba sur ses deux genoux, et, par un geste de désespoir qui aurait pu passer tout aussi bien pour un mouvement de coquetterie, il cacha son visage entre ses mains. Ç’avait été si prompt, si brusque, si instantané, qu’on eût dit que le vicomte se trouvait là par enchantement. Laure, qui n’avait pas bougé, jouait d’un air distrait avec un éventail de Chine, et regardait paisiblement Gaspard, comme elle eût fait de quelque animal familier, couché sur un coussin auprès d’elle.

— Eh bien ! oui, c’est vrai, je vous ai trompée, dit enfin le vicomte d’une voix éperdue. Oui, tout ce que j’ai pu faire, tout ce que j’ai pu imaginer pour vous éloigner du château de La Rochelandier, je l’ai fait, je l’ai imaginé. Ruses, détours, basses manœuvres, rien ne m’a coûté, je n’ai rien épargné. Accablez-moi de votre colère, mais épargnez-moi votre mépris : je vous aimais et j’étais jaloux. Enfant qui commencez la vie à peine, source fraîche et limpide qui n’avez réfléchi que l’azur du matin, fleur d’innocence, de grâce et de beauté, fleur virginale, encore toute baignée des larmes de l’aurore, vous ne savez pas de quels feux dévorants s’embrase le milieu du jour, vous ne pouvez pas savoir ce que la passion déchaîne de tempêtes dans un cœur déjà dévasté. Il y des âmes chez lesquelles l’amour n’est qu’un filet d’eau claire coulant sans bruit sous un tapis de mousse ; il y en a d’autres, hélas ! où c’est un torrent impétueux, renversant tout sur son passage et creusant son lit dans des ruines. Oui, je vous ai trompée ; oui, je me suis joué de votre crédulité ; oui, j’ai veillé, comme un espion, sur tous vos pas, sur toutes vos démarches. Je me suis abaissé jusqu’au mensonge, moi, vicomte de Montflanquin ! J’étais jaloux de l’air que vous respiriez, des brises qui touchaient vos cheveux, de l’herbe que foulaient vos pieds, des roses qu’effleuraient vos lèvres. J’aurais voulu pouvoir vous dérober à tous les regards, élever autour de vous une muraille haute de cent coudées, vous cacher, vous enfouir dans mon sein comme un avare son trésor. Soyez impitoyable, mais ne m’outragez pas : je vous aimais, et j’étais jaloux.

Ici Gaspard s’interrompit et leva les yeux sur mademoiselle Levrault pour juger de l’effet de ce petit morceau, dont il n’était pas trop mécontent. Laure continuait de jouer avec son éventail ; elle en dépliait, en repliait les feuilles, examinait le fini du travail, admirait l’éclat des couleurs, et semblait n’avoir rien entendu des belles choses qu’on venait de lui débiter. Gaspard resta tout interdit.

— Je vous écoute, monsieur le vicomte, dit enfin la jeune fille.

Ce peu de mots avaient été prononcés d’une voix si mélodieuse et si caressante, que notre ami Gaspard se sentit pleinement rassuré.

— Quoique bien jeune encore, reprit-il avec mélancolie, je croyais depuis longtemps en avoir fini pour jamais avec les orages de la passion. Foudroyé à vingt ans, j’avais dit adieu à tous les riants fantômes du matin de la vie ; j’avais dit à l’amour un éternel adieu. Mon cœur n’était qu’un monceau de cendres. Il ne restait plus qu’à m’envelopper d’un linceul et à me coucher dans ma tombe, lorsque vous m’êtes apparue. Bienfait et bénédiction ! étiez-vous descendue sur la terre pour guérir les blessés et réveiller les morts ? En vous voyant, je me sentis renaître, et, comme Lazare, je tendis vers le ciel mes bras ressuscités.

— Continuez, monsieur le vicomte, dit Laure à Gaspard, que venait de trahir sa mémoire paresseuse.

— Je vous vis et je vous aimai. J’avais juré aux pieds d’une mourante d’ensevelir mon cœur avec elle, de ne plus vivre que de son souvenir ; je vous vis, je devins infidèle et parjure. Ah ! de quelle épouvante ne fus-je pas saisi, en découvrant que je n’étais pas mort à tout ce qui fait vivre, que j’étais jeune encore, que je pouvais aimer, que j’aimais ! Ô douce créature, que vous m’avez coûté de remords et de larmes ! Je voulais vous fuir ; une force invincible me ramenait vers vous. Chaque soir, en vous quittant, je faisais le serment de ne plus revenir ; je revenais le lendemain, plus malheureux, plus épris que la veille. Ah ! j’ai bien souffert, ah ! j’ai bien combattu. Vous le savez, mon Dieu, vous qui lisez dans le fond des âmes ! Que de fois, en retournant le soir, par les sentiers déserts, au château de mes pères, j’ai cru voir s’agiter dans l’ombre le spectre irrité de mademoiselle de Chanteplure ! Que de fois j’ai cru entendre sa voix accusatrice dans les plaintes du vent ! Insensé que j’étais ! Je ne comprenais pas qu’au lieu de s’indigner, son ombre charmante devait se réjouir. N’êtes-vous pas le portrait vivant de Fernande ? N’est-ce pas elle encore que j’aime en vous ? Non, je n’ai point trahi ma foi, non, je ne suis pas infidèle. Mademoiselle de Chanteplure vit, je suis à ses genoux, c’est sa beauté que je contemple et que j’adore, c’est sa main que cherche la mienne… Ô ma bien-aimée ! j’ai rêvé que vous étiez morte. Vous vivez, vous m’êtes rendue, plus jeune, plus radieuse, plus belle que jamais. Regardez-moi, parlez-moi comme aux jours de notre bonheur. Vous ne me dites rien. Avez-vous cessé de m’aimer ? N’êtes-vous plus ma Fernande ? ne suis-je plus votre Gaspard ?

— Monsieur le vicomte, répliqua Laure de sa plus douce voix en dégageant tranquillement sa main de l’étreinte du bouillant Montflanquin, je mentirais si je vous disais que vous m’êtes indifférent. Soyez bien convaincu que je suis flattée, autant que je dois l’être, de l’hommage d’un cœur tel que le vôtre. J’avais espéré, je ne m’en défends pas, que nos destinées finiraient par s’unir et se confondre. Il m’eût été doux, je l’avoue, de porter votre nom ; je l’aurais porté avec orgueil. Malheureusement, monsieur le vicomte, c’est mademoiselle de Chanteplure que vous aimez en moi : je ne consentirai jamais à n’être pour mon mari qu’un portrait et un souvenir.

En achevant ces mots, Laure se leva, prit sur la table du piano ses gants, son chapeau, son ombrelle, et se retira sans laisser tomber un regard sur le vicomte, toujours agenouillé. Notre ami Gaspard n’était pas un sot : il se sentit perdu. Il étouffa dans sa poitrine un rugissement de lion blessé, enfonça son chapeau sur sa tête et sortit. Cependant, comme il traversait la cour, Gaspard se rappela les dispositions bienveillantes dans lesquelles maître Jolibois avait laissé M. Levrault. Il revenait sur ses pas, quand une voix de stentor laissa tomber ces mots d’une fenêtre :

— Germain, dites qu’on attèle ; nous allons au château de La Rochelandier.

Le vicomte leva les yeux, et reconnut à une croisée du premier étage le grand manufacturier, qui se prélassait dans sa robe de chambre de cachemire, se caressait le menton, observait d’où soufflait le vent, et paraissait se soucier fort peu que le vicomte Gaspard de Montflanquin fît le pied de grue dans sa cour. Sans demander son reste, Gaspard baissa le nez, fila piteusement le long du mur, ouvrit la grille et s’échappa sans bruit.

Que s’était-il passé à la Trélade après le départ de maître Jolibois ? Tel était le mystère que Gaspard s’efforçait en vain de pénétrer. Sa raison s’y perdait. Il ne pouvait supposer que Jolibois, qui jusque-là lui avait servi de compère, eût voulu rire et s’amuser à ses dépens. Ce qui semblait très-clair au vicomte, c’est qu’il ne devait plus songer à mettre la main sur les millions de M. Levrault ; pour le coup, c’était partie perdue, sans espoir de revanche. Gaspard n’était pas homme à s’exhaler en désirs impuissants, en stériles regrets. Il se consolait en songeant qu’il allait retourner à Paris, grâce aux cent écus que Jolibois s’était naïvement laissé gagner la veille. Paris ! ce n’était qu’à Paris que le vicomte respirait à l’aise ; il tressaillait à ce nom comme un exilé au nom de la patrie. À Paris donc ! La province n’était pas digne de posséder un esprit si charmant. Gaspard se consolait aussi en se représentant la grimace que ferait Jolibois lorsqu’il apprendrait le dénouement de l’aventure ; dans la pensée que ce créancier insolent et goguenard se trouvait être le dindon de la farce, il y avait quelque chose qui souriait au vicomte et ne déplaisait pas à sa bonne âme.

Comme il approchait du château de ses pères, Gaspard aperçut trois personnages de mine équivoque, tranquillement assis sur le pas de sa porte qu’ils semblaient prendre pour celle d’un cabaret. Une carriole d’osier, attelée d’un petit cheval bas-breton, était arrêtée au pied de la colline où s’élevaient les ruines du manoir. Gaspard s’avança sans défiance, tout en se demandant qui pouvaient être ces trois étranges visiteurs. Tous trois s’étaient levés en le voyant paraître.

— C’est à monsieur le vicomte Gaspard de Montflanquin que j’ai l’honneur de m’adresser ? demanda le moins sale et le plus laid des trois.

— À lui-même. Que me voulez-vous ?

— La lettre que voici mettra peut-être monsieur le vicomte au courant de la petite affaire qui m’amène.

Gaspard brisa le cachet et lut :

« Monsieur le vicomte,

« Je ne veux pas quitter Clisson et retourner à Nantes sans vous offrir un nouveau témoignage de l’intérêt que vous m’inspirez. La nuit que je viens de passer sous le toit de vos pères n’a pas été seulement agitée par les émotions du jeu. Les bruits sinistres qui ne m’ont pas permis de fermer l’œil m’ont fait trembler en même temps pour votre sécurité. Je ne dois pas souffrir que le dernier héritier d’une famille illustre reste exposé à voir un beau matin les murs de son château s’écrouler sur sa tête. Agréez donc, monsieur le vicomte, que je mette à votre disposition un logement où vous puissiez dormir en paix, quand souffleront les vents de l’équinoxe.

« J’ai l’honneur de vous renouveler, monsieur le vicomte, l’assurance des sentiments qui vous sont dus.

« Jolibois. »

— Qu’est-ce que cela veut dire ? demanda Gaspard qui avait tressailli comme un cerf en entendant le son du cor et les aboiements de la meute,

— Monsieur le vicomte, répliqua l’huissier (hélas ! c’en était un) en tirant de sa poche graisseuse une liasse de papiers aux armoiries du fisc, je suis chargé par maître Jolibois d’exécuter le jugement qui vous condamne à lui rembourser la somme que vous lui devez, sous peine de vous voir appréhendé au corps et incarcéré aux termes de la loi. Je suis en règle : voici les pièces, rien n’y manque. Le jugement est définitif, l’arrêt exécutoire. Êtes-vous en mesure de verser entre mes mains cent cinquante mille trente-trois francs soixante et quinze centimes, montant de la somme qui vous est réclamée, tant en principal qu’en intérêts et frais ?

— Ah ! traître Jolibois ! ah ! perfide ! ah ! bourreau ! murmura Gaspard en froissant d’une main convulsive la lettre de l’abominable notaire.

Puis, s’adressant au jeune groom qui assistait à cette scène avec une inquiète curiosité :

— Galaor, demanda-t-il négligemment, avons-nous cent cinquante mille francs dans la maison ?

— Je vais y voir, monsieur le vicomte, répondit le sublime enfant.

Le vicomte eut bien un instant la pensée de s’enfuir ou de résister ; mais, après avoir examiné attentivement les deux lévriers qui veillaient sur lui et ne le perdaient pas de vue, le malheureux comprit qu’il ne lui restait d’autre parti à prendre que celui de la résignation.

Au bout de quelques minutes, Galaor reparut.

— Monsieur le vicomte, dit-il, il s’en manque seulement de quelques milliers d’écus.

— Adieu donc, mon fils, à des temps meilleurs ! dit Gaspard avec mélancolie ; je te confie la garde du château de mes pères.

Un quart d’heure après, la carriole d’osier emportait à Nantes le dernier rejeton d’une race de preux, assis modestement entre deux recors, en face d’un huissier, tandis que Galaor, debout sur le seuil de la porte, se tordait les bras, s’arrachait les cheveux et criait comme Sganarelle :

— Mes gages ! mes gages ! mes gages !